samedi 31 mars 2018

Cami, Mister VU, Gentleman-dessiné interviewe l'invalide à la tête de bois (1928)

Le magazine VU a publié différents articles relevant de la conjecture. S'il s'agit souvent de prospective, il peut y avoir aussi de la fiction. On pourra discuter du classement du texte suivant dans la conjecture, le personnage relevant plutôt du fantastique, mais il est bien l'heureux possesseur d'une prothèse
Cami, collaborateur régulier de VU, lance dans le n°6 son Gentleman-dessiné, personnage récurrent interviewant des personnalités plus ou moins fictives. 
Dans le n° 14 du 20 juin 1928, c'est L'Invalide-à-la-tête-de-bois, personnage créé par Eugène Mouton (utilisant le pseudonyme de Mérinos) dans Le Figaro en 1857 et qui connait un destin important, repris par plusieurs auteurs et même objet de chansons (citons Berthelier et Tréfeu sans manquer d'évoquer L'Invalide à la pine de bois, version paillarde du mythe).
Ici Cami se livre à des charges humoristiques tout d'abord sur le sport puis fortement anti-parlementaire par le truchement de l'invalide à la tête de bois.



 Mister VU, gentleman dessiné par Cami

MOI, APRES AVOIR DESSINEE MISTER VU SUR UNE FEUILLE DE PAPIER. – Eh bien, Mister VU, êtes-vous satisfait de vos débuts de gentleman-dessinée dans le numéro 6 de ce grand illustré ?
MISTER VU, GENTLEMAN-DESSINE. – Enchanté. Les lecteurs sont charmants, les lectrices ravissantes, et mon interview du concierge de l'Obélisque a obtenu, je m'en flatte, un certain succès.
MOI. – Ménagez ma modestie, Mister VU…
MISTER VU, GENTLEMAN-DESSINE. – Mais, il ne s'agit pas de vous. Pour le mal que vous avez à faire ces articles !… C'est moi qui vous ai donné l'idée de me dessiner à côté d'un personnage à interviewer. Entre dessins, nous nous comprenons. Dans notre langage spécial, je bavarde avec le bonhomme que vous avez dessiné près de moi, je vous répète les termes de l'interview, et vous n'avez plus qu'à transcrire.
MOI. – Permettez… je…
MISTER VU, GENTLEMAN-DESSINE. – Oh ! Je ne demande pas mieux que de travailler pour vous, puisque vous manquez d'imagination en ce moment. Tout ce que je désire, c'est que vous ne me dessiniez jamais tout seul au milieu d'une page de journal. C'est un trop horrible supplice pour un gentleman-dessin !
MOI. – Pourquoi ?… Je ne comprends pas...
MISTER VU, GENTLEMAN-DESSINE. – Vous allez comprendre. Quand le journal est ouvert et en lecture, passe encore ! Un gentleman-dessiné peut s'amuser à regarder les lecteurs, ou à admirer les lectrices. Les lecteurs ne forment-ils pas un véritable album d'images vivantes que regardent les dessins ? Mais lorsque le journal est refermé, avez-vous jamais réfléchi au mortel ennui, à l'atroce désespoir qui peut envahir la petite âme sensible d'une image abandonnée ?… C'est l'obscurité complète, le noir du cachot ! Lorsque nous sommes plusieurs personnages dessinés en groupe, nous arrivons à nous distraire, mais quand on est dessiné seul, tout seul, vous rendez-vous compte du supplice que vous infligez sans le savoir à votre infortuné bonhomme dessiné ?
MOI. – Je vous assure que jusqu'à présent, je n'avais pas réfléchi à ce cas étrange… Mais tranquillisez-vous, cher Mister VU, vous ne serez pas seul, vous ne serez jamais seul. Je vais vous dessiner aujourd'hui à côté d'un personnage tout aussi célèbre que le concierge de l'Obélisque, et que vous allez interviewer.
MISTER VU, GENTLEMAN-DESSINE. – Parfait. Et quel est cet illustre personnage ?
MOI. – L'Invalide-à-la-tête-de-bois.


INTERVIEW DE L'INVALIDE-A-LA-TETE-DE-BOIS


MISTER VU, GENTLEMAN-DESSINE. – C'est bien à l'Invalide-à-la-tête-de-bois que j'ai l'honneur de parler ?
L'INVALIDE-A-LA-TETE-DE-BOIS. – En personne. Vous permettez une seconde (il prend un marteau et s'en applique un formidable coup sur le front). Ces mouches sont insupportables ! Mais grâce à ce marteau j'arrive à en écraser de temps en temps. Vous désirez Monsieur ?...
MISTER VU, GENTLEMAN-DESSINE. – Vous interviewer pour les lecteurs de « VU », le grand illustré hebdomadaire.
L'INVALIDE-A-LA-TETE-DE-BOIS. – Je connais… je connais, et je m'intéresse particulièrement à ses pages sportives. Tenez, à ce propos, la semaine dernière, si jamais eu près de moi un photographe de « VU », il aurait eu l'occasion de prendre un cliché pas ordinaire !
MISTER VU, GENTLEMAN-DESSINE. – Un cliché par ordinaire ?
L'INVALIDE-A-LA-TETE-DE-BOIS. – Oui. Figurez-vous que je faisais une petite promenade dans les environs de Paris, lorsque j'arrive par hasard devant un terrai d'entraînement pour coureurs à pied. Un champion était justement en train de s'entraîner sur la piste. A cette vue, tous mes instincts sprotifs se réveillent en moi. Car, notez-le Monsieur, je vous prie, je fus le gagnant du grand « cross-country » des grenadiers de la garde en 1809. Brusquement, je sentis le sang de ma jeunesse bouillonner dans ma vieille carcasse. Je m'élançai dans la piste, et puis, par une sorte de folie sportive, je lançai un défi au jeune champion interloqué. Le coureur crut d'abord que je plaisantais, mais sur mon insistance, et sans doute pour se moquer de moi, il consentit à faire un match de vitesse avec moi. Nous prîmes le départ, et dès le début je pris une certaine avance sur le jeune champion qui, certain de me battre, ne se pressait pas, et riait avec ses camarades de ma folle prétention. Mais lorsqu'il me vit à cent mètres du poteau d'arrivée, il s'élança à toute vitesse et ne tarda pas à me rattraper. Nous fîmes quelques mètres côté à côte sans parvenir à nous dépasser, mais, hélas ! mes pauvres vieilles jambes me trahirent bientôt et le jeune coureur, me laissant derrière lui, s'élança vers le poteau.
Il allait l'atteindre, et je me trouvais à une dizaine de mètres derrière lui, lorsque soudain une idée jaillit brusquement dans ma cervelle.
Sans cesser de courir, je dévissai rapidement ma tête-en-bois et la projetai devant lui de toutes mes forces. Ma tête, lancée d'une main sûre, passa devant le poteau d'arrivée quelques secondes avant le jeune champion. J'avais gagné ! Gagné d'une tête !

MISTER VU, GENTLEMAN-DESSINE. – Merveilleux record !… Pourriez-vous maintenant me conter un de vos souvenirs du Premier Empire ?… Mais auparavant permettez moi de vous avertir que votre pipe a mis le feu à votre nez.
L'INVALIDE-A-LA-TETE-DE-BOIS. – Ce n'est rien. Ça m'arrive assez fréquemment. (Il prnd un bol d'eau et se plonge le nez dedans.) Là, le voilà éteint. Vous voulez que je vous conte un souvenir ?… Écoutez (il annonce) :

LE PERROQUET DU 18 BRUMAIRE

C'était le 18 Brumaire 1799. Je faisais partie du bataillon de grenadiers qui, sous les ordres de Bonaparte, envahit le « Conseil des Cinq-Cents ». C'était sous ce nom qu'on désignait la Chambre des Députés de l'époque. Ces députés n'étaient pas, comme ceux que nous avons le bonheur de posséder aujourd'hui, des hommes d'action, ennemis de vaines parlottes et soucieux avant tout de l'intérêt public. Non, le Conseil des Cinq-Cents était surtout composé de bavards enragés qui donnaient au pays écœuré le spectacle lamentable d'une Assemblée d'impuissants, d'incapables et de fantoches.
Bonaparte, se rendant compte du danger que courait le pays, avait déclaré : « Je veux délivrer notre belle France de tous ces avocats qui sont en train de la perdre ! ».
Et voilà pourquoi ce 18 Brumaire, il avait fait irruption avec nous, les grenadiers, dans le Conseil des Cinq-Cents.
Ah ! Mes amis ! Quelle journée ! Ma vieille tête en bois en conservera toujours le souvenir !
Le Petit Caporal, très pâle, une main derrière le dos, l'autre dans son gilet, marchait devant nous, dans son attitude légendaire.
Lorsque nous pénétrâmes dans la salle du Conseil, l'Assemblée était en train d'écouter le député Sosthène Salivard qui, du haut de la tribune, déversait depuis trois heures des flots d'éloquence parlementaire sur son auditoire.
En apercevant Bonaparte, les députés épouvantés hurlèrent : « A bas le tyran ! Mort au Dictateur ! » Un vacarme étourdissant s'éleva de toutes parts. Seul Sosthène Salivard, emporté par la force de l'habitude, continuait son discours au milieu du tumulte.
Des grenadiers s'élancèrent et malgré tous les efforts de Salivard qui se cramponnait à la tribune, ils réussirent à arrêter son verbiage.
Mais Salivard, blême de rage, protestait : « C'est une honte ! M'empêcher de parler ! Je suis parlementaire ! Je dois parler ! C'est mon devoir ! Je veux parler ! Je veux prononcer mon discours ! »
Ah ! Tu veux prononcer ton discours ? S'écria alors Barnabé-le-Grognard, un joyeux farceur de ma compagnie, eh bien ! Attends une minute, je vais chercher quelqu'un qui dégoisera tes boniments à ta place !
Et Barnabé-le-Grognard s'élança hors de la salle au pas gymnastique. Deux minutes plus tard, il revenait portant dans ses bras un magnifique perroquet qu'il posa sur la tribune.
Que signifie, grenadier ? Interrogea sévèrement Bonaparte.
Mon général, je vais vous expliquer, répondit Barnabé : il faut vous dire que la cuisinière du citoyen-député Sostène Salivard est ma bonne amie, sauf votre respect. Par elle, j'ai appris que ce député avait un perroquet qui, à force d'entendre son maître répéter ses discours, connaissait par cœur tous les boniments que dégoise le citoyen-député à la tribune. Alors, en voyant que Sosthène Salivard voulait placer son discours malgré nous, j'ai eu l'idée d'aller chercher son oiseau pour qu'il jabote à sa place !
Bonaparte ne put réprimer un sourire. Pendant ce temps, juché sur la tribune, à côté du verre d'eau traditionnel, le perroquet prononçait sans s'émouvoir le dernier discours de son maître.
« C'est une indignité ! On se moque du Parlement !! » s'écrièrent tous en choeur les députés furieux de se voir tourner en ridicule.
Mais, de sa vois brève et coupante, Bonaparte interrompit les protestataires.
« Messieurs, dit-il, je ne comprends pas votre fureur : ce perroquet me paraît absolument digne de faire un parfait député. Comme vous, il parle sans arrêt et sans trop savoir ce qu'il dit. A mon avis, ce n'est pas un, mais cinq-cents perroquets qu'il faudrait ici pour vous remplacer tous. »

« Pour nous remplacer ?… des perroquets !!… quelle insolence !! » hurlèrent les députés fous de rage.
« Oui Messieurs, poursuivit froidement Bonaparte, pour vous remplacer avantageusement. Eux, du moins, ne coûteraient rien à la nation !
Et maintenant, ajouta-t-il de sa voix de commandement en se tournant vers nous, dispersez-moi tous ces bavards !! »
MISTER VU, GENTLEMAN-DESSINE. – Heureusement pour la France, le Parlement a bien changé depuis cette époque !
L'INVALIDE-A-LA-TETE-DE-BOIS. – Je vous en supplie Monsieur, ne me faites pas rire. J'ai les lèvres gercées !…

RIDEAU

Texte et dessins de CAMI.


Retrouvez tous les articles consacrés au magazine VU en cliquant ICI.

A lire: Charles Grivel, "Histoire de l’invalide à la tête de bois (improbable épiphanie du corps glorieux)", in VAILLANT, Alain (dir.) ; VILLENEUVE, Roselyne de (dir.). Le rire moderne. Nouvelle édition [en ligne]. Nanterre : Presses universitaires de Paris Nanterre, 2013. Disponible sur Internet : . ISBN : 9782821851061. DOI : 10.4000/books.pupo.3611, accès direct au texte de Charles Grivel en cliquant ICI










mercredi 28 mars 2018

Marcel Astruc, Chronique des temps futurs (1926)

Dans La Vie parisienne du 26 juin 1926, journal humoristique, Marcel Astruc (1886-1979) publie une lettre du futur consacrée aux Parisiens et à l'automobile (A lire: l'anthologie Paris Futurs). Amusante satire, ce texte invente des rites de l'avenir à partir de légendes forgées au début du XXe siècle et de l'étrange animal nommé "oto". Les illustrations sont signées Zyg Brunner.



Nous sommes en l'an 3000. Il a dû se passer, pendant notre absence, des événements ayant modifié dans un sens inattendu la physionomie du vieux globe. Le progrès industriel, notamment, après une période de développement inouï, semble, du moins sur notre continent, s'être arrêté de lui-même comme si, parvenu a son extrême limite, il n'avait plus eu ensuite qu'à disparaître. Quoi qu'il en soit, au XXXe siècle de notre ère où nous abordons, un Patagon Olakalouf chargé de mission par son gouvernement vient explorer le pays où nous vivons actuellement et, c'est, à défaut de son rapport officiel beaucoup trop savant et hérissé d'observations botaniques et entomologiques qui risqueraient de rebuter, un extrait d'une lettre particulière adressée de loin par le voyageur à l'un de ses proches que nous avons choisi de reproduire, espérant que son tour familier ne paraîtra point trop rébarbatif à notre lecteur.

Pahris, le ... juin 3026.


« Les Pahrisiens sont des êtres fins, affectifs et totalement dépourvus de méchanceté, habitant au bord de la rivière Sheine, dont le nom signifie « la tranquille » et qui mérite son nom. Pas de fleuve plus long, plus calme et plus languissant, et pas de fleuve, non plus, mieux approprié au caractère des riverains. Ceux-ci sont lents et paresseux. Ils appartiennent de toute évidence à une race incorrigible de promeneurs et , comme ils disent dans leur langue si harmonieuse ne possédant malheureusement pas de littérature écrite, de « badauds ».


Ils sont polis, aimables et doués d'un caractère vif et charmant qui les porte à la sociabilité. Ils passent leur temps à rien faire, à se réunir pour échanger des futilités ou célébrer des cérémonies religieuses, dont les rites puisent, disent-ils, dans le passé de leur race leur origine et leur sens caché. C'est ainsi que leur jeu principal, auquel grands et petits se livrent avec une véritable frénésie et qu'ils appellent du nom singulier de danse de « l'oto » se rapporterait à des événements de leur histoire aujourd'hui perdus, mais dont ils ont conservé par voie de tradition un souvenir fort et singulier.
Voici comment ils pratiquent cette danse : L'un. D'eux, représentant l'« oto », qui doit être quelque animal dont ses ancêtres eurent jadis à souffrir, fonce en poussant un long cri sur les autres, qui sautent de droite et de gauche comme s'ils cherchaient à éviter son atteinte. Bientôt, gagnés par l'excitation que fait toujours naître en eux ce rappel de leur passé, tous sautent ou foncent, les uns figurant l'« oto » les autres ses victimes, tous poussant, des clameurs et faisant le plus de vacarme qu'il leur est possible.



A propos de cette danse, les plus anciens parmi les Pahrisiens prétendent que leur pays fut, à une certaine époque, le théâtre d'une invasion de ces bêtes féroces, qui se propagèrent avec une rapidité effrayante. Elles couraient çà et là avec une vitesse folle, renversant les piétons sur leur passage, et produisant par l'orifice de leur trompe de longs beuglements qui répandaient partout la terreur. La nuit, leurs yeux phosphorescents dont le feu éclairait au loin les ténèbres épouvantaient les campagnes que remplissaient d'horreur leurs clameurs infiniment répétées. Bientôt, les « otos » devinrent si nombreux et se multiplièrent à tel point que leur propre circulation se trouva embarrassée par leur quantité même. On ne voyait partout qu'« otos » grands et petits, rongeant leur frein et grelottant de fureur en émettant une sorte de ronchonnement menaçant, arrêtés les uns contre les autres et ne trouvant pas le moyen de se dégager mutuellement. En vain des hommes courageux, dont les Pahrisiens ont conservé le souvenir sous le nom « Hagens » tentèrent de mettre au service de la fureur aveugle des envahisseurs leur intelligence pourtant relative. En procédant comme font les femmes de chez nous lorsqu'elles cherchent le bout du fil qui leur permettra, de débrouiller ensuite tout l'écheveau, ils faisaient avancer l'un, reculer l'autre, et le troupeau bondissant pouvait s'échapper par l'ouverture ainsi pratiquée.
Bientôt, pourtant, il y en eut trop, et les « Hagens » M eux-mêmes perdirent courage. Alors, il arriva ce qui devait se produire fatalement. Un soir, une « oto » s'arrêta « pile » dans le flanc d'une autre « oto » qu'elle n'avait pas vue venir, et qu'elle eût renversée en s'endommageant elle-même, si elle ne se t arrêtée à temps. Avant qu'elle n'ait réussi à se dégager en reculant,, une file de vingt autres « otos » s'étaient arrêtées derrière elle, rendant impossible son mouvement. Chacune de ces vingt autres en immobilisa vingt autres, qui en firent autant à vingt autres «autres». Au petit, jour, les Pahrisiens étonnés virent un océan figé d'où s'échappaient maints hurlements, mais d'où, par contre, aucune « oto » ne devait plus parvenir à se retirer. Les hurlements se firent entendre pendant plusieurs jours, puis ils diminuèrent et enfin se turent.



Voilà comment s'éteignit la puissance des « otos », monstres qui menacèrent un instant l'existence même des humains,qu'ils seraient parvenus à supplanter sur la terre de leurs ancêtres s'ils n'avaient fini, à force de stupidité, par se détruire eux-mêmes. Les Pahrisiens montrent dans leur Muséum d'histoire naturelle, une « oto » reconstituée au moyen des ossements que l'on trouve en grande abondance à fleur de leur sol, et même quelquefois répandus à sa surface. Je vais faire la description de cet animal préhistorique : Le capot se dresse verticalement à l'arrière, tandis que le marchepied, placé à avant, remplit l'office, indispensable pour des animaux se déplaçant à de telles vitesses, de pare-brise. Le moteur est placé dans la caisse à outils ; les ailes, soigneusement repliées lorsque l'animal était au repos, sont roulées à l'intérieur du carter. Sur le capot, on lit en caractères cunéiiformes le mot « Hispano » et sur le châssis le mot « Citroën ».



Cette admirable reconstitution, d'une exactitude dont la rigueur scientifique ne laisse subsister aucun doute, fait le plus grand honneur à l'état de la paléontologie chez les Pahrisiens... »

Pour copie anticipée,


MARCEL ASTRUC. 


lundi 26 mars 2018

Henry de Graffigny, Ce que nous verrons dans vingt ans (1923)

Vulgarisateur et romancier, Henry de Graffigny fut particulièrement productif (allant jusqu'à plagier d'autres auteurs comme Octave Bleunard pour Electropolis). Il collabora régulièrement à la revue pour la jeunesse Le Petit inventeur (retrouvez les autres articles consacrés à cette publication parus sur ArchéoSF en cliquant ICI).
Il imagine dans le texte qui suit l'avenir dans le domaine des transports.






Ce que nous verrons dans vingt ans

Les progrès de la science ont été considérables depuis un demi-siècle, et chaque jour voit apparaître une invention nouvelle, une découverte imprévue qui ajoute un maillon de plus à la chaîne ininterrompue de conquêtes, transformant peu à peu l'existence des nations, ajoutant au bien-être général, bien qu'au prix de quelques complications.
Énumérons sommairement ces améliorations.
En premier lieu, les moyens de locomotion. En 1875, on ne connaissait que les chemins de fer et les voitures à chevaux et les « rapides » parcouraient au plus soixante kilomètres à l'heure. Aujourd'hui, les grands expresse internationaux ont une vitesse commerciale qui dépasse 90 kilomètres ; aux lents et lourds omnibus, ont succédé les tramways électriques et les autobus à pétrole qui circulent dans toues les grandes villes. Alors que, sur mer, les plus grands paquebots avaient un déplacement de 5.000 tonnes et une vitesse de 16 nœuds (29 kilomètres) à l'heure, maintenant leur volume est sextuplé et leur vitesse doublée. Enfin, alors qu'on ne connaissait que l'on ballon sphérique, jouet du vent, on possède des dirigeables et les avions évoluant à des allures dépassant 200 kilomètres.
C'est dans le domaine de l'électricité que les progrès ont été plus nombreux, grâce à une étude minutieuse des phénomènes auxquels donne lieu cette forme de l'énergie universelle. Il n'est presque plus d'industrie qui n'en soit tributaire et ne l'utilise sous une forme ou une autre. La lampe à arc, puis la lampe à incandescence ont remplacé les anciennes sources d'éclairage. La bougie, l'huile, et même le gaz qui soutient difficilement sa concurrence grâce à l'invention du manchon de terres rares imaginé par le docteur Auer. La traction, la métallurgie, la chimie ont pris un développement extraordinaire grâce à l'invention de la dynamo, et les procédés de correspondance ont été notablement perfectionnés, ainsi qu'en témoignent la télégraphie avec et sans fil, la téléphonie ordinaire et la radiotéléphonie. Enfin l'art médical a également trouvé dans la fée électricité une aide précieuse ; une branche nouvelle du plus haut intérêt a été créée par la découverte des rayons X, et la radiologie seconde efficacement les recherches et les opérations chirurgicales. Et nous ne sommes qu'au commencement ! Que nous réserve l'avenir ?…


Il semble évident, et sans qu'il soit nécessaire de se livrer à des « anticipations », à la façon de Jules Verne ou de Wells, qu'avant que vingt ans ne soient écoulés, bien des problèmes encore pendants auront reçu leur solution.
En premier lieu, il est probable que la navigation aérienne sera d'une usage universel, la sécurité des passagers étant assurée plus complètement que maintenant. A côté des monstres aériens, les « Goliaths » et des « Léviathans » pour les transports en commun à grande vitesse, évolueront les « moto-aviettes », cycle-cars de l'atmosphère, servant aux transports individuels comme fait la bicyclette actuelle.
Sur terre, la locomotive à vapeur sera devenue désuète et aura cédé le pas, sur tous les réseaux de chemins de fer, au tracteur électrique. Grâce à l'emploi des moindres cours d'eau, des marées, etc,… la houille blanche, bleue ou verte permettra non seulement d'électriser toutes les lignes ferrées de grand ou de faible trafic, mais encore de distribuer l'énergie motrice aux moindres exploitations agricoles. Le moteur électrique supplantera ainsi les moteurs thermiques d'entretien d'entretien plus coûteux, aussi bien pour la traction des véhicules que pour les usages à poste fixe.
Il est probable que, sur mer, pour les relations entre continents que séparent de vastes océans, les moyens de locomotion seront tout différents de ceux que nous connaissons, et que la vitesse et la sécurité seront sensiblement accrues. Le sous-marin de transport et commercial rivalisera peut-être alors avec le paquebot géant, tandis que, sur les fleuves, évolueront à grande allure les hydroglisseurs à hélice aérienne.

Mais il n'y a pas que la locomotion et la navigation maritime ou aérienne, qui se seront développées et transformées dans le court laps considéré, il en sera de même de tous les procédés industriels et de nombre d'applications scientifiques qui découleront des découvertes nouvelles surgissant chaque jour dans le monde entier. Les habitations seront plus rationnellement construites, avec des matériaux plus parfaits, mieux répartis et judicieusement mis en œuvre si bien que l'incendie ne sera plus autant à redouter qu'aujourd'hui, ses ravages pouvant être instantanément circonscrits. Et dans ces maisons modèles tout se fera automatiquement, comme dans la « maison électrique » de G. Knap. Le confort atteindra un degré dont on ne peut encore se faire qu'une idée approximative : il suffira d'appuyer la main sur un levier ou un bouton de commande pour être obéi et réaliser les opérations les plus compliquées, car la télématique encore dans l'enfance en 1923 sera avant 1950 devenue d'un usage général.
Le monde continue à évoluer et les inventions les plus merveilleuses se succèdent qui contribuent à précipiter cette évolution. On peut se figurer ce que seront les cités futures lorsque seront appliquées en grand toutes ces conquêtes de la Science, qui transforment lentement mais radicalement nos conditions d'existence.

H. de Graffigny, « Ce que nous verrons dans vingt ans »,

in Le Petit inventeur n° 30, 9 octobre 1923. 

samedi 24 mars 2018

L'appartement de la femme d'acier (1928)

Dans le numéro 7 du magazine VU (daté du 2 mai 1928), un article est consacré à un appartement designé par Géo Bourgeois. L'article présente plusieurs photographies de mobilier d'avant garde (meubles métalliques, cabinet de toilette épuré de Walter Gropius, fondateur du Bauhaus) et fait référence à Metropolis, imaginant ce design minimaliste et industriel comme précurseur d'un mouvement allant vers une modernité pas forcément acceptée par le rédacteur de l'article.
Pour autant, c'est reconnaître au film de Fritz Lang comme source d'inspiration ce qui fait écrire à Matthieu Letourneux sur Twitter ces mots:
Effets de cohérence entre le design d'avant-garde et les fictions sérielles: Walter Gropius relu à travers les imaginaires de Metropolis dans le n°7 de Vu.

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mardi 20 mars 2018

Arc, En l'an 2034 (1934)

Le dessin de presse d'anticipation sert souvent à la satire de son époque. ARC propose ici le retour du professeur Piccard sur Terre cent ans après son départ en fusée interplanétaire pour montrer la faible avancée des travaux de la commission d'enquête sur l'affaire Stavisky. Cela rappelle le petit texte Un examen en 2893 qui se moquait du scandale de Panama en 1893.
Le professeur Piccard apparaît aussi sous le pseudonyme transparent de Professeur Biccard sur une page de Paris-Soir narrant l'arrivée sur Mars à grand renfort de photo-montages avec Le Professeur Biccard a atteint la planète Mars (1933).



ARC, "En l'an 2034", in Marianne, n° 102, 3 octobre 1934.

samedi 17 mars 2018

E.H. Weiss, La Torpille postale (1928)

Le magazine VU a publié divers articles de prospectives. Dans son numéro n°6 de 1928, E.H. Weyss présente un projet de "torpille postale". Il s'agit de relier les grandes villes entre elles et de déployer un réseau de pylônes permettant de faire circuler de petits véhicules autonomes à 400 km/h !





La torpille postale

Nous sommes dans le siècle de la vitesse, et seuls les services administratifs opèrent avec une sage lenteur. Le transport des lettres souffre de la routine et l'avion postal rapide est tributaire de toutes les manipulations à l'arrivée comme au départ. Il coût d'ailleurs trop cher.

Deux ingénieurs, MM. L. Hirschauer et A. Talon, ont proposé d'établir des voies ferrées légères, reliant les grands centres, sur lesquelles circuleraient de petits véhicules chargés de lettres et de colis légers. Les lignes seraient constituées par une série de tabliers suspendus entre de grands pylônes distants de 500 mètres.




Grâce à un guidage spécial sur les rails, la vitesse atteindra 400 kilomètres à l'heure et les torpilles automotrices sans conducteurs se commanderont par des postes centraux. Chaque véhicule sera muni de moteurs électriques recevant le courant par des conducteurs et des frotteurs.
Cette réalisation est possible, le faible supplément d'affranchissement demandé rémunérant le capital nécessaire. Grâce aux formules modernes de l'architecture, les voies aériennes avec leurs gares spéciales sont déjà conçues de manière à présenter un aspect original, où l'art décoratif et la technique de la construction font un heureux ensemble.



Un projet de ce genre doit être exécuté, car il donnera à nos relations commerciales un essor fécond et nécessaire à notre époque.



E. H. Weiss, « La torpille postale », in VU, n°6, 1928.

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vendredi 16 mars 2018

[Précommandes] Anthologie Demain, les Révolutions! et Une Utopie moderne d'HG Wells

Le 2 mai 2018 paraîtront deux nouveautés dans la collection ArchéoSF aux éditions publie.net
















Les utopies sont les songes de la raison.( Octavio Paz)

L'anthologie Demain, les Révolutions ! Utopies & Anticipations révolutionnaires recueille sept textes, pour la plupart jamais réédités depuis leur première parution. Ces textes publiés entre 1834 et 1909 livrent un panorama des utopies et anticipations révolutionnaires avec des auteurs saint-simoniens, fouriéristes, socialistes, anarchistes, anarcho-syndicalistes.



4ème de couverture:

 Aucune carte du monde n’est digne d’un regard si le pays de l’utopie n’y figure pas.                                                                     Oscar Wilde

1830, 1848, 1871, 1905, 1917… les révolutions et révoltes populaires se sont succédées pendant un siècle. Portés par une volonté de conquêtes sociales, d’une transformation profonde de la société et par l’espoir de voir leurs idées triompher, des auteurs engagés dans différents courants progressistes ont imaginé l’avenir des révolutions qu’ils vivaient ou qu’ils souhaitaient : à partir de théories ils projettent les lecteurs dans une ère nouvelle, un âge d’or à venir. Les sept textes réunis dans Demain, les Révolutions ! témoignent de la diversité des points de vue, des courants et des moyens de réaliser la révolution annoncée. Ces disciples de Saint-Simon et de Charles Fourier, socialistes et anarchistes, communards et anarcho-syndicalistes rêvent de voir le monde changer de base.
 Dans ces utopies et anticipations révolutionnaires, une nouvelle société se dessine : plus juste, plus fraternelle, plus égalitaire. Si ces espérances ne se sont pas toutes réalisées, elles contiennent des buts à atteindre qui sont toujours d’actualité, elles portent en germe l’émancipation du genre humain et le désir d’un avenir radieux. L’utopie n’est pas une illusion, elle est un idéal ; elle n’est pas une chimère, elle est un projet. Si, comme l’écrivait Victor Hugo, « l’utopie est la vérité de demain », hier comme aujourd’hui, avec tous les Jean Misère, continuons de bâtir des cités idéales, de chanter le temps des cerises et, demain, le soleil brillera toujours !

Pour précommander Demain, les Révolutions !, cliquez ICI.
Pour lire une présentation plus complète, cliquez ICI.


Imaginons un monde meilleur!

Le 2 mai paraît aussi Une Utopie moderne d'HG Wells. Publiée en 1905, traduite en 1907 en France, cette oeuvre est très importante pour comprendre la pensée d'HG Wells. Essai romancé, Une Utopie moderne nous livre les idées de l'auteur de tant de classiques de science-fiction!
Il s'agit de la première réédition en français depuis plus de 110 ans!



4ème de couverture:

« Quittant le domaine des rêves, les Utopies en viendront à se dessiner en projets d'exécution, et l'humanité entière façonnera l’État Mondial définitif, l’État Mondial juste et beau, vaste et fécond, qui ne sera plus une Utopie, puisqu'il sera notre monde. » H. G. Wells 
Avec ses scientific romances, H.G. Wells a imposé de grands thèmes classiques de la science-fiction : le voyage temporel dans La Machine à explorer le temps, les manipulations génétiques dans L’Île du docteur Moreau, l’invisibilité dans L’Homme invisible, l’invasion extraterrestre dans La Guerre des Mondes ou encore l’exploration spatiale dans Les Premiers hommes sur la Lune.
L’essai romancé Une Utopie moderne (1905) synthétise toutes les idées politiques, économiques et sociales qui imprègnent la production romanesque d’H.G. Wells. Il projette deux touristes terriens sur un double de notre planète sur laquelle s’est développée une Utopie Moderne. Continuateur de Platon, il décrit sa société idéale de l’avenir gouvernée par un État mondial où les femmes sont émancipées, le racisme est refusé, la machine libère l'homme, l'économie est contrôlée.
 Ce texte est réédité pour la première fois depuis 1907 en langue française.
 « Un ouvrage fondamental » Joseph Altairac

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mercredi 14 mars 2018

Un Français de l'an 2000 visitant la nécropole de nos gloires de 1935 (1935)

La radio fut un véhicule important de l'imaginaire anticipateur. Il ne reste souvent rien de ces chroniques et émissions à part des annonces et des compte-rendus dans la presse. Cela fait partie de cette science fiction invisible si difficile à saisir. L'Action française du 9 juin 1935 nous apprend ainsi l'existence d'une "gazette humoristique" de 1935 sur Radio Alger mettant en scène un Française de l'An 2000 jugeant les gloires de 1935. On y croise Mistinguett (déjà entrevue dans L'Amour en l'An 2000 en 1933 à Saint Tropez), Cécile Sorel ou Philibert Besson. On ne recueille ici qu'un court jugement d'avenir sur Philibert Besson, député de la Troisième République qui lança, avec Joseph Archer, l'Europa, une monnaie ayant pour but d'assurer la paix

Evidemment l'intérêt pour l'époque est surtout la satire mais cela témoigne aussi de la prégnance du thème de l'avenir et du regard que le futur portera sur une période ou un événement. L'Action française ne se prive pas d'utiliser la mention de la chronique pour critiquer la démocratie qu'elle vomit... 


lundi 12 mars 2018

M. Bellemère, Amiens et sa cathédrale en l'an 2000 (1922)

Le 19 mars 1922 l'association La Picardie organise sa réunion mensuelle à la Sorbonne et un intervenant, M. Bellemère, avoué à Amiens, propose une conférence ayant pour thème: "Amiens et sa cathédrale en l'An 2000".
Le titre est particulièrement alléchant... malheureusement, nous n'avons rien trouvé (compte-rendu,...) hormis l'annonce de cette conférence dans plusieurs journaux. Il s'agit manifestement d'un avis donné à insérer.
Maître Bellemère a été avoué à Amiens (ses bureaux étaient situés 7 ru Porion) et il semble que ce soit le même qui soit mort lors de l'opération Jericho.

La Presse datée du 16 mars 1922:



L'Action française datée du 17 mars 1922:




Le Radical daté du 18 mars 1922:



Le Figaro daté du 19 mars 1922:




A lire: Futurs de Province, anthologie recueillant 14 anticipations parues dans la presse régionale entre 1824 et 1947 (avec des textes sur Amiens, Flers, Grenoble, Lyon, Marseille, Nantes, Poitiers, Rouen, Tarbes, Toulouse et Vienne). 

samedi 10 mars 2018

L'Homme mécanique (1928)

Le Magazine VU a commencé à paraître le 21 mars 1928. Ce magazine est très illustré et propose quelques textes et images en lien avec la conjecture (notamment de la prospective).
La couverture du n°1 présente L'Homme mécanique de l'ingénieur américain H.-J. Wensley:



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