lundi 25 août 2014

Une effrayante interview avec M. Edison : La machine volante et la pluie de dynamite

Une effrayante interview avec M. Edison
La machine volante et la pluie de dynamite

Le « Speaker » publie le résumé d'une entrevue qui a eu lieu entre M. Edison et M. Bigelow, et dans laquelle, le grand inventeur américain, faisant allusion à. la possibilité, d'une guerre russo-allemande. se serait exprimé comme suit:
- Je né peux comprendre pourquoi les gouvernements perdent leur temps à essayer des procédés de destruction coûteux et inapplicables. Si. j'étais l'empereur d'Allemagne, je ne m'effrayerais pas de nies démêlés avec le tsar.
- Comment cela? demanda M, Bigelow.
- C'est que j'ai récemment perfectionné une petite combinaison grâce à laquelle un vaisseau peut se diriger automatiquement au moyen de la boussole. Le principe en est fort simple: je tourne l'avant du navire dans la direction vers laquelle je désire le diriger avec la boussole; de chaque côté de celle-ci, je place un régulateur électrique très délicat, de manière qu'à, chaque déviation du navire à droite ou à gauche la déviation de l'aiguille de la boussole influe sur l'appareil électrique de droite ou de gauche, lequel, à sou tour, communique avec le mécanisme chargé de diriger le navire et placé de telle manière qu'il le remette immédiatement dans la bonne direction. Cet arrangement peut s'adapter à tous les modèles de torpilleurs. Mais on peut l'appliquer aussi à la direction des projectiles à travers les airs. Je ne parle pas des ballons ou des machines à voler dans l'acceptation, que l'on donne habituellement à ces termes, je n'ai aucune confiance dans un appareil qui vous laisse à la merci des vents. On dit que les machines à voler doivent copier la nature: imiter les mouvements des oiseaux, des poissons, et quoi encore! Mais voyez mon phonographe: est-il autre chose qu'une plaque de fer blanc? La machine à yoler que je conçois est projetée dans l'espace à n'importe quel angle donné; elle est munie d'un moteur électrique qui la dirige au moyen de volants à telle distance donnée: je suppose à, 50 milles d'ici; les expériences que j'ai faites m'autorisent à croire que je peux charger cette machine de 500 livres de matières explosibles et la lancer d'ici sur tout point qu'il me plaît d'atteindre. Naturellement, j'ai à tenir compte de l'état de l'atmosphère tout comme un artilleur; mais mes expériences me prouvent que je peux arriver à triompher à coup sur de la plupart des difficultés.
- Par exemple, dit alors M. Bigelow, supposez-que vous ayez New-York pour objectif?
- New-York est à 13 milles du point où nous sommes. Je m'engage à projeter d'ici n'importe quelle quantité de. dynamite dans l'intérieur de cette ville.
A ce moment, raconte le rapporteur de cette étrange conversation, les yeux de M. Edison brillèrent, et il s'écria:
- Je .voudrais que vous eussiez une guerre pour que je puisse développer ce rêve pratiquement. J'ai le matériel sous là main?: et je pourrais passer des contrats avec des milliers de fabricants qui me procureraient, en quelques jours, tout ce qui serait nécessaire.
- Mais que feriez-vous, si vous étiez l'empereur d'Allemagne?
- Rien avant que la guerre fût décidée: je garderais mon secret, Et même, une fois la guerre déclarée personne ne pourrait connaître mon dessein, car, tous les mécaniciens du pays auraient beau être employés à fabriquer telle ou telle partie de mes machines, celles-ci ne seraient montées que dans les arsenaux militaires. Aussitôt prêtes, elles seraient lancées au-dessus des forces ennemies et tomberaient sur elles comme une pluie de dynamite, et il ne servirait à rien de tirer contre elles, puisqu'en tombant elles détruiraient ceux qui les auraient fait s'abattre.


In Eureka, Tribune des inventeurs, n°2 daté du 30 avril 1892.

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