jeudi 3 octobre 2013

Frères Cogniard, En 1840 et 1940 (1840)

La semaine dernière, j'évoquais l'anticipation féministe En 2013. Cette pièce de théâtre ne semble avoir laissé aucune trace. Peut-être le livret dort-il au fond d'une bibliothèque...
Voici une autre oeuvre théâtrale, une revue comme on en faisait au XIXème siècle, dont l'intérêt dramatique était soutenue par une machinerie complexe et impressionnante pour l'époque.
Ce qui est amusant ici c'est que l'oeuvre des frères Cogniard datant de 1840 est rappelée un demi-siècle plus tard au sujet d'une nouveauté en 1897, nouveauté dont on n'apprendra pas grand chose dans cet article...


Les Variétés vont donner, dans quelques jours, leur revue annuelle, Paris qui marche, et ainsi que le titre l’indique, l'automobilisme et les divers au­tres moyens de locomotion parisienne doivent jouer un certain rôle dans l’affaire.
Or, il y a tout bonnement cinquante-sept ans, en l'an de grâce 1840, on donnait à la Porte-Saint-Martin, une revue des frères Cogniard, intitulée 1840 et 1940. où précisément la question de locomotion était une des curiosités de la pièce.
En ce temps-là, on jouait volontiers des revues à la Porte-Saint-Martin, qui n’était pas exclusivement consacrée au drame, et parmi celles-ci, 1840 et 1940 a compté comme un grand succès, et laissé une répu­tation de célébrité. Le sujet en était, d’ailleurs, des plus ingénieux, on y passait en revue, Paris en 1840, c’est-à-dire l’année même où on jouait la pièce, et Paris en 1940, c’est-à-dire cent ans après. .
Or, en 1840, les chemins de fer étaient à peine vul­garisés, presque de création nouvelle ; il n’y avait encore que quelques lignes installées et de court tra­jet ; aussi le « clou » de la revue, c’était de faire voir les Parisiens de 1940 se promenant sur le boulevard grimpés sur de petites locomotives qu’ils condui­saient eux-mêmes, les chevaux ayant été supprimés.
Que dites-vous de l’à-propos ? Voilà qu’à peine un demi-siècle s’est écoulé et déjà cette fantaisie soit-disant irréalisable, et qui faisait rêver nos pères, s’est réalisée, car, en résumé, les automobiles ce sont bien les petites locomotives personnelles prévues en 1840.

***

Dans cette même revue, deux ballons dirigeables se croisaient dans les airs, montés par deux jeunes « incroyables », deux « lions », disait-on alors.
Eh quoi, Gaston, sorti d’aussi bonne heure; il est à peine neuf heures du matin? criait un des aéronautes à son voisin, en le croisant au passage.
Ne m’en parle pas, Gaétan, répliquait l’autre, j’ai des amis à déjeuner et les cigares de la Régie sont si mauvais (déjà!) que je vais acheter quelques puros à la Havane. Mais ne me retarde pas, il est neuf heures et demie, et il faut que je sois rentré avant midi. A tantôt, au revoir!
Et les deux ballons partaient, chacun de son côté; à la grande joie du public.
Rien ne prouve, au train dont vont les choses, qu’en 1940, on n’ira pas en ballon chercher des ci­gares à la Havane, 1e matin, lorsqu’on aura des amis à déjeuner.
Il semble que rien ne soit impossible, d'autant mieux que, dans cinquante ans, tout porte à croire que les cigares de la Régie seront encore aussi mauvais qu'aujourd'hui.

Le Gaulois, n° 5831, 28 octobre 1897

En 1840 et 1940 a été jouée en 1841 (et s'en trouvée intitulée En 1841 et 1941). S'agit-il d'une erreur du rédacteur du Gaulois? ou bien y-a-t-il eu deux saisons? Toujours est-il que Joseph Méry a proposé une critique de cette revue ( à lire sur ArchéoSF)



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