samedi 10 octobre 2015

L. Charme, Une interpellation en 2896 (1896)

Une interpellation en 2896

L'INTERPELLATEUR. — Messieurs, la situation est grave. Sous les ordres du gouvernement il vient de se commettre l'acte de vandalisme le plus monstrueux que l'histoire ait eu à enregistrer. Une armée de bûcherons, à la solde de l'Etat, vient de s'abattre sur le Bois du Quai d'Orsay, justement recherché des Parisiens. De quel droit s'est donc autorisé le ministère pour agir delà sorte? Les distractions qu'il offre au peuple sont-elles donc , si nombreuses, qu'il ne craint pas de lui supprimer la plus chère? Y a-t-il nous dire que les nécessités du budget l'ont poussé à ce crime ? Le pays demande à ses représentants de mettre un terme aux abus du pouvoir; la Chambre en a l'occasion, qu'elle la saisisse. (Applaudissements sur tous les bancs).
M. LE PRÉSIDENT. — La parole est à M. le Président du Conseil.
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Messieurs, je n'ai que quelques mots à dire pour justifier notre conduite. Le bois qu'on nous reproche d'avoir saccagé n'a pas toujours été un bois (rires). C'était autrefois un monument (nouveaux rires).
UNE VOIX. — Sous Charlemagne ?
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Ce monument, dit Cour des Comptes...
UNE VOIX (à l'extrême-gauche).— A bas la noblesse !
M. LE PRÉSIDENT DU CONSEIL. — La Cour des Comptes fut incendié en 1871. Peu de temps après, le Parlement chargea le ministère d'élaborer un projet de reconstruction. Ce projet fut soumis à une étude approfondie de la part des bureaux ; il nous est enfin parvenu il y a 8 jours. Devions-nous considérer la végétation qui s'était développée naturellement, à l'endroit? Nous ne l'avons pas cru. La Chambre dira si nous avons bien fait.
(L'ordre, du jour, pur et simple, accepté par le gouvernement, est repoussé à 200 voix de majorité. Le ministère se retire). 

L. Charme, "Une interpellation en 2896", Le Pêle-Mêle, 2ème année, n°26, 27 juin 1896

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