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mardi 9 décembre 2014

Octave Uzanne, Les Bibliothèques de l'avenir (1901)

[Mise à jour Mars 2019: le texte Les bibliothèques de l'avenir est d'abord paru dans la Revue biblio-iconographique en 1897 (en deux parties: n° de janvier et n° de février 1897) sous le titre Nos livres devant la postérité accompagné du sous-titre Les bibliothèques de l'avenir]

Les Bibliothèques de l'avenir 


Les bibliothèques de l'avenir, dit M. Octave Uzanne dans la Revue franco-allemande du mois de février dernier, ne contiendront qu'un choix de livres très judicieux. Aucun roman, fort peu d'ouvrages de poésie, quelques rares récits historiques, de nombreuses bibliographies, des dictionnaires spéciaux à pleins rayons et des œuvres de référence autant que possible. A ce fonds de roulement on joindra une pharmacie de l'âme, c'est-à-dire une sélection de moralistes blacks and whites, faits pour être lus selon les éclairages intérieurs et d'après les élévations du thermomètre intellectuel,'a niveau des mélancolies ou des joies excessives.
« Les romans, ces dupeurs d'imagination et ces inutiles gaspilleurs de temps seront a jamais proscrits, ainsi que les œuvres de théâtre, qu'on pourra voir interpréter – et encore - mais qu'on ne lira plus. Le bibliophile, devenu pratique, considérera sa bibliothèque comme un immense directory des littératures universelles, comme un guide à travers les connaissances générales de la bibliographie, comme une source claire de tous renseignements littéraires. On collectionnera les index de toutes natures, les encyclopédies condensées, les glossaires des mots et des choses, les compendiums des sciences modernes, de façon à posséder sous la main, en un cabinet confortable, une sorte de bibliothèque servant d'office à toutes les littératures du monde. Tous les livres seront solidement reliés avec certaines allégories ou symboles sur les dos, afin de faire reconnaître leur classement, leur nature ou leur genre.
« Il m'est avis qu'aucun bibliophile de l'avenir ne possédera plus des masses de livres très encombrants et d'autant plus pénibles à consulter que trop souvent y manquent les tables et les index.
« Mais, comme la curiosité, la science, l'amour de l'étude, la passion des écritures d'art ne perdront pas leurs droits, le lettré du XXe ou XXIe siècle sera abonné à quelque cercle considérable, sorte de Polybilion club, où il aura, a sa convenance, pour lire sur place en de merveilleux salons silencieux – sinon pour emporter domicile –tous les ouvrages dont ces index auront bien pu lui révéler l'existence. Ces polybiblion clubs seront constitués aisément au capital de deux ou trois mille sociétaires, lesquels, par esprit de tranquillité et aussi d'économie, ne trouveront pas excessif de verser, comme cotisation annuelle à ces bibliophilic clubs un millier de francs, afin de constituer à cette maison de science une rente générale de 2 à 3 millions nécessaires à l'achat et à l'entretien des livres et au train des conservateurs. On peut concevoir aisément quel allégement ce sera pour les bibliophiles que d'être relevés du souci d'entretenir une grande bibliothèque. Ils obtiendront téléphoniquement de leur club des renseignements et des assurances d'envois de livres, et ils ne conserveront à leur disposition, en une seule armoire, que le matériel nécessaire a. l'aiguillage de leur intelligence sur toutes les voies possibles de la littérature, de l'histoire, de la science, de la théologie et des voyages, » Octave UZANNE (Revue franco-allemande, février 1901).



In Revue universelle, 1901.

A consulter : le blog Octave Uzanne
A lire chez Publie.net : Albert Robida et Octave Uzanne, La fin du livre (1895)
Illustration : La fin du livre, illustration de Robida


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