mardi 24 septembre 2013

Mrs Christian Hemmick, En 2013 (1913)

Il est des anticipations que l'on ne connaît que par ouï-dire ou par les critiques dans la presse de l'époque (Gallica est une mine pour cela).
Tel est le cas de 2013 (ou En 2013) de Mrs Christian Hemmick. J'en ai trouvé trace dans deux publications L'Aurore et Le Ménestrel et rien ne semble avoir survécu (texte, références) jusqu'à notre époque. Cette anticipation féministe semble pourtant avoir eu du succès outre-atlantique dans la ville de Washington en 1913.
Une rapide enquête sur la toile semble indiquer que Mrs Christian Hemmick est le peintre Alice Pike Barney qui a été mariée entre 1911 et 1920 à Christian Hemmick. Ses filles Natalie Clifford Barney (célèbre pour son lesbianisme militant) et Laura Dreyfus Barney (mariée au français Hyppolite Dreyfus l'introducteur de la foi baha’ie en France , fondatrice du Comité International des Femmes) – toutes deux ayant de forts liens avec la France (elles sont d'ailleurs enterrées au cimetière de Passy )– ont suivi le militantisme maternel.

2013C'est le titre d'une pièce fort divertissante qu'une suffragette notoire, Mrs Christian Hemmick, fait actuellement représenter à Washington au bénéfice de son parti.sois nous donne une vision du monde tel qu'il sera dans une centaine d'années après la grande révolution féministe. L'égalité des sexes est tout d'abord réalisée dans le costume : les Femmes ont supprimé la jupe, les hommes ont délaissé le pantalon ; tous portent une large culotte orientale joliment bouffante.Le baiser, aboli pour raison supérieure d'hygiène, n'est plus en 2013 qu'un souvenir d'une époque barbare. Les deux héros de la pièce qui se marient au dernier acte se pré- sentent devant le magistrat munis d'un certificat médical, seule pièce exigée des futurs conjoints.Au point de vue purement dramatique, 2013 est une audacieuse tentative... mais c'est un procédé de propagande, au moins inoffensif et plaisant.



Lancelot, « Echos » (extrait), L'Aurore n° 5666, 2/06/1913

En septembre 1909, on peut lire encore au sein de la rubrique "Nouvelles diverses" publiée dans Le Ménestrel (année 79, n° 38, 20/09/1913) ces lignes:


On a représenté dernièrement, sur l'un des théâtres de Washington, une comédie d'une demoiselle Christiane Kernmick, qui est, paraît-il, la directrice du mouvement féministe en cette ville. L'ouvrage, qui a obtenu, dit-on, un succès éclatant, a pour titre En 2013, et forme un tableau du monde tel qu'il sera dans un siècle, quand la révolution féministe aura triomphé de tous les obstacles et réalisé sa destinée. D'abord, et avant tout, égalité parfaite des deux sexes, qui se produira en premier lieu dans le vêtement. Hommes et femmes seront habillés comme les Turcs des mélodrames classiques : amples pantalons bouffants et petit turban. Le baiser est supprimé depuis longtemps par mesure d'hygiène. Femmes, jeunes filles, mères, soeurs et enfants se font le salut de bienvenue ou de départ avec un petit geste de la main, comme chez nous deux amis à distance l'un de l'autre. Mari et femme font la cuisine tous les deux, sans privilège, ensemble ou chacun leur tour. De môme, ils lavent la vaisselle, balayent l'appartement et époussètent les meubles. Il est vrai que l'application d'appareils électriques rend ces diverses opérations très simples : il suffit de placer la machine à l'endroit voulu et de la mettre en mouvement. Naturellement, la gent domestique a complètement disparu (ça, ce n'est pas un mal). Il va sans dire que chacun fait son lit pour son propre compte. Ce qui est intéressant, c'est l'arrivée des fiancés devant le magistrat pour se marier : ici. ni cérémonie, ni parents, ni témoins. Les deux jeunes gens se présentent seuls, montrent un certificat médical qui constate, avec leur bonne santé de corps et d'esprit, leur aptitude au mariage, et cela suffit. Le fonctionnaire voit, approuve, et cette simple approbation consacre le mariage. Rien de plus simple. — Il nous semble qu'il y a là un joli sujet à traiter pour les revues de fin d'année.

A lire sur ArchéoSF (anticipations féministes):

Source des articles: Gallica.

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