Nous poursuivons notre exploration du magazine Vu sous l'angle de l'anticipation et de la science fiction. Pour retrouver tous les articles de cette série, cliquez ICI.
Le n° 81 (2 octobre 1929) contient un article signé Jean-Pierre Darboy et ayant pour titre "La Voiture de demain". il s'agit d'un article essentiellement technique, laissant peu de place à la véritable anticipation, mais donnant quelques pistes pour l'amélioration de l'automobile à l'horizon 1950 indiquant notamment que les progrès seront sans doute la traction par roues avant, la suspension par roue indépendante, la boîte automatique et une carrosserie destinée à diminuer le coefficient de résistance à l'avancement.
L'article est agrémenté de deux illustrations. La première, pour le titre, reprend les éléments techniques à modifier et la seconde donne une vue d'une automobile de l'avenir.
ISSN
ISSN 2496-9346
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samedi 30 juin 2018
Jean-Pierre Darboy, La voiture de demain (1929)
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VU
mercredi 28 mars 2018
Marcel Astruc, Chronique des temps futurs (1926)
Dans La Vie parisienne du 26 juin 1926, journal humoristique, Marcel Astruc (1886-1979) publie une lettre du futur consacrée aux Parisiens et à l'automobile (A lire: l'anthologie Paris Futurs). Amusante satire, ce texte invente des rites de l'avenir à partir de légendes forgées au début du XXe siècle et de l'étrange animal nommé "oto". Les illustrations sont signées Zyg Brunner.
Nous
sommes en l'an 3000. Il a dû se passer, pendant notre absence, des
événements ayant modifié dans un sens inattendu la physionomie du
vieux globe. Le progrès industriel, notamment, après
une période de développement inouï, semble, du moins sur notre
continent, s'être
arrêté de lui-même comme si, parvenu a son extrême limite, il
n'avait plus eu ensuite qu'à disparaître.
Quoi qu'il en soit,
au XXXe
siècle de notre ère où nous abordons, un Patagon Olakalouf chargé
de mission par son gouvernement vient explorer le pays où nous
vivons actuellement et,
c'est,
à défaut de son rapport officiel beaucoup trop savant et
hérissé d'observations botaniques et entomologiques qui
risqueraient de rebuter, un extrait d'une lettre particulière
adressée de loin par le voyageur à
l'un de ses proches que nous avons choisi de reproduire, espérant
que son tour familier ne paraîtra point trop rébarbatif à notre
lecteur.
Pahris,
le ... juin 3026.
« Les
Pahrisiens
sont
des êtres fins, affectifs et
totalement dépourvus de méchanceté, habitant au bord de la rivière
Sheine, dont le nom signifie « la tranquille » et qui
mérite son nom. Pas de fleuve plus long, plus calme et plus
languissant, et
pas de fleuve,
non plus, mieux approprié au caractère des riverains. Ceux-ci sont
lents et paresseux. Ils appartiennent de toute évidence à une race
incorrigible de promeneurs et ,
comme
ils disent dans leur langue si harmonieuse ne possédant
malheureusement
pas de littérature écrite, de « badauds ».
Ils
sont polis, aimables et doués d'un caractère vif et charmant qui
les porte à la sociabilité. Ils passent leur temps à rien faire, à
se réunir pour échanger des futilités ou célébrer des cérémonies
religieuses, dont les rites puisent, disent-ils, dans le passé de
leur race leur origine et leur sens caché. C'est ainsi que leur jeu
principal, auquel grands et petits se livrent avec une véritable
frénésie et qu'ils appellent du nom singulier de danse de « l'oto »
se rapporterait à des événements de leur histoire aujourd'hui
perdus, mais dont ils ont conservé par voie de tradition un souvenir
fort et singulier.
Voici
comment ils pratiquent cette danse : L'un. D'eux, représentant
l'« oto »,
qui doit être quelque animal dont ses ancêtres eurent jadis à
souffrir, fonce en poussant un long cri sur les autres, qui sautent
de droite et de gauche comme s'ils cherchaient à éviter son
atteinte. Bientôt, gagnés par l'excitation que fait toujours naître
en eux ce rappel de leur passé, tous sautent ou foncent, les uns
figurant l'« oto » les
autres ses victimes, tous poussant, des clameurs et faisant le plus
de vacarme qu'il leur est possible.
A
propos de cette danse, les plus anciens parmi les Pahrisiens
prétendent que leur pays fut, à une certaine époque, le théâtre
d'une invasion de ces bêtes féroces, qui se propagèrent avec une
rapidité effrayante. Elles couraient çà
et là avec une vitesse folle, renversant les piétons sur leur
passage, et produisant par l'orifice de leur trompe de longs
beuglements qui répandaient partout la terreur. La nuit, leurs yeux
phosphorescents dont le feu éclairait au loin les ténèbres
épouvantaient les campagnes que remplissaient d'horreur leurs
clameurs infiniment répétées. Bientôt, les « otos »
devinrent si nombreux et se multiplièrent à tel point que leur
propre circulation se trouva embarrassée par leur quantité même.
On ne voyait partout qu'« otos » grands et petits,
rongeant leur frein et grelottant de fureur en émettant une sorte de
ronchonnement menaçant, arrêtés les uns contre les autres et ne
trouvant pas le moyen de se dégager mutuellement. En vain des hommes
courageux, dont les Pahrisiens ont conservé le souvenir sous le nom
« Hagens »
tentèrent de mettre au service de la fureur aveugle des envahisseurs
leur intelligence pourtant relative. En procédant comme font les
femmes de chez nous lorsqu'elles cherchent le bout du fil qui leur
permettra, de débrouiller ensuite tout l'écheveau, ils faisaient
avancer l'un, reculer l'autre, et le troupeau bondissant pouvait
s'échapper par l'ouverture ainsi pratiquée.
Bientôt,
pourtant, il y en eut trop, et les « Hagens » M eux-mêmes
perdirent courage. Alors, il arriva ce qui devait se produire
fatalement. Un
soir, une « oto » s'arrêta « pile » dans le
flanc
d'une autre « oto »
qu'elle n'avait pas vue venir, et qu'elle eût renversée en
s'endommageant elle-même, si elle ne se fût
arrêtée à temps. Avant qu'elle n'ait réussi à se dégager en
reculant,,
une file
de vingt autres « otos »
s'étaient arrêtées derrière elle, rendant impossible son
mouvement.
Chacune de ces vingt autres en immobilisa vingt autres, qui en firent
autant
à vingt autres «autres». Au petit, jour, les Pahrisiens
étonnés
virent un océan figé d'où s'échappaient
maints hurlements,
mais d'où, par contre, aucune « oto »
ne devait plus parvenir à se retirer. Les hurlements se firent
entendre pendant plusieurs jours, puis ils diminuèrent et enfin
se turent.
Voilà
comment s'éteignit la puissance des « otos », monstres
qui menacèrent un instant l'existence même des humains,qu'ils
seraient parvenus à supplanter sur la terre
de leurs ancêtres
s'ils n'avaient
fini, à
force de stupidité, par se détruire eux-mêmes. Les Pahrisiens
montrent
dans leur Muséum d'histoire naturelle,
une « oto »
reconstituée au moyen des ossements que l'on
trouve en grande abondance à fleur
de leur sol, et
même quelquefois
répandus à sa surface. Je vais faire la description de cet animal
préhistorique : Le capot se dresse verticalement
à l'arrière,
tandis que le marchepied, placé à avant,
remplit l'office,
indispensable pour des animaux se déplaçant à de telles vitesses,
de pare-brise. Le moteur est
placé
dans la
caisse à
outils ; les ailes, soigneusement repliées lorsque l'animal
était au repos, sont roulées à l'intérieur
du carter.
Sur le capot, on
lit en caractères cunéiiformes
le mot « Hispano »
et
sur le châssis le mot « Citroën ».
Cette
admirable reconstitution,
d'une exactitude dont la rigueur scientifique ne laisse subsister
aucun doute, fait le plus grand honneur à l'état de la
paléontologie chez les Pahrisiens... »
Pour
copie anticipée,
MARCEL
ASTRUC.
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automobile,
Paris
jeudi 8 juin 2017
Henry Maret, Carnet d'un sauvage ou la critique de la vitesse (1910)
Dans son « Carnet d'un Sauvage »,
le député et homme politique Henry Maret fait la critique de la
vitesse en se projetant dans le futur :
Carnet d'un sauvage
Dans un des manuels scolaires de l'an
2000, vous ne manquerez pas, si vous vivez encore, ce que je vous
souhaite de tout mon cœur, de lire les lignes suivantes :
« En ce temps-là une nouvelle
épidémie se répandit par le monde. On rappela la maladie de la
vitesse. Tout d'un coup les hommes étaient saisis comme d'un
vertige. On les voyait sans raison se dépêcher, se dépêcher. Les
uns montaient dans de grosses machines, qu'ils avaient inventées
pour les porter plus rapidement d'un point à un autre, où,
d'ailleurs, les trois quarts du temps ils n'avaient que faire. Les
autres, non contents de circuler sur la terre et les mers, et ayant
remarqué que les hirondelles traversaient l'air avec une surprenante
vélocité, s'étaient demandé pourquoi ils ne seraient pas aussi
habiles que les hirondelles, et ils s'étaient mis à voler dans
toutes les directions. »
« Jamais la rage de se casser les
reins n'avait atteint de pareilles proportions, car tous les jours on
enregistrait des morts tragiques. Les humains se culbutaient les uns
sur les autres avec la conviction que ce n'était pas la peine
d'avoir une vie, si ce n'était pour la perdre : et tandis que
certains d'entre eux étudiaient pour la prolonger, le grand nombre
ne cherchait qu'à la détruire. »
« Les ravages causés par cette
singulière épidémie dépassèrent de beaucoup ceux de la peste
noire et du choléra asiatique. Cette folie dura jusqu'à ce que, la
population diminuant considérablement, quelques philosophes mirent
au concours la question de savoir s'il était bien utile d'aller
aussi vite pour arriver à la fin de son existence, et si cela
constituait un véritable progrès. Ces philosophes commencèrent par
être conspués, et l'on en mit plusieurs en croix pour leur
apprendre à vivre. Après quoi on reconnut qu'ils ne parlaient point
sans raison.
Et l'humanité guérit. »
Henry Maret (1837-1917), « Carnet
d'un sauvage », in Le Journal n° 6583, 5 octobre 1910
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samedi 25 mars 2017
Marcel Prangey, La fabrication automatique des voitures (1935)
Marcel Prangey a donné quelques dessins conjecturaux. Il s'amuse ici du machinisme échevelé qui ne va pas sans causer quelques problèmes en cas de dysfonctionnement !
Marcel Prangey, "La fabrication automatique des voitures" in Ric et Rac n° 352 daté du 7 décembre 1935
A lire sur ArchéoSF:
Marcel Prangey, Les grands voyages interplanétaires, 1931
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vendredi 13 mars 2015
Marquis de Dion, L'automobile et la guerre future (1906)
En 1906, le marquis de Dion propose au magazine Je Sais tout un long article intitulé L'automobile reine du monde superbement illustré par Henri Lanos. Il y décrit un avenir radieux pour la voiture (il est l'un des pionniers de l'industrie automobile).
La même année le périodique Le Voleur illustré propose un extrait de ce texte et la vision change radicalement car la partie sélectionnée est uniquement consacrée à la guerre future et à la part prise par l'automobile.
Nul doute de l'énorme accroissement que, dans un avenir prochain, est appelé à prendre la locomotion automobile. Le marquis de Dion, l'éminent promoteur de cette admirable industrie, veut bien donner ici un aperçu de son universelle prospérité future.
L'automobile et la guerre future.
Deux ou trois fois déjà, depuis dix ans, des expériences de mobilisation ont eu lieu. Et les automobiles de nos grands constructeurs, et même des particuliers, réquisitionnées comme jadis pouvaient l'être des chevaux, ont massé en quelques heures à la frontière tout un corps puissant, et par le nombre et par la rapidité de ses évolutions. Je me souviens qu'en 1905, un journal illustré s'était plu à imaginer ce que serait une mobilisation future. Et il me représentait, dans la grande cour de mon usine, entouré d'officiers prêts à partir dans les quelques cents voitures que je mettais à la disposition de l'armée française. Mes chefs de – service, mes meilleurs mécaniciens avaient sur la photographie « truquée » qui représentait cette scène, endossé l'uniforme et coiffé le képi.
Or, c'est aujourd'hui la réalité. Une mobilisation générale comporte celle des automobiles.
Quant à l'artillerie, elle compte maintenant en grand nombre les fameuses mitrailleuses blindées, filant à 50 à l'heure sur les routes, à 30 à l'heure dans les terres labourées. Le mécanicien conduit sans être vu, les artilleurs sont dissimulés dans leur tourelle à «éclipse». Et le tout, hommes, mitrailleuse, partie motrice de la machine, le tout est à l'abri des balles et des shrapnells qui viennent s'aplatir sur des blindages spéciaux, absolument invulnérables. De telles mitrailleuses automobiles peuvent se déplacer avec une vertigineuse rapidité d'un point à l'autre du champ de bataille, secourir l'aile menacée, renforcer ensuite celle qui commence à perdre l'avantage et accentuer cet avantage de façon à assurer la victoire définitive.
Quant à l'infanterie, l'automobile est désormais pour elle d'une aide précieuse. Il y a encore vingt ans, les colonnes étaient encombrées et retardées par les convois indispensables au ravitaillement en vivres et en munitions.
Maintenant ce sont des fourgons militaires à moteur robuste et régulier qui suivent l'infanterie sans la gêner, la précédant même chaque fois qu'il est nécessaire, évoluant dans un rayon d'action beaucoup plus étendu. Les « impedimenta »qui gênaient tant autrefois l'infanterie n'existent plus.
En arrivant à l'étape, le soldat trouve sa soupe chaude, il n'est plus besoin comme autrefois qu'il la fasse lui-même dans la marmite qu'il portait sur son sac. En effet, chaque compagnie comme chaque batterie d'artillerie, du reste, a sa cuisine roulante automobile, qui a pu trouver en route le bœuf et les légumes nécessaires pour préparer, tout en roulant, le bon pot-au-feu qui fera oublier sa fatigue au soldat, au combattant. Ne riez pas! Il a été prouvé que cette question, suivant qu'elle était bien résolue ou non, pouvait influer sur le résultat des opérations en temps de guerre. Au lendemain de la guerre russo- japonaise, un écrivain militaire du temps, tout en signalant l'apparition des « marmites roulantes », mais non encore automobiles, rappelait que le 16 août 1870, à Rezonville, nos soldats commençaient à préparer leur soupe lorsque l'on cria « aux armes ! »
Ils combattirent le ventre vide, et bientôt les plus vaillants se trouvèrent démoralisés, incapables d'un nouvel effort. Le mot du maréchal Bugeaud est célèbre : « la soupe fait le soldat ! » Eh bien, maintenant, grâce à l'intendance automobile, à la cuisine roulante automobile, le combattant est toujours sûr d'avoir sa soupe chaude.
Et enfin, ceux de nos officiers qui sont chargés de diriger et de coordonner tous les mouvements de ces troupes, ont eux aussi, grâce au moteur, une mobilité d'action qui leur permet d'être partout à la fois, de surveiller par eux-mêmes les points sensibles, d'aller en un clin d'œil là où leur présence est nécessaire. Ils ont à leur disposition les meilleures voitures réquisitionnées au premier jour de la mobilisation; ils sont conduits par les plus fameux champions des grands concours de tourisme et d'endurance, ceux-là même qui autrefois triomphaient dans les défuntes coupes Gordon Bennett.
Ainsi tout l'ensemble de l'armée s'est modifié, la tactique moderne a des moyens nouveaux à sa disposition, des moyens puissants dont elle sait user au mieux, grâce à toutes les successives expériences qu'ont permises les grandes manœuvres de chaque année depuis 1910 ou 1915
Voilà mon rêve! Voilà le rôle que jouera l'automobile dans quelque vingt-cinq ans- Ce rêve pousse peut-être un peu trop loin les choses, mais je suis certain que la réalité justifiera la plus grande partie de ces imaginations quelque peu hardies à l'heure actuelle.
In Le Voleur illustré, n° 2549, 13 mai 1906
A lire:
Le texte complet est disponible sur le site Sur l'Autre face du monde
Merci à Blouzouga Memphis qui m'a rappelé les belles images d'Henri Lanos.
La même année le périodique Le Voleur illustré propose un extrait de ce texte et la vision change radicalement car la partie sélectionnée est uniquement consacrée à la guerre future et à la part prise par l'automobile.
L'automobile Reine du monde
Nul doute de l'énorme accroissement que, dans un avenir prochain, est appelé à prendre la locomotion automobile. Le marquis de Dion, l'éminent promoteur de cette admirable industrie, veut bien donner ici un aperçu de son universelle prospérité future.
L'automobile et la guerre future.
Deux ou trois fois déjà, depuis dix ans, des expériences de mobilisation ont eu lieu. Et les automobiles de nos grands constructeurs, et même des particuliers, réquisitionnées comme jadis pouvaient l'être des chevaux, ont massé en quelques heures à la frontière tout un corps puissant, et par le nombre et par la rapidité de ses évolutions. Je me souviens qu'en 1905, un journal illustré s'était plu à imaginer ce que serait une mobilisation future. Et il me représentait, dans la grande cour de mon usine, entouré d'officiers prêts à partir dans les quelques cents voitures que je mettais à la disposition de l'armée française. Mes chefs de – service, mes meilleurs mécaniciens avaient sur la photographie « truquée » qui représentait cette scène, endossé l'uniforme et coiffé le képi.
Or, c'est aujourd'hui la réalité. Une mobilisation générale comporte celle des automobiles.
Quant à l'artillerie, elle compte maintenant en grand nombre les fameuses mitrailleuses blindées, filant à 50 à l'heure sur les routes, à 30 à l'heure dans les terres labourées. Le mécanicien conduit sans être vu, les artilleurs sont dissimulés dans leur tourelle à «éclipse». Et le tout, hommes, mitrailleuse, partie motrice de la machine, le tout est à l'abri des balles et des shrapnells qui viennent s'aplatir sur des blindages spéciaux, absolument invulnérables. De telles mitrailleuses automobiles peuvent se déplacer avec une vertigineuse rapidité d'un point à l'autre du champ de bataille, secourir l'aile menacée, renforcer ensuite celle qui commence à perdre l'avantage et accentuer cet avantage de façon à assurer la victoire définitive.
Quant à l'infanterie, l'automobile est désormais pour elle d'une aide précieuse. Il y a encore vingt ans, les colonnes étaient encombrées et retardées par les convois indispensables au ravitaillement en vivres et en munitions.
Maintenant ce sont des fourgons militaires à moteur robuste et régulier qui suivent l'infanterie sans la gêner, la précédant même chaque fois qu'il est nécessaire, évoluant dans un rayon d'action beaucoup plus étendu. Les « impedimenta »qui gênaient tant autrefois l'infanterie n'existent plus.
En arrivant à l'étape, le soldat trouve sa soupe chaude, il n'est plus besoin comme autrefois qu'il la fasse lui-même dans la marmite qu'il portait sur son sac. En effet, chaque compagnie comme chaque batterie d'artillerie, du reste, a sa cuisine roulante automobile, qui a pu trouver en route le bœuf et les légumes nécessaires pour préparer, tout en roulant, le bon pot-au-feu qui fera oublier sa fatigue au soldat, au combattant. Ne riez pas! Il a été prouvé que cette question, suivant qu'elle était bien résolue ou non, pouvait influer sur le résultat des opérations en temps de guerre. Au lendemain de la guerre russo- japonaise, un écrivain militaire du temps, tout en signalant l'apparition des « marmites roulantes », mais non encore automobiles, rappelait que le 16 août 1870, à Rezonville, nos soldats commençaient à préparer leur soupe lorsque l'on cria « aux armes ! »
Ils combattirent le ventre vide, et bientôt les plus vaillants se trouvèrent démoralisés, incapables d'un nouvel effort. Le mot du maréchal Bugeaud est célèbre : « la soupe fait le soldat ! » Eh bien, maintenant, grâce à l'intendance automobile, à la cuisine roulante automobile, le combattant est toujours sûr d'avoir sa soupe chaude.
Et enfin, ceux de nos officiers qui sont chargés de diriger et de coordonner tous les mouvements de ces troupes, ont eux aussi, grâce au moteur, une mobilité d'action qui leur permet d'être partout à la fois, de surveiller par eux-mêmes les points sensibles, d'aller en un clin d'œil là où leur présence est nécessaire. Ils ont à leur disposition les meilleures voitures réquisitionnées au premier jour de la mobilisation; ils sont conduits par les plus fameux champions des grands concours de tourisme et d'endurance, ceux-là même qui autrefois triomphaient dans les défuntes coupes Gordon Bennett.
Ainsi tout l'ensemble de l'armée s'est modifié, la tactique moderne a des moyens nouveaux à sa disposition, des moyens puissants dont elle sait user au mieux, grâce à toutes les successives expériences qu'ont permises les grandes manœuvres de chaque année depuis 1910 ou 1915
Voilà mon rêve! Voilà le rôle que jouera l'automobile dans quelque vingt-cinq ans- Ce rêve pousse peut-être un peu trop loin les choses, mais je suis certain que la réalité justifiera la plus grande partie de ces imaginations quelque peu hardies à l'heure actuelle.
In Le Voleur illustré, n° 2549, 13 mai 1906
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Le texte complet est disponible sur le site Sur l'Autre face du monde
Merci à Blouzouga Memphis qui m'a rappelé les belles images d'Henri Lanos.
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