mercredi 21 décembre 2016

Félix Dubois, Tombouctou la mystérieuse (1897)

Tombouctou a nourri l'imaginaire et on a même pu y voir l'avenir de la civilisation (comme dans la nouvelle Jazz-Band publiée en 1920). L'avenir de la ville malienne a même inspiré une vitrine de Noël d'un grand magasin parisien en 1923 imaginant Tombouctou en 2124 ! (lire la description de cette vitrine)
En guise de conclusion à son ouvrage Tombouctou la mystérieuse (1897), Félix Dubois se livre à une courte anticipation en forme de rêve fortement marqué par l'idéologie coloniale.

Dans le lointain des temps futurs, je. vois Tombouctou ayant rejeté ses haillons d'aujourd'hui et redresse sa taille courbée par les malheurs. Alors le marigot en sable de Kabara aura été déblaye, approfondi. Le Niger pourra apporter jusqu'à là ville des eaux plus abondantes. On aura ménagé à celles-ci,par des travaux faciles, un débouché dans le nord et l'est. Une fraîche ceinture entourera la ville de toutes parts. Elle aura retrouve ses jardins, ses verdures, ses palmiers d'autrefois. Striée d'avenues ombragées, elle sera une plaisante et active cité cosmopolite, trait d'union entre le monde blanc et le monde noir. Le Sahara aura été dompté. Une chaîne d'acier lui aura été imposée dont les anneaux seront des rails. Les locomotives électriques auront permis de réaliser le chemin de fer transsaharien. Avec une vitesse de foudre les convois circuleront entre Alger et Tombouctou, les flots de la Méditerranée seront unis aux flots du Niger. Touaregs, Kountas, tous les nomades improductifs auront été rejetés dans le désert stérile, leur patrie première. Our' Oumaïra, l'endroit sinistre, aura disparu des mémoires. De Kabara l'on entendra à Tombouctou des éclats de vie, les gais sifflets des vapeurs venant apporter et chercher les produits multiples.
Je rêve aussi Tombouctou devenue un foyer de civilisation et de science européennes, françaises. comme elle fut jadis un centre de culture musulmane. De nouveau la réputation de ses savants s'étendra jusqu'au lac Tchad, jusqu'au pays de Kong et à l'Atlantique.
J'arrive a croire enfin qu'à ce moment l'on aura répare de douloureuses injustices. Croit-on que rien n'évoque encore le souvenir de René Caillié en cette ville qu'il raconta le premier à l'univers, non plus qu'ailleurs dans le Soudan où il déploya tant de vaillance ? Les monuments, les places et les grandes voies rappelleront également les noms de Colbert, de Faidherbe, de Galliéni, d'Archinard, comme ceux de Mungo-Park, de Laing, de Barth. Dans les écoles, on enseignera l'histoire de tous les pionniers, et les maîtres diront aux enfants « Honorez-les et pensez à eux avec reconnaissance. »
Dans le lointain des temps futurs, je vois Tombouctou apparaître superbe, lettrée, riche, reine du Soudan, telle qu'elle se dessine dans le lointain des temps passés, telle que son panorama en donne l'illusion aux voyageurs des temps présents.

Félix Dubois, Tombouctou la mystérieuse, Librairie E. Flammarion, 1897

A lire:
Dans la même veine, le docteur Carton imagine l'avenir de La Tunisie en l'an 2000 (1922).

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