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ISSN 2496-9346

jeudi 14 mars 2019

Jean David, L'humour médecin (1945) Dessin

Gallica a mis en ligne récemment plusieurs années de publication de V Magazine. Ce périodique édité par le Mouvement de Libération Nationale (à partir du 23 septembre 1944) est au départ un magazine plutôt politique avant de s'orienter vers une revue un peu légère dont les principaux acteurs sont les nudistes de multiples fois mis en scène et des pin-ups afin de proposer aux lecteurs quelques images osées.

Par commodité nous utiliserons la dénomination V Magazine même si le titre a beaucoup varié tout comme les sous-titres l'accompagnant (successivement VV MagazineVoir Magazine, Voir et avec les sous-titres "L'Hebdomadaire du M.N.L"., "L'Hebdomadaire du reportage",...).

Dans les pages de V Magazine, on peut repérer, entre 1944 et 1948 pour les 184 numéros disponibles sur Gallica, une trentaine de textes et dessins relevant de la prospective ou de la conjecture.

Pour ce sixième billet de la série V. Magazine, nous nous plongeons dans le numéro 60-61 du 24 novembre 1945 avec un dessin signé JD (Jean David) sur le thème de l'anticipation  médicale.L'évolution de la médecine est racontée ainsi très brièvement pour aboutir au robot-médecin du futur. 






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lundi 11 mars 2019

Fêtes carnavalesques de Bordeaux (1935)

De nombreux spectacles dont il ne nous reste que des traces dans la presse ont eu pour objet une projection dans un futur plus ou moins lointain. Cette science-fiction invisible est difficile à saisir. Le Carnaval est l'occasion d'anticiper de manière humoristique. En mars 2018, ArchéoSF avait exploré les archives du Carnaval de Nice pour en montrer la richesse conjecturale.

Le 6 mars 1935 eurent lieu les cavalcades dans le cadre des fêtes carnavalesques de Bordeaux. La presse de l'époque rapporte quelques éléments du déroulement de cet événement.
On apprend dans La Petite Gironde du 5 mars 1935 que l'une des sociétés, La Cavalcade de Pessac, proposait deux chars conjecturaux :"Les relations entre les deux rives de la Garonne en l'an 2000" et "Une invention pessacaise: le Tramgyre".


Le 6 mars 1935, La Petite Gironde publie une photographie du comité organisateurs des fêtes carnavalesques:

Le compte-rendu des fêtes carnavalesques, publié le 7 mars 1935, mentionne la présence du char ayant pour thème l'an 2000 mais passe sous silence "Le Tramgyre" dont on ne saura rien...


Il reste quelques témoignages du premier char qui présente "Un tunnel sous la Garonne" (photographie publiée dans le numéro du 7 mars 1935 de La Petite Gironde") et le petit texte descriptif suivant:



jeudi 7 mars 2019

Dan', "Tiens Frédégonde..." [Dessin préhistorique], 1945

Gallica a mis en ligne récemment plusieurs années de publication de V Magazine. Ce périodique édité par le Mouvement de Libération Nationale (à partir du 23 septembre 1944) est au départ un magazine plutôt politique avant de s'orienter vers une revue un peu légère dont les principaux acteurs sont les nudistes de multiples fois mis en scène et des pin-ups afin de proposer aux lecteurs quelques images osées.

Par commodité nous utiliserons la dénomination V Magazine même si le titre a beaucoup varié tout comme les sous-titres l'accompagnant (successivement VV MagazineVoir Magazine, Voir et avec les sous-titres "L'Hebdomadaire du M.N.L"., "L'Hebdomadaire du reportage",...).

Dans les pages de V Magazine, on peut repérer, entre 1944 et 1948 pour les 184 numéros disponibles sur Gallica, une trentaine de textes et dessins relevant de la prospective ou de la conjecture.

Pour ce cinquième billet de la série V. Magazine, nous nous plongeons dans le numéro 48-49 du 1er septembre 1945 avec un dessin de Dan' sur le thème préhistorique.Comme souvent il s'agit d'humour. 





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mardi 5 mars 2019

Lire le récit d'anticipation [séminaire] 7 mars 2019 Université de Poitiers

L'Université de Poitiers accueille le 7 mars 2019 une séance de séminaire sur le thème "Lire le récit d'anticipation".

Information à lire ici: https://forellisb2.hypotheses.org/164
Les historiens de la science-fiction évoquent souvent les grands « précurseurs » qui ont bâti une œuvre de fiction sur une invention scientifique ou sur la description d’une société imaginaire, utopique ou dystopique. À rebours de cette perspective téléologique consistant à lire ces récits d’anticipation comme l’annonce ou l’esquisse d’un genre, la science-fiction, qui ne se développera que plus tard, on adoptera dans cette séance de séminaire une approche historique pour s’interroger sur ce que signifie « lire le récit d’anticipation » pour un lecteur entre 1860 et 1940. Le progrès scientifique et les transformations sociales qui ont marqué la France à partir de la seconde moitié du XIXe siècle ont constitué une source d’inspiration pour de très nombreux romanciers. Comment ces textes ont-ils été lus à l’époque de leur parution ? Cette multitude d’œuvres émanant d’auteurs venus d’horizons très différents a-t-elle représenté un genre homogène aux yeux des lecteurs contemporains ? En quoi la définition des genres de l’anticipation et de la dystopie est-elle tributaire des lectures qu’on fait des œuvres qui les constituent ?
Claire Barel-Moisan (CNRS / ANR Anticipation) : Mécanismes de construction d'un genre : l’anticipation à l'épreuve de la lecture
Valérie Stiénon (Paris 13) : Les fins du monde font-elles genre ? Ou comment reconnaître une dystopie quand on en lit une
Séance organisée par Émilie Pézard
Illustration: Noël Bernard, Un mariage en l'an 3000 reproduit sur le blog de l'Amicale des Amis des nids à poussière

lundi 4 mars 2019

Jean Morienval, Le petit Jacques de l'an 2.000 (1932)

En 1932, Francisque Gay fonde L'Aube, journal défendant la démocratie chrétienne et le catholicisme social dans la mouvance de la CFTC. 
Jean Morienval, journaliste, signe dans ce périodique des critiques dramatiques et littéraires. Dans le numéro du 4 juin 1932 la chronique "Le petit Jacques de l'an 2.000" dans la rubrique "Aubades". Il y imagine le destin d'un enfant né en 1931 et qui a donc toutes les chances de connaître l'an deux mille.




Aubades

Le petit Jacques de l’an 2.000



Jacques est né l’année dernière, l’une de ses sœurs, beaucoup plus vieille de six ou sept ans, s’est avisée, car l'imagination des enfants galope, qu’il n'atteindrait point la vieillesse avant la fin de ce siècle. 
— Jacques verra l’An Deux mille s’est-elle exclamée; et elle a porté à tous la bonne nouvelle.
Ainsi l'an 2000 reste en attribut au petit Jacques. C’est la première tentative des générations du siècle nouveau pour s'approcher de cette étape millénaire, lointaine encore que beaucoup parmi les plus jeunes vivants ne l’atteindront pas plus que nous-mêmes, d’ores et déjà désintéressés de la question. 
L’An Deux mille ! Rien qu’à cette évocation, les imaginations travaillent. Jadis, on y plaçait l’impossible, ou ce que l'on croyait tel, et qui parfois s’est réalisé. Mais rapproché tout près, l’An Deux mille ne promettra plus que ce que l’on sera à deux doigts de réaliser. C’est d'autre chose qu’on l’enjolivera, et je prévois que les hommes d'alors désireront les fêtes d'une ampleur encore inconnue... 
Certes, ce sera un haut plateau pour jeter un regard sur l’histoire du monde, que cet An Deux mille. Les philosophies s’affronteront, audacieuses et grandiloquentes. Les sciences établiront des bilans triomphants. Les hommes se féliciteront d'une étape de civilisation qui laissera loin derrière elle les arriérés du dix-neuvième siècle et des trois premiers quarts du vingtième. Au fond, prestige du millénaire à part, tout se passera à peu près comme en 1900.
Le 25 décembre 1999, la Noël sera émue et joyeuse pour tous les chrétiens de l’Univers. Combien y aura-t-il alors de chrétiens ? Nous ne savons pas. Peut-être beaucoup plus qu’aujourd’hui... 
Au siècle dernier, c était assez la mode de prophétiser une rapide fin du monde. Assurément, nos pères imaginaient difficilement qu'il pût y avoir encore une Terre avec un an 2000.
Bien sûr, je n'ai pas la prétention d'affirmer le contraire. Nous n’en savons rien. Le petit Jacques, au lieu de l’An Deux mille, verra peut-être la fin du monde. Il serait téméraire, et niais, que l’homme prétendit décider, de sa propre autorité, la continuation des temps... 
Tout porte à croire cependant que la mesure des siècles n’est pas si étroite qu’on a pensé le voir. Voyez avec quelle lenteur relative le christianisme, qui est une œuvre de profondeur, s'est développé à la surface de la Terre. Notre courte vie s’étonne de ces patientes étapes ; nous voudrions tout faire d’un coup. Une sagesse plus haute na point de ces impatiences. Ce n'est que quinze cents ans après le Christ qu’on a découvert l'Amérique. L’inventaire du globe est tout juste terminé. En sourira qui voudra ; pour nous, il y a là des indices que les desseins providentiels sont autrement larges qu’il a pu paraître...
Et c’est pourquoi, dans l’histoire du monde, l’An Deux mille ne semblera peut-être encore qu’un commencement, ou bien près...

Jean Morienval, "Le petit Jacques de l'an 2.000", in L'Aube, 4 juin 1932.





dimanche 3 mars 2019

Octave Uzanne, Nos livres devant la prospérité. Les bibliothèques de l'avenir (1897)

Toute la littérature critique concernant Octave Uzanne semble unanime pour situer la première publication du texte "Les bibliothèques de l'avenir" en 1901 dans le numéro de février de la Revue franco-allemande (publiée à Munich et à Paris).
Dans "Les bibliothèques de l'avenir", Octave Uzanne imagine la fin de la bibliophilie et l'avènement de l'ère de la documentation ( à l'instar des réflexions de Paul Otlet) avec des possibilités de consultation de catalogue de bibliothèques à distance et d'abonnement à une forme de mise en commun d'une bibliothèque collective:


" Mais, comme la curiosité, la science, l'amour de l'étude, la passion des écritures d'art ne perdront pas leurs droits, le lettré du XXe ou XXIe siècle sera abonné à quelque cercle considérable, sorte de Polybilion club, où il aura, a sa convenance, pour lire sur place en de merveilleux salons silencieux – sinon pour emporter domicile –tous les ouvrages dont ces index auront bien pu lui révéler l'existence. Ces polybiblion clubs seront constitués aisément au capital de deux ou trois mille sociétaires, lesquels, par esprit de tranquillité et aussi d'économie, ne trouveront pas excessif de verser, comme cotisation annuelle à ces bibliophilic clubs un millier de francs, afin de constituer à cette maison de science une rente générale de 2 à 3 millions nécessaires à l'achat et à l'entretien des livres et au train des conservateurs. On peut concevoir aisément quel allégement ce sera pour les bibliophiles que d'être relevés du souci d'entretenir une grande bibliothèque. Ils obtiendront téléphoniquement de leur club des renseignements et des assurances d'envois de livres, et ils ne conserveront à leur disposition, en une seule armoire, que le matériel nécessaire a. l'aiguillage de leur intelligence sur toutes les voies possibles de la littérature, de l'histoire, de la science, de la théologie et des voyage." 





Couverture de la Revue franco-allemande de février 1901 (source Gallica).

Ce texte, s'il est sans doute resté confidentiel à l'époque, marque une étape importante dans la prémonition du monde à venir et est contemporain des réflexions de Paul Otlet sur l'avenir du livre. Il fit tout de même l'objet d'une recension dans La Revue universelle en 1901 (à lire sur ArchéoSF).
Si la date de 1901 est sans cesse répétée, elle n'en est pas moins erronée. En fait, le texte a d'abord été publié sous le titre "Nos livres devant la postérité" avec le sous-titre "Les bibliothèques de l'avenir" (qui devient ensuite le titre de l'article pour l'édition de 1901 et toutes les reprises que l'on peut trouver ensuite, y compris lorsque ce texte est cité notamment par les amateurs de science fiction et d'anticipation anciennes et les chercheurs en sciences de l'information et de la communication. La Revue biblio-iconographique accueille ce texte en deux livraisons (numéros de janvier et février 1897). 




Couverture de la Revue biblio-iconographique
n° 1, 4ème année, 3ème série,  janvier 1897 (source Gallica).





Couverture de la Revue biblio-iconographique
n° 2, 4ème année, 3ème série,  février 1897 (source Gallica).




Début de la première livraison (janvier 1897)




Début de la seconde livraison (suite et fin) (février 1897)

Le texte se situe donc chronologiquement bien plus près de la nouvelle "La fin des livres" (publiée en 1894 dans le Scribner's Magazine, sous le titre "The End of books" et recueillie dans le volume Contes pour les bibliophiles, éditions ancienne maison Quantin, May et Motteroz éditeurs, 1895, illustré par Albert Robida et réédité chez publie.net) et du dossier "La bibliophilie moderne, ses origines, ses étapes, ses formes actuelles" publié dans la Revue Encyclopédique n°133 en 1896 (que l'on peut lire sur le site de l'Amicale des Amateurs des Nids à Poussière). 
Il n'y a donc pas de pause dans les réflexions sur l'avenir du livre et de la bibliophilie de la part d'Octave Uzanne et l'on peut lire, dans cette chronologie rétablie, les trois textes comme un ensemble. Il est intéressant qu'il se situe dans le même cadre que Paul Otlet et Henri La Fontaine (qui fondent en 1895 l'Office international de bibliographie), même si ces derniers n'usent guère de la fiction (encore que Paul Otlet ne dédaigne pas l'anticipation et la prospective). Le livre est encombrant, le nombre d'ouvrages au XIXe siècle est en augmentation constante (une forme d'inflation documentaire à laquelle les documentalistes de l'époque sont sensibles) et ce qui compte est moins de les posséder que de savoir où et comment les consulter. De plus le livre se retrouve concurrencé par d'autres médias (Uzanne et Robida évoquent par exemple le phonographe.
Ces questions sont toujours d'actualité à plus d'un siècle de distance...

jeudi 28 février 2019

[critique] Pierre Devaux, X.P. en feu ! (1945)

Gallica a mis en ligne récemment plusieurs années de publication de V Magazine. Ce périodique édité par le Mouvement de Libération Nationale (à partir du 23 septembre 1944) est au départ un magazine plutôt politique avant de s'orienter vers une revue un peu légère dont les principaux acteurs sont les nudistes de multiples fois mis en scène et des pin-ups afin de proposer aux lecteurs quelques images osées.

Par commodité nous utiliserons la dénomination V Magazine même si le titre a beaucoup varié tout comme les sous-titres l'accompagnant (successivement VV MagazineVoir Magazine, Voir et avec les sous-titres "L'Hebdomadaire du M.N.L"., "L'Hebdomadaire du reportage",...).

Dans les pages de V Magazine, on peut repérer, entre 1944 et 1948 pour les 184 numéros disponibles sur Gallica, une trentaine de textes et dessins relevant de la prospective ou de la conjecture.

Pour ce quatrième billet de la série V. Magazine, nous nous plongeons dans le numéro 38-39 du 23 août 1945 qui contient une courte critique (pas vraiment positive) du roman X.P. en feu ! de Pierre Devaux paru aux éditions Magnard dans la collection Sciences et aventures.Il est intéressant de lire la traduction de l'anglicisme "science fiction" sous le terme de "fiction scientifique" sous la plume de Georges G. Gallet (qui écrivit plus tard des ouvrages de science fiction comme A l'assaut de l'espace ou Demain sera un autre monde et fut le traducteur de grands auteurs anglo-saxons. Pour en savoir plus sur Georges G. Gallet cliquez ICI


X.P. en feu ! par Pierre Devaux (Ed. Magnard, Paris)


Un livre difficile à classer. Roman d'aventures ou livre de vulgarisation ? Pierre Devaux ancien élève de X – ça se sent – s'est fait une réputation justifiée dans le second de ces genres. Il est moins heureux dans le premier. L'ouvrage s'en ressent. Néanmoins, s'il n'efface pas le souvenir de Jules Verne, c'est un effort intéressant dans ce que les Anglo-Américains appellent la « fiction scientifique ». Et, il devrait plaire aux jeunes auxquels il ouvre les horizons infinis de l'astronomie. Une « suite » est déjà annoncée… L'auteur fera sans doute mieux la prochaine fois… G. H. G. [Georges G. Gallet]

Illustration: couverture de X.P. en feu!, éditions Magnard, collection Fantasia, 1958, illustrations de Jean-Marie Desbeaux

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lundi 25 février 2019

Claude Darcourt, Encore la bière italienne... (1932)

Le mensuel La publicité proposait une revue internationale des publicités un peu comme un Culture Pub avant la lettre. Dans le numéro de février 1932 on découvre sous la plume de Claude Darcourt la mention et la description d'une publicité italienne ayant pour titre "A la planète Mars" qui imagine rien de moins que de nourrir les voyageurs vers Mars avec de la bière!


Encore la Bière italienne…

Nous avons parlé dans notre dernier numéro de la campagne collective de la bière italienne : voici la plus récente annonce de cette campagne : elle vient de paraître dans la grande presse italienne, il y a quelques jours à peine.
Jugez un peu du parti pris d'originalité qui a présidé à sa conception :

« A la planète Mars. »
« Il est donc possible d'atteindre désormais la planète Mars, comme le laissent entendre les fantaisies animées de Wells. Pour certains savants, la chose semble certaine. Mais seul pourra y accéder celui qui aura pris soin de se munir des moyens et des instruments que la science met au service de l'audace. Parmi les questions que ce voyage soulève se pose le problème des aliments que l'on doit choisir avec une attention particulière. Et la bière, considérée et recommandée par les médecins comme un savoureux « pain liquide » d'un extraordinaire pouvoir nutritif et d'une grande valeur énergétique, doit incontestablement faire partie des aliments.
Vous ferez bien de boire de la bière italienne durant les repas. C'est une boisson qui vous assurera des digestions faciles et un sommeil tranquille. »

Nous voilà donc assurés de pouvoir faire un petit voyage à la planète Mars et l'on nous offre même la boisson qui nous soutiendra durant ce trajet interplanétaire.
Mais, semble-t-il, puisque c'est désormais le règne de la science, notre nourriture devra consister en petites boulettes dont chacune équivaudra à un plat. La science serait-elle donc plus spécialement en retard pour ce qui est de la boisson, et la bière ne tiendra-t-elle pas un volume trop considérable dans l'avion, ou dans l'obus-catapulte qui nous emportera ?
Le paysage marsien qui figure sur l'illustration représente des pics aigus, une manière de maison en pain de sucre et — vraisemblablement — deux indigènes de la planète, d'apparence vaguement humaine. L'un d'eux regarde au loin à l'aide d'une lunette d'approche : ce qui tend à prouver qu'il existe des opticiens sur Mars comme sur Terre. Nous voici donc rassurés sur un point qui nous préoccupait sérieusement.
Malgré cette anticipation légèrement téméraire, l'annonce porte vraisemblablement à sourire, à rêver peut-être. Quant à faire acheter de la bière... cela, c'est une toute autre affaire.

Claude Darcourt, « Encore la bière italienne... », La Publicité. Journal technique des annonceurs, février 1932. (source Gallica)



jeudi 21 février 2019

Le Monde de demain (1945)

Gallica a mis en ligne récemment plusieurs années de publication de V Magazine. Ce périodique édité par le Mouvement de Libération Nationale (à partir du 23 septembre 1944) est au départ un magazine plutôt politique avant de s'orienter vers une revue un peu légère dont les principaux acteurs sont les nudistes de multiples fois mis en scène et des pin-ups afin de proposer aux lecteurs quelques images osées.

Par commodité nous utiliserons la dénomination V Magazine même si le titre a beaucoup varié tout comme les sous-titres l'accompagnant (successivement VV MagazineVoir Magazine, Voir et avec les sous-titres "L'Hebdomadaire du M.N.L"., "L'Hebdomadaire du reportage",...).

Dans les pages de V Magazine, on peut repérer, entre 1944 et 1948 pour les 184 numéros disponibles sur Gallica, une trentaine de textes et dessins relevant de la prospective ou de la conjecture.

Pour ce troisième billet de la série V. Magazine, nous nous plongeons dans le numéro 30-31 du 28 avril 1945 avec un dessin intitulé "Le Monde de demain". On y voit notamment une prémonition de Netflix, l'idée d'un briquet chimique sans flamme et on s'interroge sur l'avenir des cigarettes. Une suite est annoncée pour le numéro suivant... mais elle n'a pas été publiée malheureusement.


Dessin en entier:


Les pointes de saphir reviendront à la mode grâce à leur qualité phonographique :


On utilisera des briquets chimiques:


Et l'on pourra voir les films de Paris et d'Hollywood à domicile!


 

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jeudi 14 février 2019

Claude de Romefort, Les Martiens nous déclareront-ils la guerre un jour? (1945)

Gallica a mis en ligne récemment plusieurs années de publication de V Magazine. Ce périodique édité par le Mouvement de Libération Nationale (à partir du 23 septembre 1944) est au départ un magazine plutôt politique avant de s'orienter vers une revue un peu légère dont les principaux acteurs sont les nudistes de multiples fois mis en scène et des pin-ups afin de proposer aux lecteurs quelques images osées.

Par commodité nous utiliserons la dénomination V Magazine même si le titre a beaucoup varié tout comme les sous-titres l'accompagnant (successivement VV MagazineVoir Magazine, Voir et avec les sous-titres "L'Hebdomadaire du M.N.L"., "L'Hebdomadaire du reportage",...).

Dans les pages de V Magazine, on peut repérer, entre 1944 et 1948 pour les 184 numéros disponibles sur Gallica, une trentaine de textes et dessins relevant de la prospective ou de la conjecture.

Pour ce second billet de la série V. Magazine, nous nous plongeons dans le numéro du 17 mars 1945 avec un article intitulé "Les Martiens nous déclareront-ils la guerre un jour?" (à lire sur Gallica)


Pour le moins, il s'agit d'un article de recyclage pur et simple. il est en effet question d'Hélène Smith et d'une pseudo-interview du professeur Flournoy (mort en 1920 soit un quart de siècle avant la parution de l'article!). Théodore Flournoy avait en 1900 publié Des Indes à la planète Mars, étude sur un cas de somnambulisme avec glossolalie (disponible sur Gallica) rapportant les communications médiumniques d'Hélène Smith avec la planète Mars qui lui permit de publier un alphabet martien. Nulle part l'article publié dans V Magazine ne fait mention des dates, pouvant ainsi tromper le lecteur. 
L'article est accompagné d'un dessin censé représenter "Le New York des Martiens, d'après une vision de Mlle Smith".




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jeudi 7 février 2019

Jules Verne n'était pas un utopiste (1944)

Gallica a mis en ligne récemment plusieurs années de publication de V Magazine. Ce périodique édité par le Mouvement de Libération Nationale (à partir du 23 septembre 1944) est au départ un magazine plutôt politique avant de s'orienter vers une revue un peu légère dont les principaux acteurs sont les nudistes de multiples fois mis en scène et des pin-ups afin de proposer aux lecteurs quelques images osées.

Par commodité nous utiliserons la dénomination V Magazine même si le titre a beaucoup varié tout comme les sous-titres l'accompagnant (successivement V, V Magazine, Voir Magazine, Voir et avec les sous-titres "L'Hebdomadaire du M.N.L"., "L'Hebdomadaire du reportage",...).

Le premier numéro paraît le 23 septembre 1944 sous l'égide du Mouvement de Libération National (on retrouve une croix de Lorraine en couverture dans les premiers temps du magazine).
Dans les pages de V Magazine, on peut repérer, entre 1944 et 1948 pour les 184 numéros disponibles sur Gallica, une trentaine de textes et dessins relevant de la prospective ou de la conjecture.

Pour ce premier billet de la série V. Magazine, nous nous plongeons dans le numéro du 9 décembre 1944 avec un article intitulé: "Une fois de plus, il est démontré que Jules Verne n'était pas un utopiste" (qui cite aussi H.G. Wells) et nous partons à la conquête de l'espace!





Une fois de plus, il est démontré que Jules Verne

n'était pas un utopiste.

En effet, chaque jour semble nous apporter la réalisation d'une des idées que cet inventif auteur développa dans ses romans.
Et, peut-être qu'après les week-end interplanétaires, nous pourrons aller nous promener au centre de la terre, pour aller voir ce qui s'y passe.

Toujours est-il que les romans du génial auteur de notre enfance semblent être une source intarissable où puisent les savants qui pensent qu'il n'est pas d'utopie qui ne mérite un examen des plus sérieux.
Il n'y a pas très longtemps, des astronomes américains de Passadéna [sic il s'agit de Pasadena] ont déposé un rapport, considéré par les uns comme une mirobolante idée, digne de H.-G. Wells, et par les autres, bien au contraire, comme un problème des plus sérieux.
Ce rapport traitait de l'établissement futur d'un circuit aérien interplanétaire.
Le problème le plus ardu, au dire des savants, auteurs du projet, serait de trouver un carburant convenant à la propulsion des engins destinés à franchir l'immensité des espaces planétaires.
Ces savants ajoutent que cette idée de liaisons d'astre à astre n'est pas si fantastique qu'elle pourrait le paraître au premier abord… Ils prennent comme argument l'exemple des avions-fusées, actuellement employés dans la guerre en Europe.

LE MERCURE PLUS LEGER QUE LE LIEGE

Ces respectables astronomes déclarent que la construction des fusées interplanétaires doit être considérée comme la merveille des inventions. De plus, continue le rapport, il peut être prédit que, dans un temps plus proche que ne le croit la plupart des gens, des savants pourront voyager des mois durant à travers l'espace, et ce, dans une sécurité absolue. Alors, la création de puissants observatoires sur la lune deviendra une réalité.
Ces savants qui n'ont pas l'air de plaisanter ont fait des calculs très sérieux, et très poussés, qui ont démontré que la puissance de gravité et d'attraction de la lune est de beaucoup inférieure à celle de la terre. D'où il ressort que les matériaux transportés sur cette planète acquerront une extrême légèreté.

PREMIERE ESCALE INTERPLANETAIRE

Continuant leurs calculs de probabilités, les chercheurs de Pasadéna admettent que d'ici une centaine d'années, la lune sera une tête de ligne des communications interplanétaires. Les savants « terriens » pourront ainsi aller sur la lune construire des télescopes et autres engins d'observations qui, du fait de leur extrême légèreté, seront de dimensions gigantesques et atteindront une puissance inconnue de nos jours.
Quant au logement, en ce pays inconnu, il est prévu que les savants vivront dans d'immenses cavernes creusées dans la croûte lunaire et respireront un air « expédié de la terre » produit au moyen de réactions chimiques sur l'atmosphère de la lune.

Il y a une chose que ne nous disent pas les chercheurs de Pasadéna : c'est s'il y a des habitants sur ces planètes qu'ils veulent conquérir. Si ces dits habitants vivent en paix et heureux, accepteront-ils que nous apportions toutes « les belles choses » qui sont notre raison de vivre… ou de mourir ?

Anonyme, "Une fois de plus, il est démontré que Jules Verne n'était pas un utopiste", in V, l'hebdomadaire du M.N.L., n°12, 9 décembre 1944.

Source: Gallica 


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vendredi 18 janvier 2019

Anonyme, Une vision (1907)

La presse régionale a publié de très nombreux textes relevant de la conjecture romanesque rationnelle (anticipation souvent, science-fiction un peu, fiction préhistorique et utopie parfois).
Le 18 janvier 1907, on trouve en première page du Journal de Seine-et-Marne un texte anonyme intitulé "Une vision" qui envisage l'avenir de l'Eglise sous un jour plutôt anticlérical.


UNE VISION

Château de la Muette, à l’orée du Bois de Boulogne, quatre-vingts prélats sont assemblés pour décider à quelle sauce on doit accommoder l’Eglise de France, mise à mal par un pape allemand. Des fauteuils soyeux ont reçu en gémissant de lourdes assises épiscopales ; des mets élégants, servis dans la vaisselle somptueuse ont chatouillé les palais délicats des princes de l’Eglise dont les yeux ont promené la rêverie digestive, au-delà des pelouses seigneuriales, vers les coteaux bleutés de Suresnes.
Dans cette assemblée violette où les lettres ne sont pas rares, quelques raffinés s’isolant du monde par un effort de leur imagination, ont sans doute évoqué l’histoire et fait revivre, pour un instant, les orgies royales qui laissent sur les pelouses de la Muette comme des relents d’ivresse et d’amour. Ils ont revu les Marguerite de Valois et de Navarre avec leurs cours de galants ; la trop fameuse duchesse de Berry qui la voulait « courte et bonne » ; les débauches crapuleuses de Louis XV et le triomphe de la Dubarry que son royal amant donnait pour chaperon à Marie-Antoinette, la future femme de son petit-fils et reine de France.
Ils évoquèrent tout cela nos prélats et puis aussi la Révolution grandiose qui de son souille populaire, purifiant toutes ces infamies, jeta par terre le fatras des vieux mondes. Et tout d’un coup, le voile qui leur cachait l’avenir, se déchira.
Ils se virent, dans un siècle, sortant de leurs sépulcres blanchis pour secouer leur poussière à l’ordre du souverain pontife, recommencer la lutte contre les lois de leur pays et tenter d’étouffer la raison sous les éteignoirs de la foi. Hélas ! le souverain pontife était, lui aussi, entré dans la légende : les évêques de l’an 1950 l’avaient renversé comme un simple usurpateur dont l'insupportable tyrannie avait failli compromettre le Christ lui-même ; les fidèles, maintenant revenus aux traditions primitives de l’Eglise, nommaient les évêques choisis parmi les plus dignes et les moins intrigants ; les prêtres vivaient tous de la vie du peuple en prêchant la paix, la tolérance et la liberté. La religion, dépouillée de ses dogmes enfantins, n’était plus qu’une forme de la morale humaine, et réunissait, à ce titre, l’universalité des croyances !
Ainsi devant les yeux d’une douzaine de prélats intelligents, apparut la claire vision de l’avenir, pendant que le saint aréopage discutait sur l'opportunité d’une déclaration légale.
Les derniers échos des orgies royales se perdirent à jamais dans les premiers grondements de la Révolution. La Muette rentra dans le silence et la royauté dans la mort.
Mauvais présages ! le clergé compte aussi ses parias, ouvriers de la prière qui n’ont point part au gras butin des chanoines : ils murmurent contre l’omnipotence et la désinvolture de la richesse cléricale en attendant, comme le peuple autrefois, que se lève aussi pour eux le soleil de la justice.



Anonyme, « Une vision », Journal de Seine-et-Marne, n° 6344, Meaux, 18 janvier 1907.


lundi 7 janvier 2019

En 2019 : Très curieuses prophéties de Thomas-Joseph Moult sur les événements contemporains

Depuis 2016, ArchéoSF reprend les Très curieuses prophéties de Thomas-Joseph Moult sur les événements contemporains
Thomas-Joseph Moult est un auteur mystérieux. ArchéoSF a présenté quelques informations (douteuses) à son sujet (lire sa biographie).
Dans les Très curieuses prophéties de Thomas-Joseph Moult sur les événements contemporains on peut lire à propos de l'année 2019:



A lire sur ArchéoSF 


Pour lire la présentation des Très curieuses prophéties de Thomas-Joseph Moult sur les événements contemporains, cliquez ICI
Pour retrouver les prophéties des années précédentes, cliquez sur les liens :
Pour l'an 2016

Pour l'an 2017
Pour l'an 2018 

vendredi 4 janvier 2019

[Critique] Louise Faure-Favier, Ces Choses qui seront vieilles... (1919)

Louise Faure-Favier (1870-1961) fut journaliste et romancière, passionnée d'aviation (elle battit des records de vitesse en avion notamment sur le vol Paris-Dakar en 1919 et sur le vol aller-retour Paris-Bagdad en 1930) et active dans le domaine de l'émancipation de la femme. Elle fut l'amie de Guillaume Apollinaire (elle publia un ouvrage Souvenirs sur Guillaume Apollinaire) et de Marie Laurencin (qui illustra Ces Choses qui seront vieilles. Souvenirs du XXe siècle... ou les Souvenirs sur Guillaume Apollinaire).

L'action de Ces choses qui seront vieilles se situe en 2019. Henriette Charasson en donne un résumé (même si elle situe l'anticipation en 2018) et une critique dans Le Rappel du 5 janvier 1920:




Ce n'est pas sur sa philosophie sociale qu'il faut juger le livre de Mme Faure-Favier (vis-à-vis duquel ma maladie m'a mise bien en retard) : à ce point de vue, les amateurs d'anticipations seraient déçus. Pour savoir peindre la vie telle qu'elle sera dans un siècle, après les convulsions qui se préparent, après les révolutions économiques que peuvent amener en cent ans les découvertes scientifiques auxquelles il, faut s'attendre (calculez le déplacement opéré dans tout l'univers, aussi bien politique qu'économique, par l'introduction du machinisme !), il aurait fallu joindre à l'imagination créatrice toute la science et tout le sens sociologique, toutes les facultés de reconstruction et d'induction du savant auteur des Responsabilités de Denis Papin (1) et ce genre d'études n'est guère le propre d'une femme ; mais c'est par d'autres qualités que se distingue Louise Faure-Favier, auteur déjà d'un joli recueil : Six contes et deux rêves. L'originalité de son charmant et ingénieux roman, ce n'est pas tant de vouloir nous présenter la vie telle qu'elle sera dans un siècle que de nous montrer de quel œil gentiment ironique ou mélancoliquement envieux nos descendants, dans cent années, pourront regarder notre époque. Ces choses qui seront vieilles..., c'est celles qui font notre vie maintenant et dont il nous est aussi difficile de croire qu'elles ne soient pas réellement immuables, qu'il est difficile à un vivant bien portant, de concevoir réellement la mort. Mme Louise Faure-Favier dessine deux amoureux de l'an 2018, qui découvrent le secret d'amour de l'arrière-grand-père de l'un d'eux, et la confrontation, de ces deux vies amoureuses, de ces deux façons d'aimer, ne manque, malgré un peu d'arbitraire, ni de saveur ni de charme ; il y a là des détails piquants, pittoresques et délicats, des notations d'une indéniable grâce féminine. Cependant, je ne pourrai m'empêcher de chercher querelle à Louise Faure-Favier qui, opposant son Aline moderne aux femmes du passé, nous la présente « droite et loyale comme un homme. » D'abord, je n'ai pas encore vu que l'homme soit plus droit et plus loyal que la femme ; c'est un bruit qu'il a voulu faire courir mais qui n'est pas fondé ; il y a dans les deux sexes des menteurs et 'il y a des êtres honnêtes ; mais si l'un des deux ment et trompe plus souvent que l'autre, c'est bien celui qui pouvait, puisque les conventions sociales lui permettaient plus de liberté, prendre l'habitude de la loyauté. Ensuite, cette jeune femme qui « excellait à réaliser l'honnête liberté dans le mariage, ou plutôt cette élasticité des relations qui assure la durée du bonheur conjugal », cette épouse qui prétend, en 2018, que « la femme de maintenant a un sens de l'honneur plus viril », nous donne immédiatement le sens qu'elle accorde à « l'honneur viril » en prenant un amant ; j'avoue que je ne vois pas en quoi cette pratique de l'adultère — et sans que son mari s'en doute, bien entendu ! — cette façon de concilier les agréments que procurent un mari savant, considéré, qui lui fournit un travail qui lui plaît, et un amant plein de poétique fantaisie, indiquent un « sens de l'honneur » et une « droiture », une « loyauté » plus caractérisée que chez la femme du XXe siècle.
A suivre Mme Faure-Favier, quand M. de Tyane, l'amant de 2018, oppose sans cesse son Aline moderne à la Pascaline de l'aïeul, on pourrait croire qu'au XIXe et au XXe siècles toutes les femmes étaient sentimentales au point de quitter mari, foyer et situation pour suivre, l'amant aimé, et que c'est parce qu'elle montre plus de « raison » qu'Aline se distingue d'elles. Je crois que de tout temps, il a existé des femmes plus tendres, avec des besoins plus romanesques que d'autres — et des hommes aussi ! — Je crois qu'il en existera toujours et que le fond de la nature humaine est éternel, quels que soient les changements des civilisations. Sans doute, il y eut toujours des amoureuses qui, par loyauté, par égoïsme ou par romantique exaltation, quittaient le mari trompé pour suivre l'amant peu sûr, mais les calculs pratiques qu'on nous présente chez Aline tantôt comme le nouvel apanage de la femme moderne, tantôt comme une marque de bon sens et de pondération, on les a toujours rencontrés chez la plupart des épouses adultères, et sans songer à les regarder comme une caractéristique nouvelle, et sans y découvrir de la droiture et un viril honneur. Un pacte est un une promesse est une promesse. un contrat est un contrat, et celle ou celui qui y manque n'est pas loyal : c'est justement par les engagements qu'il comporte que le mariage se distingue de l'amour libre. L'héroïne de Mme Faure-Favier eût été plus significative des changements que le sentiment de l'indépendance apportera, selon la romancière, au cœur féminin, si elle l'avait fait célibataire, vivant en dehors de tout lien conjugal, d'un travail intéressant, et, refusant de sacrifier sa liberté pour s'unir durablement à son amant. C'est alors que nous eussions bien conçu; par contraste, cette sorte de sécheresse de cœur dont elle veut que soient douées les femmes de l'avenir, puisque, de nos jours encore. la femme la plus éprise de son indépendance est prête à la sacrifier, à bouleverser tout dans sa vie dès qu'elle a rencontré l'amour.
Mme Faure-Favier semble croire aussi que l'habitude d'un travail personnel empêchera la femme de « rester femme » ; je la renvoie à ce propos au récent article de Colette Yver dans Le Correspondant du 25 décembre, où, sans parti pris, sans préjugé, et en alliant au respect de la tradition le juste sens des nécessités actuelles, Colette Yver nous prouve qu'avec une intelligente éducation qui sache continuer à développer en elle le sens atavique de l'abnégation, la jeune fille la plus apte à se tirer d'affaires seule, la plus habituée à prendre ses responsabilités, saura rester une amoureuse et une tendre épouse. Enfin, je reproche à la société future, telle que la conçoit Mme Faure-Favier, d'être une société où l'on ne voit pas la place de l'enfant. Que deviendraient les enfants dans la vie d'une Aline Ferrières (qui ne nous est pas présentée comme une exception), avec ses occupations dans les
deux hémisphères, les divers appartements –-conjugaux ou « de garçon » — du ménage, et jusqu'aux modes qui ne semblent pas prévoir lu possibilité d'une « position intéressante » ? J'avoue que j'ai poussé un soupir de soulagement en apprenant qu'en l'été 2018 on décidait à porter enfin la culotte un peu bouffante, car je me demandais avec angoisse comment, avec cet uniforme, d'une culotte « presque collante » adoptée universellement par les femmes, s'y prenaient les malheureuses avant conservé le désir de la maternité !

Comment Mme Faure-Favier, qui est une jolie femme très élégante — intelligente et raisonnable par surcroît — peut-elle voir ainsi l'avenir ? Comment peut-elle croire que les femmes se masculiniseront jamais jusqu'à la culotte et aux cheveux courts, immuablement ? Supprimera-t-on jamais l'instinct de plaire ? Qu'elle se rappelle donc le début de l'Ile des Pingouins ! Celle qui se risquerait alors à reprendre la jupe aurait bientôt, même mal faite, tous les hommes après soi...
Mais ce sont là détails de peu d'importance, qui n'ôtent presque rien au charme littéraire du récit, dont on goûtera surtout le « Journal de Pascaline » — la pauvre amoureuse abandonnée de 1914. Nous revoici clans l'humanité véritable. Ces pages auxquelles Louise Faure-Favier a su vraiment donner l'accent d'une confession intime, d'un sincère cri du cœur, sont les meilleures qu'elle ait écrites, elles ont un abandon, une simplicité, quelque chose de naïf et de déchirant qui touche et qui suffirait à expliquer le succès de son livre. 


(1) Voir les Lettres de Juillet : « Les Responsabilités de Denis Papin ou les antinomies insolubles du monde moderne » par René Johannet.

Henriette Charasson, Critique de Ces Choses qui seront vieilles, de Louise Faure-Favier, La Renaissance du Livre, 1919, in Le Rappel, 5 janvier 1920

Ce billet fait partie d'une série consacrée à l'année 2019 vue par les auteurs du passé (prophétie, anticipation, prospective). Pour retrouver tous les billets de cette série, cliquez ICI