dimanche 7 septembre 2014

Enquêter sur un auteur oublié avec Gallica : l'exemple de Pierre Adornier


Rechercher des informations sur d'obscurs auteurs est parfois compliqué. J'aime assez ces énigmes et en ai résolu quelques-unes avec bonheur. Voici un exemple avec le cas de Pierre Adornier.

Le nom de Pierre Adornier a resurgi en 1990 avec la publication d'un volume publié pour fêter le vingtième anniversaire de la prestigieuse collection Ailleurs et Demain. En 1926, Pierre Adornier signait la nouvelle "La Mort du film" recueillie dans Contes gris et roses, éditions des Tablettes et parue à l'origine dans Le Crapouillot en 1923. 

Prudemment la préface signée par Gérard Klein indiquait: "Il nous a été impossible, malgré tous nos efforts, de retrouver l'auteur ou ses ayants droit et nous tenons bien entendu à leur disposition les droits de reproduction de cette nouvelle."

Voilà le début d'une énigme que j'ai entrepris de résoudre. En effet, Pierre Adornier a écrit de nombreux textes dans la presse, pour le théâtre, pour la jeunesse,... Il est donc impossible qu'on ne trouve pas de traces de lui.

Premier réflexe : consulter le catalogue Opale Plus de la Bibliothèque Nationale de France. La pêche est plus que décevante car les notices de la BNF pour cet auteur ressemblent à cela:



En prenant la notice de l'une de ces oeuvres on obtient:



Autant dire qu'on est pas plus avancé !
Une recherche sur Gallica s'imposait. Tout d'abord grâce au nom de Pierre Adornier, j'ai trouvé plusieurs de ses articles, notamment une nouvelle consacré au cinéma muet intitulée "Un amateur de l'art muet" (La Revue des Lettres n°9, 15 octobre 1929). 
On apprend qu'il fut un collaborateur régulier (pour des contes et nouvelles en particulier) du journal Le Populaire.
Cela ne donne pas beaucoup d'éléments encore mais nous progressons.
Un article du Supplément Littéraire du Figaro (n° 394, 23 octobre 1926) indique:


S'il s'agit d'un écrivain, l'annuaire général des lettres peut livrer des informations. Justement dans l'édition de 1932, une notice est consacrée à Pierre Adornier. On y apprend sa date de naissance. La ville de Dreux comme résidence est confirmée.


Poursuivons l'enquête. En fait, elle aurait pu s'arrêter là car la réponse à la question : quel est le vrai nom de Pierre Adornier était dans cet annuaire. Je l'ai trop rapidement parcouru. Pourtant la section "Pseudonymes" donnait le patronyme de Pierre Adornier.

J'ai donc poursuivi pour aboutir avec le Journal Officiel de la République Française n° 103 daté du 2 mai 1926 ( un dimanche !)  informant que Pierre Adornier de son vrai nom Lucien Job avait été nommé officier d'académie par le ministre de l'Instruction publique et des Beaux arts:


Lucien Job / Pierre Adornier a laissé une trace à Dreux. Une rue de la Cité des Fénots, aujourd'hui quartier Paul Bert porte en effet son nom depuis 1970.


Reste désormais à découvrir la date de décès de cet auteur... Peut-être est-elle tout bêtement indiquée sur la plaque de rue mais Street View ne permet pas de voir cette rue malheureusement...


Cela nous donne donc: Pierre Adornier, pseudonyme de Lucien Job, né en 1885 et attaché à la ville de Dreux. Universitaire et auteur de contes et articles. Il a donné son nom à l'une des rues de cette commune.

Il ne reste plus qu'à contacter la BNF pour mettre à jour le catalogue Opale...

Et ce que cela valait le coup de passer une demi-journée à faire ces recherches? Je ne sais pas, à vous de me le dire!

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