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vendredi 7 octobre 2011

G. Béthuys, Un télégraphe interplanétaire

Le Prix Guzman (ou Gusmann) était un prix de 100.000 francs annoncé  par Camille Flammarion l'Académie des sciences récompensant "la personne de quelque nation qui va trouver les moyens dans les dix prochaines années de communiquer avec une étoile et de recevoir une réponse." Il a été parrainé par Clara Gouget Guzman en l'honneur de son fils Pierre. Clara Gouget Guzman était passionnée par les travaux de Camille Flammarion, l'auteur de La planète Mars et ses conditions d'habitabilité (1891). La communication avec Mars avait été spécifiquement exclue car beaucoup de gens croyaient que la planète rouge était habitée à l'époque et la communication avec cette planète ne serait pas un défi assez difficile (1). En 1937 Nikola Tesla prétendit qu'il devait recevoir le prix pour "sa découverte relative à la transmission interstellaire de l'énergie". Finalement le prix fut décerné à l'équipage d'Apollo 11 en 1969.
Dans le texte qui suit, extrait de La Science Française - une revue de vulgarisation scientifique -  n°66 du 2 juin 1892, p. 630, la question du prix se pose car il s'agit bien du même mais le prétendant William Hodges espère entrer en contact avec Mars.

UN TÉLÉGRAPHE INTERPLANETAIRE

C'en est fait et, dans sa dernière demeure, la bonne dame que les habitants de Mars empêchaient de dormir, va enfin tressaillir de joie.
Nous avons dit comment, à son heure suprême, elle avait offert à l'Académie des sciences une somme de 100.000 francs pour récompenser l'ingénieux savant (?) qui réussirait à entrer en relations avec ces honnêtes habitants d'une aussi lointaine planète.
Je désespérais hélas! dois-je l'avouer de vivre assez pour assister à cette distribution de prix mais les cerveaux en ébullition travaillaient pendant ce temps, alléchés par l'agréable perspective de décrocher cette timbale, s'ils parvenaient à faire jaillir l'idée lumineuse demandée.
Je n'ose pas dire que les temps sont accomplis; mais la brise du Nord nous apporte, par-dessus la Manche, des nouvelles réconfortantes. On s'en occupe et certains audacieux n'hésitent pas à proclamer qu'ils ont trouvé la pie au nid.
Laissons-leur cette espérance.
C'est à l'Académie que la chose se passe.
M. J. Bertrand, en dépouillant la volumineuse correspondance de l'illustre compagnie, donne lecture d'une lettre par laquelle un amateur d'astronomie anglais, oh un simple amateur, M. William Hodges, de Londres, pose sa candidature au prix Gusmann. Gusmann ne connaissait pas d'obstacles, M. Hodges non plus, et pour les 100.000 francs de la généreuse donatrice, il ira jusqu'à Rome et jusqu'à la planète Mars, puisqu'il le faut.
A vrai dire, son idée ne nous semble pas d'une virginité absolue; plusieurs astronomes français l'ont émise déjà et même discutée. Il est vrai qu'ils y mettaient un ton légèrement gouailleur qui, pour être dans notre tempérament, ne laisse pas de rendre perplexe quand il s'agit de juger le degré de sérieux qu'il faut accorder aux dires des gens.
On voit tout de suite au contraire que M. Hodges ne rit pas, et que c'est le plus sérieusement du monde qu'il propose, pour attirer l'attention du monde planétaire, de dessiner, sur la terre, d'immenses figures lumineuses représentant des vérités géométriques ou mathématiques incontestables dans tous les pays. Au cas, cependant, où le sentiment mathématique ne serait pas très développé chez les habitants du monde planétaire, l'astronome anglais estime qu'il serait préférable de commencer par l'exécution d'une figure très simple et d'arriver progressivement à l'exposé d'un grand théorème, comme le carré de l'hypoténuse, par exemple. L'angle droit une fois dessiné au moyen de points lumineux, rien n'empêcherait de compléter la figure au moyen d'une hypoténuse brillante, de construire sur cette dernière, un peu plus tard, un carré également lumineux, puis sur les deux autres côtés d'autres carrés, etc.
C'est ainsi que ces bons Marsiens retrouveront petit à petit les quatre livres d'Euclide qu'ils n'ont jamais pu perdre et qu'ils apprendront la géométrie sans s'en douter...

G. Béthuys


(1) De nombreuses sources sur Internet donnent la date de 1900 pour la création du prix (voir par exemple sur la page Wikipedia - en anglais - ), quelques-unes avancent 1891 ou 1892. L'article reproduit "Un Télégraphe interplanétaire" indique clairement qu'il ne peut s'agir de 1900, mais bien de 1891 ou 1892.

Source du texte: Gallica

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