mercredi 31 décembre 2014

Meilleurs voeux pour 2015 !


mardi 30 décembre 2014

En l'an 2000 : la fin des piétons (1956)

Une petite blague parue en 1956 anticipant la fin des piétons.


En l'an 2000

Simple anticipation sur les temps futurs, mais probable au train où vont les choses.
Vers l'an 2000, un monsieur, en se présentant au bureau d'une compagnie d'assurances, demande à un employé installé derrière un guichet :
- Je voudrais m'assurer contre tout accident, déclare-t-il.
- Rien de plus simple, répond l'employé. Vous allez souvent en avion ?
- Jamais.
- En hélicoptère ? En soucoupe volante ?
- Pas davantage.
- En automobile ?
- J'ai ces moyens de locomotion en horreur.
- En motocyclette ?... En scooter, alors ?
- Non, je suis un simple piéton.
- Un piéton ! S'eclame l'employé, ne cachant son effroi. Je regrette, mais c'est trop dangereux. Aucune compagnie n'assure plus les piétons.


Journal et feuille d'avis du Valais (Suisse), 53e année, n°60, jeudi 19 avril 1956

lundi 29 décembre 2014

samedi 27 décembre 2014

Dépaquit, Prophéties météorologiques (1911)

Les prévisions météorologiques font partie des sujets de conversation préférés. Ici le savant météorologue prévoit le temps pour les siècles, voire les millénaires à venir, mais a besoin de la sagesse populaire pour connaître le temps qu'il fait présentement...








Jules Dépaquit, "Prophéties météorologiques", Le Journal, n° 6979, daté du 5 novembre 1911.
Source: Gallica

mardi 23 décembre 2014

Offre de Noël publie.net #3

C'est le moment de compléter votre collection ArchéoSF !

LES 24, 25 ET 26 DÉCEMBRE

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samedi 20 décembre 2014

Offre de Noël publie.net #1

DU SAMEDI 20 DÉCEMBRE AU VENDREDI 2 JANVIER

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mardi 16 décembre 2014

[numérique] Paris Futurs, l'anthologie mise à jour et augmentée

INFORMATION : Version numérique de Paris Futurs. Une première version a été publiée en 2013. La seconde version mise à jour et augmentée est disponible chez publie.net, collection ArchéoSF
Si vous souhaitez uniquement la version numérique, elle est disponible ici:http://librairie.publie.net/.../9782814507401/paris-futurs

Si vous aviez acheté la première version, il suffit de la mettre à jour (gratuitement).

Une version papier est aussi disponible. Face au succès des précommandes, une quarantaine d'exemplaires supplémentaires sont disponibles. Attention, ce tirage est en quantité limitée. En cas de besoin, un autre tirage sera proposé (mais pas avant mi-janvier).

lundi 15 décembre 2014

La mode en 1950 ou 2000 (1928)

Anticiper les éléments du quotidien est une occupation régulière des chroniqueurs. Ici Le petit Grégoire imagine la mode du futur...

SOURIRES


Ce que sera la mode en 1950 ou en l'an 2000 ? A ce sujet, les Américains se sont livrés à des prévisions fantaisistes. En France, nous étudions le problème plus sérieusement et j'aperçois, d'ailleurs, au tréfonds d'un article publié par le docteur P. E. Morhardt, dans la « Vie Médicale » quelques indices qui se traduiront fatalement - tôt ou tard - par des réalités...
Ce docteur, en avance d'un siècle au moins sur son époque, ne tari pas d'éloges sur le costume féminin. Et je crois, fichtre, qu'il a raison nos soeurs respirent mieux que nous, elles n'enfouissent pas leurs bras, ni leurs jambes, ni leur gorge dans des tissus épais, elles reçoivent très intelligemment le maximum de radiations solaires... Ce maximum est même franchi, en été, sur les plages, mais passons...
Il est donc scientifiquement établi que le vêtement hygiénique est le vêtement fin, aéré, transparent, décolleté.
- A bas les faux-cols ! ajoute le docteur Morhardt, s'adressant surtout aux hypertendus qui risquent chaque soir une hémorragie cérébrale... Et si vous m'en croyez, messieurs, utilisez les fards afin d'éviter les vieillissements précoces...
Très bien. Je constate avec plaisir que l'homme est appelé à s'orienter vers la dentelle, la chaussette ajourée, la poitrine au vent, pendant que la femme, de plus en plus, manifestera son goût pour le feutre à large bord, les gilets, les cravates, les bottes à l'écuyère... Laissons le temps faire son ouvrage, mais un jour - ne me demandez pas de date précise, je vous en prie un jour - les deux tendances se rejoindront : la logique exigera alors que les couturiers sortent de leurs ateliers le complet convenant aux deux sexes, le costume léger et ouvert, combinaison idéale issue de la robe et du pantalon, du veston et du corsage!...
Cette solution est conforme, après tout, aux suggestions élastiques du docteur Morhardt... Et elle implique, au surplus, une économie appréciable dans les budgets familiaux, l'habit étant endossé par Monsieur dès que Madame est de retour à la maison...
- Mais qui portera la culotte ? interroge le vieux légiste imbu des préjugés du Code Napoléon...
- La question ne se pose pas, Monsieur le vêtement unique, en égalisant les sexes, supprime le problème de l'autorité conjugale...


Le Petit Grégoire, chronique « Sourires », in L'Ouest Eclair, n° 9873, 7 novembre 1928

A lire sur ArchéoSF: La mode en l'an 2000 (1898)

jeudi 11 décembre 2014

Le Petit Grégoire, Mais que deviendra le Kid? biographie anticipée (1934)

Un petit texte paru en 1934 dans la rubrique "Sourires" à la Une de L'Ouest-Eclair imagine que le Kid du film du même nom de et avec Charlie Chaplin a vécu sa vie à l'envers, à l'instar de ce qui se passe dans L'Horloge des siècles d'Albert Robida.

SOURIRES

Mettre la charrue devant les boeufs, commencer par où l'on devrait finir, constitue un exercice acrobatique peu en vogue chez les Français : n'empêche qu'il est très américain...
En douteriez-vous en lisant la vie de Jackie Coogan ? Cette vie est une marche à rebours qui inflige un solennel démenti à tous les professeurs d'expérience et de sagesse... Elle n'est pas encore écrite, je sais... Mais je peux vous en tracer les grandes lignes :
«En 1919, cinq lustres brillant sur sa jolie tête, Jackie avait déjà conquis une gloire mondiale réservée d'ordinaire aux vieillards éminents... Entre deux parties de bille, il tournait les chefs-d'oeuvre de l'écran, lesquels tournaient ensuite tous les cervelets de la planète... On l'appelait l'enfant prodige en réalité, il était le vieux « prégosse », c'est-à-dire le mortel qui a été quinquagénaire avant d'être gamin.
« En 1924, l'artiste couvert de lauriers et de dollars prenait une retraite bien gagnée. A l'âge de dix ans, on aspire non à la pompe mais au repos - cela se conçoit - quand on a porté la perruque des jeunes premiers d'Hollywood et abîmé ses prunelles aux feux pleins d'artifices des sunlights...
« En 1935, ayant décroché sa majorité à la manière d'un président du Conseil luttant contre les coups du destin, le petit père conscrit obtenait la démission de son conseil judiciaire... Tout comme un barbon séquestré en raison de ses folles dépenses.
« En 1955, Coogan songea - il n'est jamais trop tard pour bien faire - à acheter un peu d'instruction... Il en avait les moyens... On le vit, quadragénaire studieux, briller dans la lecture et l'écriture. Vers 1960, il passait son certificat d'études américaines.
« Enfin, en 1985, il atteignait l'enfance, cette enfance joyeuse et sans soucis qui laisse de si beaux souvenirs chez les hommes... »
Ainsi se termina l'aventure fantastique du « Kid » qui descendit le chemin de l'existence au lieu de le monter...
Plus tard, les enfants d'Amérique étudieront, non sans ébahissement, cette course d'une lumineuse écrevisse dans le livre que prépare un érudit californien et qui aura pour titre « De viria illustribus urbis... Hollywoodis ».


Le Petit Grégoire, « Sourires », L'Ouest Eclair, n° 13873, 31 octobre 1934.

Notes:
Il y a des coïncidences étonnantes entre la vraie vie de Jackie Coogan et cette biographie fictive:
En 1935, il a 21 ans, il gagne un procès lui permettant de récupérer une partie des droits dont il avait été spolié par sa mère et son beau-père.
Dans les années 1960, il ne s'instruit pas mais joue dans la série La Famille Adams (il incarne l'oncle Fester).
Il n'atteint pas tout à fait l'enfance en 1985 car il meurt d'une crise cardiaque en 1984.

mardi 9 décembre 2014

Octave Uzanne, Les Bibliothèques de l'avenir (1901)

Les Bibliothèques de l'avenir 


Les bibliothèques de l'avenir, dit M. Octave Uzanne dans la Revue franco-allemande du mois de février dernier, ne contiendront qu'un choix de livres très judicieux. Aucun roman, fort peu d'ouvrages de poésie, quelques rares récits historiques, de nombreuses bibliographies, des dictionnaires spéciaux à pleins rayons et des œuvres de référence autant que possible. A ce fonds de roulement on joindra une pharmacie de l'âme, c'est-à-dire une sélection de moralistes blacks and whites, faits pour être lus selon les éclairages intérieurs et d'après les élévations du thermomètre intellectuel,'a niveau des mélancolies ou des joies excessives.
« Les romans, ces dupeurs d'imagination et ces inutiles gaspilleurs de temps seront a jamais proscrits, ainsi que les œuvres de théâtre, qu'on pourra voir interpréter – et encore - mais qu'on ne lira plus. Le bibliophile, devenu pratique, considérera sa bibliothèque comme un immense directory des littératures universelles, comme un guide à travers les connaissances générales de la bibliographie, comme une source claire de tous renseignements littéraires. On collectionnera les index de toutes natures, les encyclopédies condensées, les glossaires des mots et des choses, les compendiums des sciences modernes, de façon à posséder sous la main, en un cabinet confortable, une sorte de bibliothèque servant d'office à toutes les littératures du monde. Tous les livres seront solidement reliés avec certaines allégories ou symboles sur les dos, afin de faire reconnaître leur classement, leur nature ou leur genre.
« Il m'est avis qu'aucun bibliophile de l'avenir ne possédera plus des masses de livres très encombrants et d'autant plus pénibles à consulter que trop souvent y manquent les tables et les index.
« Mais, comme la curiosité, la science, l'amour de l'étude, la passion des écritures d'art ne perdront pas leurs droits, le lettré du XXe ou XXIe siècle sera abonné à quelque cercle considérable, sorte de Polybilion club, où il aura, a sa convenance, pour lire sur place en de merveilleux salons silencieux – sinon pour emporter domicile –tous les ouvrages dont ces index auront bien pu lui révéler l'existence. Ces polybiblion clubs seront constitués aisément au capital de deux ou trois mille sociétaires, lesquels, par esprit de tranquillité et aussi d'économie, ne trouveront pas excessif de verser, comme cotisation annuelle à ces bibliophilic clubs un millier de francs, afin de constituer à cette maison de science une rente générale de 2 à 3 millions nécessaires à l'achat et à l'entretien des livres et au train des conservateurs. On peut concevoir aisément quel allégement ce sera pour les bibliophiles que d'être relevés du souci d'entretenir une grande bibliothèque. Ils obtiendront téléphoniquement de leur club des renseignements et des assurances d'envois de livres, et ils ne conserveront à leur disposition, en une seule armoire, que le matériel nécessaire a. l'aiguillage de leur intelligence sur toutes les voies possibles de la littérature, de l'histoire, de la science, de la théologie et des voyages, » Octave UZANNE (Revue franco-allemande, février 1901).



In Revue universelle, 1901.

A consulter : le blog Octave Uzanne
A lire chez Publie.net : Albert Robida et Octave Uzanne, La fin du livre (1895)
Illustration : La fin du livre, illustration de Robida

lundi 8 décembre 2014

Rêves d'hier, réalités d'aujord'hui (1959-1960)

La collection de vignettes Les Merveilles du monde éditée par le Chocolat Nestlé et le Chocolat Kohler proposait en 1959-1960 une série d'images consacrées aux rêves d'hier devenus réalités à la fin des années 1950. On y trouve des images inspirées de Robida et d'autres grands illustrateurs ayant anticipé l'avenir.

En voici quelques exemples :







dimanche 7 décembre 2014

Paris Futurs en précommande : la page Facebook

Les précommandes pour Paris Futurs se terminent le 12 décembre. Il ne vous reste plus que quelques jours pour y participer.
Paris Futurs est une anthologie rassemblant 18 textes narrant l'avenir de Paris. Ces textes ont été publiés entre 1830 et 1906 et n'ont jamais été pour la plupart réédités depuis.

Une page Facebook est dédiée à cet événement.

Les précommandes se font sur le site compagnon de la collection ArchéoSF.

samedi 6 décembre 2014

Clémence Roberte, Paris en ruines (critique, 1840)

Le poème "Paris en ruines" recueilli dans Paris Futurs a fait l'objet
d'une critique au moment de sa parution en 1840.  
Le critique en fait la pièce majeure du recueil Paris Silhouettes (1840). 



Dans quelques jours le Salon va s'ouvrir, il nous donnera l'occasion de nous étendre à ce sujet; pour aujourd'hui, parlons de poésie et surtout parlons du recueil que vient de publier mademoiselle Clémence Robert, sous le titre de Paris Silhouettes. Poëte passionnée et ne sacrifiant rien aux idoles du jour, mademoiselle Robert ne s'arrête point à ces sujets légers, badins, sans portée, mais sa muse grave, sérieuse, s'inspire à de plus hautes pensées; ici, dans une pièce intitulée : Paris en ruines, l'auteur anticipant sur l'avenir, va, nouveau Jérémie, pleurer sur les ruines de la nouvelle capitale du monde, et foulant les ruines de celle grande et noble cité , elle invoque les dieux, elle invoque les arts, mais :

Les dieux, les arts sont morts. — Les artistes aussi :
Ils croyaient en leurs dieux , en leurs oeuvres ici ;
Ils voyaient rayonner cette double étincelle
Du sujet et de l'art qui fait l'oeuvre immortelle ,
Ils croyaient vivre au loin tous les siècles durant,
Folie! orgueil humain!...

Après nous avoir montré Paris en ruines et le néant humain, l'auteur nous fait voir les arts immortels, vainqueurs même des ruines et des ravages du temps, car là sous ces débris, dans ce chaos, pour montrer la puissance des arts:

On y voit un Hercule enchaîné sous un arbre
Dans les noeuds du lichen, cette rouille du marbre ;
Une Vénus couchée et le jet de jasmin
Remplaçant la ceinture autrefois à son sein ;
Puis les vierge; du ciel, les roses séraphiques
Que l'art faisait éclore en ses jardins bibliques.



Enfin après nous avoir promenés sur ce désert, sur ce Paris en ruines, l'auteur termine en ne laissant plus pour seul personnage de cette scène lugubre, qu'un vautour perché sur l'une des colonnes mutilées du Louvre.

mercredi 3 décembre 2014

Discours de Jean Vignaud pour les obsèques de JH Rosny aîné (1940)

Le Temps, quotidien fondé en 1861 et disparu en 1942, propose dans son édition du 20 février 1940 une relation des obsèques de JH Rosny aîné. Jean Vignaud, président de la Société des gens de lettres, prononce à cette occasion un discours dont des extraits sont repris. Pour l'anecdote, rappelons que Jean Vignaud fut retenu pour le premier prix Goncourt décerné en 1903. Il obtint 1 voix pour Les Amis du peuple contre 3 voix se portant sur Ville Lumière de Camille Mauclair et 6 voix pour le lauréat John-Antoine Nau et son roman de science-fiction Force Ennemie (1).

Obsèques de M, J.-H. Rosny aîné
président de l'académie Goncourt

Ce matin, à 10 h. 15, ont eu lieu les obsèques de M. J.-H. Rosny aîné, président de l'académie Goncourt, président honoraire de la Société des gens de lettres. De nombreux amis appartenant au monde de la littérature et des arts s'étaient réunis à la maison mortuaire.
Des discours ont été prononcés, notamment par le professeur Jean Perrin, de l'Académie des sciences, ancien sous-secrétaire d'Etat à la recherche, scientifique, parlant au nom de M. Yvon Delbos, ministre de l'éducation nationale, par M. Léo Larguier, au nom de l'académie Goncourt, et par M. Jean Vignaud, président de la Société des gens de lettres.

Discours de M. Jean Vignaud

M. Jean Vignaud a retracé en termes émus la longue et brillante carrière de son maître et ami, auquel il a apporté le tribut d'admiration et de reconnaissance de tous les écrivains de France. Après avoir dit quelle impression de nouveauté et de force avait produite 1 apparition de son premier roman Nell Horn, et passé en revue ses romans préhistoriques tels que Vamireh, la Guerre du feu, et ses autres romans de mœurs révolutionnaires : le Bilatéral, les Amours rouges, la Charpente et l'Impérieuse bonté, M. Jean Vignaud a dit en ces termes quels étaient les dons magnifiques de l'illustre écrivain, et quel fut le retentissement de son oeuvre :
De cette oeuvre énorme à laquelle collabora pendant plusieurs années Rosny jeune, que nous associons aujourd'hui dans notre admiration et notre chagrin, on ne peut, faute de temps, que souligner la grandeur et le rayonnement. Hors de nos frontières, certains écrivains, comme Wells, devenus justement célèbres, se sont inspirés. de ce merveilleux sçientifique dont Rosny aîné a été le créateur. « Il possède, a dit de lui le grand savant Jean Perrin, une connaissance vaste et précise des lois de la nature. Mathématiques, astronomie, physique, géologie, biologie lui sont également familières. En science comme en littérature, Rosny, a les dons d'un créateur génial. « Après la lecture de bon beau travail: le Pluraliste, Jean Perrin a dit combien il regrettait que Rosny n'ait pu trouver le temps nécessaire à l'expérimentalisme. Observation pénétrante, rigueur logique, imagination prodigieuse, sens profond de la beauté propre aux sciences « ce sont plus qu'il n'en fallait, dit-il, pour en faire un des premiers physiciens de tous les temps ». Enfin, l'imagination du romancier est si puissante qu'elle donne à ses productions la réalité des choses vues.
Chacun de ses personnages, - a dit plus loin M. Jean Vignaud - se demande avec désespoir au nom de quelle fatalité la vie est toujours souillée par les ténèbres du meurtre. Depuis vingt-cinq ans, les hommes de notre temps tiennent le même propos. Et quand Rosny aîné parle de ces ferromagnetaux, de ces êtres de fer vivant qui cherchent à précipiter la mort de l'humanité, il semble qu'il ait prévu la barbarie germanique, qui par ses déportations de peuples, par le rétablissement de l'esclavage, par sa haine de tous les cultes, voudrait ramener une partie de l'Europe aux jours les plus obscurs de la préhistoire, et faire peser sur ses populations je ne sais quelles vieilles terreurs primitives. Mais le .visionnaire aura raison jusqu'au bout, car il nous montre dans tous ses romans l'esprit d'union et d'amour triomphant de la-férocité et de l'infamie.
Dans les fresques révolutionnaires brossées par J.-H. Rosny aîné, ses personnages les plus audacieux défendent éloquemment l'idée de patrie. Il fut aussi un ardent féministe.
Si la foule n'a pas entendu ses prophéties, ses cris d'alarme ou ses appels désespérés, a dit en terminant M. Jean Vignaud, c'est parce que, semblable aux grands oiseaux du large, il est demeuré au-dessus d'elle, trop haut dans l'espace. Il n'a jamais, par des complaisances, par des compromissions, par des soumissions, recherché ses suffrages. Il a demandé à son art seul des forces secrètes et des points d'appui. C'est pourquoi Rosny aîné représente pour nous, ses admirateurs et ses amis, l'homme de lettres fier, pauvre, indépendant, l'artiste à l'état pur, l'honneur et la dignité de notre profession.


In Le Temps, n° 28647, 20 février 1940

Jean Vignaud prononça en 1936 un discours en l'honneur de JH Rosny aîné que l'on peut lire sur le blog JH Rosny.

(1) Force ennemie de John-Antoine Nau est disponible aux éditions Publie.net dans la collection ArchéoSF.

vendredi 28 novembre 2014

J.H. Rosny Jeune, Les pilules de Berthelot (1941)

Dans cet article, JH Rosny fait référence au célèbre discours du chimiste Berthelot annonçant l'avènement de la nourriture sous formes de pilules. Il évoque aussi des textes de fiction et pose la question de la valeur anticipatrice de la littérature d'imagination scientifique.

Les pilules de Berthelot par J.H. Rosny Jeune
Président de l'Académie Goncourt



Dans ma jeunesse, les auteurs aimaient parler de l'époque où il suffirait d'avaler quelques pilules pour arriver à nous sustenter. Les repas, ces lourds repas où la chair se délecte, n'existeraient plus pour une humanité vivant d'amour et d'eau fraîche. C'était à la fois un sujet de moquerie et on ne sait quelle espérance pour les âmes éthérées. Personne, bien entendu, n'y croyait. Mais il faut se défier de l'imagination humaine: elle va toujours plus loin qu'on ne croit ; elle nous devance par une intuition supérieure sur la route de la chimère, et un jour, triomphante elle s'écrie « Je vous l'avais prédit ! » On a donc pu affirmer avec quelque apparence de raison que d'avoir imaginé un phénomène devient presque une preuve de sa prochaine apparition sur le terrain de la réalité. Goncourt, qui prenait des notes au diner de Magny, écoutait volontiers le grand chimiste Berthelot lui expliquant qu'on pourrait un jour se nourrir avec des pilules. Il lui racontait aussi qu'on vendrait force motrice chez les épiciers. Cela semblait fabuleux, et pour ce qui est de la force motrice, cela s'est de point en point réalisé, car l'automobiliste qui va chercher un bidon d'essence chez le Potin de l'étape achète bel et bien de la force motrice... Et nous pourrions multiplier les exemples. Tout ce que nous voyons au cours de guerre ne se trouve-t-il pas en principe chez Jules Verne ? Le « Nautilus » est bien l'ancêtre du sous-marin, le ballon dirigeable qui vogue à travers l'Afrique devance le Clipper américain, le grand canon de la Terre à la Lune annonce le canon Calais-Douvres ; l'explorateur du ciel, le professeur Piccard, va devenir l'explorateur de la mer profonde, et ce n'est pas en quatre-vingt jours qu'on fait aujourd'hui le tour du monde, ce n'est pas même en quatre-vingts heures. Ne sera-ce pas demain en quatre-vingts minutes ?...
Pour en revenir aux pilules de Berthelot, observons que le chimiste s'était complètement trompé quant à la voie à suivre. En bon chimiste, ami de nos savants médecins, il était allé par le chemin le plus court : son hypothèse prévoyait la formidable condensation de substances alimentaires : du bifteck comprimé, réduit à ses éléments. Les véritables précurseurs furent ici nos midinettes. Et faut avoir vécu de mon temps pour savoir avec quel mépris les savant» médecins parlaient des crudités. Ces choses-là, ne possédant aucune valeur nutritive, ne faisaient qu'encombrer les organes digestifs : elles propageaient les pires maux, poussaient à la déchéance et à la mort. Mes camarades et moi n'écoutions rien de tout cela ; nous n'aimions les carottes et les navets que crus, les pommes que vertes, les châtaignes que déchirées à belles dents. Les cousettes, les foudres d'Esculape, se refusaient à lâcher la laitue. la romaine, les coquillages. Il n'y avait pas jusqu'à ces pauvres petites chlorotiques qui ne rêvassent de dévorer des aliments extraordinaires : des araignées, des trognons de choux, et tant d'autres picas, craie, charbon dont les chers maîtres familiers des pièces de Molière, riaient à se tordre. Et pourtant, là était le salut. La chose débuta, si je ne me trompe, avec le béribéri, une maladie des plus dégoûtantes qui vous gangrenait les membres, vous faisait mourir morceau par morceau. Une goutte d'un liquide recueilli sur l'enveloppe des grains de riz suffit à réduire à néant ce mal épouvantable... On n'était, d'autre part, déjà aperçu que le scorbut, autre plaie de nos malheureux marins d'Islande, de nos voyageurs au pôle Nord, se guérissait de grains de moutarde, du jus de citron, des oignons crus. La vitamine C ou D fut ainsi découverte. Les cures héroïques de foie de morue n'eurent plus de secret pour nos Esculape. Ce n'était pas tant l'huile, corps gras à qui, à défaut d'autres suppositions, on faisait honneur des plus miraculeux redressements de la santé, c'étaient des particules microscopiques, les vitamines D, les vitamines C, rien du tout, qui agissaient avec une efficacité merveilleuse. Les pilules de Berthelot cessaient d'être des résumés de rôtis à la broche ou de poulets à la crème : c'étaient des atomes crochus qui s'accrochaient aux organismes les animaient, ne les lâchaient plus.
Pour beaucoup de gens encore, les vaisseaux remplis de vitamines que les Américains nous envoient sont une inconcevable surprise. Quoi ! ces bonbons que vont sucer nos gosses, qu'on va leur distribuer comme des bons points, ces pastilles, ces boules de gomme, en pralines au chocolat, c'est de la supernourriture ! Cela cale nos viscères, fait pousser nos membres, augmente notre poids, développe notre cerveau. Des Industries sont nées, toutes plus singulières les unes que les autres, fouillant avec de petits instruments subtils les graines de nos céréales, les pépins de nos fruits. Que dis-je les graines ? Les points germinatifs, les gemnules, la peau des oranges et des citrons, rien n'échappe à ces chasseurs d'atomes. il leur faut des vitamines A, B, C, D, des semences de vie Quand ils en ont recueilli de quoi remplir un dé à coudre, ils n'ont pas perdu leur journée. Nous sommes affamés, nous crions misère, nous nous sentons chaque jour plus faibles, plus languissants. Que croyez-vous qu'on va nous envoyer ? Que croyez vous qu'un blocus impitoyable va livrer aux poissons de la mer ? Des vitamines, encore des vitamines.
Les pilules de Berthelot !




Publié dans Le Petit Parisien du 27 février 1941

jeudi 27 novembre 2014

Paris Futurs : une anthologie de SF ancienne en pré-commande


ArchéoSF balaye l’ensemble des genres de la science-fiction ancienne et se propose de dénicher des perles rares, de remettre au goût du jour des textes oubliés, des anticipations, des aventures extraordinaires, des utopies, des uchronies, des histoires de savants fous, des récits préhistoriques…

Cette collection dirigée par Philippe Éthuin, née en numérique aux éditions publie.net (une vingtaine de titres, d’autres à venir très bientôt), et sur le web avec son site compagnon archeosf.publie.net où sont régulièrement mis en ligne des textes tout droit sortis de nos archives, saute désormais le pas du papier et propose ce premier fascicule autour des Paris du futur, imaginés, fantasmés, rêvés par des écrivains des XIXeet XXe siècles. Paris en ruines, Paris ville-lumière, Paris utopique, Paris dramatique, Paris sous la glace… Dix-huit textes pour vous faire voyager dans le temps et jouer aux archéologues du futur.

Table des matières

Les Ruines de Paris. Songe — Roland Bauchery
La ville nouvelle ou le Paris des Saint-Simoniens — Charles Duveyrier
Paris en ruines — Clémence robert
Paris futur — Théophile Gautier
Paris futur — Joseph Méry
Paris futur — Victor Fournel
L’avenir — Victor Hugo
Transformation de Paris — Tony Moilin
Les ruines de Paris — Gustave Nadaud
La vie à Paris en 1987 — Mirliton
Paris futur — Pierre Véron
La statue de Gambetta en l’an 2000 — M. Millaud
Le Paris futur ou l’An trois mille sept cent quatre-vingt-neuf — Arsène Houssaye
La mort de Paris — Louis Gallet
Paris futur — Jules Hoche
En 2305… De certaines peintures découvertes dans les ruines de Paris — François Crucy
L’inscription — Eugène Fourrier
L’inondation du métropolitain — Paul Vibert

PUBLICATION 12 décembre 2014
PRIX 12€
PAGES 80
ISBN 9782371760295
DISPONIBILITÉ : en précommande, voir informations ci-dessous.
FORMAT Fascicule dos carré collé + version numérique (EPUB et MOBI) téléchargeable sans frais supplémentaires et sans DRM + un texte numérique non réédité depuis 1850 offert pour toute précommande.

COMMENT SE PROCURER PARIS FUTURS ?

Il vous est possible de précommander Paris Futurs, ce qui vous assure d'avoir un exemplaire (tirage pour l'instant limité). Il vous sera envoyé dès parution — le 12 décembre —, et vous le recevrez dans un délai de 48 à 72h (délais postaux de lettre verte en vigueur). Les pré-commandes vous donneront accès à la version numérique de Paris Futurs  en plus de votre exemplaire papier et Publie.net ajoute en cadeau un ouvrage numérique surprise sur le même thème. 

Prix : 12 € TTC
• mode de livraison : La Poste
• frais de livraison : 2,31€, envoi en lettre verte
TOTAL 14,31€ (soit un exemplaire de Paris Futurs au format papier + la version numérique + un livre numérique en cadeau)

Contact : paiement[@]publie[.]net
Il est possible de payer par Paypal, virement bancaire ou chèque.
La page pour les pré-commandes est ICI
Dans le cadre d'une précommande (achat avant le 12 décembre), l'envoi sera effectué le jour de la parution.
L'achat du livre papier vous donne accès à la version numérique sans frais supplémentaires. Un bon moyen d'allier les supports et de lire comme vous le désirez !

mardi 4 novembre 2014

Henri Derville, La Piocheuse à vapeur (1857)

Au milieu du XIXe siècle, la science semblait pouvoir soulager les hommes du dur labeur. Les machines les remplaceraient non pas pour améliorer les dividendes des actionnaires mais pour épargner aux travailleurs les peines du travail. En 1857, Henri Derville imagine une piocheuse à vapeur qu'il décrit dans une poésie qui pourrait se résumer par ces vers: 


Ce qu'on traitait hier de chimère et d'audace / Sera réalité demain.


LA PIOCHEUSE A VAPEUR.

Le laboureur, un jour, brisé dans son courage,
Étancha la sueur qui baignait son visage;
Et, jetant l'aiguillon lassé,
Il mesura de l'œil l'horizon sans limite,
Et s'assit tristement sur l'herbe parasite,
Au bord du sillon délaissé.

« Seigneur! mon bras est faible et la tâche est immense, »
Dit-il. « A chaque pas le sillon recommence!
« A chaque jour nouveau labeur!
« Le soc heurté se brise aux roches de la plaine;
« Sous leur joug ruisselant mes chevaux hors d'haleine
« Se penchent, mornes, sans vigueur.

« Bien rude est le métier auquel on nous condamne!
« Ce pain que, par nos bras, tu fais tomber en manne,
« Pour nous, Seigneur, est incertain.
« Sur nous seuls des travaux le poids toujours retombe.
« Nous passons notre vie à creuser une tombe
« Devant la porte du festin ! »

Il disait; et, vers lui poussant sa marche ardente,
Léviathan de l'art, un monstre à voix stridente
Vient poser sa masse de fer.
D'une quadruple roue il écrasait la terre;
Et ses naseaux fumants, comme un rouge cratère,
Lançaient la vapeur et l'éclair.

Cyclope infatigable en ses forces accrues,
Du sol le plus rebelle au tranchant des charrues
Il s'emparait en souverain.
Les tronçons enfouis des forêts défrichées,
Les roches, de leur lit à regret arrachées,
Cédaient à sa griffe d'airain.

De cent hommes ensemble il achevait la tâche.
Il cardait le sillon qu'il fouillait sans relâche,
Mordant la terre à pleine dent,
Stigmatisant au sein cette ingrate nourrice,
Comme s'il eût voulu, dans son puissant caprice,
S'en venger en la fécondant.

Jeunes encor, pourtant d'apparence débiles,
Pâlis par l'air malsain que respirent les villes,
Par les soucis, par le travail,
Deux hommes, les bras nus, les mains noires de poudre,
Comme pour enseigner son chemin à la foudre,
Veillaient debout au gouvernail.

Et, comme l'éléphant courbé devant son maître,
Jalouse de leur plaire et prompte à se soumettre
Au doigt invisible et fatal,
Gonflant et dégonflant sa puissante narine,
Tour à tour bélier, flèche, ou serpent, la machine
Obéissait à leur signal.

Voyant l'homme muet, de son regard austère
Sonder les profondeurs d'un terrible mystère
Dans le sombre avenir caché:
« — Frère lui dirent-ils, ta misère s'achève!
« Sous des dieux inconnus un autre jour se lève
« Pour l'homme à la glèbe arraché.

« Accepte les effets sans connaître les causes.
« Nous avons travaillé pour que tu te reposes ;
« Au joug nous venons te ravir.
« La Science affranchit l'homme de la matière.
« Et la matière, bois, métal, vapeur ou pierre,
« Est l'esclave qui doit servir!

« Les éléments, pliés aux lois de la Science,
« Ne sauraient déranger la magique alliance
« Qu'elle les force à contracter :
« Le foyer donne à l'air ses gerbes d'étincelles;
« L'onde sa liberté; l'éclair donne ses ailes ;
« Le fer, un frein pour les dompter.

« Point de rébellion dans l'ignorante plèbe!
« L'activité de l'homme enlevée à la glèbe
« Vers d'autres buts va prendre essor.
« Le bien-être de tous est au fond du problème.
« Pour qui doit travailler et vivre de soi-même
« Assez de maux restent encor.

« Le jour vient, il est proche! où l'antique routine
« Doit céder en tous lieux la place à la Machine,
« Servante de l'humanité;
« Où la Machine, aux champs par elle mis en friche,
« Sèmera; de surcroît, en le faisant plus riche,
« Le grain qu'elle aura récolté.

« La Science résout tout problème en sa route.
« Qu'importe qu'elle trouve et l'injure et le doute,
« Et le mépris sur son chemin !
« A toute vérité le temps garde sa place.
«  Ce qu'on traitait hier de chimère et d'audace
« Sera réalité demain.

« Marchez, savants, marchez! à vous enfin le monde!
« La distance vaincue, il faut qu'on la féconde!
« Donnons aux Landes des fermiers !
« Il est, au mont Atlas, une terre française
« Où le vent du désert souffle encor trop à l'aise.
« Qu'on y bâtisse des greniers!

« Des wagons, par milliers, sur nos routes nouvelles,
« Se croisent en réseaux ; - qu'ils portent des javelles
« Au lieu de porter des soldats!
« Taillons dans l'horizon nos champs après nos rues!
« A tes Cincinnatus, France, il faut des charrues
« A la mesure de leurs bras!

« Il faut à nos enfants des gerbes plus nombreuses
« Pour vaincre le fléau des misères haineuses;
« Car la faim a son aiguillon.
« Il faut que l'avenir, issu de nos prodiges,
« Sous la poudre des temps retrouvant nos vestiges,
« Connaisse le peuple au sillon! »




Le vieillard écoutait; mais son âme incertaine
Devait longtemps encor traîner la lourde chaîne
D'un passé fécond en douleurs.
Il s'éloigna, semblable à l'homme qui s'éveille,
Et croyant, entendre à son oreille
L'Evangile des jours meilleurs



Ferme de L'Epine 1856.