dimanche 6 septembre 2015

Réception de M. Lafon-Boutary (1947)

Jean de Lafon-Boutary (1881-1975) est l'auteur de deux ouvrages de science-fiction : L'Amour inquiet (1937) et sa suite L'Enigmatique amour (1938).

En 1947, il est reçu à l'Acédémie de Montauban. Le discours résume ses oeuvres conjecturales :


Vous composez quelques vers et vous vous attaquez à une œuvre de longue haleine. Elle ne comporte en vérité que deux volumes: « L'Amour Inquiet » et « L'Enigmatique Amour », édités en 1938 chez Aubanel père, en Avignon, mais elle eut, à mon sens, mérité d'être plus largement développée.

Le premier volume étant épuisé je m'aiderai pour faire connaître votre œuvre à mes confrères de l'analyse qu'en fit Me Sermet, vous avez bien voulu m'offrir le second et je dispose, donc, d'éléments suffisants pour les présenter à l'Académie.
Le savant André Azelot, versé dans l'alchimie, entreprend, en 2925, un voyage dans l'avenir. Il lui suffit d'absorber une pilule exactement dosée dont l'action entraîne le dédoublement de son organisme. Une partie de lui-même demeure en léthargie et une autre, accélérant sa croissance devance et dépasse par la rapidité de son développement la vitesse du Temps. Il a, au cours de son voyage dans le futur, séjourné chez le savant Maurice B. S. A. 337 110 (c'est ainsi que sont connus les hommes à cette époque là). Au retour de ce voyage Azelot réunit ses amis pour leur faire le récit de son séjour chez le savant Maurice. L'humanité est successivement passée par toutes les tribulations annoncées par l'Apocalypse, ce sont ces tribulations que vous avez décrites en imaginant ce que pourrait être la vie en des temps si éloignés.
Et Me Sermet concluait en disant que c'était là un très curieux ouvrage d'imagination. Vous y laissiez prévoir que, après tant de traverses, un millénaire de Paix pourrait être accordé à l'humanité.
Vous avez bien voulu me faire hommage de votre second volume: « L'Enigmatique Amour ». Au cours de son voyage Azelot a rencontré Mireille, fille de Maurice, et il l'a aimée.
Mais celle-ci est demeurée impénétrable et il ne sait si son amour est partagé ; il a un rival, un certain Harold, dont la sœur Régina éprouve une forte inclination envers Azelot.
Sur ces entrefaites Azelot apprend que Maurice B. S. A. n'est autre que Honorius, alchimiste du XIIIe siècle, son propre aïeul, il a découvert la formule originale qui permet de devancer le temps. Ainsi se trouvent réunis un savant du XIIIe et un savant du XXe siècle qui est un des lointains descendants du premier. Mireille se trouve être l'aïeule, d'Azelot qui ne saurait l'épouser mais elle a une descendante, Paule de Laincourt, cousine très éloignée d'Azelot qui pourra en faire sa femme.
La conclusion se devine. Si le passé ne nous appartient plus il nous impose sa loi, nous pouvons préparer l'avenir, seul le présent est le nôtre, il est un don de Dieu.
En dépit d'une imagination extraordinaire ce petit livre est un ouvrage très profond et qui donne à réfléchir ; il est écrit dans une langue parfaite, nourrie de suc classique, variée, sans monotonie ni lourdeur. Et si je me permettais une critique courtoise je regretterais qu'un excès de densité dans les péripéties de vos romans empêche le lecteur de goûter l'aisance et la pureté de votre style.
Votre œuvre tout entière n'est, en définitive, qu'un long examen de conscience sur la destinée humaine et son devenir.
Assise sur une foi solide elle est exempte d'inquiétude morale.
Vous vous demandez simplement ce que deviendra l'homme à qui Dieu a donné l'intelligence, ce feu du ciel que Prométhée voulut lui ravir? Après ce voyage dans le passé et vers le futur à la manière de Wells, vous concluez avec sagesse que l'homme trouvera son bonheur dans la simplicité des mœurs, dans l'acceptation des tâches quotidiennes illuminées par une haute spiritualité.

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