dimanche 15 juillet 2012

Les dimanches de l'abbé Bethléem 2 : juin 1908 Jean Blaize : Rêve de lumière & Jules Verne, La Chasse au Météore

Chaque dimanche, ArchéoSF vous présente des extraits de Romans-Revue, périodique dirigé par l'abbé Bethléem. Il ne s'agit pas ici de faire la critique de l'oeuvre du bon abbé Bethléem mais d'y rechercher les oeuvres relevant du domaine de la science-fiction et d'y retrouver les jugements émis à l'époque de leur parution.


Le numéro du mois de juin 1908 est particulièrement riche avec deux romans conjecturaux (pour l'un ce doit être très marginal) chroniqués et quelques varia.

La rubrique « A travers les livres du mois » est signé R. Varède et donne deux ouvrages pouvant nous intéresser.

Le numéro mentionne tout d'abord un roman classé dans la catégorie « Romans mondains» qui recèlerait quelques pages utopiques : Jean Blaize (auteur né sur l'île Maurice en 1860 et mort à Versailles en 1937), Rêve de Lumière aux éditions Plon, Nourrit et Cie (1908)

Le nouveau roman de M. Jean Blaize débute par un mariage, mais il s'achève en drame, en catastrophes. Le monde, mes amis, a de terribles dessous.

Le rêvé de lumière n'est pas, comme on serait tenté de le croire d'abord, celui d'Olivier Gerdeuil, le fils du grand industriel député, qui abandonne des relations suspectes pour épouser la fille d'un aristocrate, Christiane de Verse. C'est celui qu'il ébauche quand il se prépare à résoudre la question sociale, à se dévouer pour les humbles et les petits. Projets grandioses, utopies généreuses ne peuvent se réaliser. Un beau-frère jaloux l'entraîne au fond des flots où tous deux se baignent. Christiane, qui vient de donner un fils au foyer naissant, meurt en apprenant la lugubre nouvelle.

Mais le fils vivra et accomplira les desseins paternels.

Il y a donc une idylle, puis un long essai de réforme sociale, et enfin un drame horrible, dans ce roman. C'est beaucoup : il est touffu et long. C'est trop : l'esprit est désorienté en allant d'une partie à l'autre et ne voit pas le lien logique qui unit les pages.
Les discussions religieuses y côtoient les dissertations politiques. Sans ennui pourtant. Car la manière de M. J. Blaize n'est pas sans charme. Son livre, décousu un peu, est écrit.

Et ce dernier jugement : « Rêve de lumière est d'un progressisme extravagant jusqu'à l'utopie ».

La Chasse au météore de Jules Verne, paru en 1908, quant à lui, est classé dans les «romans à lire »

La Chasse au Météore, roman aux allures scientifiques, aux aventures étonnantes et merveilleuses, instructif et amusant qui fait regretter davantage encore le délicieux écrivain qui charma les jeunes gens et les enfants...

Deux savants-amateurs d'Amérique découvrent en même temps un météore. C'est un bolide d'or qui ferait la fortune du monde. Il les rend malheureux : ils se jalousent, ils rompent le mariage projeté entre leur neveu et leur fille. Mais un Français original a inventé une machine qui attire vers la terre ce météore fabuleux. Il tombe enfin au Groenland, a deux pas du savant français. Celui-ci, apprenant les troubles et les disputés causés par ce bolide, dédaigneux de l'argent, l'attire vers la mer où il s'effondre enfin.

Tout le monde alors se réconcilie. Suivent un mariage et un divorce bien américains.

Cette histoire invraisemblable est aimablement contée, vivante et mouvementée. Elle fera les délices des jeunes lecteurs, et des autres, tout en leur apprenant, morale pratique, que l'or est bien loin de faire le bonheur.

Pour l'anecdote on relèvera dans « A travers les périodiques » la mention d'un article sur le diabolo comparé entre autres choses à un « monstre infime de l'espace, oiseau de la planète Mars » paru dans L'Illustration du 16 mai 1908 :

H. LAVEDAN : Courrier de Paris. — Sur le « diabolo». « Une fois parti, cet étrange objet, ce double disque de caoutchouc, selon la main qui lui imprime le vol, la direction et la vie, prend en l'air les aspects les plus variés. Tour à tour, c'est une alouette qui monte et à laquelle il ne manque que de chanter ou bien un bouchon de Champagne qui semble sauter tout droit du goulot de quelque invisible et féerique bouteille, ou une noire chauve-souris, ou bien une manière de champignon, de cèpe ailé, monstre infime de l'espace, oiseau de la planète de Mars, et rien n'est plus curieux que de le voir, innombrable, monter et redescendre alternativement sans bruit, dans un incessant va-et-vient de chandelles romaines. »

Pour finir cette question d'un lecteur:

Ne pourriez-vous pas donner une classification des illustrés qui se vendent à profusion dans les bibliothèques des gares ?

On trouverait-là des renseignements précieux et un moyen de prémunir la jeunesse trop friande de ces publications. Ce serait opportun avant l'ouverture des vacances.

R. — Ah ! s'il suffisait de renseigner la jeunesse pour la prémunir !

Nous avons sous les yeux la « liste des journaux et publications dont le transport par chemin de fer est interdit en Belgique.» : c'est une série d'illustrés obscènes dont les titres mêmes sont scandaleux.
Nous ne la publierons pas. Nec nominetur in vobis. Nous plaignons les jeunes gens qui achètent dans les gares tout ce qui frappe leurs regards.

A dimanche prochain !

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