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ISSN 2496-9346

samedi 18 février 2012

René Miette, la fin du Monde (1933)

La fin du Monde est un classique de la littérature de vulgarisation scientifique. Rejetant les écrits et dits des charlatans, les scientifiques ne sont pas dans une perspective eschatologique mais purement de projection des savoirs de leur époque notamment sur le devenir de notre étoile, le Soleil et les risques d'une rencontre désagréable avec une comète.


LA FIN DU MONDE

Malgré les nombreux et savants astrologues du Moyen Age, et même des siècles modernes, qui, à propos de tout rapprochement céleste remarquable, de toute position spéciale d’une planète parmi les étoiles, prédisaient avec fracas et grands détails la fin subite de notre monde, malgré les menaces de quelques comètes, venues des profondeurs du ciel souffleter notre globe, celui-ci est toujours là, et sans doute mourra-t-il de sa plus belle mort : de vieillesse.
En effet, dans l’univers, tout est si harmonieux, logique, que chocs et graves perturbations ne peuvent avoir lieu. .En un rapide exposé, nous analyserons les différentes fins terrestres, brusques ou lentes, que la Science a pu prévoir et expliquer; mais, que l'on se rassure, au minimum cette échéance fatale ne se place que dans quelque six millions d’années !
Tout dernièrement un film excellent a fait défiler, devant les yeux des spectateurs enthousiasmés, les visions titanesques des effets produits par la chevelure empoisonnée d’une comète, frôlant la terre dans sa course vertigineuse, de l’infini au Soleil.
Abel Gance s’est inspiré du roman mystique de C. Flammarion, où sa poésie, ses élans vers l'infini se sont, plus qu'en aucun autre de ses ouvrages, donné libre cours.
La vérité est plus prosaïque. Certes une comète peut passer très près de la terre et la baigner de ses gaz impondérables; cet événement (1811 et 1910) s'est déjà produit. Mais personne parmi le commun des mortels ne s’en est aperçu.
Le noyau ou tête des comètes, constitué par des matériaux, roches cosmiques aux masses variables), animé d’une grande vitesse, gigantesque boulet, pourrait, tout au plus, anéantir une ville, créer en un mer une île nouvelle ou poser sur le sol une petite colline; mais la Terre ne frissonnerait point et continuerait ses tours, assurant aux humains vie et bonheur relatifs.
Les gaz qui constituent l’arrière-train cométaire empoisonneraient sur une partie du globe l'air si nécessaire aux êtres, et provoqueraient des orages, incendies et autres grands fléaux, mais que l'homme a déjà regardés en face.
La Science prévenue pourrait en partie y apporter remède, et la rançon de l’accomplissement de ce rarissime événement astronomique se chiffrerait par la mort de quelques milliers d’infortunés, par quelques, milliards de désastres matériels.
Ce mode de fin terrestre est très hypothétique. Pourtant les comètes sont des astres si mystérieux, si extravagants, qu’il ne faut pas crier à l’impossible.
Toutes les autres fins du monde ne se produiront que lentement ; il est certain que l’heure fatale sonnera pour la Terre, bien longtemps après la fin du dernier homme redevenu sauvage, lequel aura fermé les yeux sur les ruines du passé mort lui-même depuis longtemps.
Oui, personne ne vivra plus pour assister à cette chose inouïe, quoique possible : la mort d'une planète.
L’âge de la terre, seul, causera sa fin; en l’univers n’existent, ni faiblesses, ni accidents ; mais le temps transforme profondément tout être; évolutions chimiques, organiques, géologiques changeront la face du globe.— évolution dont l’existence a été établie ou vérifiée scientifiquement. Les hypothèses, loin de se concurrencer, s’unissent pour démontrer que comme tout organisme vivant — car elle vit, la terre — notre planète passera !
Tout d’abord, chacun le sait, l’eau, cet élément primordial en la nature, sans cesse en mouvement, par la pluie, les torrents, les fleuves, les nappes souterraines, use, désagrège, ravine, découpe et mine les montagnes, emporte la terre vers l’océan, aplanit toute hauteur et comble les gouffres marins. Graduellement,, le relief deviendra uniforme : l’eau alors envahira la surface entière du globe. Cette nouvelle forme du déluge universel devrait se produire dans 10 millions d’années. L’observation montre qiie la planète Mars traverserait actuellement cette phase critique de la vie planétaire...
Mais l’eau aussi se perd, disparaît lentement. Jadis certaines régions étaient submergées ; peu à peu l’élément liquide s'est retiré, a fixé un tracé continental tel qu’il existe encore, et se retire toujours, insensiblement.
Pénétrant profondément dans le sol, une petite quantité d’eau se combine avec les pierres, les minéraux (hydrates, oxydes) ; elle descendra de plus en plus vers le centre, à mesure que le feu intérieur s’apaisera. Lorsque la terre sera presque froide, toute eau aura disparu et avec elle toute vie végétale et animale, auxquelles l’eau est indispensable. Notre satellite la lune est bien l’image de la terre dans 6 à 10 millions d'années, avec ses rocs arides, son atmosphère vide où l’air et l'eau sont absents.

La diminution de l’eau sur le globe peut amener la fin par le froid ; car la vapeur d’eau diffuse et retient la chaleur. Jadis l’eau était très répandue et une haute température humide a permis à une végétation luxuriante, aux fougères gigantesques, de se développer. Chaleur et humidité ont diminué d’intensité, d’où ce ralentissement dans la vitalité des végétaux et des animaux.
Bientôt..., c’est-à-dire encore dans quelque 10 millions d’années, la terre sera refroidie et toute vie aura disparu à sa surface.
L’Ecriture serait vérifiée : « Toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline seront abaissées. »
Mais ! le soleil ! qui, par son rayonnement permet la vie sur tous les mondes, ne peut-il intervenir efficacement dans ces lentes transformations. ?
Jadis immense et nébuleux, d’une température inouïe, le soleil se condense peu à peu, diminue de volume, et, en vertu de l’équivalence mécanique de la calorie, rend la chaleur qui servit à la création de la nébuleuse primordiale. L’astre radieux perdra sa vitalité, "s’éteindra et avec lui la terre et toute vie se sera arrêtée. Les mers seront solidifiées l’air gelé à 200°, les nuits sans lune ; dans vingt ou trente millions d’années, notre soleil entraînera ses planètes vers le néant !...
Et ce même astre, sous une soudaine poussée intérieure, peut éclater, s’étendre et dessécher, carboniser tout ce qui se trouve à la surface des plus proches planètes !...
Ainsi, ne nous tourmentons pas ! D’une façon ou d’une autre, le monde finira !... Dormons en paix, des millions d’années nous séparent de la date fatale !
Souvent, l’effroi des masses fut porté à son comble par des prédictions erronées. L’an 69 est funeste... et se termine sans dommage. La date la plus sûre semblait bien l’an 1000. On ne concevait pas une année 1001, L'Apocalypse en témoignait :
« Après mille ans, Satan sortira de sa prison et détruira les peuples... la mer rendra ses morts... et il y aura un ciel nouveau et une terre nouvelle... »
Peu avant et peu après cette époque, la famine et l’effroi, la désolation et la sauvagerie régnèrent partout. La fin du monde fut bien près d’arriver, mais d’une toute autre façon qu’on ne l'attendait...
L’an 1000 passa. Puis les astrologues eurent beau jeu, avec leurs rapprochements planétaires (1524-1584). Toutes ces terreurs nous ont valu les belles cathédrales que nous admirons aujourd’hui.
Vinrent de belles comètes qui remplacèrent les charlatans (1556, 1652, 1680). En 1773, l’illustre astronome Laplace ne rassure guère les foules : « L'axe du monde change de direction... les mers sortent de leur lit. » Tels étaient les méfaits que pouvait causer la comète.
De nos jours encore parfois, mais sans grand succès, des présages courent. L’un, de source religieuse, fixerait la fin du monde en 1999, d’après les devises des papes et la durée moyenne de leur pontificat.
Quoique animé de quatorze mouvements différents, notre vieux globe sous nos pieds reste ferme. De sa vie dépend la nôtre ; de ses transformations au cours des âges dépend l’évolution de la vie humaine. De même que la vie de la terre, peu après son apogée, commencera à décliner, de même la civilisation, devenue de plus en plus belle, harmonieuse, préparant peu à peu l’âge d’or des économistes et des sociologues, s’arrêtera dans son ascension, et rien. ne pourra alors être ajouté au bonheur des hommes. Nonchalants parmi les délices de cette apothéose,, ceux-ci oublieront les découvertes transmises par les ancêtres, les sciences redeviendront obscures, l’homme s’avilira, alors que l’agonie de la terre commencera. Seuls, quelques hommes, assemblés en tribus guerrières comme jadis, il y a cent mille ans, disputeront leur part de vie et de butin aux bêtes féroces dont ils seront peu dissemblables d’ailleurs par les mœurs et le caractère. Toute civilisation, toute pensée, toute recherche, tout travail auront disparu. Les trésors, les richesses légués par les siècles, seront dispersés, anéantis, oubliés.
Le dernier vivant, possesseur de tout, de la terre entière, sera frappé comme les autres...
Et, dans l’éther glacial roulera la terre morte, autour d’un soleil rougeâtre, entretenant péniblement la vie à la surface des autres planètes, Jupiter et Saturne : à leur tour, ces globes passeront et le radieux soleil s’éteindra.
Astre noir, traînant d’obscurs boulets, il poursuivra, sans but, sa course dans l’espace illimité, jusqu’au jour où, rencontrant une autre étoile morte comme lui, le choc, la communion formidable de ces deux astres provoquera une déflagration immense d’où naîtra la nébuleuse, source d’autres soleils futurs.
Et ainsi, toujours dans le temps, en l’infini, autour des étoiles sans cesse peuplant le ciel d’astérismes changeants mais impérissables, la vie continuera...

René Miette, "La fin du Monde",
in Le Chasseur Français n° 522 et 523,
septembre et octobre 1933

jeudi 16 février 2012

Régis Gignoux, La nautoaérocyclette (1910)

La jeunesse a souvent des idées d'amélioration des techniques en vigueur. Certains lecteurs du supplément "Jeunesse" du Figaro proposaient de fondre en un seul moyen de locomotion la bicyclette, le canot et l'aéroplane.
Les adultes sont plus terre à terre et René Gignoux, après avoir décrit cette merveilleuse nautoaérocyclette, décourage les vocations...

NAUTOAEROCYCLETTE

Des lecteurs veulent bien me demander de leur donner des conseils pour transformer leur bicyclette en nautocyclette et en aérocyclette. Cette nautoaérocyclette serait, disent-ils, l'appareil idéal pour leurs prochaines vacances.
La nautocyclette a été inventée par M. Luk. C'est une bicyclette ordinaire qu'on transforme en radeau à aubes. L'appareil comporte deux flotteurs gonflables, munis de chambres à air, maintenus dans un châssis en bois et accouplés par deux planches étroites. Ces flotteurs sont placés, pendant la route, sur un porte-bagages qu'on renverse pour naviguer. On fixe les flotteurs. Deux palettes en tôle sont adaptées aux pédales et servent de propulseurs. On dirige avec le guidon par la roue de devant, qui repose sur une latte de bois à laquelle est attachée une planchette-gouvernail. A cette nautocyclette, nos correspondants désirent d'ajouter à l'avant une hélice qui serait entraînée par une chaîne démultipliée et actionnée par la chaîne même de la bicyclette.
Depuis quelques jours, on voit dans les rues de Neuilly une bicyclette à hélice qui semble fonctionner parfaitement. En recouvrant les flotteurs d'une toile qui ferait deux ailes, la nautoaérocyclette serait réalisée. Par les pédales, on aurait la traction pour voler, comme pour naviguer sur l'eau ou rouler sur les routes.
Quelle merveilleuse combinaison allez-vous dire. Les trois appareils en un seul Hélas! il faut déchanter. La bicyclette transformée en nautocyclette pèse 38 kilos. Donc, on ne peut pas rouler aisément, et quel est l'athlète qui monterait les côtes avec un tel engin ? Si on ajoute une hélice, une chaîne, des ailes, la nautocyclette, devenue nautoaérocyclette, pèserait au moins 70 kilos. Nous ne pourrions plus nous en servir, et pour avoir voulu faire trois sports à la fois, nous ne serions plus capables d'en suivre un seul. Ne compliquons pas les choses. Prenons une bicyclette pour aller sur les routes, un canot pour naviguer en attendant d'avoir un petit monoplan qui suffirait à nous dispenser de rouler et de naviguer, en attendant principalement d'avoir bien travaillé pendant ce dernier trimestre.

Régis Gignoux.
Le Figaro de la jeunesse, n°8, Jeudi 28 avril 1910.

Source: Gallica

mardi 14 février 2012

John Elfreth Watkins Jr. Ce qui pourrait arriver dans les cent prochaines années ( 1900 )

En 1900, John Elfreth Watkins Jr. publia dans le périodique The Lady's Home Journal l'article What May Happen in the Next Hundred Year (Ce qui pourrait arriver dans les cent prochaines années ).
Slate a repris des extraits dans un article publié le 9 février 2012 "Comment vivrons-nous dans cent ans, en 2112" qui m'a été signalé par Guillaume. Depuis quelques semaines on trouve ce texte décliné sur les sites d'information américains et depuis la fin janvier français. Une nouvelle preuve de l'intérêt pour les futurs antérieurs...
ArchéoSF publiera très prochainement une traduction de l'article originel.

dimanche 12 février 2012

Daniel Compère, Les Romans populaires (2012)


Président de l'Association des Amis du Roman Populaire, professeur à la Sorbonne Nouvelle, auteur de nombreux ouvrages de référence notamment consacré à Jules Verne Daniel Compère a dernièrement dirigé le Dictionnaire du Roman Populaire Francophone (Nouveau Monde édition).
Dans l'ouvrage Les Romans populaires paru aux éditions Presses Sorbonne Nouvelle, Daniel Compère propose une étude synthétique sur ce qui n'est pas un genre au sens propre mais domaine culturel à la fois majoritaire en terme de production et marginal en terme de reconnaissance.
Daniel Compère brosse un tableau historique et thématique du roman populaire du début du XIXe siècle au début du XXIe siècle, se penche sur les genres de la littérature populaire et s'interroge sur la (dé)légitimation de ce continent littéraire. Le style est clair et agréable, à mille lieues du jargon universitaire qui brouille parfois le message délivré.

L'ouvrage est destiné aussi bien aux curieux qu'aux étudiants, aux amateurs de littérature populaire comme à ceux qui voudraient découvrir les charmes d'Eugène Sue, Gabriel Ferry, Jean de la Hire, Maurice Champagne et quelques autres.
Bonne introduction à cette littérature si souvent mise à l'écart, Les Romans populaires se veut aussi un guide et une invitation à la recherche et à la (re)lecture de ces romans qui ont fait rêver tant de générations.


On peut visionner la vidéo tournée à l'occasion d'une conférence de Daniel Compère donnée le 27 janvier 2012 dans le cadre des Etudes Populaires d'Amiens Métropole (EPAM):



Les romans populaires en France par epam-tv

samedi 11 février 2012

Quinzinzinzili n° 16 : Léon Groc, Louis Pergaud et Marc Stéphane

La Société des Amis de Régis Messac publie le Quinzinzinzili, l'univers messacquien.
Le dernier numéro prouve une fois encore l'érudition de Régis Messac et son infatigable curiosité.
Relevons quelques articles:
Retour sur Léon Groc : Léon Groc est un auteur populaire qui a touché à de nombreux genres dont la science fiction (un ouvrage publié chez Les Moutons électriques rassemble trois romans de SF signés Léon Groc). Un membre de la  Société des Amis de Régis Messac apporte des éclairages biographiques intéressants et le Quinzinzinzili propose une bibliographie (sans doute incomplète mais c'est le lot commun des bibliographies du domaine populaire).
Un dossier Louis Pergaud à l'occasion du centenaire de La Guerre des boutons (et franchement il vaut mieux le livre que visionner les récentes adaptations fort édulcorées)
Un dossier Marc Stéphane, auteur de La Cité des fous ou Aphorismes, boutades et propos subversifs d'un ennemi du Peuple et des Lois.

vendredi 10 février 2012

Les savants du monde entier se demandent d'où viennent et ce que sont les soucoupes volantes





















Les Veillées des chaumières est l'un des (peut-être le) périodiques les plus anciens encore en activité. Lancé le 7 novembre 1877 comme bi-hebdomadaire, il est devenu hebdomadaire en 1952 et propriété des éditions Mondiales en 1994.
Le fonds des récits est essentiellement sentimental et l'on trouve quelques articles sur l'actualité (toute l'actualité) et parfois quelques lignes relevant de la conjecture. Aux débuts des années 1950 les soucoupes volantes étaient à la mode et les Veillées des chaumières n'éludent pas cette délicate question comme en témoigne l'article reproduit ci-dessous. Ainsi dorment dans les publications non étiquetées SF des textes susceptibles d'intéresser les amateurs de conjecture rationnelle...


Les savants du monde entier se demandent 
d'où viennent et ce que sont les soucoupes volantes


Depuis plusieurs années, les journaux publient périodiquement des informations ayant trait à de mystérieux engins se déplaçant à grande vitesse dans l’atmosphère et qu’on désigne du nom qu’un aviateur américain leur a donné un jour : « soucoupes volantes », à cause de leur forme. Reproduisons donc une de ces dépêches :
« Nancy, 20 novembre 1953. — Plusieurs Nancéiens affirmaient, samedi soir, avoir vu une « soucoupe volante » aux environs de 21 heures au-dessus de la capitale lorraine. Leurs déclarations laissèrent sceptiques. Mais depuis, divers autres témoignages se sont fait connaître, qui confirment, même dans les détails, les constatations rapportées le jour même. »
Un ingénieur de Nancy a décrit ainsi le phénomène : « Une lueur attira tout à coup mon attention vers le ciel. J’ai très bien vu un disque un peu aplati, d’un vert brillant, aux contours un peu flous. L’angle de site de ce météore était d’environ 45° à 60°. Son diamètre apparent était vu sous un angle approximativement égal à la moitié ou aux trois quarts de celui sous lequel nous voyons normalement la pleine lune. L’objet était donc fort volumineux. »
Des observations de cette nature, il en est venu de tous les points du globe et provenant de témoins dignes de foi. Que croire alors? Quels sont ces mystérieux engins ? Sont-ce même des machines ou seulement des phénomènes célestes ? Une nouvelle arme ou quelque chose de tout à fait pacifique ?
On comprend que le problème ait préoccupé ceux qui ont la charge de veiller à la paix du monde tout en préparant les armes de guerre suivant un adage qui, hélas! n’est pas encore périmé : « Si tu veux la paix, prépare la guerre. »
Depuis le mois de juillet 1952, un officier américain, le commandant Donald E. Keyhoe, maintenant en retraite, mais qui a appartenu au célèbre « Marine Corps », a procédé à une enquête très sévère et très complète sur les « soucoupes volantes ». Dûment averti de la gravité du problème par l’existence des soucoupes volantes et des dangers qu’elle implique, il a eu connaissance de faits ignorés du grand public. Cet officier a eu sous les yeux des centaines de constats d’observations, témoignages rédigés par des pilotes de l’aviation militaire, et les conclusions du 2e bureau technique de la « U. S. Air Force ». Certains faits sont tellement incroyables que, deux ou trois ans plus tôt, on les aurait taxés de plaisanteries.
Le commandant Donald E. Keyhoe a publié en Amérique un volume qui rassemble tout ce que les services de l’aviation américaine ont recueilli en fait de témoignages se rapportant aux soucoupes volantes. Les chapitres les plus importants de cet ouvrage capital ont paru, en novembre dernier, dans « Le Figaro ». On y trouve l’explication des nouvelles contradictoires diffusées, de temps à autre, par les différents porte-parole du ministère de la Défense nationale et les raisons du silence « officiel ».
Les services officiels américains ont rejeté le terme de « soucoupes volantes ». En effet, s’il parle à l’imagination populaire, ce terme, à leur avis, ne fait pas sérieux. Pour les experts, le phénomène inexplicable c’est l’U. F. O., c’est-à-dire Unidentifiable Flying Object, ou, en français : objet volant non identifiable. Il ne faut pas croire que l’on admet sans discernement tous les rapports établis sur les U. F. O. En fait 50 % de ces rapports sont éliminés pour « insuffisance de précisions ». Plus de 30%, après examen, ont permis de conclure qu’il s’agissait de ballons-sondes, de phares d’avions ou de lueurs sortant des tuyères des avions à réaction, ou encore de phénomènes électroniques ou météorologiques comme les étoiles filantes. Enfin, 20 % des « visions » ont été classées comme « objets volants non identifiables ». Les descriptions fournies par les pilotes d’avions concordent généralement. Il est question d’objets en forme de disques émettant une lueur orangée qui semble s’accentuer au fur et à mesure que la vitesse s’accroît et qui se déplacent à des vitesses bien supérieures à celles des avions à réaction actuels; des disques qui pulvériseraient tout sur leur passage; des disques qui navigueraient aussi bien sur la « tranche » que sur le plan horizontal. Si l’on veut, des « yo-yo géants capables de bonds gigantesques dans la stratosphère ».
En fait, un grand pas sera accompli vers la solution du problème quand on aura pu approcher suffisamment près d’un U. F. O. pour l'examiner en détail. Jusqu’à présent, on n’a même pas pu obtenir une photographie acceptable. Celles que l’on possède ne montrent qu’une simple lueur.
Comme bien on pense, le livre du commandant Keyhoe a soulevé de nombreuses controverses et les clans s’affrontent : ceux qui y croient et ceux qui n’y croient pas. Dans « Le Figaro » du 30 novembre 1953, un spécialiste des questions scientifiques, M. Pierre Devaux, sous le titre : « Quelle valeur peut-on accorder au dossier des soucoupes volantes ? » se montre assez sceptique. Il constate cependant que devant la masse d’observations apportées par l’officier américain, on ne peut traiter le problème à la légère et déclarer que « ça n’existe pas ». S’il estime que les « soucoupes » en elles- mêmes sont discutables, la psychose des soucoupes est chose sérieuse. Un ingénieur spécialiste des engins « autoguidés » et « téléguidés », tels les V2 pendant la guerre, s’étonne qu’on n’ait jamais retrouvé aucun fragment métallique de ces fameuses soucoupes. On ne signale nulle part, de façon certaine, un point de chute ou d’atterrissage de ces engins. A son avis, cela suffirait à infirmer l’hypothèse soucoupes- engins guidés ou automatiques.
Reste à trouver une explication aux phénomènes observés. « Si les soucoupes, écrit Pierre Devaux, ne sont pas une illusion, si elles ne peuvent être des engins « habités » par des pilotes semblables à nous, comment expliquer leurs manœuvres puissantes et rapides, leur vitesse, leur comportement « intelligent » au plus haut point en certaines circonstances. »
Le commandant Keyhoe en arrive à l’explication la plus fantastique ; l’hypothèse interplanétaire. D’après cette hypothèse, les soucoupes viendraient de la planète Mars et seraient montées par des Martiens qui s’efforceraient d’espionner les Terriens. Mais M. Devaux repousse cette explication parce qu’aucun observatoire astronomique n’a jamais aperçu une soucoupe volante. « On sait pourtant, écrit-il, avec quel soin ils examinent continuellement au télescope et à l’aide de clichés photographiques tous les cantons de la voûte céleste; les plus minuscules petites planètes ont été cataloguées... et des engins aussi spectaculaires que les soucoupes leur auraient échappé ? C’est invraisemblable. »
Interrogé, M. Couderc, astronome à l’Observatoire de Paris, a déclaré : « Il faut une longue éducation pour faire un observateur de qualité, à l’abri des illusions et des psychoses grégaires. Que de fois Vénus ou Jupiter ont été pris pour des feux terrestres... même par des officiers de marine! Seul compte le témoignage des astronomes professionnels et de leurs clichés, qui demeurent résolument muets sur le chapitre des soucoupes. » Il s’agirait donc, d’après Pierre Devaux, de « phénomènes lumineux » comme on en a déjà observés à Florence le 9 décembre 1751, sur une ville du Massachusetts, en 1846, où l’on vit un disque lumineux, dans les mers de Chine, en 1893, où l’officier de quart du navire anglais « Carolina » donna l’alerte en observant « des globes de feu qui montaient, qui descendaient et tournaient ensemble, changeaient constamment de formation et prenaient quelques fois la forme d’un croissant ». On pourrait multiplier les exemples,
L’ingénieur G.-A. Grégoire, ancien polytechnicien à l’esprit fécond, grand chercheur dans le domaine de l'automobile, n’est pas du tout d’accord avec M. Pierre Devaux dans « Le Figaro » du Ier décembre dernier, estime que l’hypothèse interplanétaire expliquant les soucoupes volantes n’est pas invraisemblable. Pourquoi veut-on que les Martiens soient des êtres semblables à nous « Si l’on y réfléchit, écrit M. Grégoire, il n’y a pas de raisons que ces êtres lointains soient des caricatures de Terriens plutôt que des créatures absolument différentes. Leur aspect physique peut être sans aucun rapport avec le nôtre, leur taille de dimension d’une souris ou même d’une fourmi. Leur système respiratoire et circulatoire peut ne pas exister ou fonctionner de toute autre façon que le nôtre. Il est même raisonnable de penser que ces être construits d’une autre façon que nous ne pourraient pas subsister dans notre milieu terrestre. »
Et M. Grégoire nous invite à la modestie. Nous avons tendance à croire que nous sommes les seuls êtres intelligents et supérieurs au monde. Qu’en savons-nous ? Les explications de l’existence des soucoupes volantes deviennent beaucoup plus faciles si on arrive arracher de son esprit cette tendance instinctive et généralisée à faire ressembler l’habitant intelligent d’une planète au Terrien. On peut admettre que ces engins viennent de la Lune, de Vénus aussi bien que de Mars.
La conclusion de M. G.-A. Grégoire est que, si ces soucoupe volantes viennent d’une autre planète, « elles sont peut-être la manifestation d’un effort de ses habitants, arrivés probablement à un état de connaissance bien supérieur au nôtre, pour entrer en communication avec la Terre ».
Nous nous garderons bien de prendre parti dans cette controverse. Nous nous sommes bornés à vous livrer les pièces du dossier. Un fait est certain : il y a dans l’atmosphère des U.F.O. . Les savants ne sont pas d’accord sur la nature de ces engins. Pour nous, simples mortels, une seule chose importe : jusqu’à présent ils se sont montrés inoffensifs. Puissent-ils le demeurer toujours.

J. DEPOIX.
Les veillées des chaumières, n°16, 74ème année, 20 février 1954


Illustrations: Deux dessins de savants qui accompagnent l'article
Couverture de Science Wonder  Stories, novembre 1929