mardi 4 septembre 2012

La rentrée des classes du futur (1956)

En 1956, on imaginait la rentrée des classes telle qu'elle se passerait dans un futur lointain, soit 50 ans plus tard. Ce texte est paru dans Meccano Magazine qui accueillit quelques textes et images relevant de la science fiction ou de l'anticipation comme cette interrogation extraterrestre sur nos moyens de voler. Jean-Claude Soum a livré plusieurs anticipations comme cette rentrée des classes en 2006 (texte paru en 1956).

Ceci n'est pas un récit de science-fiction. Notre collaborateur Jean-Claude Soum imagine la rentrée des classes dans cinquante ans en s'appuyant sur les données delà science d’aujourd'hui. Tous les appareils décrits existent actuellement à l'état de prototypes ou font l’objet d’études de laboratoire. Dans quelques dizaines d'années, ils seront donc largement répandus, rendant plus agréable l'existence de l'homme.
Voici donc un premier échantillon de la vie en l’an 2006. D’autres suivront désormais régulièrement.

« Rien n'a changé, songe mélancoliquement Jérôme les yeux fixés sur le calendrier arrêté au 30 septembre 2006. Il faut toujours aller en classe. Les savants ont été incapables de supprimer cette corvée ! »
Jérôme a douze ans. Blond aux yeux bleus, les genoux couverts de pansements, témoins de son esprit bagarreur ; il est dans toute l'acception du mot un bon petit diable. Vautré dans un immense fauteuil, il réfléchit en mordillant son pouce.
A maints égards, la chambre où il se trouve étonnerait le lecteur de 1956. Pas d'ampoules au plafond, ni lampadaire dans un coin. Pourtant il fait clair dans la pièce, en dépit de l’heure tardive: 20 heures. La lumière est dispensée par la fenêtre qui est transparente le jour et lumineuse dès la tombée de la nuit. A la tête du lit, s’ouvrent béants deux mystérieux coquillages blancs : des haut-parleurs anti-bruit. Ils émettent pour chaque onde sonore reçue une autre onde qui la neutralise. Aussi, un calme impressionnant règne dans la chambre où l'on peut remarquer encore : un purificateur d'air à rayons ultra-violets, un réchaud-réveille-matin musical. Sur le lit une seule couverture mais chauffante, à thermostat. Le classique radiateur est remplacé par un système d'air conditionné puisant de l'air chaud... Tous ces appareils apparaissent d'ailleurs bien ordinaires aux yeux de ce jeune Français de l’an 2006.
Brusquement, une voix claire emplit la pièce :
- Jérôme, que fais-tu dans ce fauteuil ? Demain, c’est la rentrée, dépêche-toi.
- Oui. maman.
Jérôme lance un coup d’œil à la télévision qui, placée en haut d’un mur, embrasse toute la pièce. Il y voit le visage furieux de sa maman. C’est bien là l’envers de la médaille du progrès !
Grâce à une chaîne d’écrans de télévision placés dans toutes les pièces, maman sait à n’importe quel moment ce que fait son fils. Il lui suffit de tourner un bouton. On comprend la haine que voue Jérôme à la télévision ! Il la compare à un implacable et sournois espion qui épie le moindre de ses gestes.
L'an dernier, avec son frère Gilles, quatorze ans, il a saboté l'installation. Hélas ! le résultat n’a pas été à la mesure de leurs efforts. Alors que tout était réparé en quelques heures, nos deux saboteurs en herbe avaient reçu une retentissante paire de gifles et avaient été envoyés au lit, sans souper. Par dépit, Jérôme, le lendemain, avait collé au mur de sa chambre une large banderole où l’on pouvait lire : « Alors, on n'encourage plus le bricolage ? »...
Mais tout ce passé est bien loin. Et Jérôme, tout en rangeant ses cahiers dans un porte-documents, songe aux vacances. Tous les quatre, papa, maman, Gilles et lui avaient pris l’avion pour aller au Brésil.
Une pensée assombrit le visage du garçon : le bac dans cinq ans ! A mi-voix, Jérôme marmonne : « Ah ! on n’a pas pu le supprimer. Il a la vie dure. Tout change autour de moi, se modernise. Lui seul reste, ce vieux vestige d'une époque révolue. » Nerveusement, il tourne le bouton d’un poste de T. S. F. placé sur son bureau. Veut-il se changer les idées en écoutant un peu de musique, une voix sombre s’échappe du haut-parleur :
« Répétez avec moi : Pussy is a cat but Jim is a boy... » . Voilà encore une rançon du progrès. Toutes les leçons expliquées en classe sont enregistrées chaque soir, Jérôme fixe la bande sur le magnétophone dont l’aspect extérieur rappelle celui d’un poste de T. S. F. Il peut ainsi écouter autant de fois qu’il lui plaît les explications du maître.
Mais il y a encore mieux. Un haut-parleur placé sous l'oreiller de son lit est relié au magnétophone. Jérôme s'endort, mais le haut-parleur n'en continue pas moins à diffuser tout doucement la leçon. Miracle : le lendemain matin, l’écolier de l'an 2006 sait sa leçon par cœur. Pendant son sommeil, son subconscient enregistre fidèlement tous les mots ! 
«  Ces appareils sont bien utiles », pense Jérôme. Sans eux, comment retenir quelque chose des différentes matières qu’on enseigne ? Son père lui dit souvent qu’en 1956 les programmes scolaires étaient chargés. lit maintenant donc : outre le français, le latin, l’anglais, l’allemand, l'histoire, la géographie, les mathématiques, on a considérablement augmenté les cours scientifiques par l’étude de l'énergie nucléaire, de la navigation spatiale, de la vie aux grandes profondeurs de la mer et dans les entrailles de la terre... Cela même pour un élève de cinquième !
Depuis le jardin montent des cris joyeux. Jérôme va à la fenêtre. En bas son frère lui fait signe : «Viens jouer avec mon avion télécommandé. » Jérôme regarde furtivement l'écran de télévision, il est sombre. Vite, quittons la pièce avant que maman le fasse fonctionner.
Et la rentrée des classes, Jérôme ?
N'y pensons pas. Elle n'a pas changé. Elle est toujours aussi triste qu'en 1956 !


Meccano Magazine, n° 1956

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