mercredi 27 août 2014

Marcel Rosny, Les Merveilles de l'an 2000 ( 1899)

Voici ce qu'un original New-Yorkais a découvert dans les pages non feuilletées encore du livre du destin pour les environs de l'an 2000.
A cette époque, qui mériterait d'être appelée l'âge de diamant, il n'y aura plus de feu, et par conséquent plus de risques d'incendie, plus de compagnies d'assurances, plus de grèves de mineurs. Il n'y aura plus de chevaux, et par conséquent plus de cochers.
Il n'y aura plus de maladies, et par conséquent plus de médecins, les progrès stupéfiants de la médecine nouvelle ayant fini par supprimer les docteurs eux-mêmes. faute de malades.
Supprimés aussi, les chemins de fer, remplacés par l'« aérodrome »; et plus de fumée, plus de poussière, plus de microbes.
Plus, rien alors?Rien que des hommes, des femmes. et des Auvergnats?.
Certainement dans l'Eden que sera la terre d'ici une centaine d'années les heureux mortels de cette époque ne redouteront même pas les voleurs. Grâce à un appareil spécial appelé « pantoscope », mais que le prophète ne nous décrit malheureusement pas la police verra d'un coup d'oeil tout ce qui se passe et arrêtera les pickpockets à distance, électromagnétiquement !
Les braves agents, dont la profession n'offrira plus aucun danger, n'auront qu'à rester tranquillement assis chez eux; une simple pression du doigt sur un petit bouton de porcelaine, et crac le voleur sera pincé par le courant une savante combinaison d'ondes néo-hertziennes élevées au diapason voulu pour la sécurité des coffres-forts
Quel dommage que nous soyons condamnés à ne pas jouir de ces merveilleux prodiges ! Nous sommes nés trop tôt dans un monde trop jeune.
Consolons-nous en pensant que ces farceurs d'Américains n'ont pas la réputation d'être infaillibles et que celui-ci se trompe peut être autant que les pontifes de la météorologie, qui nous prédisent toujours le beau temps chaque fois qu'il va pleuvoir.


Marcel Rosny, in La Dépêche tunisienne, n° 3349, 4 septembre 1899.

mardi 26 août 2014

Le monde oiseau : les premiers aérobus ( assiette historiée)

Les assiettes historiées proposent parfois des images relevant de la science fiction.
La manufacture de Sarreguemines dans la série Le Monde oiseau datant du début du XXe siècle produisit l'assiette Les Premiers aérobus:


lundi 25 août 2014

Une effrayante interview avec M. Edison : La machine volante et la pluie de dynamite

Une effrayante interview avec M. Edison
La machine volante et la pluie de dynamite

Le « Speaker » publie le résumé d'une entrevue qui a eu lieu entre M. Edison et M. Bigelow, et dans laquelle, le grand inventeur américain, faisant allusion à. la possibilité, d'une guerre russo-allemande. se serait exprimé comme suit:
- Je né peux comprendre pourquoi les gouvernements perdent leur temps à essayer des procédés de destruction coûteux et inapplicables. Si. j'étais l'empereur d'Allemagne, je ne m'effrayerais pas de nies démêlés avec le tsar.
- Comment cela? demanda M, Bigelow.
- C'est que j'ai récemment perfectionné une petite combinaison grâce à laquelle un vaisseau peut se diriger automatiquement au moyen de la boussole. Le principe en est fort simple: je tourne l'avant du navire dans la direction vers laquelle je désire le diriger avec la boussole; de chaque côté de celle-ci, je place un régulateur électrique très délicat, de manière qu'à, chaque déviation du navire à droite ou à gauche la déviation de l'aiguille de la boussole influe sur l'appareil électrique de droite ou de gauche, lequel, à sou tour, communique avec le mécanisme chargé de diriger le navire et placé de telle manière qu'il le remette immédiatement dans la bonne direction. Cet arrangement peut s'adapter à tous les modèles de torpilleurs. Mais on peut l'appliquer aussi à la direction des projectiles à travers les airs. Je ne parle pas des ballons ou des machines à voler dans l'acceptation, que l'on donne habituellement à ces termes, je n'ai aucune confiance dans un appareil qui vous laisse à la merci des vents. On dit que les machines à voler doivent copier la nature: imiter les mouvements des oiseaux, des poissons, et quoi encore! Mais voyez mon phonographe: est-il autre chose qu'une plaque de fer blanc? La machine à yoler que je conçois est projetée dans l'espace à n'importe quel angle donné; elle est munie d'un moteur électrique qui la dirige au moyen de volants à telle distance donnée: je suppose à, 50 milles d'ici; les expériences que j'ai faites m'autorisent à croire que je peux charger cette machine de 500 livres de matières explosibles et la lancer d'ici sur tout point qu'il me plaît d'atteindre. Naturellement, j'ai à tenir compte de l'état de l'atmosphère tout comme un artilleur; mais mes expériences me prouvent que je peux arriver à triompher à coup sur de la plupart des difficultés.
- Par exemple, dit alors M. Bigelow, supposez-que vous ayez New-York pour objectif?
- New-York est à 13 milles du point où nous sommes. Je m'engage à projeter d'ici n'importe quelle quantité de. dynamite dans l'intérieur de cette ville.
A ce moment, raconte le rapporteur de cette étrange conversation, les yeux de M. Edison brillèrent, et il s'écria:
- Je .voudrais que vous eussiez une guerre pour que je puisse développer ce rêve pratiquement. J'ai le matériel sous là main?: et je pourrais passer des contrats avec des milliers de fabricants qui me procureraient, en quelques jours, tout ce qui serait nécessaire.
- Mais que feriez-vous, si vous étiez l'empereur d'Allemagne?
- Rien avant que la guerre fût décidée: je garderais mon secret, Et même, une fois la guerre déclarée personne ne pourrait connaître mon dessein, car, tous les mécaniciens du pays auraient beau être employés à fabriquer telle ou telle partie de mes machines, celles-ci ne seraient montées que dans les arsenaux militaires. Aussitôt prêtes, elles seraient lancées au-dessus des forces ennemies et tomberaient sur elles comme une pluie de dynamite, et il ne servirait à rien de tirer contre elles, puisqu'en tombant elles détruiraient ceux qui les auraient fait s'abattre.


In Eureka, Tribune des inventeurs, n°2 daté du 30 avril 1892.

dimanche 24 août 2014

Le Cybercar (Oscar du jouet 1957, catégorie "jouet garçon")

Le Cybercar, est un char d'exploration pacifique en plastique bleu avec 2 antennes jaunes, 2 personnages au commande, plaque d'immatriculation CH 2000. Mécanisme à puce électronique. Jouet à piles.


mardi 8 juillet 2014

Protège cahier Pile Leclanché

Les protège-cahiers illustrés livrent parfois des images relevant de la science-fiction.
Un exemple avec celui-ci à la gloire des Piles Leclanché.


mardi 24 juin 2014

L'école du futur selon HG Wells

VARIÉTÉS HISTORIQUES
En l'An 2000
L'ECOLE DE H.-G. WELLS
L'Angleterre vient d'entrer dans une voie éducative nouvelle ; alors que le précédent ministère conservateur avait fait voter l'acte qui donnait l'enseignement aux clergés, surtout anglican, sorte de loi Falloux anglaise qui, sous couleur de liberté, ne favorisait que l'instruction cléricale, le ministère libéral de sir H. Campbell Bannerman vient de déposer et de faire voter un Education Act, qui libère et laïcise l'enseignement d'Angleterre. Cette circonstance donne de l'actualité aux fantaisies de H.-G. Wells, un humoriste anglais qui soulève avez sérieux et méthode les plus délicates questions de l'éducation nationale.
Il y a peu de personnes en France qui connaissent H.-G. Wells. Un historien et un pédagogue,, qui délaisse parfois l'appareil de l'érudition pour nous conter d'aimables romans du treizième siècle ou nous initier à ses impressions de voyage dans les pays anglo-saxons, nous présente dans un récent livre le nouveau Jules Verne anglais. (1)
Le Jules Verne philosophe qu'est H.-G. Wells, à l'imitation fructueuse de son illustre compatriote Thomas Morus, rêve et vagabonde dans un pays idéal, une nouvelle république d'Utopie. Comment seront élevés les enfants de l'an 2000? Singulièrement bien, sans nul doute. Vérité au delà de l'an 2000, erreur en deçà.
Elle ne sera pas si ennuyeuse ni si monotone, l'école de la nouvelle république de 2000 ou. enseigneront les disciples de sir John Colet, H.-G, Wells et compagnie!
Car H.-G. Wells n'est pas le premier promoteur anglais de l'école rationnelle. Un contemporain de l'Utopie de Morus et de Henri VIII, le roi Barbe-Bleue, Colet, avait déjà tenté de vivifier l'éducation par une instruction moins littérale que spirituelle. Colet avait essayé d'affranchir les esprits de la. scolastique médiévale ; Wells, plus modeste, et qui ne dispose point de l'appui d'un roi, voudrait voir les générations nouvelles plus libres, hors du classicisme, du pseudo-classicisme contemporain. Aujourd'hui, l'école prétend former le goût, quand elle ne tente pas d'imposer un goût officiel : le professeur de littérature « admire » Corneille et Boileau, demande qu'on les admire ; le professeur de l'art parle et fait parler de la beauté des vierges de Vinci ou de Raphaël ; les examinateurs demandent que l'on disserte pendant quatre heures sur «le goût». Je me souviens de mon étonnement un peu ennuyé lorsque jadis, lors du bachot, je dus, écolier de seize ans, faire sur «le goût» une composition dite française ; mes professeurs ne m'avaient jamais parlé que du goût officiel qui était le leur, et ils avaient toujours dédaigné tenter de former le mien.
Les professeurs de l'an 2000, dans les écoles de H.-G. Wells, apprendront avant tout à voir, et cette chose qui paraît simple n'est pourtant point très aisée. L'école essaiera moins de former le goût que d'apprendre au goût à se former lui-même.
L'enfant, ne sait naturellement pas voir. Combien difficile est de le lui apprendre ! A force d'entendre dire que la Madone Sixtine est belle, l'enfant répétera qu'elle est belle, et peu à peu l'idée de beauté s'alliera dans son esprit avec celle de l'art classique. Ce sont des générations dont le goût n'a été fabriqué qu'avec des mots et des phrases qui ont laissé Millet mourir dans la misère, et, haussant les épaules devant le Balzac de Rodin, lui préfèrent la mièvrerie et l'insignifiance habiles d'un Falguière effondré. Wells demande non des clichés littéraires, mais des photographies, des moulages : l'école doit être un musée, et l'enfant doit apprendre à voir ; le maître n'est pas pour imposer une admiration béate maladroite et sotte, mais pour guider l'esprit vers l'observation personnelle, l'observation des yeux d'abord, condition première et indispensable de la réflexion, de la critique, de toutes les fonctions de l'entendement.
Qu'apprend-on, aujourd'hui, dans l'école ? Des connaissances inutiles ou bien inutilisables. L'inutile ce sont ces langues mortes, grec, latin, dont les plus hardies réformes n'ont pas pu nous débarrasser encore ; les seuls éléments utiles, que l'on puise à l'école actuelle, l'enseignement scientifique, sont rendus inutilisables par la manière dont on en instruit ; les sciences ne sont plus que des faits bruts et des formules ; on en laisse de côté la philosophie, on oublie d'apprendre à quoi elles servent, quelle discipline elles imposent, en quoi elles sont profitables à tous les esprits.
Elaguer les branche» inutiles, rendre fructueuses et fécondes celles qui ne sont que stériles, encore bien qu'agréables : tel est le programme de H.-G. Wells : lire, écrire, connaître sa propre langue et bien savoir s'en servir, parler les langues étrangères, faire beaucoup de mathématiques, dessiner, peindre, jouer de la musique, telles sont, selon, lui, les disciplines auxquelles le futur « honnête homme » devra se soumettre, telles sont les matières de renseignement de l'école nouvelle. Le professeur ne sera pas, comme aujourd'hui, un récitateur de manuel; le professeur fait son cours; les élèves prennent des notes, n'écoutent pas, et tous sont satisfaits, le maître parce que les écoliers sont tranquilles, les élèves parce que, écrivant machinalement, ils peuvent sommeiller, dormir tout, en paraissant suivre la parole magistrale. Telles sont la plupart des classes actuelles, et en France peu nombreuses sont les exceptions à cette règle, au moins dans les collèges et lycées de province, les inspections sont rares ou conçues dans le vieil esprit. La classe nouvelle de la nouvelle république sera tout autre : ce ne sera qu'un « cabinet de consultation ». le professeur indiquera les livres à lire, lira les notes et compositions des élèves, expliquera les choses incomprises, éclaircira les doutes, répondra aux questions. La classe sera une conversation et non plus un monologue, le professeur ne dormira plus quand « réciteront » les élèves, est les écoliers ne sommeilleront plus quand le maître fera ex cathedra son sermon habituel.
Les programmes de l'enseignement secondaire ne seront pas aussi simples que ceux de l'enseignement primaire, qui ressuscitait presque l'école le jeune Grec antique apprenait à être beau dans son esprit et dans son corps. Dans l'école secondaire de Wells, l'écolier aura trois cours à choisir : la philosophie naturelle (sciences), la biologie et l'histoire, qui prépareront aux carrières soit industrielle et scientifique, soit médicale et professorale, soit littéraire et politique, toutes disciplines servant au reste à la culture générale et complétées par de bons livres.
Pour encourager la publication de bons livres, Wells rêve d'une organisation publique de la librairie, utopie moins intéressante parce que notre rêveur, trop imaginatif, est peu au courant des organismes bibliographiques actuels. Aujourd'hui le travail s organise et de bons manuels paraissent peu à peu.
Ainsi H.-G. Wells, nous communiquant ses idées et nous faisant entrevoir son éducatif idéal, nous fait parfois réfléchir sur les vices de notre enseignement actuel. Comme tout bon critique, un peu morose et un peu sévère, il dénigre son pays et prône le voisin : l'Anglais a beaucoup à apprendre en France ; le Français a beaucoup à apprendre en Angleterre si ailleurs, et c'est ainsi que M. Ch.-V. Langlois, nous initiant aux occupations de nos voisins d'Outre-Manche au sujet de l'éducation de la jeunesse actuelle, nous incite à tirer profit des rêveries d'un fantaisiste, dont les fantaisies peuvent parfois paraître fort logiques et fort heureuses.

JACQUES ANGEL.

L'Aurore, n° 3252, 14 septembre 1906



(1) CH. V. LANGLOIS : Questions d'histoire et d'enseignement, Nouvelle série P. Hachette 1908 in-16. II + 320 pp. : Les Idées de H.-G. Wells sur l'éducation.