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samedi 2 juin 2018

Si Jeanne d'Arc n'avait pas existé (1929)

Nous poursuivons notre exploration du magazine Vu sous l'angle de l'anticipation et de la science fiction. Pour retrouver tous les articles de cette série, cliquez ICI
Nous voici face à la première intrusion de l'uchronie dans ce magazine dans le n°58 (24 avril 1929) consacré à Jeanne d'Arc et contenant un encart uchronique: "Si Jeanne d'Arc n'avait pas existé" qui est essentiellement composé de la reprise d'un extrait de Là-bas de J.-K. Huysmans.





Si Jeanne d'Arc n'avait pas existé… l'imagination des historiens s'est emparée de cette hypothèse pour faire rebondir l'ancienne thèse de l'antagonisme du Nord et du Midi, de la France d'au-dessus de la Loire d'avec celle d'en-dessous. Jeanne d'Arc n'eût-elle pas accompli sa mission, le Roi de Bourges disparaissait, le Roi d'Angleterre restait Roi de France, réponse à celui de sang français qui avait civilisé la Grande Bretagne à l'époque de Guillaume le Conquérant. Huysmans, dans son livre Là-bas, consacre un paragraphe qu'il nous a paru intéressant de citer à nos lecteurs :

« — Pardon de t’interrompre, mais c’est que je ne suis pas aussi sûr que toi que l’intervention de Jeanne d’Arc ait été bonne pour la France.
Hein ?
Oui, écoute un peu. Tu sais que les défenseurs de Charles VII étaient, pour la plupart, des pandours du Midi, c’est-à-dire des pillards ardents et féroces, exécrés même des populations qu’ils venaient défendre. Cette guerre de Cent ans ç’a été, en somme, la guerre du Sud contre le Nord. L’Angleterre, à cette époque, c’était la Normandie qui l’avait autrefois conquise et dont elle avait conservé et le sang, et les coutumes, et la langue. A supposer que Jeanne d’Arc ait continué ses travaux de couture auprès de sa mère, Charles VII était dépossédé et la guerre prenait fin. Les Plantagenets régnaient sur l’Angleterre et sur la France qui ne formaient du reste, dans les temps préhistoriques, alors que la Manche n’existait point, qu’un seul et même territoire, qu’une seule et même souche. Il y aurait eu ainsi un unique et puissant royaume du Nord, s’étendant jusqu’aux provinces de la langue d’oc, englobant tous les gens dont les goûts, dont les instincts, dont les mœurs étaient pareils.

Au contraire, le sacre du Valois à Reims a fait une France sans cohésion, une France absurde. Il a dispersé les éléments semblables, cousu les nationalités les plus réfractaires, les races les plus hostiles. Il nous a dotés, et pour longtemps, hélas ! De ces êtres au brou de noix et aux yeux vernis, de ces broyeurs de chocolat et mâcheurs d’ail, qui ne sont pas du tout des Français, mais bien des Espagnols ou des Italiens. En un mot, sans Jeanne d’Arc, la France n’appartenait plus à cette lignée de gens fanfarons et bruyants, éventés et perfides, à cette sacrée race latine que le diable emporte ! »


A  lire:

La série Un été en uchronie

Une Autre histoire du monde. 2500 ans d'uchronies (anthologie ayant reçu le prix ActuSF de l'uchronie 2017, catégorie Prix spécial)
Les Autres vies de Napoléon Bonaparte (anthologie ayant reçu le prix ActuSF de l'uchronie 2017, catégorie Prix spécial)
Joseph Méry, Histoire de ce qui n'est pas arrivé (ouvrage ayant reçu le prix ActuSF de l'uchronie 2017, catégorie Prix spécial)

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