jeudi 9 juin 2011

Camille Flammarion, Les Inondés de Mars

Le titre sonne comme celui d'une bonne vieille oeuvre de science fiction. Il n'en est rien pourtant car il s'agit d'un article scientifique de Camille Flammarion paru dans La Revue pour tous. Journal illustré de la famille en 1888 dont voici le début:

LES INONDES DE LA PLANÈTE MARS

Tout le monde peut contempler en ce moment au ciel un astre éclatant dont l'ardente clarté trappe les regards les plus inattentifs. Il brille pendant la soirée entière au-dessus de nos tètes, trônant dans la direction du sud, parmi les étoiles de la Vierge. Cet astre n'est pas une étoile, un soleil, mais simplement une planète, une terre analogue à la nôtre. Peut-être un certain nombre de nos lecteurs l'ont-ils déjà remarquée, mais, à coup sûr, bien peu se doutent des événements considérables qui se passent actuellement à sa surface et qui sont observés par les astronomes.

C'est un sujet de grande perplexité pour le penseur, car aucun doute ne peut désormais voiler le fait absolument constaté, que, maintenant même, pendant que nous vivons tranquillement ici, occupés à nos devoirs, à nos plaisirs, à nos rêves ou à nos affaires, cette patrie voisine est le siège d'une activité qui laisse loin derrière elle tout ce que nous observons sur notre propre planète.

Ce que nous voyons là ressemble à la Terre, et pourtant on sent que c'est un tout autre pays, qu'il y a là d'autres éléments, d'autres forces, d'autres êtres. Des continents éclairés par le soleil, - par ce même soleil qui nous fait vivre - et qui réfléchissent vers nous sa lumière, des mers plus foncées qui absorbent cette lumière et semblent, vues d'ici, des taches grises plus ou moins découpées, des neiges qui s'amoncellent autour du pôle pendant l'hiver et qui fondent graduellement au printemps et en été à mesure que la chaleur solaire s'élève davantage, des brouillards qui s'étendent sur les plaines et les masquent à notre vue, des nuages qui courent emportés par le vent, des matinées ensoleillées, des midis remplis de clartés, des soirs vaporeux qui s'endorment dans les gloires du crépuscule : tous ces tableaux observés sur Mars nous rappellent la Terre et nous laissent entrevoir une sorte de parenté entre ce monde et le nôtre. Mais si l'on va plus loin, la ressemblance ne tarde pas à se transformer et presque à s'effacer par d'étranges métamorphoses.

Ainsi, que peuvent être ces canaux rectilignes immenses qui mettent en communication toutes les mers martiennes les unes avec les autres ? Jeux gigantesques de la nature? Travaux prodigieux d'une race supérieure à la nôtre? Mais ce n'est rien encore ! Regardez ces canaux, braquez vos télescopes pendant plusieurs jours sur ce réseau énigmatique, qui semble envelopper d'un filet la planète toute entière. Soudain, voilà que la plupart de ces canaux se doublent, et que parallèlement à chacun d'eux un canal secondaire s'ouvre sous les yeux de l'observateur stupéfait. Est-ce tout? Pas encore. Voyez-vous vers l'équateur, sur les rives mêmes de cette douce méditerranée, qui semble un lac si calme et si tranquille, ce pays enchanté, plus vaste que la France, éclairé par les rayons du soleil ? Le voilà qui se transforme lui- même et disparaît, submergé dans une inondation qui s'étend jusqu'à ses frontières, mais ne paraît mesurer que quelques mètres d'épaisseur, car l'eau ne s'assombrit pas comme dans les grandes profondeurs, et d'ailleurs cette inondation disparaîtra comme elle est venue. 




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