samedi 27 septembre 2014

Une nuit en 2037, bal de l'école des Arts décoratifs (1937)

En 1937, le bal de l'école des Arts décoratifs a pour thème « Une nuit en 2037 ». La presse de l'époque décrit le bal et les anticipations présentées au public.

UNE NUIT EN 2O37

Tel sera le thème du prochain bal de l'école des Arts décoratifs

Désireux de rompre avec la tradition célèbre mais déjà bien exploitée, l'école des Arts décoratifs ont décidé de donner à leur prochain bal, qui aura lieu le 27 février, 26 bis, rue Saint-Dominique, un cadre original et inattendu. Sans se soucier de reconstituer quelque nuit égyptienne, romaine, chinoise ou romantique à grand renfort de décors ou de déguisements plus ou moins d'époque ou de circonstance, ils ont voulu puiser leur inspiration, non pas dans le passé ni dans telle ou telle contrée exotique mais dans l'avenir. Ils ont imaginé d'aménager la salle de bal, de l' « équiper » plutôt, d'une façon qui suggère. approximativement mais suffisamment, et en tout cas avec bonne humeur, ce que pourraient être les aspects de la vie dans un siècle. Des « machines » en carton ou en métal léger que les élèves de l'école s'emploient actuellement à mettre au point dans une usine abandonnée, du côté de la Glacière, accueilleront les Invités. Il y aura la machine à vieillir, la machine à rendre géantes les fleurs, et bien d'autres... Il y aura, sur le Coup d'une heure du matin, l'arrivée d'un colossale fusée Interstellaire.
Les invités, eux, ne seront pas tenus d'endosser un costume spécial (seuls les mécaniciens de cette « cité future » revêtiront des combinaisons de papier huilé et coifferont des casques grillagés) mais les smoking et les robes de soirée joueront aussi leur rôle ; ils laisseront supposer qu'il s'agit en 2037 d'une figuration rétrospective vestimentaire On peut à la fois souhaiter et prévoir un grand succès à cette idée vraiment amusante et neuve.

In Le Petit Parisien, n°21907, 20 février 1937


Le Populaire, organe de la SFIO, ancêtre du Parti Socialiste, rebondit sur cette annonce avec cet article en première page :


2.037

L'Ecole des Arts décoratifs a choisi, cette année, comme thème de son bal de demain, « Une nuit en 2037 ».
Ça fait cent ans.
Est-ce peu ? Est-ce beaucoup ?
A coup sûr, c'est beaucoup pour chacun de nous, et surtout quand il pense aux malheureux trente, quarante ou cinquante ans (quel maximum !) de sa vie active et féconde.
Mais ce n'est pas beaucoup pour ces « grands corps » - comme disait Descartes - que sont les sociétés humaines. D'où nous devrions tirer leçon de patience et d'obstination. Et aussi, après avoir considéré le sens du mouvement qui nous emporte, leçon de confiance dans les « prophéties » que nous sommes entraînés à faire.
Si court, donc, que puisse être un siècle dans l'histoire de l'humanité, nous avons le droit d'escompter qu'il ne passera pas sans que quelques grandes conquêtes aient été faites.
C'est d'abord, qu'en 2037, les hommes auront tous accepté depuis longtemps de participer à la production des richesses et que, travaillant tous, chacun d'eux - ainsi que Paul Lafargue en avait eu le pressentiment génial en proclamant le « droit à la paresse » - pourra ne pas travailler beaucoup.
C'est ensuite que les nations, ayant compris depuis longtemps que les guerres ne servent qu'à saigner les travailleurs pour le seul profit de ceux qui les exploitent, se seront enfin réconciliées et ne voudront plus avoir entre elles d'autres compétitions que celle des meilleurs moyens de rendre les hommes heureux.
Je n'ose pas espérer que le bal annuel de l'Ecole des Arts décoratifs fasse quelque place, demain, aux anticipations que je viens de dire.
Qu'importe ! les forces qui nous mènent n'ont pas besoin, pour atteindre leur but, d'être clairement pensées par tous.
Si tous avaient cette connaissance, il n'y aurait plus qu'un seul parti dans la bataille présente : le nôtre.
Et de bataille, il n'y en aurait plus.



JB Severac, Le Populaire, n°5129, 26 février 1937. 

[mise à jour février 2015] A lire sur le web: un article sur l'Amicale des amateurs de nids à poussière consacré à cette nuit en 2037.  

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