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dimanche 9 janvier 2022

Raoul Guérin, Extrait du dictionnaire en l’an 2022 (1922)

 Publicité publiée dans Le Matin daté du 17 mars 1922


 

mardi 8 septembre 2020

Ernest Jaubert, Un prospectus en l'An 2000 (1890)

 Alors que l'on cherche toujours le secret de l'immortalité, Ernest Jaubert imagine en 1890 le problème inverse: tout le monde est quasiment immortel ce qui ne va pas sans poser de problèmes: épuisement des ressources, ennui, ... Heureusement un savant vient de mettre au point un "humanicide" permettant de résoudre cette grave question.

C'est sous la forme d'un prospectus commercial à la mode de la fin du XIXe siècle que l'auteur nous propose son texte.

 

UN PROSPECTUS EN L'AN 2000

(Actualité)


Monsieur,


Chacun sait à quel point, depuis les désastreux progrès de la science, il est devenu difficile, pour ne point dire impossible, de mourir.

Grâce aux Pasteur, aux Koch et autres grands malfaiteurs publics, toutes les maladies ont disparu, une par une, tuées par leurs propres microbes. On n'est jamais trahi que par les siens ! — La vieillesse, à son tour, a été abolie par les émules du sorcier Brown-Séquard. Et le nom est sur toutes les lèvres du savant qui, — suprême coup de grâce ! — inocula à ses contemporains (tous! tous!), pour prévenir la mort, le vaccin de la Mort.

Toutes causes d'anéantissement et de dégénérescence ainsi éliminées, nos membres, nos organes ont acquis une souplesse, une vigueur inouïes, encore accrues d'une génération à l'autre, et fixées par l'hérédité. L'homme est, aujourd'hui, réfractaire aux plus violents poisons. Sa peau est un tissu impénétrable, infrangible, inusable, contre quoi rebondissent, inefficaces, les balles des fusils les plus perfectionnés, et que n'entament plus les aciers les plus acérés. Les cheminées, en tombant des toits, s'émiettent sur le roc de notre crâne invulnérable. L'adverse fantaisie nous prend-elle de nous jeter du plus haut de la Tour Eiffel, c'est nous qui défonçons le pavé sans même nous luxer un orteil. Et c'est le voyageur enlisé qui, par un juste retour,dévore — et digère — les crabes accourus par myriades à sa curée. Les épidémies ? Elles n'atteignent et ne détruisent plus que les bacilles conservés par les savants, à titre de curiosité, dans les musées spéciaux. D'ailleurs, les trains et les paquebots sont si supérieurement machinés, qu'on ne peut plus ni dérailler, ni sombrer.

Donc, plus de mort naturelle ou violente, accidentelle on volontaire. Plus de guerre : car à quoi bon se battre, si l'on ne peut se tuer ? Plus de suicide : car comment se périr? Maintenant, nous respirons sous l'eau ; notre cou résiste avec succès à la pression des chanvres les mieux ourdis; l'arsenic nous sustente ; le feu même nous caresse agréablement l'épiderme, etc , si bien que les « Suicide-House » système Charles Morice, ont du renoncer à satisfaire leurs clients, inéluctablement condamnés à la vie forcée à perpétuité. Et rien n'est plus misérable à voir que ce fourmillement de plus en plus dru, sur la croûte terrestre de plus en plus inapte à les nourrir, d'êtres uniformément jeunes, immortels et faméliques.

On sent ce qu'un pareil état de choses offre de périlleux pour la société comme pour les individus.

La société y perd ce qui faisait sa gloire au bon vieux temps : les sauveteurs et les docteurs, les héros et les bourreaux. Sans compter qu'elle n'a plus, cette société Gigogne, de quoi subvenir aux besoins de ses trop nombreux enfants, que multiplie encore une surabondance d'étalons intarissablement puissants.

Quant aux individus, n'ayant plus à mettre sous leurs dents toujours plus aiguisées qu'une portion indéfiniment réduite de l'inextensible gâteau, ils sentent leur faim s'exaspérer et leur espoir décroître de l'assouvir jamais, jamais, JAMAIS !! Et comme ils se savent, d'autre part, à toujours jeunes, à toujours vivants, à toujours prisonniers de l'Immuable, — l'Imprévu, ce pain de l'âme éprise du seul Nouveau, leur manque comme le pain du corps.

La Faim, l'Ennui, incurables parce qu'éternels, voilà donc le double terme de ce stade prétendument éblouissant qu'une aveugle science ouvrit à l'Humanité !

Eh bien, ce mal que la science a causé, c'est la science qui le guérira. Sans se laisser rebuter par les vaines tentatives des multiples chercheurs qui, avant lui, ont voulu rendre le repos éternel à l'humanité dégoûtée d'une éternelle existence, un homme dont la gloire éclipsera bientôt toute autre gloire, a sacrifié ses veilles à la solution d'un problème apparemment insoluble. Ses expériences viennent enfin d'aboutir : il a retrouvé le secret perdu de la mort ! Oui, ce bienfait dont nous avaient frustes d'inconscients génies (!), nous en jouirons de nouveau ; grâce à sa découverte inespérée, chacun pourra, comme antan, mourir pour sa patrie, pour le plaisir, pour rien ! Et les temps refleuriront où l'ancien équilibre rétabli, les hommes mangeront à leur faim et prendront gaiement la vie, — sûrs d'en sortir à leur heure.

Or, n'allez point, Monsieur , crier inconsidérément à l'exagération! L’Humanicide Necat est une vraie panacée universelle, qui a raison des santés les plus invétérées, aux immortalités les plus indélébiles. De ce, l'attestation la plus irrécusable est fournie par les nombreux cadavres qui s'entassent journellement dans le laboratoire de l'inventeur, où chacun peut les voir à son aise (entrée libre).

Donc, aucun mécompte il redouter quant aux effets de ce miraculeux remède. Pour sa composition et son mode d'emploi, vous trouverez, Monsieur , les renseignements les plus satisfaisants et les plus détaillés au siège la

Société d’assurances contre la Vie

(Décès garanti.)

Le Directeur,

Signé : JAMESON.

Pour copie « éventuellement» conforme,

ERNEST JAUBERT. 

 

Ernest Jaubert, « Un prospectus en l'An 2000 »,

in Art et critique, n° 81, 13 décembre 1890.


 



jeudi 16 avril 2020

[Affiches] Les tirages extraordinaires d'après Jules Verne (1956)

En 1956, la Loterie Nationale produit une série de cinq affiches publicitaires réalisées par William Napoléon Grove inspirées par les oeuvres de Jules Verne:


- Les Cinq cent millions de la Loterie (Les Cinq cent millions de la Bégum)


- Vingt millions sous les mers (Vingt mille lieues sous les mers)


- L'Ecole des gagnants (L'Ecole des Robinsons)


- De la Terre à la Lune... (inutile de préciser le titre original ;) )


- Cinq semaines en gros lots (Cinq semaines en ballon)




Source: Bibliothèques de Paris

lundi 1 juillet 2019

[réclame] Charles Renouvier, Uchronie (L'Utopie dans l'histoire), 1876

Chaque lundi de l'été (du 24 juin au 16 septembre 2019), ArchéoSF propose un article sur l'uchronie comme en 2017. C'est un nouvel Été en uchronie ! Pour retrouver tous les épisodes de cette série (2017 compris) cliquez ICI.

En 1876, pour annoncer la parution du livre de Charles Renouvier, Uchronie (L'Utopie dans l'histoire) esquisse historique apocryphe du développement de la civilisation européenne, tel qu’il n'a pas été, tel qu’il aurait pu être cette réclame était insérée dans les journaux. Ici dans le Journal des débats politiques et littéraires du 4 mai 1876.


lundi 25 février 2019

Claude Darcourt, Encore la bière italienne... (1932)

Le mensuel La publicité proposait une revue internationale des publicités un peu comme un Culture Pub avant la lettre. Dans le numéro de février 1932 on découvre sous la plume de Claude Darcourt la mention et la description d'une publicité italienne ayant pour titre "A la planète Mars" qui imagine rien de moins que de nourrir les voyageurs vers Mars avec de la bière!


Encore la Bière italienne…

Nous avons parlé dans notre dernier numéro de la campagne collective de la bière italienne : voici la plus récente annonce de cette campagne : elle vient de paraître dans la grande presse italienne, il y a quelques jours à peine.
Jugez un peu du parti pris d'originalité qui a présidé à sa conception :

« A la planète Mars. »
« Il est donc possible d'atteindre désormais la planète Mars, comme le laissent entendre les fantaisies animées de Wells. Pour certains savants, la chose semble certaine. Mais seul pourra y accéder celui qui aura pris soin de se munir des moyens et des instruments que la science met au service de l'audace. Parmi les questions que ce voyage soulève se pose le problème des aliments que l'on doit choisir avec une attention particulière. Et la bière, considérée et recommandée par les médecins comme un savoureux « pain liquide » d'un extraordinaire pouvoir nutritif et d'une grande valeur énergétique, doit incontestablement faire partie des aliments.
Vous ferez bien de boire de la bière italienne durant les repas. C'est une boisson qui vous assurera des digestions faciles et un sommeil tranquille. »

Nous voilà donc assurés de pouvoir faire un petit voyage à la planète Mars et l'on nous offre même la boisson qui nous soutiendra durant ce trajet interplanétaire.
Mais, semble-t-il, puisque c'est désormais le règne de la science, notre nourriture devra consister en petites boulettes dont chacune équivaudra à un plat. La science serait-elle donc plus spécialement en retard pour ce qui est de la boisson, et la bière ne tiendra-t-elle pas un volume trop considérable dans l'avion, ou dans l'obus-catapulte qui nous emportera ?
Le paysage marsien qui figure sur l'illustration représente des pics aigus, une manière de maison en pain de sucre et — vraisemblablement — deux indigènes de la planète, d'apparence vaguement humaine. L'un d'eux regarde au loin à l'aide d'une lunette d'approche : ce qui tend à prouver qu'il existe des opticiens sur Mars comme sur Terre. Nous voici donc rassurés sur un point qui nous préoccupait sérieusement.
Malgré cette anticipation légèrement téméraire, l'annonce porte vraisemblablement à sourire, à rêver peut-être. Quant à faire acheter de la bière... cela, c'est une toute autre affaire.

Claude Darcourt, « Encore la bière italienne... », La Publicité. Journal technique des annonceurs, février 1932. (source Gallica)



samedi 16 juillet 2016

Le fil de l'avenir

Les supports publicitaires ont toujours été variés. On connaît bien les chromolithographies des chocolatiers. Voici autre exemple pour le fil. Les fils (pour la couture) bénéficiaient d'étiquettes à collectionner et certaines de ces étiquettes peuvent avoir marginalement un caractère anticipateur. La Médiathèque de Roubaix propose pas moins de 400 de ces étiquettes sur son site.

C'est le cas du Fil de l'avenir faisant partie de la série Principes et idées ( série complète de 11 étiquettes avec les titres suivants: l'union fait la force, à l'alliance, à la liberté, à la victoire, à l'espérance, au souvenir, au destin et à l'avenir, seul le dernier nous intéresse ici).


Source: Médiathèque de Roubaix