mercredi 7 octobre 2015

[critique] André Laurie, Les Exilés de la Terre (1888)

Les parutions de livres relevant du merveilleux scientifique ou du roman scientifique ont toujours fait l'objet de critiques au moment de leur parution. André Laurie avec Les Exilés de la Terre n'échappe pas à la règle...

M. Laurie a emprunté à M. Jules Verne sa méthode d'exposition et ses procédés dramatiques, de manière à mélanger avec beaucoup d'art les éléments scientifiques et les éléments romanesques.
Certes, M. Jules Verne aurait eu le droit de refaire lui-même, sous une forme un peu différente, son Voyage à la lune. Rien de plus original que le Voyage à la lune de M. Jules Verne ; mais la répétition de cette œuvre excellente ne peut plus rien avoir d'excellent, ni d'original, et M. Laurie avait peut-être plus de ménagements à garder dans l'imitation qu'il donne.
Voici pour la critique. Mais nous devons, après ces dures observations, auxquelles les auteurs de livres d'étrennes sont peu habitués, louer sans réserve le talent de M. Laurie. L'idée première est bien curieuse. Un jeune savant français suppose que, l'attraction et l'électricité étant deux forces de même nature, on pourra, avec de très forts courants électriques, développer assez de force pour exercer une attraction jusque sur notre satellite lunaire. La lune n'est pas très loin de nous. Pourquoi ne serait-elle pas alors attirée ? Donc notre savant, après divers incidents sur lesquels nous n'insisterons pas, va s'établir sur une montagne isolée de la Nubie, et là, à l'aide e machines dynamo-électriques mues par la force solaire, il actionne un immense aimant. Alors la lune, lentement attirée, descend vers la terre ; un choc formidable a lieu, et voilà l'imprudent ingénieur, avec toute sa petite colonie, y compris les traîtres (puisqu'il faut toujours des traîtres), entraîné dans la lune. L'odyssée de ces hardis explorateurs dure quelques temps. Mais l'oxygène manque, et, comme il faut survivre, on fait machine arrière. Aussitôt, par un simple contact électrique, l'attraction s'exerce de nouveau de la lune à la terre, si bien que nos voyageurs, quittant la lune inhospitalière, reviennent sur le globe terrestre.
Bien entendu, cette sèche description, que nous donnons en quelques lignes, ne peut rendre, même de loin, toute la saveur du livre de M. Laurie. La fable qui accompagne les détails scientifiques est fort bien imaginée. Bref, en laissant de côté la trop grande similitude avec l'une des ouvrages de Jules Verne, nous avons là un livre d'étrennes à la fois instructif et amusant.

« Causerie bibliographique » in Revue scientifique, 1888

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