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ISSN 2496-9346

lundi 12 mars 2012

Paul Gilson, Les Folies bourgeoises, de quelques inventions délirantes de la fin du XIXe siècle

Dans Les Folies bourgeoises, Paul Gilson nous présente des inventions délirantes du XIXe siècle...
Le cheval peut s'exercer tout en se restaurant!



samedi 10 mars 2012

Pierre Gauroy, L'avenir hallucinant de l'an 2000

Poursuivons notre exploration de l'an 2000 imaginé jusqu'aux années 1960 avec ce texte paru dans Le Chasseur français en juin 1956. ArchéoSF a déjà publié un texte de Pierre Gauroy annonçant l'avenir dans... 500.000 ans ! En l'an 2000, on devait être sur Mars... M'est d'avis qu'il va falloir attendre encore un peu...




En cinquante années, tant de découvertes, toutes plus étonnantes les unes que les autres, ont bouleversé la planète que la curiosité des hommes trouve difficilement matière à motif d’étonnement. Tout ce qu’un Jules Verne avait pu rêver de plus fantastique est entré dans le domaine du quotidien. Qu’un long-courrier des airs déroule son orbe vertigineuse dans les champs de la stratosphère, qu’un sous-marin Nautilus effectue sans escale le tour de la planète, qu’un bathyscaphe aille se poser avec grâce dans les profondeurs inviolées ou qu’une fusée aille trouer la voûte du ciel à quelques centaines de kilomètres, il en faut plus pour nous étonner désormais.
Demain, d’autres générations manifesteront la même indifférence, jetteront le même regard désabusé sur ces aspects d’un nouvel âge auxquels il serait injuste cependant de refuser le qualificatif de stupéfiant. Encore quelques décades, et la grande aurore de l’an 2000 s’allumera sur le monde. Quel décor s’offrira alors aux yeux des Terriens, s'il en est encore sur notre turbulente planète ?
Le poids de 45 nouvelles années a blanchi nos tempes. Mais qu'est cela en regard du prodigieux spectacle qui nous est offert ?
Sur l’immense astroport interplanétaire édifié aux portes de Paris, vingt monstres d’acier sont là, hurlant de leurs cent réacteurs sur les pistes phosphorescentes. Sur l’écran gigantesque dressé sur l’aire d’envol, des noms s'allument, aussi familiers aux usagers de l’an 2000 que peuvent l’être aujourd’hui pour nous ceux de l’Australie ou de l’Amérique : « Mars », en soixante-douze heures ; « La Lune », en trois heures trente ; croisière autour de la Terre en une heure vingt.

L’attrait de la nouveauté valut à ces circuits en leurs débuts un succès sans précédent. Mais voici que les conditions de vie à la surface de la Terre étaient devenues si douces qu'il fallait quelque héroïsme pour la quitter. Car c'en était fini de ces alternances passées de clarté et de ténèbres. La nuit avait définitivement cédé le pas aux mille lumières que la science dispensait à bon marché grâce aux inépuisables ressources de l’énergie atomique. Qu'importait désormais la lumière solaire dont les plantes n’avaient plus que faire pour leur croissance et leurs synthèses depuis que les hommes leur distribuaient des flots de radiation jamais interrompus. Ces synthèses d’amidon, de graisses et de protides, bases de toute vie organique ici-bas et qui, jadis, s’élaboraient au sein des feuilles vertes sur le tapis des champs et des prés, s’opéraient aujourd'hui dans le silence d'usines-laboratoires, limitées dans leur production par la seule volonté des humains.

A son gré, l'homme de science faisait et défaisait le temps, dispensant au mieux pluie, neige ou printemps. Il façonnait la planète au gré de sa fantaisie. Qu’une terre fût malencontreusement léchée par un courant froid, il détournait ce dernier.
Bien d’autres projets, d’ailleurs, étaient en cours de réalisation. Sous l'action conjuguée de bombes atomiques bien placées, la mer Arctique, désormais libre de glaces, livrait passage à des navires ultra-rapides qui joignaient les continents en quelques heures. Sur le point mathématique du pôle, des croisières étaient organisées. La suppression de ces surfaces glacées avait entraîné un réchauffement appréciable de l’atmosphère, et l’inlandsis glaciaire du Groenland s’amenuisait de jour en jour. Dans un proche avenir, on comptait bien voir cette île, vaste comme un continent, redevenir la « terre verte », nom dont l’avaient baptisée ses découvreurs. Rompait-il ainsi le rythme de la nature, cet homme de science du deuxième millénaire ? Non pas, il l’accélérait seulement. Aurait-il oublié en effet l’alternance antérieure de glaciations et de réchauffements qui avaient marqué la vie du globe ? Ce retour d’un été perpétuel qui intéressait toute la planète n’était ici que la manifestation accélérée et voulue d’un phénomène naturel à marche lente.
Hélas ! pourquoi fallut-il que cette Terre qui pouvait devenir un éden connut encore des jours d’angoisse ? L’appétit des hommes n’avait pas désemparé. De ce que le Groenland et les vastes espaces du continent antarctique allaient livrer les secrets de leur sol dans un proche avenir avait suffi pour attiser les convoitises, car on savait trop les richesses qu’ils pouvaient recéler. Et la richesse des hommes et des nations n’était plus, à cette heure, faite d'or, de platine ou de diamants, objets vils, mais de ces minerais radio-actifs qui dormaient depuis des millions d'années sous la croûte planétaire. La prospection même de tels gisements se faisait à une échelle de titans. C’en était bien fini de ces techniques rustiques qui arrachaient au sol quelques parcelles de matière, de ces trépans qui rongeaient la roche à grand renfort de semaines. Une secousse monstrueuse ébranlait quelques kilomètres carrés de la planète et ramenait au jour les trésors sommeillants. On prenait commande de tremblements de terre comme on assure aujourd’hui un forage. Oh ! non pas que cela se soit fait sans opposition l II avait fallu vaincre d’abord les puissantes organisations qui vivaient jusque-là de l’extraction du pétrole, du charbon ou de la production d’électricité.
On allait faire mieux encore, commander au rythme des saisons, s’assurer un éternel printemps en redressant l’axe de la Terre, qui s’en irait à la verticale de sa route, comme il en va de Jupiter, la planète géante de notre système.
L’intérêt de certaines mers intérieures n’étant pas évident, d’un coup de crayon on les raya des cartes. Ainsi en fut-il de la Méditerranée. Le moyen fut élégant et simple. On ferma Gibraltar. Lentement, mais inexorablement, l’eau salée s’évapora, les rivages se déplacèrent, les anciens ports vécurent du souvenir de leur splendeur passée. Marseille se trouva bientôt à cent kilomètres à l’intérieur des terres. L’assèchement total de la Méditerranée n’était d’ailleurs pas prévu dans l’immédiat, car subsisteraient longtemps encore deux fosses marines profondes de part et d’autre de la Sicile. De même furent verrouillées la mer Noire, la mer Rouge, la Baltique et la baie d’Hudson. Car, au point où en était arrivée la locomotion aérienne, il était puéril de vouloir emprunter la voie maritime, pour certains parcours tout au moins.
Quant au Sahara, il connaissait un triomphe végétal évocateur des magnifiques frondaisons qu’il avait portées en des temps révolus. A l’immense lac souterrain qui sommeillait à plusieurs centaines de mètres de sa surface, des issues avalent été données, d’où l’eau avait impétueusement jailli. De cette mer souterraine, jusque-là inexploitée, d'autres lacs étaient nés sur le sol désertique. Et dans ces lacs, là où jadis frissonnaient les nappes fantomatiques des mirages, au brûlant soleil des Tropiques, des tonnes d’algues croissaient, riches de substances de réserve, véritables super-aliments que l'humanité allait utiliser pour remplacer partiellement viandes, poissons, œufs et autres substances albuminoïdes fondamentales.
Puisque nous parlons alimentation, évoquons en quelques lignes les techniques alors offertes à la préparation des repas. Aux feux de bois, de charbon, aux réchauds électriques ou à gaz, on avait substitué des cuisinières électroniques pas plus larges qu’une assiette. Combien désuète apparaissait l’époque, pas si lointaine cependant, où il fallait des dizaines de minutes, sinon des heures pour accommoder un repas. Aujourd’hui, le temps, c'est de l’argent. Il faut trois secondes pour cuire une pâtisserie, cinquante secondes pour un beefsteak ou une friture de poissons, quatre minutes pour un poulet rôti. Quant aux pommes de terre, elles sont à point après une minute et demie de cuisson.
Le confort familial connaissait une perfection insoupçonnée. Dans les vastes buildings de trente-cinq étages régnait une chaleur uniforme de 20°, assurée par circulation, entre les murs et les planches, des calories reçues et conservées par l’accumulateur solaire installé sur le toit. Même constance dans la lumière intérieure grâce aux peintures lumineuses, à base de sulfure active de radium, qui tapissaient les parois. Tout danger de radio-activité était supprimé par l’interposition d’une lame transparente de plomb synthétique. Une telle peinture était capable de fournir la lumière pendant 250 ans. Le rendement en était considérable : 93 p. 100. Cependant les savants n’étaient pas encore satisfaits, dépassés qu’ils étaient par le rendement lumineux du plus humble des insectes, le ver luisant, qui atteignait 96 p. 100.
Monde étrange, monde de robots, monde géométrique où la science avait éteint la poésie, planète en voie d’éclatement... Car, sur les routes du ciel, les premiers satellites artificiels venaient d’être lancés... Mieux encore, l’homme, se faisant semeur de vie, s'apprêtait à fertiliser d'autres terres du ciel. Et déjà l'on élaborait dans le secret des laboratoires les tonnes de matières premières dont, demain, des fusées- cargos saupoudreraient le sol de la planète Mars pour lui rendre une atmosphère oxygénée et lui permettre un jour peut-être d’accueillir les humains.
*
* *
Alors oui, alors seulement, les Terriens pourront faire sauter leur vieille planète dans un embrasement monstrueux qui la refera étoile...
Plût au ciel qu’alors la rouge planète Mars fût accueillante au moment du feu d’artifice, et que les mystérieux Martiens, s’il en est, nous amènent à réapprendre le chant des sources, des fleurs et des bêtes et des mille étoiles que la nuit fait éclore...

Pierre Gauroy


Je remercie  le "webmaster" du site proposant la reproduction de milliers d'articles du Chasseur français qui a bien voulu me fournir quelques scans de pages m'intéressant plus particulièrement. Je vous invite à y faire un petit tour pour découvrir les richesses de cette revue:

jeudi 8 mars 2012

Paul Gilson, Les Folies bourgeoises, de quelques inventions délirantes de la fin du XIXe siècle

Dans Les Folies bourgeoises, Paul Gilson nous présente des inventions délirantes du XIXe siècle...
Nous trouvons ici une utilisation pratique de la chaleur de la cuisinière pour actionner une machine à coudre... Home sweet Home!

mercredi 7 mars 2012

Anticipation : La vie en l'an 2000 (1953-1954)

De multiples marques ont édité des ouvrages destinés à contenir des vignettes à collectionner (comme le chocolat Poulain le fait encore par exemple). Cantaloup-Catala, ancêtre du chocolatier Cémoi, proposa plusieurs albums dont un numéro trois contenant des thèmes pour le moins variés: Les fleurs, L'histoire de l'aviation, Voyage autour du monde en avion, Anticipation (la vie en l'an 2000), Voyage interplanétaire et Bateaux.
Nous présentons aujourd'hui quelques images de la vie en l'an 2000 telle que les concepteurs de cet album l'imaginaient en 1953-1954.





lundi 5 mars 2012

Régis Messac, l'écrivain-journaliste à re-connaître


Régis Messac est le nom d'un écrivain, critique, journaliste,... qui revient régulièrement sur ArchéoSF.Pionnier des études sur les mauvais genres, on lui doit une somme intitulée Le Detective Novel et l'influence de la pensée scientifique (rééditée il y a peu aux Editions Encrage accompagnée d'un bel appareil critique). Les éditions Ex Nihilo ont entrepris une réédition des oeuvres complètes de Régis Messac, romans, anthologie de textes parus en revue,...
Avant Pierre Versins et Jacques Van Herp, Régis Messac a été l'un des premiers érudits n'hésitant pas à se confronter avec le roman populaire, les utopies et la science fiction. Si certains de ses articles et de ses oeuvres peuvent sembler dépassées, il convient de se souvenir qu'ils datent d'avant la seconde guerre mondiale et que souvent ils furent novateurs - et même d'avant garde - et gardent une part de modernité tout à fait surprenante. Certains pans entiers de l'archéoSF doivent leur survie dans l'imaginaire collectif à des gens comme Régis Messac. Et quand Ex Nihilo publie un ouvrage sur l'écrivain-journaliste Régis Messac, on ne peut que savourer le travail entrepris.
On peut lire un résumé de la journée d'études dont est issu cet ouvrage ICI.
Les heureux membres de l'Association des Amis de Régis Messac ont reçu leur exemplaire numéroté, les autres devront patienter jusqu'au 18 mai 2012 pour s'offrir cet ouvrage indispensable...




Sommaire
Pierre Lebedel : Messac père et fils, du journalisme à l’association.
Olivier Messac : Introduction à l’œuvre journalistique de Régis Messac.
Philippe Baudorre : Régis Messac, au fil de ses lectures.
Guy Durliat : Régis Messac et Georges Hyvernaud aux Primaires.
Astrid Llado : Messac en Amérique ; ses chroniques américaines.
Pierre-Gilles Pélissier : Germes journalistiques de la fiction messacquienne.
Delphine Gachet Bahuet : l’homme aux romans policiers.
Cédric Chauvin : Régis Messac face à la littérature.
Jean-Luc Buard : Dents de vautour et mains de serpent.
Saliha Aklouf, Éloges majeurs de genres dits mineurs.
Natacha Vas-Deyres : Du journalisme littéraire à l’historien des utopies.


Présentation de l'éditeur:


Essayiste et romancier, premier exégète de la littérature policière, historien de la littérature populaire, des Utopies et de la science-fiction, Régis Messac a laissé derrière lui une abondante production journalistique.
Tout à la fois chroniqueur, « reporter », témoin et analyste de la société – française et internationale – de l’entre-deux-guerres, il publie dans des revues universitaires et pédagogiques, mais aussi dans nombre de journaux et périodiques de gauche et d’extrême-gauche, du Progrès civique à Nouvel Âge, en passant notamment par la Révolution prolétarienne, Monde, l’École Émancipée et les Primaires dont il est rédacteur en chef.
Régis Messac exprime sa pensée par tous les moyens ; une pensée étonnamment moderne, élaborée par sa culture et son engagement politique. Cette activité journalistique dans laquelle il développe ses critiques littéraires et sociales ajoute une dimension singulière à son œuvre.
Cet ouvrage ouvre la voie à l’exploration du continent méconnu de ces textes, laboratoire d’idées témoignant de la vitalité d’un écrivain de son temps qui se projette dans le nôtre. Une œuvre insolite et remarquable à découvrir dans cet essai collectif pour connaître ou re-connaître la véritable face de Régis Messac.

jeudi 1 mars 2012

Le rêve martien...

En ce 1er mars 2012, il semble normal de se pencher sur le cas de la planète rouge et de son impact sur l'imaginaire car Mars est l'un des grands thèmes de la science fiction ancienne ou moderne.
Le jeudi 10 mars 1911 (soit il y a un peu plus de cent ans), on pouvait lire, à la Une du grand quotidien français Le Gaulois, ces mots signés Tout-Paris et publiés dans un article "Rêves et superstitions"...



REVES ET SUPERSITIONS (extrait)



[...] Quand ils n'ont pas de ces superstitions, et même quand ils en ont, les hommes, et les femmes encore plus, se demandent si les autres planètes de notre système solaire sont habitées.
En quoi cela nous intéresse-t-il? Que ces planètes soient habitées ou non, nous n'en aurons ni un plaisir ni un chagrin de plus, et la terre continuera à tourner avec la même indifférence à l'égard de ses congénères.
Mars! C'est Mars qui les préoccupe le plus. Cette planète est assez proche de nous à certains moments pour qu'on puisse, avec un puissant télescope, y distinguer un pôle et des voies à peu près rectilignes et immenses, que tout de suite on a déclaré être des canaux, d'autres des nuages qui se partageaient ainsi.
Et quels canaux! Des voies larges comme l'Adriatique, qui iraient de Paris à Tombouctou,. et qui changent, de temps en temps, à peu près comme nous changeons de ministère. Chez nous, ces changements ne produisent que de simples déménagements imperceptibles de la planète, avec les plus puissants télescopes, tandis que là-bas ce sont des travaux gigantesques exécutés en un instant.
Comment sont donc les hommes qui habitent cette petite planète? Sont-ils vingt fois plus grands que nous, et ont-ils des machines à bouleverser leur sol, en moins de temps que n'en mettent nos députés à voter le budget ?
Les âmes sensibles sont nombreuses. Elles se sont émues à la pensée que nous pouvions avoir des frères inconnus à qui nous n'avions pas encore donné le moindre signe d'affection!
On a eu recours aux tables tournantes, aux somnambules, pour savoir comment étaient faits les Martiens. Portaient-ils les cheveux plats et avaient-ils la figure rasée, comme les jeunes Américains? Grave question.
Les tables ont répondu. Elles répondent toujours. Une somnambule, dont l'âme était allée voir ce qui se passait là-bas, a déclaré que les Martiens étaient tous des sirènes, mâles et femelles, moitié homme ou femme et moitié poisson, qu'ils plongeaient et nageaient comme des poissons et qu'ils faisaient leurs canaux pour pouvoir voyager plus commodément que sur terre, la queue de poisson ne favorisant pas la marche.
Rien de plus logique. Le problème était résolu pour ceux qui croyaient aux canaux.
Tout d'un coup est parti un cri spontané et généreux, proféré par des milliers de bouches barbues ou délicates et souriantes « Il faut leur faire des signes! »
Vous entendez bien, c'est des Martiens qu'il s'agit ; la télégraphie sans fil n'était pas encore inventée, et depuis qu'on s'en sert, nul effluve martien, nulle onde hertzienne émanée de nos frères de là-bas n'est venue troubler nos appareils.
Comment leur faire des signes, et quels signes? Il est probable que les signes maçonniques resteraient incompris, et les signes de pluie, comme les signes des temps, ne leur diraient rien. Un rond, un carré ne leur feraient pas trouver la quadrature du cercle et leur feraient peut-être supposer que, chez nous, les hommes sont carrés et que les femmes sont rondes.
Il y avait mieux à faire : dessiner sur la terre; pendant la nuit, à l'aide de projecteurs électriques, la figure d'un homme; mais quel homme, pour qu'il devienne visible à une telle distance! Un homme dont la Belgique et la Hollande figureraient la tête, dont la France dessinerait le buste, l'Espagne une jambe, l'Italie l'autre, avec sa botte! Un homme qui danserait la gigue! C'était gai. On y a songé et c'est aux Etats-Unis qu'on a voulu exécuter ce projet, à travers plusieurs Etats de l'Union. On a même ouvert une souscription. Mais il fallait beaucoup de millions et il ne s'est pas trouvé d'âmes sensibles en assez grand nombre. Signe de la dureté des temps, le seul signe que les Martiens puissent percevoir chez nous, en ne l'apercevant pas.
Et voilà que le professeur Arrhenius, élu membre correspondant de l'Académie des sciences, vient de démolir en Sorbonne tous ces rêves, en prouvant qu'il n'y avait en Mars ni canaux ni êtres vivants!
Quel dommage pour ceux qui trouvaient là un excellent sujet de conversation! Ainsi tout s'en va! Et cela se passe au mois de mars!

Tout-Paris

Source: Gallica