samedi 14 avril 2018

Lanos, Scaphandriers (vue d'artiste), 1928

On ne présente plus le génial Lanos, dessinateur, romancier,... Il a donné quelques visions du futur et des outils techniques très saisissantes.
Dans le magazine VU n° 21 du 8 août 1928, il illustre un très court article consacré à la recherche des diamants de l'Elisabethville, navire torpillé le 6 septembre 1917 par un sous-marin allemand dans la baie de Quiberon (voir une page complète sur le mystère des diamants).
Le texte fait référence aux visions verniennes du fond des mers et l'on songe évidemment à Vingt-mille lieues sous les mers.







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A lire:
Article de Jean-Luc Boutel sur Henri Lanos illustrateur
Couverture de Les hommes de fer du professeur Flax (roman illustré par Lanos)
Marquis de Dion, L'automobile et la guerre future (1906), illustrations de Lanos

mardi 10 avril 2018

Ce que nous réserve l'électricité (1929)

Le Petit Inventeur proposait de multiples articles de prospectives. Certains de ces articles étaient annoncés en couverture avec des illustrations tout à fait science-fictionnelles. C'est le cas avec Ce que nous réserve l'électricité (Le Petit Inventeur n° 31, 1929) signé A. Engineer (ça sent le pseudonyme).
La couverture nous montre un robot (électrique bien évidemment):




Pourtant, pour que tout cela fonctionne il est nécessaire de produire et transporter l'électricité. L'idée développée dans l'article est que des usines hydrauliques produiront l'électricité puis le courant sera "projeté par un miroir parabolique dont les rayons chargés d'énergie sillonneront l'espace jusqu'aux sous stations de distribution d'électricité". Ainsi de très nombreux appareils (tant domestiques que professionnels et industriels) pourront fonctionner, les ouvriers deviendront ingénieurs et la guerre se fera au moyen de super-canons. 






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samedi 7 avril 2018

Le train transatlantique d'avions (1928)

Le magazine VU a publié différents articles de prospectives. Dans le numéro 16 du 4 juillet 1928, c'est une gravure présentant un train transatlantique d'avions et intitulée La Victoire des ailes d'acier, qui est proposée accompagnée d'un petit texte.




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mardi 3 avril 2018

L'Histoire du feu (dessin sur le thème préhistorique) (1923)

Le périodique pour la jeunesse Le Petit inventeur (retrouvez les autres articles consacrés à cette publication parus sur ArchéoSF en cliquant ICI) proposait des couvertures souvent très évocatrices.
Ici (n° 34, 6 novembre 1923) elle nous plonge dans la préhistoire à la recherche des origines du feu. 



samedi 31 mars 2018

Cami, Mister VU, Gentleman-dessiné interviewe l'invalide à la tête de bois (1928)

Le magazine VU a publié différents articles relevant de la conjecture. S'il s'agit souvent de prospective, il peut y avoir aussi de la fiction. On pourra discuter du classement du texte suivant dans la conjecture, le personnage relevant plutôt du fantastique, mais il est bien l'heureux possesseur d'une prothèse
Cami, collaborateur régulier de VU, lance dans le n°6 son Gentleman-dessiné, personnage récurrent interviewant des personnalités plus ou moins fictives. 
Dans le n° 14 du 20 juin 1928, c'est L'Invalide-à-la-tête-de-bois, personnage créé par Eugène Mouton (utilisant le pseudonyme de Mérinos) dans Le Figaro en 1857 et qui connait un destin important, repris par plusieurs auteurs et même objet de chansons (citons Berthelier et Tréfeu sans manquer d'évoquer L'Invalide à la pine de bois, version paillarde du mythe).
Ici Cami se livre à des charges humoristiques tout d'abord sur le sport puis fortement anti-parlementaire par le truchement de l'invalide à la tête de bois.



 Mister VU, gentleman dessiné par Cami

MOI, APRES AVOIR DESSINEE MISTER VU SUR UNE FEUILLE DE PAPIER. – Eh bien, Mister VU, êtes-vous satisfait de vos débuts de gentleman-dessinée dans le numéro 6 de ce grand illustré ?
MISTER VU, GENTLEMAN-DESSINE. – Enchanté. Les lecteurs sont charmants, les lectrices ravissantes, et mon interview du concierge de l'Obélisque a obtenu, je m'en flatte, un certain succès.
MOI. – Ménagez ma modestie, Mister VU…
MISTER VU, GENTLEMAN-DESSINE. – Mais, il ne s'agit pas de vous. Pour le mal que vous avez à faire ces articles !… C'est moi qui vous ai donné l'idée de me dessiner à côté d'un personnage à interviewer. Entre dessins, nous nous comprenons. Dans notre langage spécial, je bavarde avec le bonhomme que vous avez dessiné près de moi, je vous répète les termes de l'interview, et vous n'avez plus qu'à transcrire.
MOI. – Permettez… je…
MISTER VU, GENTLEMAN-DESSINE. – Oh ! Je ne demande pas mieux que de travailler pour vous, puisque vous manquez d'imagination en ce moment. Tout ce que je désire, c'est que vous ne me dessiniez jamais tout seul au milieu d'une page de journal. C'est un trop horrible supplice pour un gentleman-dessin !
MOI. – Pourquoi ?… Je ne comprends pas...
MISTER VU, GENTLEMAN-DESSINE. – Vous allez comprendre. Quand le journal est ouvert et en lecture, passe encore ! Un gentleman-dessiné peut s'amuser à regarder les lecteurs, ou à admirer les lectrices. Les lecteurs ne forment-ils pas un véritable album d'images vivantes que regardent les dessins ? Mais lorsque le journal est refermé, avez-vous jamais réfléchi au mortel ennui, à l'atroce désespoir qui peut envahir la petite âme sensible d'une image abandonnée ?… C'est l'obscurité complète, le noir du cachot ! Lorsque nous sommes plusieurs personnages dessinés en groupe, nous arrivons à nous distraire, mais quand on est dessiné seul, tout seul, vous rendez-vous compte du supplice que vous infligez sans le savoir à votre infortuné bonhomme dessiné ?
MOI. – Je vous assure que jusqu'à présent, je n'avais pas réfléchi à ce cas étrange… Mais tranquillisez-vous, cher Mister VU, vous ne serez pas seul, vous ne serez jamais seul. Je vais vous dessiner aujourd'hui à côté d'un personnage tout aussi célèbre que le concierge de l'Obélisque, et que vous allez interviewer.
MISTER VU, GENTLEMAN-DESSINE. – Parfait. Et quel est cet illustre personnage ?
MOI. – L'Invalide-à-la-tête-de-bois.


INTERVIEW DE L'INVALIDE-A-LA-TETE-DE-BOIS


MISTER VU, GENTLEMAN-DESSINE. – C'est bien à l'Invalide-à-la-tête-de-bois que j'ai l'honneur de parler ?
L'INVALIDE-A-LA-TETE-DE-BOIS. – En personne. Vous permettez une seconde (il prend un marteau et s'en applique un formidable coup sur le front). Ces mouches sont insupportables ! Mais grâce à ce marteau j'arrive à en écraser de temps en temps. Vous désirez Monsieur ?...
MISTER VU, GENTLEMAN-DESSINE. – Vous interviewer pour les lecteurs de « VU », le grand illustré hebdomadaire.
L'INVALIDE-A-LA-TETE-DE-BOIS. – Je connais… je connais, et je m'intéresse particulièrement à ses pages sportives. Tenez, à ce propos, la semaine dernière, si jamais eu près de moi un photographe de « VU », il aurait eu l'occasion de prendre un cliché pas ordinaire !
MISTER VU, GENTLEMAN-DESSINE. – Un cliché par ordinaire ?
L'INVALIDE-A-LA-TETE-DE-BOIS. – Oui. Figurez-vous que je faisais une petite promenade dans les environs de Paris, lorsque j'arrive par hasard devant un terrai d'entraînement pour coureurs à pied. Un champion était justement en train de s'entraîner sur la piste. A cette vue, tous mes instincts sprotifs se réveillent en moi. Car, notez-le Monsieur, je vous prie, je fus le gagnant du grand « cross-country » des grenadiers de la garde en 1809. Brusquement, je sentis le sang de ma jeunesse bouillonner dans ma vieille carcasse. Je m'élançai dans la piste, et puis, par une sorte de folie sportive, je lançai un défi au jeune champion interloqué. Le coureur crut d'abord que je plaisantais, mais sur mon insistance, et sans doute pour se moquer de moi, il consentit à faire un match de vitesse avec moi. Nous prîmes le départ, et dès le début je pris une certaine avance sur le jeune champion qui, certain de me battre, ne se pressait pas, et riait avec ses camarades de ma folle prétention. Mais lorsqu'il me vit à cent mètres du poteau d'arrivée, il s'élança à toute vitesse et ne tarda pas à me rattraper. Nous fîmes quelques mètres côté à côte sans parvenir à nous dépasser, mais, hélas ! mes pauvres vieilles jambes me trahirent bientôt et le jeune coureur, me laissant derrière lui, s'élança vers le poteau.
Il allait l'atteindre, et je me trouvais à une dizaine de mètres derrière lui, lorsque soudain une idée jaillit brusquement dans ma cervelle.
Sans cesser de courir, je dévissai rapidement ma tête-en-bois et la projetai devant lui de toutes mes forces. Ma tête, lancée d'une main sûre, passa devant le poteau d'arrivée quelques secondes avant le jeune champion. J'avais gagné ! Gagné d'une tête !

MISTER VU, GENTLEMAN-DESSINE. – Merveilleux record !… Pourriez-vous maintenant me conter un de vos souvenirs du Premier Empire ?… Mais auparavant permettez moi de vous avertir que votre pipe a mis le feu à votre nez.
L'INVALIDE-A-LA-TETE-DE-BOIS. – Ce n'est rien. Ça m'arrive assez fréquemment. (Il prnd un bol d'eau et se plonge le nez dedans.) Là, le voilà éteint. Vous voulez que je vous conte un souvenir ?… Écoutez (il annonce) :

LE PERROQUET DU 18 BRUMAIRE

C'était le 18 Brumaire 1799. Je faisais partie du bataillon de grenadiers qui, sous les ordres de Bonaparte, envahit le « Conseil des Cinq-Cents ». C'était sous ce nom qu'on désignait la Chambre des Députés de l'époque. Ces députés n'étaient pas, comme ceux que nous avons le bonheur de posséder aujourd'hui, des hommes d'action, ennemis de vaines parlottes et soucieux avant tout de l'intérêt public. Non, le Conseil des Cinq-Cents était surtout composé de bavards enragés qui donnaient au pays écœuré le spectacle lamentable d'une Assemblée d'impuissants, d'incapables et de fantoches.
Bonaparte, se rendant compte du danger que courait le pays, avait déclaré : « Je veux délivrer notre belle France de tous ces avocats qui sont en train de la perdre ! ».
Et voilà pourquoi ce 18 Brumaire, il avait fait irruption avec nous, les grenadiers, dans le Conseil des Cinq-Cents.
Ah ! Mes amis ! Quelle journée ! Ma vieille tête en bois en conservera toujours le souvenir !
Le Petit Caporal, très pâle, une main derrière le dos, l'autre dans son gilet, marchait devant nous, dans son attitude légendaire.
Lorsque nous pénétrâmes dans la salle du Conseil, l'Assemblée était en train d'écouter le député Sosthène Salivard qui, du haut de la tribune, déversait depuis trois heures des flots d'éloquence parlementaire sur son auditoire.
En apercevant Bonaparte, les députés épouvantés hurlèrent : « A bas le tyran ! Mort au Dictateur ! » Un vacarme étourdissant s'éleva de toutes parts. Seul Sosthène Salivard, emporté par la force de l'habitude, continuait son discours au milieu du tumulte.
Des grenadiers s'élancèrent et malgré tous les efforts de Salivard qui se cramponnait à la tribune, ils réussirent à arrêter son verbiage.
Mais Salivard, blême de rage, protestait : « C'est une honte ! M'empêcher de parler ! Je suis parlementaire ! Je dois parler ! C'est mon devoir ! Je veux parler ! Je veux prononcer mon discours ! »
Ah ! Tu veux prononcer ton discours ? S'écria alors Barnabé-le-Grognard, un joyeux farceur de ma compagnie, eh bien ! Attends une minute, je vais chercher quelqu'un qui dégoisera tes boniments à ta place !
Et Barnabé-le-Grognard s'élança hors de la salle au pas gymnastique. Deux minutes plus tard, il revenait portant dans ses bras un magnifique perroquet qu'il posa sur la tribune.
Que signifie, grenadier ? Interrogea sévèrement Bonaparte.
Mon général, je vais vous expliquer, répondit Barnabé : il faut vous dire que la cuisinière du citoyen-député Sostène Salivard est ma bonne amie, sauf votre respect. Par elle, j'ai appris que ce député avait un perroquet qui, à force d'entendre son maître répéter ses discours, connaissait par cœur tous les boniments que dégoise le citoyen-député à la tribune. Alors, en voyant que Sosthène Salivard voulait placer son discours malgré nous, j'ai eu l'idée d'aller chercher son oiseau pour qu'il jabote à sa place !
Bonaparte ne put réprimer un sourire. Pendant ce temps, juché sur la tribune, à côté du verre d'eau traditionnel, le perroquet prononçait sans s'émouvoir le dernier discours de son maître.
« C'est une indignité ! On se moque du Parlement !! » s'écrièrent tous en choeur les députés furieux de se voir tourner en ridicule.
Mais, de sa vois brève et coupante, Bonaparte interrompit les protestataires.
« Messieurs, dit-il, je ne comprends pas votre fureur : ce perroquet me paraît absolument digne de faire un parfait député. Comme vous, il parle sans arrêt et sans trop savoir ce qu'il dit. A mon avis, ce n'est pas un, mais cinq-cents perroquets qu'il faudrait ici pour vous remplacer tous. »

« Pour nous remplacer ?… des perroquets !!… quelle insolence !! » hurlèrent les députés fous de rage.
« Oui Messieurs, poursuivit froidement Bonaparte, pour vous remplacer avantageusement. Eux, du moins, ne coûteraient rien à la nation !
Et maintenant, ajouta-t-il de sa voix de commandement en se tournant vers nous, dispersez-moi tous ces bavards !! »
MISTER VU, GENTLEMAN-DESSINE. – Heureusement pour la France, le Parlement a bien changé depuis cette époque !
L'INVALIDE-A-LA-TETE-DE-BOIS. – Je vous en supplie Monsieur, ne me faites pas rire. J'ai les lèvres gercées !…

RIDEAU

Texte et dessins de CAMI.


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A lire: Charles Grivel, "Histoire de l’invalide à la tête de bois (improbable épiphanie du corps glorieux)", in VAILLANT, Alain (dir.) ; VILLENEUVE, Roselyne de (dir.). Le rire moderne. Nouvelle édition [en ligne]. Nanterre : Presses universitaires de Paris Nanterre, 2013. Disponible sur Internet : . ISBN : 9782821851061. DOI : 10.4000/books.pupo.3611, accès direct au texte de Charles Grivel en cliquant ICI










mercredi 28 mars 2018

Marcel Astruc, Chronique des temps futurs (1926)

Dans La Vie parisienne du 26 juin 1926, journal humoristique, Marcel Astruc (1886-1979) publie une lettre du futur consacrée aux Parisiens et à l'automobile (A lire: l'anthologie Paris Futurs). Amusante satire, ce texte invente des rites de l'avenir à partir de légendes forgées au début du XXe siècle et de l'étrange animal nommé "oto". Les illustrations sont signées Zyg Brunner.



Nous sommes en l'an 3000. Il a dû se passer, pendant notre absence, des événements ayant modifié dans un sens inattendu la physionomie du vieux globe. Le progrès industriel, notamment, après une période de développement inouï, semble, du moins sur notre continent, s'être arrêté de lui-même comme si, parvenu a son extrême limite, il n'avait plus eu ensuite qu'à disparaître. Quoi qu'il en soit, au XXXe siècle de notre ère où nous abordons, un Patagon Olakalouf chargé de mission par son gouvernement vient explorer le pays où nous vivons actuellement et, c'est, à défaut de son rapport officiel beaucoup trop savant et hérissé d'observations botaniques et entomologiques qui risqueraient de rebuter, un extrait d'une lettre particulière adressée de loin par le voyageur à l'un de ses proches que nous avons choisi de reproduire, espérant que son tour familier ne paraîtra point trop rébarbatif à notre lecteur.

Pahris, le ... juin 3026.


« Les Pahrisiens sont des êtres fins, affectifs et totalement dépourvus de méchanceté, habitant au bord de la rivière Sheine, dont le nom signifie « la tranquille » et qui mérite son nom. Pas de fleuve plus long, plus calme et plus languissant, et pas de fleuve, non plus, mieux approprié au caractère des riverains. Ceux-ci sont lents et paresseux. Ils appartiennent de toute évidence à une race incorrigible de promeneurs et , comme ils disent dans leur langue si harmonieuse ne possédant malheureusement pas de littérature écrite, de « badauds ».


Ils sont polis, aimables et doués d'un caractère vif et charmant qui les porte à la sociabilité. Ils passent leur temps à rien faire, à se réunir pour échanger des futilités ou célébrer des cérémonies religieuses, dont les rites puisent, disent-ils, dans le passé de leur race leur origine et leur sens caché. C'est ainsi que leur jeu principal, auquel grands et petits se livrent avec une véritable frénésie et qu'ils appellent du nom singulier de danse de « l'oto » se rapporterait à des événements de leur histoire aujourd'hui perdus, mais dont ils ont conservé par voie de tradition un souvenir fort et singulier.
Voici comment ils pratiquent cette danse : L'un. D'eux, représentant l'« oto », qui doit être quelque animal dont ses ancêtres eurent jadis à souffrir, fonce en poussant un long cri sur les autres, qui sautent de droite et de gauche comme s'ils cherchaient à éviter son atteinte. Bientôt, gagnés par l'excitation que fait toujours naître en eux ce rappel de leur passé, tous sautent ou foncent, les uns figurant l'« oto » les autres ses victimes, tous poussant, des clameurs et faisant le plus de vacarme qu'il leur est possible.



A propos de cette danse, les plus anciens parmi les Pahrisiens prétendent que leur pays fut, à une certaine époque, le théâtre d'une invasion de ces bêtes féroces, qui se propagèrent avec une rapidité effrayante. Elles couraient çà et là avec une vitesse folle, renversant les piétons sur leur passage, et produisant par l'orifice de leur trompe de longs beuglements qui répandaient partout la terreur. La nuit, leurs yeux phosphorescents dont le feu éclairait au loin les ténèbres épouvantaient les campagnes que remplissaient d'horreur leurs clameurs infiniment répétées. Bientôt, les « otos » devinrent si nombreux et se multiplièrent à tel point que leur propre circulation se trouva embarrassée par leur quantité même. On ne voyait partout qu'« otos » grands et petits, rongeant leur frein et grelottant de fureur en émettant une sorte de ronchonnement menaçant, arrêtés les uns contre les autres et ne trouvant pas le moyen de se dégager mutuellement. En vain des hommes courageux, dont les Pahrisiens ont conservé le souvenir sous le nom « Hagens » tentèrent de mettre au service de la fureur aveugle des envahisseurs leur intelligence pourtant relative. En procédant comme font les femmes de chez nous lorsqu'elles cherchent le bout du fil qui leur permettra, de débrouiller ensuite tout l'écheveau, ils faisaient avancer l'un, reculer l'autre, et le troupeau bondissant pouvait s'échapper par l'ouverture ainsi pratiquée.
Bientôt, pourtant, il y en eut trop, et les « Hagens » M eux-mêmes perdirent courage. Alors, il arriva ce qui devait se produire fatalement. Un soir, une « oto » s'arrêta « pile » dans le flanc d'une autre « oto » qu'elle n'avait pas vue venir, et qu'elle eût renversée en s'endommageant elle-même, si elle ne se t arrêtée à temps. Avant qu'elle n'ait réussi à se dégager en reculant,, une file de vingt autres « otos » s'étaient arrêtées derrière elle, rendant impossible son mouvement. Chacune de ces vingt autres en immobilisa vingt autres, qui en firent autant à vingt autres «autres». Au petit, jour, les Pahrisiens étonnés virent un océan figé d'où s'échappaient maints hurlements, mais d'où, par contre, aucune « oto » ne devait plus parvenir à se retirer. Les hurlements se firent entendre pendant plusieurs jours, puis ils diminuèrent et enfin se turent.



Voilà comment s'éteignit la puissance des « otos », monstres qui menacèrent un instant l'existence même des humains,qu'ils seraient parvenus à supplanter sur la terre de leurs ancêtres s'ils n'avaient fini, à force de stupidité, par se détruire eux-mêmes. Les Pahrisiens montrent dans leur Muséum d'histoire naturelle, une « oto » reconstituée au moyen des ossements que l'on trouve en grande abondance à fleur de leur sol, et même quelquefois répandus à sa surface. Je vais faire la description de cet animal préhistorique : Le capot se dresse verticalement à l'arrière, tandis que le marchepied, placé à avant, remplit l'office, indispensable pour des animaux se déplaçant à de telles vitesses, de pare-brise. Le moteur est placé dans la caisse à outils ; les ailes, soigneusement repliées lorsque l'animal était au repos, sont roulées à l'intérieur du carter. Sur le capot, on lit en caractères cunéiiformes le mot « Hispano » et sur le châssis le mot « Citroën ».



Cette admirable reconstitution, d'une exactitude dont la rigueur scientifique ne laisse subsister aucun doute, fait le plus grand honneur à l'état de la paléontologie chez les Pahrisiens... »

Pour copie anticipée,


MARCEL ASTRUC.