vendredi 10 février 2012

Les savants du monde entier se demandent d'où viennent et ce que sont les soucoupes volantes





















Les Veillées des chaumières est l'un des (peut-être le) périodiques les plus anciens encore en activité. Lancé le 7 novembre 1877 comme bi-hebdomadaire, il est devenu hebdomadaire en 1952 et propriété des éditions Mondiales en 1994.
Le fonds des récits est essentiellement sentimental et l'on trouve quelques articles sur l'actualité (toute l'actualité) et parfois quelques lignes relevant de la conjecture. Aux débuts des années 1950 les soucoupes volantes étaient à la mode et les Veillées des chaumières n'éludent pas cette délicate question comme en témoigne l'article reproduit ci-dessous. Ainsi dorment dans les publications non étiquetées SF des textes susceptibles d'intéresser les amateurs de conjecture rationnelle...


Les savants du monde entier se demandent 
d'où viennent et ce que sont les soucoupes volantes


Depuis plusieurs années, les journaux publient périodiquement des informations ayant trait à de mystérieux engins se déplaçant à grande vitesse dans l’atmosphère et qu’on désigne du nom qu’un aviateur américain leur a donné un jour : « soucoupes volantes », à cause de leur forme. Reproduisons donc une de ces dépêches :
« Nancy, 20 novembre 1953. — Plusieurs Nancéiens affirmaient, samedi soir, avoir vu une « soucoupe volante » aux environs de 21 heures au-dessus de la capitale lorraine. Leurs déclarations laissèrent sceptiques. Mais depuis, divers autres témoignages se sont fait connaître, qui confirment, même dans les détails, les constatations rapportées le jour même. »
Un ingénieur de Nancy a décrit ainsi le phénomène : « Une lueur attira tout à coup mon attention vers le ciel. J’ai très bien vu un disque un peu aplati, d’un vert brillant, aux contours un peu flous. L’angle de site de ce météore était d’environ 45° à 60°. Son diamètre apparent était vu sous un angle approximativement égal à la moitié ou aux trois quarts de celui sous lequel nous voyons normalement la pleine lune. L’objet était donc fort volumineux. »
Des observations de cette nature, il en est venu de tous les points du globe et provenant de témoins dignes de foi. Que croire alors? Quels sont ces mystérieux engins ? Sont-ce même des machines ou seulement des phénomènes célestes ? Une nouvelle arme ou quelque chose de tout à fait pacifique ?
On comprend que le problème ait préoccupé ceux qui ont la charge de veiller à la paix du monde tout en préparant les armes de guerre suivant un adage qui, hélas! n’est pas encore périmé : « Si tu veux la paix, prépare la guerre. »
Depuis le mois de juillet 1952, un officier américain, le commandant Donald E. Keyhoe, maintenant en retraite, mais qui a appartenu au célèbre « Marine Corps », a procédé à une enquête très sévère et très complète sur les « soucoupes volantes ». Dûment averti de la gravité du problème par l’existence des soucoupes volantes et des dangers qu’elle implique, il a eu connaissance de faits ignorés du grand public. Cet officier a eu sous les yeux des centaines de constats d’observations, témoignages rédigés par des pilotes de l’aviation militaire, et les conclusions du 2e bureau technique de la « U. S. Air Force ». Certains faits sont tellement incroyables que, deux ou trois ans plus tôt, on les aurait taxés de plaisanteries.
Le commandant Donald E. Keyhoe a publié en Amérique un volume qui rassemble tout ce que les services de l’aviation américaine ont recueilli en fait de témoignages se rapportant aux soucoupes volantes. Les chapitres les plus importants de cet ouvrage capital ont paru, en novembre dernier, dans « Le Figaro ». On y trouve l’explication des nouvelles contradictoires diffusées, de temps à autre, par les différents porte-parole du ministère de la Défense nationale et les raisons du silence « officiel ».
Les services officiels américains ont rejeté le terme de « soucoupes volantes ». En effet, s’il parle à l’imagination populaire, ce terme, à leur avis, ne fait pas sérieux. Pour les experts, le phénomène inexplicable c’est l’U. F. O., c’est-à-dire Unidentifiable Flying Object, ou, en français : objet volant non identifiable. Il ne faut pas croire que l’on admet sans discernement tous les rapports établis sur les U. F. O. En fait 50 % de ces rapports sont éliminés pour « insuffisance de précisions ». Plus de 30%, après examen, ont permis de conclure qu’il s’agissait de ballons-sondes, de phares d’avions ou de lueurs sortant des tuyères des avions à réaction, ou encore de phénomènes électroniques ou météorologiques comme les étoiles filantes. Enfin, 20 % des « visions » ont été classées comme « objets volants non identifiables ». Les descriptions fournies par les pilotes d’avions concordent généralement. Il est question d’objets en forme de disques émettant une lueur orangée qui semble s’accentuer au fur et à mesure que la vitesse s’accroît et qui se déplacent à des vitesses bien supérieures à celles des avions à réaction actuels; des disques qui pulvériseraient tout sur leur passage; des disques qui navigueraient aussi bien sur la « tranche » que sur le plan horizontal. Si l’on veut, des « yo-yo géants capables de bonds gigantesques dans la stratosphère ».
En fait, un grand pas sera accompli vers la solution du problème quand on aura pu approcher suffisamment près d’un U. F. O. pour l'examiner en détail. Jusqu’à présent, on n’a même pas pu obtenir une photographie acceptable. Celles que l’on possède ne montrent qu’une simple lueur.
Comme bien on pense, le livre du commandant Keyhoe a soulevé de nombreuses controverses et les clans s’affrontent : ceux qui y croient et ceux qui n’y croient pas. Dans « Le Figaro » du 30 novembre 1953, un spécialiste des questions scientifiques, M. Pierre Devaux, sous le titre : « Quelle valeur peut-on accorder au dossier des soucoupes volantes ? » se montre assez sceptique. Il constate cependant que devant la masse d’observations apportées par l’officier américain, on ne peut traiter le problème à la légère et déclarer que « ça n’existe pas ». S’il estime que les « soucoupes » en elles- mêmes sont discutables, la psychose des soucoupes est chose sérieuse. Un ingénieur spécialiste des engins « autoguidés » et « téléguidés », tels les V2 pendant la guerre, s’étonne qu’on n’ait jamais retrouvé aucun fragment métallique de ces fameuses soucoupes. On ne signale nulle part, de façon certaine, un point de chute ou d’atterrissage de ces engins. A son avis, cela suffirait à infirmer l’hypothèse soucoupes- engins guidés ou automatiques.
Reste à trouver une explication aux phénomènes observés. « Si les soucoupes, écrit Pierre Devaux, ne sont pas une illusion, si elles ne peuvent être des engins « habités » par des pilotes semblables à nous, comment expliquer leurs manœuvres puissantes et rapides, leur vitesse, leur comportement « intelligent » au plus haut point en certaines circonstances. »
Le commandant Keyhoe en arrive à l’explication la plus fantastique ; l’hypothèse interplanétaire. D’après cette hypothèse, les soucoupes viendraient de la planète Mars et seraient montées par des Martiens qui s’efforceraient d’espionner les Terriens. Mais M. Devaux repousse cette explication parce qu’aucun observatoire astronomique n’a jamais aperçu une soucoupe volante. « On sait pourtant, écrit-il, avec quel soin ils examinent continuellement au télescope et à l’aide de clichés photographiques tous les cantons de la voûte céleste; les plus minuscules petites planètes ont été cataloguées... et des engins aussi spectaculaires que les soucoupes leur auraient échappé ? C’est invraisemblable. »
Interrogé, M. Couderc, astronome à l’Observatoire de Paris, a déclaré : « Il faut une longue éducation pour faire un observateur de qualité, à l’abri des illusions et des psychoses grégaires. Que de fois Vénus ou Jupiter ont été pris pour des feux terrestres... même par des officiers de marine! Seul compte le témoignage des astronomes professionnels et de leurs clichés, qui demeurent résolument muets sur le chapitre des soucoupes. » Il s’agirait donc, d’après Pierre Devaux, de « phénomènes lumineux » comme on en a déjà observés à Florence le 9 décembre 1751, sur une ville du Massachusetts, en 1846, où l’on vit un disque lumineux, dans les mers de Chine, en 1893, où l’officier de quart du navire anglais « Carolina » donna l’alerte en observant « des globes de feu qui montaient, qui descendaient et tournaient ensemble, changeaient constamment de formation et prenaient quelques fois la forme d’un croissant ». On pourrait multiplier les exemples,
L’ingénieur G.-A. Grégoire, ancien polytechnicien à l’esprit fécond, grand chercheur dans le domaine de l'automobile, n’est pas du tout d’accord avec M. Pierre Devaux dans « Le Figaro » du Ier décembre dernier, estime que l’hypothèse interplanétaire expliquant les soucoupes volantes n’est pas invraisemblable. Pourquoi veut-on que les Martiens soient des êtres semblables à nous « Si l’on y réfléchit, écrit M. Grégoire, il n’y a pas de raisons que ces êtres lointains soient des caricatures de Terriens plutôt que des créatures absolument différentes. Leur aspect physique peut être sans aucun rapport avec le nôtre, leur taille de dimension d’une souris ou même d’une fourmi. Leur système respiratoire et circulatoire peut ne pas exister ou fonctionner de toute autre façon que le nôtre. Il est même raisonnable de penser que ces être construits d’une autre façon que nous ne pourraient pas subsister dans notre milieu terrestre. »
Et M. Grégoire nous invite à la modestie. Nous avons tendance à croire que nous sommes les seuls êtres intelligents et supérieurs au monde. Qu’en savons-nous ? Les explications de l’existence des soucoupes volantes deviennent beaucoup plus faciles si on arrive arracher de son esprit cette tendance instinctive et généralisée à faire ressembler l’habitant intelligent d’une planète au Terrien. On peut admettre que ces engins viennent de la Lune, de Vénus aussi bien que de Mars.
La conclusion de M. G.-A. Grégoire est que, si ces soucoupe volantes viennent d’une autre planète, « elles sont peut-être la manifestation d’un effort de ses habitants, arrivés probablement à un état de connaissance bien supérieur au nôtre, pour entrer en communication avec la Terre ».
Nous nous garderons bien de prendre parti dans cette controverse. Nous nous sommes bornés à vous livrer les pièces du dossier. Un fait est certain : il y a dans l’atmosphère des U.F.O. . Les savants ne sont pas d’accord sur la nature de ces engins. Pour nous, simples mortels, une seule chose importe : jusqu’à présent ils se sont montrés inoffensifs. Puissent-ils le demeurer toujours.

J. DEPOIX.
Les veillées des chaumières, n°16, 74ème année, 20 février 1954


Illustrations: Deux dessins de savants qui accompagnent l'article
Couverture de Science Wonder  Stories, novembre 1929

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