jeudi 30 novembre 2017

Jean-Luc Boutel & Jean-Luc Rivera, Le Merveilleux-scientifique [vidéo]

Nice Fictions est un festival consacré aux genres de l'imaginaire (science-fiction, fantasy, fantastique…) à travers tous les supports : littérature, arts graphiques, jeux, musique, cinéma…
Nice Fictions 2017, festival qui s'est tenu du 28 au 30 avril avait à son programme une conférence de Jean-Luc Boutel avec Jean-Luc Rivera sur le Merveilleux-Scientifique. Une captation vidéo a été faite.

lundi 27 novembre 2017

Léo d'Hampol, biographie (1913)

Léo d'Hampol ( de son vrai nom Jean Carmant) a écrit quelques textes relevant de la conjecture rationnelle. Les informations biographiques le concernant sont rares.Né le 6 février 1863 (on ne connait pas sa date de décès, la dernière apparition de son nom dans la presse date de 1929), il fut l'un de ces nombreux polygraphes aux multiples talents (écrivain, journaliste, illustrateur, peintre, artiste) à cheval sur le XIXe et le XXe siècle.




L. D'HAMPOL (Jean CARMANT)



Un dictionnaire national, qui magnifie volontiers les contemporains, donne à notre collaborateur des titres que ce dernier repousse avec sa bonne grâce souriante : peintre, prosateur et poète français.

Peintre, il le fut peu, comme Ingres fut violoniste.

J'ai vu de d'Hampol quelques céramiques exposées en 1894, passage de l'Opéra, quelques tableaux figurant dans des expositions particulières, des dessins, parus dans le Mondain, dans le Charivari et c'est tout. Quant au poète, il vaut le peintre : des monologues en vers parus chez Bressot, un opéra comique Pierrot amoureux, en collaboration avec Ed. Denancy, un volume Au Clair de la Lune, édité par Bernot, un éditeur disparu du ciel de l'édition, etc.

L. d'Hampol est surtout un journaliste, il n'a, d'ailleurs, jamais ambitionné d'autre titre.

Si ma mémoire me sert bien, L. d'Hampol doit être né à Paris en 1864 ou 1865, bien que le dictionnaire national des contemporains le fasse naître en 1863.

Il vit la fin de l'Empire, c'est ce qui explique assez plaisamment d'ailleurs sa curieuse ressemblance avec l'empereur Napoléon III.

Nous laisserons son enfance, ses études et ses succès, parce qu'il serait ridicule d'y insister étant donné que nous parlons d'un confrère, qui n'a rien de commun avec Mme Réclamier.

Les premiers essais de d'Hampol eurent pour cadre l'Impartial, où il publia un roman : la Main rouge, qui resta inachevé, le journal ayant cessé de paraître avant l'épilogue de cette œuvre de jeunesse. Nous le retrouvons ensuite au Progrès universel à l'Ingénieur Civil, à la Revue Exotique et Coloniale, à la Revue de France, au Petit Caporal, au Soleil du Dimanche, au Bonhomme breton, au Petit Rennais, à la Nation, à l'Evénement, au Mondain illustré, à la Presse où il publie de nombreux romans et de nombreuses nouvelles.

Mais où ce bûcheur se révèle surtout, c'est chez l'éditeur Juven, où il entra après avoir dirigé pendant deux ans la Bretagne, journal royaliste quotidien du Finistère.

Chez Juven, chroniques, nouvelles, romans, science vulgarisée, études historiques, s'accumulent dans toutes les publications de cet éditeur.

On voit le nom de d'Hampol, dans la Vie scientifique, dans la Contemporaine, dans la Lecture illustrée, dans le Monde moderne, enfin dans la Vie illustrée.

Dans cette dernière publication l'œuvre de L. d'Hampol est considérable : Sous les pseudonymes de J. Grey, de Leo Cahu, de Jean Carmant, d'un Volontaire, de Johnson, etc., il donne des nouvelles fantastiques comme l'Homme aux yeux fixes, la Vengeance d'un Dieu, Hyparxis, des romans, comme les Conspirateurs, des romans traduits de l'anglais, comme les Adieux de Nikolas, le Captif de Pekin, Voyage au pays des Boers, le Journal d'un volontaire, des études comme le Monde Juif, la Défense des côtes avec la collaboration de M. Edouard Lockroy, ou, pour être plus exact, avec les renseignements fournis par l'ancien ministre de la marine ; l'Affaire Humbert, reportage complet que je voudrais voir donner en exemple aux jeunes reporters qui s'essaient dans la carrière, etc.

Une blessure grave que reçut L. d'Hampol l'obligea à abandonner la plume pendant plus de deux ans. Mais son activité ne lui permet pas de quitter la presse, comme le lui conseillaient les médecins.

Il entre à Femina, à Musica, à la Vie au grand air, à Je Sais tout, et y accomplit de prodigieux tours de force, en réussissant des reportages sensationnels. Il reste deux ans avec Pierre Lafitte, et quitte la maison pour Madame et Monsieur où il continue ses contes fantastiques et scientifiques et ses reportages amusants.

Madame et Monsieur change de direction, et voici L. d'Hampol parti pour l'Angleterre. Aussitôt, nous voyons paraître dans les magazines anglais des nouvelles et des articles sous son nom et sous son pseudonyme Jean Carmant.

Revenu en France, il donne les Déboires d'un détective au Soleil ; le Crime impossible au Supplément ; les Mystères de Russel Square, au Paris-Journal. Il vient d'écrire encore pour le Soleil : Le Manuscrit rouge qui doit paraître incessamment.

Dans le Charivari, il se signale par une vigoureuse campagne anti-allemande qui lui valu avec la haine des Germains l'approbation de tous les patriotes.

Citons pour mémoire : la Goélette du diable et les Millions de Van-Beden, romans parus autrefois dans la Bretagne. Une série de nouvelles : le Plomb fondu ; L'Autre; Un ami infernal; les Trois petites vieilles de l'omnibus, etc., etc. parus dans Nos loisirs et de nombreux articles dans le Monde illustré.

Citons encore un curieux roman, le Trésor des Jacobins, paru dans l'Omni-Revue.

L. d'Hampol aime à dire souvent qu'avec ce qu'il a écrit et ce qui a été publié de lui, on remplirait une bibliothèque, rien n'est plus exact.

Je passe sous silence ses chansons qui furent interprétées par Dayle, aux « Poètes chansonniers », ses monologues et les actes auxquels il collabora.

Quant aux journaux qu'il fonda, je ne dirai pas qu'ils sont légions, mais ils sont nombreux, et combien ont réussi ! Prenons par exemple, Bourse et Parlement, un de nos plus grands organes illustrés, et que dirigent brillamment nos distingués confrères Henri Benoit et Maurice Richard.

L. d'Hampol, que les années ne touchent pas, est rédacteur en chef de l'un de nos plus vieux quotidiens « La France Nouvelle », créée en 1828 et que dirigea pendant longtemps le grand Dumas, le Pierre des deux Corneille.

Détail amusant : Notre confrère qui a publié plus de 20 volumes, qui a attaché son nom à des milliers d'études scientifiques, littéraires, artistiques, qui a écrit des milliers d'articles, n'est même pas officier d'académie.

Il met une certaine coquetterie, à ne pas fleurir sa boutonnière, pour qu'il n'y ait pas d'équivoque possible.



JULES DE BIENNES. In L'Idée moderne, revue bi-mensuelle politique, littéraire et économique, 3è année Nouvelle Série n° 4-28 daté du 1er juin 1913

A lire sur ArchéoSF:

vendredi 24 novembre 2017

Jules Demolliens, Ah! Vous aurez beau faire... (1894)

Le périodique humoristique le Journal amusant (dont le rédacteur en chef était en 1894 Pierre Véron auteur du Raccommodeur de cervelles et d'autres nouvelles) usait régulièrement de prophètes, de devins et de pythonisses pour éclairer ses lecteurs sur l'avenir. Jules Demolliens se livre à cet exercice sur le thème du pari sportif. Alors que les joueurs de son époque se sentent floués, qu'en sera-t-il dans l'avenir? 


Ah ! Vous aurez beau faire...

Les courses semblent destinées à devenir un de ces passe-temps dont on dit que le jeu n'en vaut pas la chandelle.
La braise serait peut-être même plus exact.
Et beaucoup prévoient, à bref délai, la disparition — oh! que triste! — de ce tapis vert où l'on biseaute les chevaux comme de simples cartes.
Nous avons voulu savoir ce qu'il pouvait y avoir de vrai dans ces prédictions pessimistes, et nous s mimes allés dare-dare consulter la somnambule habituelle du Journal Amusant.
Cette bonne pythonisse s'est mise aussitôt à notre disposition.
Je dors ! s'est-elle écriée toute joyeuse.
Eh bien, que voyez-vous?
Voilà : après une foule de petites émeutes, chaque année, sur les champs de course, une révolution éclate enfin en l'an 1930.
Les parieurs, trop effrontément dévalisés, se soulèvent en masse et envahissent l'enceinte du pesage, en poussant des hurlements épouvantables, comme il convient dans ces circonstances solennelles. On pend haut et court tous les chevaux et quelque peu les jockeys avec les propriétaires, et, devant les potences, le peuple décrète l'abolition des courses de quadrupèdes.
Alors, on ne joue plus ?
Si ; mais une réaction s'est faite ; au lieu des rapides coursiers d'autrefois filant comme le vent, on choisit d'inoffensives tortues et on en fait lancer sur la piste.
Ça fait toujours durer le plaisir plus longtemps !
Oui; mais on trouvait encore le moyen de tricher !
Avec des tortues ?
Avec des tortues !... On faisait courir à jeun celle qui devait arriver première, et alors, il suffisait de lui montrer un brin de salade pour activer son allure et lui permettre d'atteindre le poteau avant ses concurrentes, bien repues, auxquelles la salade ne disait rien pour le moment.
Alors ?
Seconde révolution. On pend tortues et éleveurs ; ce qui est, entre parenthèses, une manière un peu vive d'élever, à leur tour, les éleveurs. En 1980, on imagine de faire courir des chevaux mécaniques mus par l'électricité.
L'électricité ne triche pas !
Non, du moins c'est ce qu'on croyait, et les gogos, enthousiasmés par la nouvelle invention, risquent sur ces bêles articulées jusqu'à leur dernière chemise.
Et ils ne gagnent pas plus que du temps des chevaux montés par de malins jockeys ?
Pas davantage !
Ça ne les rebute pas ?
Si ; ils commencent à grogner contre l'électricité et à la traiter fort irrévérencieusement, comme une majesté déchue, lorsqu'un beau jour, quelqu'un, trop curieux, s'aperçoit que les chevaux sont truqués et que l'entrepreneur de courses fait arriver premier invariablement celui sur lequel de rares joueurs ont ponté.
A qui se fier ?
Les parieurs se soulèvent…
Troisième révolution !
On met les chevaux mécaniques en miettes ; et en l'an 2000, les gogos jurent solennellement de renoncer à jouer. La scène est très émouvante.
Et ils tiennent parole ?
Pendant huit jours... au bout desquels on rencontre les messieurs les plus sélect jouant au Zanzibar ou au bonneteau ; des parties de bouchon du high-life ont lieu à tous les carrefours.
Cela devenait inquiétant.
Aussi les pouvoirs publics durent-ils aviser. On commença à désespérer de jamais arriver à donner au peuple un jeu qui lui convînt, lorsqu'un inventeur de génie imagine un petit appareil très curieux. C'est une sorte de roue concave divisée en 36 numéros, dans laquelle une bille tourne avec rapidité. Le numéro devant lequel s'arrête la bille a gagné, et le joueur empoche 30 fois sa mise. On donne, séance tenante, à l'ingénieuse mécanique le nom de roulette, et le peuple ne veut plus d'autre jeu que celui-là. Le gouvernement décore l'inventeur et s'adjuge la cagnotte... Tout est bien qui finit bien.
Là-dessus la bonne pythonisse se réveille, et nous prenons congé d'elle après force remerciements.

Jules Demolliens, « Ah ! Vous aurez beau faire... » in Le Journal amusant, n° 1672, 16 juin 1894

A lire sur ArchéoSF d'autres contes publiés dans Le Journal amusant :






mardi 21 novembre 2017

J.-H. Rosny aîné à la foire !

Dans son numéro du 7 janvier 1933, l’œil de Paris publie un petit encart où il est question de J.-H. Rosny aîné et de Mars :


dimanche 19 novembre 2017

ArchéoSF aux 14èmes rencontres de l'imaginaire (Sèvres)

ArchéoSF est présente depuis plusieurs années aux Rencontres de l'imaginaire de Sèvres. Plus de 100 auteurs - éditeurs - associations - revues sont invités. Les Rencontres de l'imaginaire sont devenues incontournables et sont aussi l'occasion d'assister à des conférences et de découvrir des expositions.
Ce sera aussi une édition tout à fait spéciale pour ArchéoSF car lui sera remis le Prix spécial du Prix ActuSF de l'uchronie.

Toute la journée, le stand ArchéoSF proposera l'ensemble du catalogue papier ainsi qu'une édition spéciale de l'uchronie de Joseph Méry, Histoire de ce qui n'est pas arrivé avec un tirage limité à 50 exemplaires.

Les Rencontres de l'imaginaire se déroulent le 25 novembre 2017 de 10h à 18h au SEL à Sèvres (92)
Nous espérons vous rencontrer nombreux!

A lire: Interview de Jean-Luc Rivera, organisateur des Rencontres de l'imaginaire.

Programme: à découvrir sur le site Bibliogs (invité-e-s, expositions, conférences )


lundi 13 novembre 2017

Les ouvrages uchroniques d'ArchéoSF remportent le Prix spécial ActuSF de l'uchronie !

Les vainqueurs du prix ActuSF de l'uchronie viennent d'être révélés.
ArchéoSF remporte le Prix spécial!


Les Editions Publie.Net, et plus particulièrement Philippe Éthuin, pour leur travail uchronique à travers leur collection ArchéoSF (Histoire de ce qui n’est pas arrivé de Joseph Méry, Le passé à vapeur anthologie présentée par Philippe Étuin, Les autres vies de Napoléon Bonaparte Uchronies & Histoires Secrètes, Une autre histoire du monde, 2500 ans d’uchronies présenté par Philippe Éthuin).
Ces ouvrages sont à retrouver dans la librairie du site publie.net:

Histoire de ce qui n’est pas arrivé de Joseph Méry : disponible en version numérique et en version papier à tirage limité (50 exemplaires numérotés)




Le passé à vapeur anthologie proto-steampunk: disponible en version numérique et en version papier



Les autres vies de Napoléon Bonaparte Uchronies & Histoires Secrètes : très grosse anthologie (720 pages!) : disponible en version numérique et en version papier


Une Autre histoire du monde. 2500 ans d'uchronies : disponible en version numérique et en version papier

lundi 6 novembre 2017

Léon Blum critique de John-Antoine Nau, le premier Prix Goncourt (1903)

Avant de se lancer en politique avec le destin que l'on connaît, Léon Blum fut un critique littéraire reconnu. Dans les colonnes de Gil Blas, le 14 septembre 1903, il critique Force Ennemie de John-Antoine Nau à qui est décerné le 21 décembre 1903 le premier Prix Goncourt.


LES LIVRES
 Quatre romans de MM. EUGÈNE VERNON, MARIUS-ARY LEBLOND, JOHN-ANTOINE NAU et HENRI GHÉON.

Est-ce cette année que l'Académie Goncourt compte décerner pour la première fois le prix destiné au meilleur roman de jeune? Si j'étais juge, voici quatre romans que j'aurais retenus, entre lesquels je pourrais hésiter : Gisèle Chevreuse, de M. Eugène Vernon, le Zézère, de MM. Marius et Ary Leblond, la Force Ennemie, de M. John Antoine Nau, et enfin, le Consolateur, de M. Henri Ghéon. Chacun de ces livres est louable à plus d'un titre. Les auteurs ont, je crois, à peu près le même âge, c'est-à-dire moins de trente ans. [...]

Si jamais sujet prêtait au développement naturaliste, c'est bien celui qu'a traité M. Nau. Force Ennemie, est l'histoire d'un fou, enfermé dans une maison de fous ; le milieu est constitué par ses compagnons de cellule, ses gardiens, les médecins qui le torturent. Et, cependant, ce roman se présente avec un agrément d'art, de choix, et même de légèreté, et j'en puis parler sans avoir la moindre envie de me tirer d'affaire par une digression sur la loi de 1838. C'est d'abord, bien entendu, que l'auteur a beaucoup de talent. C'est, aussi que M. John-Antoine Nau, bien que procédant évidemment de Villiers de L'Isle Adam, d'Edgar Poe et de Baudelaire, a été très fortement marqué par les humoristes, et ce sont, à mon avis, les humoristes — pour me servir d'un mot inexact, mais qu'on a coutume d'appliquer à des hommes comme MM. Jules Renard ou Tristan Bernard - qui auront renouvelé, par une influence directe ou détournée, les procédés du roman moderne... Qu'on ne prête pas d'ailleurs à M. Nau le mauvais goût d'avoir écrit un roman gai sur la folie ; son livre est sérieux, vrai, et même triste, mais bien qu'écrit sur un sujet atroce, il est sans pesanteur, sans diffusion et sans ennui. Cela n'empêche pas que la pénétration de l'analyse soit très aiguë, et les pages où M. Nau montre son aliéné à demi-lucide « habité comme un fruit véreux », logeant en lui « la force ennemie » qu'il connaît, contre laquelle il lutte, qui lui impose des paroles et des actes qu'il sait déments, font véritablement penser à quelque conte d'Edgar Poë. L'ennemi intérieur s'isole peu à peu, se personnalise, le fou dialogue avec lui, et c'est une fiction puissante que l'auteur a eu le seul tort de pousser trop loin. Le style est exact et riche, peut-être un peu inarticulé, mais l'auteur d'un pareil livre—M. Nau qui n'avait publié auparavant qu'un volume de vers, Au Seuil de l'Espoir — est un écrivain sur lequel on peut fonder les plus belles espérances.

Source de l'article: Gallica 

Force ennemie est disponible en version numérique dans la collection ArchéoSF aux éditions publie.net