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ISSN 2496-9346

lundi 20 mai 2019

Ritelle, L’auto-hydro-aéroplane (1926)

L'hybridation d'objets techniques pour en créer un nouveau est courant dans les domaines de l'anticipation, du merveilleux-scientifique et de la science-fiction. Dans le conte "L'Auto-hydro-aéroplane" publié en 1926, Ritelle crée un engin fictivement inventé par le célèbre Tartarin de Tarascon qui peut se mouvoir sur terre, sur l'eau et dans les airs et qui entraîne son concepteur dans des aventures spectaculaires. Le texte est illustré par Gil Baer







L’Auto-hydro-aéroplane

Tarascon, ce jour-là, présentait une animation extraordinaire !
Une foule énorme se ruait vers la maison de Tartarin.
L'illustre grand homme devait, dans quelques minutes, présenter à ses compatriotes et essayer devant eux, une nouvelle machine de son invention, pouvant faire sur terre 250 kilomètres à l'heure, sur mer filer ses 40 nœuds, et dans les airs battre tous les records de vitesse, de distance, de durée, de hauteur.
L'auto-hydro-aéroplane, tel était l'appareil réalisé par Tartarin qui, depuis son retour des Alpes et du désert, s'était adonné aux sciences mathématiques, physiques, mécaniques (et autres en ique) avec plus de ferveur, plus de passion qu'il ne l'avait fait pour l'alpinisme et la chasse aux bêtes fauves.
Ses progrès furent si rapides, la bosse des sciences était chez lui si développée, qu'il ne trouva bientôt plus dans les livres les éléments suffisants à sa haute culture et dut leur ajouter des chapitres.
Tartarin devint savant, puis inventeur.
Et bientôt de sa féconde cervelle, devait sortir une machine appelée à révolutionner le monde entier. Avait-il donc atteint son but ?
C'était, ce jour-là, Ier août 18.., la question que tout Tarascon se posait avec anxiété.
Encore quelques minutes, quelques secondes à peine, et cette foule impatiente, pour qui ces minutes, ces secondes paraissaient des siècles, serait enfin renseignée.
Le grand homme venait de paraître.

Tout à coup, un cri formidable : « Vive Tartarin ! » sortit de toutes les poitrines.
Le grand homme venait de paraître à son balcon. Avec une longue-vue, il examinait le ciel qui, Dieu soit loué, était d'un bleu foncé admirable, de ce bleu foncé qu'on ne rencontre qu'en Provence, aux abords de la « grande bleue ».
Pas un nuage, 32° à l'ombre, et Tartarin avait beau tendre son mouchoir à bout de bras pour rechercher la direction du vent, pas un souffle ne l'agitait.
Calme plat, temps superbe pour le grand essai !
Tartarin satisfait, quitta son balcon. Il se dirigea vers son hangar d'un pas ferme et lent comme il convenait en la circonstance, suivi de tout Tarascon enthousiasmé. Son accoutrement ne présentait rien de particulier, il était vêtu en automobiliste, sobrement. (Voyez les catalogues spéciaux des maisons spéciales.)
Aidé par des amis, tous de bonne volonté, Tartarin sortit le monstre de son énorme hangar.
Ce fut à la fois un cri de stupeur et d'admiration.
C'était un appareil bizarre, transformable à la volonté de l'inventeur. Tantôt, en effet, c'était une auto de course de grandes dimensions ; ou bien, les quatre roues relevées à l'intérieur par un système perfectionné, c'était un navire dont l'arrière en forme de queue de requin, servait de gouvernail ; et enfin, lorsque Tartarin, au moyen d'un autre déclic, avait déployé une double paire de puissantes ailes, l'appareil prenait l'aspect d'un oiseau monstrueux, sorte de tarasque volante.
A l' avant, deux forts moteurs, de 500 HP chacun, étaient destinés à actionner ce formidable engin.
L'intérieur, composé d'une salle spéciale pour la machinerie, d'une chambre à coucher, d'une salle à manger, d'un salon, était un modèle de ce que l'art moderne peut offrir d'élégant confort.
A 9 h. 12' 15" exactement, Tartarin mit son engin en marche. A 9 h. 15', il monta dans sa voiture. A 9 h. 17', il prit possession de sa direction. A 9 h. 20' juste, il s'élança en coup de vent sur la route d'Arles.
Il passa comme une trombe dans cette ville. Mais dangereux pour la circulation, il ouvrit ses ailes et s'éleva rapidement dans les airs tout en continuant sa route, à une vitesse vertigineuse, vers le Grau de Pégoulier. Il reprit terre un moment avant d'atteindre ce but ; puis se précipita dans la mer en refermant ses ailes pour, sa machine devenue bateau, aborder le port de La Joliette et y stopper quelques minutes après.
Tartarin avait mis moins d'une demi-heure de sa ville natale à Marseille. Quel résultat magnifique ! Ce succès le gonflait d'orgueil. Il était le héros des temps modernes, la gloire du monde entier.
Tous les braves Provençaux, massés devant son appareil, se disputaient l'honneur de le porter en triomphe. C'était à qui lui prendrait un bras ou une jambe et sans le concours de la police, notre grand homme eût été certainement écartelé.
Et des cris : « Enfoncés les Farman, les Blériot, les Bréguet, tous gens du Nord ! Enfoncée Amérique ! »
Marseille avait sa revanche et combien éclatante ! « Vive Tartarin ; vive Tarascon ; vive Marseille; vive la Provence ! »
Le soir, il y eut une grande réception à la préfecture en l'honneur de l'inventeur de l'auto-vaisseau-aéroplane.

 

Tartarin, grisé de louanges. et de champagne, ne rejoignit son appareil que tard dans la nuit. Il devait pourtant repartir le lendemain, dès 8 heures du matin, pour effectuer un grand voyage circum-méditerranéen.
Mais une désillusion attendait ses admirateurs ce lendemain matin, à leur arrivée sur le port. Tartarin leur avait brûlé la politesse, et, soit par modestie, comme il sied à tout vrai génie, soit par impatience d'essayer à nouveau son invention à lui, réunion des inventions des autres, Tartarin était parti.
Pour où ? Mystère. Nul ne l'avait vu, nul ne le savait.
A l'enthousiasme de la veille succéda l'angoisse. Les commentaires allaient leur train (je ne les rapporte pas, ce serait trop long, on est bavard dans le Midi) ; lorsqu'à 9 h. 30' Parvint à la préfecture un télégramme signalant le passage de l'auto à Nice, de bonne heure dans la matinée ; puis peu après, un second indiquant la présence du vaisseau au large de Monaco et de Menton ; puis, un troisième, de Gênes celui-là, apprenant que le grand oiseau venait de survoler cette ville.
Ce fut du délire à La Joliette.
Le soir, on le vit (toujours d'après les télégrammes reçus à la préfecture de Marseille) survoler Naples l'enchanteresse.
Tartarin était décidément le plus grand homme des siècles passés, présents et futurs... et il était de Tarascon !…
Hélas ! tard dans la soirée, parvint une bien triste nouvelle qui remplit de deuil la Provence entière.
Voici en substance ce qu'elle annonçait :
Tartarin, passant sur le Vésuve, planait juste au-dessus du grand cratère du volcan et l'examinait attentivement du haut du ciel avec sa longue-vue. (Saura-t-on jamais ce qui se passait dans la cervelle de ce grand homme !)



Soudain, le Vésuve entra en éruption. (Ce fut, paraît-il, la plus forte éruption du volcan depuis son origine.)
Et le grand oiseau et son malheureux conducteur, pris par cette avalanche de pierres et de feu, tombèrent comme une masse dans ce gouffre bouillant qui les engloutit et ne les recrachera peut-être jamais.
Ainsi finit si tristement, si tragiquement, le grand génie de la Provence. « Æquo pulsat pede », a dit Horace.
Et maintenant, chers lecteurs, si vous passez dans ce beau pays méridional après que ses habitants auront lu par trois fois cet article (ce qui me ferait honneur), vous serez, sans doute, persuadés, comme eux, que cette histoire est aussi vraie que celle de la fameuse sardine du port de Marseille, et que Tartarin est mort.
Mais qui peut savoir ? Le génie de Tartarin ne nous réserverait-il pas une nouvelle surprise ? A cette heure, l'illustre Tarasconnais explore, peut-être, le centre de la terre.
Attendons-nous à le voir, le premier, soulever le couvercle de la grande chaudière et nous révéler les mystères du noyau central.

Ritelle, « L’Auto-hydro-aéroplane », La Revue Limousine, n°9, 1er octobre 1926.
 

mercredi 15 mai 2019

Sybile Mong, en V-Bus pour Mars (1945)

L'éminent Gallicanaute (voir ICI la définition de ce terme) Blouzouga Memphis (visitez son site ICI) m'a communiqué les références d'un texte signé Sybile Mong (sans doute un pseudonyme) joliment illustré par Révac. Direction Mars !



En « V »-Bus pour Mars


Le projet n’est pas neuf. Depuis toujours l’homme a ambitionné de quitter ce bas-monde pour explorer les sphères célestes. Bien des savants ou poètes s’y sont essayés en esprit. Et les expériences mi-fantaisistes, mi-prophétiques d’un Wells ont enchanté notre jeunesse.
Mais un ingénieur américain à qui je déclarais l’autre jour, en plaisantant : »Il n’est pas loin le temps où nos vacances se passeront sur la planète Mars », m’a répondu le plus gravement du monde : « En doutez-vous ? »

DE LA BOMBE ATOMIQUE A LA FUSÉE ASTRONOMIQUE

Les toutes récentes découvertes sur le dégagement de l’énergie atomique, dont le premier témoignage, sous forme de bombe, a indiscutablement frappé les humains ont ouvert à la question des transports, des horizons nouveaux. Déjà on parle outre-Atlantique, d’une locomotive « atomique », dont la vitesse ahurissante réduiraient les garde-barrières (s’il y en avait là-bas) au rôle de fonctionnaires inopérants.
Pour de pareils engins, le ciel, toujours tentant devient accessible.

LES ANCIENS ASTRONAUTES ET LEURS VÉHICULES PÉRIMÉS

Le plus justement renommé, sinon le plus sérieux des astronautes du temps passé fut Cyrano de Bergerac. Ses moyens d’aller dans la lune sont variés. Le voyageur pouvait prendre place dans une cabine en fer attirée par un aimant placé devant lui. Cet audacieux pouvait ceindre des flacons remplis de rosée qui, s’évaporant au soleil, l’entraînerait dans son ascension, etc., etc.
Jules Verne, plus scientifique, dans son livre « De la Terre à la Lune », préconisa l’emploi d’un canon monstrueux. Or : Le canon est, pour le départ vers les astres, un engin impraticable.
Les savants ont étudié sérieusement la question. Si l’on veut tirer de plus en plus loin, il faut doter l’obus de vitesses initiales de plus en plus grandes. Pour un canon à longue portée : 1.000 m. seconde. Pour une « Bertha », 1.500 m. seconde. Pour tirer jusqu’à la lune, la vitesse initiale devrait être de 11.180 m. seconde, et, jusqu’à Mars, de 13.500 m. seconde.
Comment atteindre cette vitesse fantastique sans dommage pour les voyageurs ? Dans le canon de Jules Verne, malgré la paroi mobile, les voyageurs seraient infailliblement écrasés au départ du coup !

LA « BELLE-BLEUE » APPORTA LA SOLUTION

Seule, une fusée peut emporter les explorateurs d’astres. Une fusée, on le sait, n’est qu’un tube de carton empli de poudre. Quand la poudre brûle, les gaz de la combustion jaillissent à un bout de la fusée et, par réaction, celle-ci est vivement projetée de l’autre côté.
Le problème, jusqu’à maintenant, était de lancer de lancer une fusée assez grande pour loger des passagers avec leurs provisions et matériel, en emportant la quantité de poudre suffisante pour quitter le globe.

TOUJOURS DES HISTOIRES DE COMBUSTIBLE

La vitesse de 11 km. Seconde est, nous l’avons vu, indispensable pour quitter la Terre. Or, la poudre ne permet pas de dépasser 2 km. 500.
D’autre part, l’Américain Goddard, qui, en 1913, envisageait l’envoi d’une fusée sur la lune, prévoyait une charge de 300 kg. de poudre pour le transport des 300 gr. de magnésium nécessaires à la vision par télescope !
En 1941, lorsque les savants prétendaient être sur le point de dégager l’énergie atomique (cf. le livre de Pierre Rousseau « Mars, terre mystérieuse », d’où nous tirons ces renseignements) on leur répondait : « Ce n’est pas pour demain ». C’était pourtant le lendemain : le V-Bus entre les astres ou le Madeleine-Bastille aérien.
Les savants allemands perfectionnèrent la fusée et en firent ces dangereux projectiles appelés V1, V2, V3. Mais, la bombe atomique révèle que le moteur a enfin été découvert, qui va permettre aux hommes l’assaut du ciel.

NOTRE BELLE VOISINE, OU PLUTÔT NOTRE BEAU VOISIN : MARS

La Lune n’est déjà plus qu’une banlieue de la Terre. C’est Mars qui, la première des planètes, aura l’honneur de notre visite ! Elle nous fait des avances tous les quinze ans, c’est bien connu, et se rapproche alors à moins de 56 millions de kilomètres de nous ! N’est-ce pas, d’ailleurs, l’astre frère de notre planète ? L’année y dure 687 jours et les journées y ont 24 heures, 7 minutes 280.

A QUAND LA CARTE ROUTIÈRE DE MARS ?

Déjà les spécialistes la voient tourner dans le ciel.
Tandis que, sur le bord gauche du disque, la Mer du Sablier s’en va, la Baie Fourchue, d’un merveilleux bleu de cobalt, se prépare à franchir la ligne du méridien. Le Golfe des Perles, verdâtre, va suivre. Plus tard passeront le Golfe de l’Aurore, puis la mystérieuse Fontaine de Jouvence. Le lac du Soleil se présentera ensuite, précédant le lac du Phénix qui s’annonce déjà sous la caresse du jour naissant, tandis qu’à l’est les premières lueurs de l’aurore se lèvent sur la mer des Sirènes.
N’êtes-vous pas tentées de partir pour ces poétiques contrées ?

LES SURPRISES DU VOYAGE

C’est tout juste si l’Agence Cook ne décrit pas déjà le parcours sur ses prospectus. Au départ, même sensation que dans un ascenseur qui monte. Notre corps nous semble peser quatre à cinq cents kilos. Il s’allège subitement lorsque, ayant échappé à l’attraction terrestre, le pilote a stoppé le mécanisme de la fusée.
Le spectacle à l’intérieur est alors curieux. Tout flotte. Vous pouvez vous asseoir ou vous coucher « en l’air » et y accrocher votre chapeau à un imaginaire portemanteau.
Surprise : un garçon vient vous chercher pour une « petite promenade à l’extérieur » ! On vous revêt un scaphandre muni d’un réservoir d’air, mais vous êtes terrifié. N’allez-vous pas tomber dans le vide ? Pas du tout. Avec la sensation de demeurer immobile, vous vous mettez à tourner autour de la fusée en l’accompagnant, comme un satellite modèle ;

MARS, TOUT LE MONDE DESCEND

Le pilote a renversé la fusée et l’a remise en marche pour freiner votre chute qui est de 5 km.-seconde. Un choc, puis plus rien. Vous mettez un léger masque respiratoire et vous voilà prêt à débarquer.
Quelle légèreté. Sans régime, vos 56 kg. sont devenus à peine 20. Wells a décrit dans « Les Premiers Hommes dans la Lune », la facilité des bonds que vous faites également sur la terre martienne. Profitez-en pour explorer le paysage. Quelque végétation rabougrie (votre taille domine la « forêt »), et, de tous côtés, un désert rose. C’est le soir déjà. Dans la nuit, plus pure que la nôtre, une lune minuscule se lève à l’est, comme « chez nous ». C’est Phobos (la « terreur »). Mais, à l’ouest, une autre, un peu plus grande, se lève à son tour. C’est Deimos (la « crainte »). En une seule nuit la première va passer par toutes ses phases : du premier quartier au « plein Phobos », du « plein Phobos au dernier quartier et au « nouveau Phobos ».
Très bas, à l’ouest, suivant de près dans sa course le soleil, déjà disparu, un astre assez brillant attire votre attention. Une puissante lunette vous le montrerait comme un croissant extrêmement délié, vaporeux, embrassant un globe noir escorté d’un satellite  minuscule. La Terre ! En avez-vous déjà la nostalgie ?

COUCOU, LES MARTIENS ?

Vous voudriez bien en rencontrer un. Vous refusez de croire, comme l’affirment les astronomes, que l’air trop léger n’a pas d’oiseaux. Vous lui prêtez au moins des papillons. Et quand on vous dit que la minuscule bestiole qui glissera à vos pieds dans l’herbe rase sera le géant de la faune martienne, vous préférez attendre de découvrir sous quelle forme mystérieuse se cachent ces Martiens dont vous êtes venus, de si loin, solliciter l’amitié.

ALLER, BIEN , MAIS… RETOUR ?

Espérons, toutefois, que vous n’attendez pas d’avoir étudié la « mode » martienne pour songer aux moyens du « retour à la terre ». Plus encore que l’aller, il sera difficile. Vous risquez fort, si vous n’avez pas pris à temps les dispositions convenables, de faire fausse route et de vous retrouver sur un chemin de traverse du ciel, satellite à vie d’un astre moins hospitalier encore que Mars.

Sybile Mong, En « V »-Bus pour Mars, in Ambiance, n° 51, 5 décembre 1945.





Le V-Bus, vu ici dans son hall de chargement, sera transporté ensuite sur sa rampe de lancement pour effectuer le départ de son grand voyage. La propulsion par mélange détonant d’atomes dilués à 3,695 % et d’atomes comprimés, permet d’atteindre une puissance effective inconnue à ce jour. Les tuyères latérales à ailerons, à volets freineurs, sont à double effet. A gauche, la tuyère se trouve en position de propulsion ; à droite, en position de freinage (avec ses volets ouverts). Elle ne peut prendre cette position qu’après l’entrée en action des tuyères de freinage, visibles à droite et à gauche du sommet du V-Bus. L’amortisseur mécano-pneumatique, placé au sommet, joue le rôle de pare-chocs, lors de la percussion au sol. Deux voyageurs en tenue de voyage calorio-amortisseuses attendent de faire poinçonner leur billet.



mardi 14 mai 2019

Raoul Ponchon, Un Aérolithe (1897)

De Raoul Ponchon, dans le domaine de la conjecture rationnelle, on connaît le poème "Animaux antédiluviens" révélé par Fabrice Mundzik dans Fouilles archéobibliographiques (Fragments) (éditions Bibliogs, 2015).

Il convient d'ajouter à ce texte, le poème "Un aérolithe" publié dans Le Journal en 1897. Il est cette fois sujet de communication interplanétaire de Mars vers la Terre (et ce n'est pas très élogieux pour les Terriens!)






GAZETTE RIMEE

UN AÉROLITHE 

A Odon G. de M...


J'allais me promenant au sein de la campagne
     Avecque la compagne
Qui règne sur mes jours. C'était au mois dernier,
     Par un temps printanier,

Quand, sans s'être annoncé, dans un fracas de foudre
      Et qui faillit me moudre,
Un dur objet tomba sur le sol, près de moi.
     Jugez de mon émoi !

Je me remis pourtant et dis à la petite :
     « Ah ! mince de pépite ! » .,
Et tandis que la chère appelait sa maman,
     Je vis, sur le moment,

Que cet objet était un simple aérolithe.
     Mais, voilà l'insolite :
Il me sembla strié de signes biscornus,
     Tels que jamais je n'eus

L'occasion d'en voir, et, tracés, voulus, comma
     Par la dextre d'un homme.
Non, ça ne pouvait être un effet du hasard,
     Il s'y trouvait trop d'art :

« Par le diable cornu ! cela tient du prodige,
     — A ma mignonne, dis-je —
C'est là, n'en doute pas, un rare document
     Tombé du firmament.

Je n'ai pas la prétention de m'y connaître,
     Elle est encore à naître.
Certes, je ne saurais quoi veut dire ceci,
     Mais je sais, près d'ici,

Un être chez lequel toute science habite,
     Un pieux cénobite
Qui sur d'obscurs papiers travaille jour et nuit,
     Il me le dira, lui.

Il déchiffrera ça beaucoup mieux que personne.
     Et, comme qui... badine.
Qui sait si je n'ai pas une fortune en main ?
     Tu le sauras demain. »

Je pris donc à mon cou mes jambes, ma pyrite,
     Et m'en fus au plus vite
Chez ce savant Odon, c'est-à-dire au café,
     Où je l'apostrophai :

« Ô toi, dont le gosier parle toutes les langues
     Même les plus exsangues,
Et de qui le cerveau reverdit chaque mois,
     Qu'est-ce que ce chinois ? »

Il prit l'aérolithe en ses mains exercées
     Mais comme désossées,
Sortit sa forte loupe et s'exclama d'abord :
     « — Ah ! par Dieu ! c'est trop fort ;

Sais-tu bien ce que c'est que cette langue absconse t
     — Eh non ! fut ma réponse;
Puisque aussi bien, mon cher, je suis venu te voir
     Afin de le savoir.

Eh bien, c'est une langue entre le concombrique
     Et le cornichonnique ;
C'est du cucurbitain : on décide ce jars
     Dans la planète Mars.

« Par conséquent ceci nous vient, la chose est nette,
     De ladite planète.
Et voici ce que ça veut dire, mot pour mot...
     Ah ! quel est le chameau ?... »

Et le voilà parti d'un grand éclat de rire.
     « — Ce Marsien veut dire :
Hommes, il ne faut pas que vous vous y trompiez
     Vous êtes tous des pieds.

Nous nous voyons depuis des milliers d'années,
     Pauvres âmes damnées !
Et pour nous dont le rire est un peu fatigué
     Votre monde est fort gai. »


Raoul Ponchon, « Un Aérolithe », Le Journal, n° 1903, 13 décembre 1897.


dimanche 5 mai 2019

[Précommandes] Pierre-Marie Desmarest, L'Empire savant (vers 1820-1830)

Imaginez l'ancien chef de la police secrète de Napoléon Ier rédigeant un manuscrit (resté inédit jusqu'à maintenant) se révélant être un voyage extraordinaire à travers l'Afrique (bien avant Jules Verne!) dans la première partie et présentant un empire niché au cœur du continent et possédant une technologie très avancée (fécondation in-vitro, cryogénie, drones,...) dans la seconde partie!
Ça vous donne envie?

Pré-commandes ouvertes sur le site de publie.net pour découvrir cet extraordinaire roman (car vous en conviendrez, on ne découvre pas tous les jours un manuscrit de SF novateur datant du XIXe siècle!)
Un texte tout à fait surprenant:

1/ il s'agit d'un manuscrit découvert non pas au fond d'une malle mais d'un carton d'archives par Vincent Haegele , conservateur de bibliothèque (alors à Compiègne - il fut à Amiens précédemment-, désormais à Versailles)
2/ ce texte précède de plus de trente ans les voyages extraordinaires de Jules Verne
3/ il se situe à la bascule entre l'utopie des Lumières et la modernité dans sa vision de l'avenir de la société
4/ c'est quand même écrit par le chef de la police secrète de Napoléon!
5/ on y découvre une préfiguration du Wakanda de Black Panther
L'Empire savant de Pierre-Marie Desmarest, collection ArchéoSF, édition publie.net, parution le 12 juin 2019.
Texte présenté, édité et commenté par Vincent Haegele
Couverture et mise en pages par Roxane Lecomte


Pour pré-commander L'Empire savant, cliquez ICI

jeudi 2 mai 2019

Humour cosmique (1947)

Pour ce treizième billet consacré à l'exploration de la science-fiction, de la prospective, de l'anticipation dans V. Magazine, nous nous arrêtons sur le n° 121 (26 janvier 1947) qui est l'un des plus riches du périodique pour le domaine qui nous intéresse.

Il présente une couverture intitulé "L'amour sidéral" bien dans le goût de la revue, un "reportage à peine anticipé" signé Georges H. Gallet qui est abondamment illustré et une dernière page comprenant une grande planche d'"humour cosmique" par Jean David.

Dans le cadre notre série consacrée à V Magazine, nous avons rencontré à plusieurs reprises la signature de Georges H. Gallet notamment pour des critiques littéraires. Nous publierons dans le prochain épisode de la série V Magazine le texte complet de "Les Voyageurs pour la Lune, en voiture !"



Gallica a mis en ligne récemment plusieurs années de publication de V Magazine. Ce périodique édité par le Mouvement de Libération Nationale (à partir du 23 septembre 1944) est au départ un magazine plutôt politique avant de s'orienter vers une revue un peu légère dont les principaux acteurs sont les nudistes de multiples fois mis en scène et des pin-ups afin de proposer aux lecteurs quelques images osées.

Par commodité nous utilisons la dénomination V Magazine même si le titre a beaucoup varié tout comme les sous-titres l'accompagnant (successivement VV MagazineVoir Magazine, Voir et avec les sous-titres "L'Hebdomadaire du M.N.L"., "L'Hebdomadaire du reportage",...).

Dans les pages de V Magazine, on peut repérer, entre 1944 et 1948 pour les 184 numéros disponibles sur Gallica, une trentaine de textes et dessins relevant de la prospective ou de la conjecture.



Pour retrouver tous les articles consacrés à V Magazine, cliquez ICI