samedi 19 avril 2014

En l'an 2000 ( dessin, 1908 )

Le vendredi 7 août 1908, paraissait dans L'Impartial, journal publié à Chaux-de-Fonds
 ( Suisse) ce petit dessin :



vendredi 18 avril 2014

Le cinéma de l'avenir ( 1926 )


File:Fredniblocrop.jpg

En 1926 le réalisateur Fred Niblo imaginait le cinéma du futur. Si les progrès ont été moins vite qu'il ne pouvait l'espérer, on peut tout de même lui reconnaître une anticipation bien vue.


Le cinéma de l’avenir


Pour Fred Niblo, réalisateur américain, voici quel serait l’avenir de l’exploitation cinématographique :
« L’évolution du cinéma a été beaucoup plus rapide que celle d’aucun autre art, d’aucune autre industrie, mais si prodi­gieuse qu’elle ait été, elle n’en est pas moins fort éloignée encore de son com­plet épanouissement. Le cinéma, tel que nousl3e connaissons et tel que nous l'aimons aujourd’hui, porte en lui, en puissan­ce, de merveilleux progrès. Plus étroite­ment que le sort des autres industries, la destinée du cinéma est liée aux découver­tes de la science. Or, nous vivons à une époque où les applications de l’électricité et des ondes hertziennes sont perfection­nées de jour en jour. Ces perfectionne­ments, au fur et à mesure qu’ils apparais­sent, ont une répercussion quasi immédia­te dans le domaine du cinéma. Il en sera ainsi demain comme aujourd'hui et il est hors de doute qu’avant vingt-cinq ans le cinéma tel que nous le concevons à l'heu­re actuelle sera périmé.
Voici, à mon sens, ce que seront les grands cinémas de l’an 1950. Le « palace » futur aura des dimensions gigantesques. Il sera capable de contenir, non pas 6000 spectateurs, mais des dizaines de milliers de spectateurs, tout comme un cirque de l'antiquité. Aux portes de l'établissement, des machines automatiques distribueront les tickets d’entrée, rendront la monnaie... et refuseront obstinément les pièces faus­ses. Il n’y aura plus d’orchestre dans la salle. La musique sera distribuée par ra­diophonie. Un seul poste central alimen­tera des centaines d’établissements. La ra­diophonie servira également à synchroni­ser la parole et le jeu des acteurs. Un pre­mier essai a été fait la saison dernière au Loew’s State Théâtre. Les personnes par­laient sur l’écran par la voix de la radio.
Ce premier essai ne fut pas entièrement satisfaisant, mais il permit de se rendre compte que la mise au point parfaite ne saurait tarder à devenir un fait accompli.
Le cinéma en couleurs sera chose cou­rante en 1950. Tous les films reproduiront l’aspect des êtres et les choses en couleurs naturelles et sous les trois di­mensions. La déformation des images, pour les spectateurs se trouvant sur les côtés de l’écran, n’existera plus. Elle sera corrigée par un procédé optique. Il n’y aura plus de cabine de projection, ni de films dans le théâtre. La visiophonie per­mettra à un seul poste central de distri­buer simultanément dans de nombreuses salles les images des films, les paroles des acteurs et la musique. Les théâtres seront spécialisés selon des genres bien distincts: théâtres de tragédies, de drames, d’opéras, d’opérette, de comédies, de documentai­res, de spectacles enfantins, etc. Quant aux études scientifiques, elles se feront de plus en plus au moyen du cinéma. Les écoles de médecine du monde entier feront un large usage de l'écran pour enseigner l’art chirurgical aux jeunes disciples d’Asclepios. Dans les églises, enfin, dans les écoles, l’histoire sainte et la parole divine seront enseignées par les images animée. »



Article paru dans Le Nouvelliste Valaisan, 6 novembre 1926

samedi 8 mars 2014

En l'an 3000, Cours d'hygiène alimentaire dans le temps et dans l'espace ( 1919 )

Ce petit texte paru dans le quotidien Le Matin le 17 mars 1919 nous renseigne sur ce que sera l'hygiène en l'an 3000... Un docte professeur imagine ici, afin de faire partager ses convictions, un avenir lointain au cours d'une conférence donnée la veille :


UNE CONFÉRENCE
En l’an 3000”
Cours d’hygiène alimentaire
dans le temps et dans l’espace

Nous sommes en l'an 3000. Notre aéro-train, qui nous mena sur un satellite de Sirius, va bientôt repartir ; car il s’agit de profiter de la conjonction favorable des as­tres, et le temps presse.
Ainsi débuta hier, au grand amphithéâtre de l’Ecole de médecine, M. Hemmerdinger, agrégé de sciences, conférencier de la So­ciété scientifique d’hygiène alimentaire.
Et, sur le satellite de Sirius, les hommes, « qui ne se sont guère améliorés, mais qui ont compris », ont réglé l’alimentation des tout-petits d’abord, des enfants, des adultes, des hommes. La tablette azotée, chère à M. Berthelot, est donnée gratuitement à tous les travailleurs, « et la femme qui allaite son enfant reçoit un salaire aussi payé que le meilleur ouvrier du métier le plus diffi­cile ». Vous le voyez, nous sommes bien au trente et unième siècle.
Pour l'allaitement mixte, la « collectivité- Etat » du trente et unième siècle a choisi le lait d'anesse, dont les troupeaux sont sous la « surveillance d’hygiénistes distingués », poursuit sans ironie le conférencier.
Les fraudeurs de lait sont envoyés au diable ou moins loin, « sur la planète Mars, où la race en a à peu près disparu ».
Personne n’est obligé de travailler pour vivre, mais « tout le monde travaille, parce que personne n’y est obligé ».
« La cuisine est devenue la branche la plus importante de la médecine, et le cuisi­nier est l'être le plus utile à la société. »
« Le vin n’a pas disparu, mais il est de­venu une exception » ; et le vin du trente et unième siècle est du vrai vin, du très vieux naturellement.
« Les producteurs d'alcool sont envoyés sur les planètes lointaines ».
On ne les a pas retrouvés.
M. Hemmerdinger termine son voyage de rêve par cette réflexion pleine d'une philo­sophie mélancolique ;
L'humanité n’est pas devenue meilleure qu’au vingtième siècle. Il y a des gour­mands, des dyspeptiques, des gens qui ne savent pas se conduire ; mais il y a amé­lioration.

Et tandis que l'imagination du conférencier se donnait libre cours, un sourire dou­cement sceptique errait sur les lèvres d’un membre de 1'Académie de médecine, assis au premier rang.

Illustration : Henriot, Paris en l'an 3000 (1885)
A lire sur ArchéoSF:

Jérôme K. Jérôme, La Nouvelle utopie ou le monde en l'an 3000 (1899)
Charles Fournel, En l'an 3000 ( 1859 )
Georges Renard, Notre époque vue de l'an 3000 ( 1921 )




samedi 1 mars 2014

Charles Nordmann, Et si les Martiens débarquaient demain sur la Terre ? ( 1924 )

Le 22 août 1924, à la première page du quotidien Le Matin, Charles Nordmann s'interrogeait : "Et si les Martiens débarquaient demain sur la Terre ?" alors même qu'une question de la plus haute importance devait être débattue à l'Académie française : doit on dire Martien ou Marsien ?

Et si les Martiens débarquaient demain sur la Terre ?

Tout de même, lorsqu'on y réfléchit, on ne peut se défendre d'une petite émotion en pensant que demain la planète Mars sera à la plus petite distance de la Terre où elle se sera trouvée depuis plus d'un siècle.
Pourquoi de l'émotion à propos d'un événement qui a en apparence si peu de rapports avec les durs problèmes de vie chère et de politique où nous sommes embourbés ? Je vais en dire les raisons, et je serais bien surpris si, après. les avoir lues, beaucoup de lecteurs n'éprouvaient, eux aussi, un petit frisson. Ce sera un frisson rapide, puisqu'il ne durera que vingt-quatre heures et que demain nous serons fixés dans un sens ou qui sait ? dans l'autre.
J'ai expliqué déjà, ici même, que les prétendus « canaux » de Mars n'existent pas et qu'il n'y a, pour nous, ni plus ni moins de preuves de l'existence des Martiens qu'il n'y en aurait de l'existence des hommes terrestres pour un astronome martien observant la Terre avec des lunettes pareilles aux nôtres. On conviendra que ce n'est pas suffisant pour nier l'existence des Martiens.
Mais alors ? Eh bien ! s'il y a là-haut des êtres vivants c'est-à-dire analogues à nous et très intelligents c'est-à-dire,- par ailleurs, quelque peu différents de nous !– il y a quelque chose de possible. je ne dis pas de probable. C'est que, comme l'a supposé Wells dans une de ses plus belles anticipations, ces êtres, de plus en plus mal à l'aise sur une planète refroidie, ont pu songer à conquérir une colonie par delà les gouffres de l'espace. C'est que cette colonie est la Terre, plus chaude que Mars à cause de son voisinage du Soleil, et moins usée par les glaces de l'âge. Mais alors, les Martiens auront évidemment (si ce projet a germé il y a moins d'un siècle) préparé leur offensive pour le jour où la Terre la Terre promise et Mars seront plus rapprochées qu'on ne le vit depuis cent vingt ans. Or, ce jour, c'est demain, 23 août 1924.
Vraiment, si demain quelque projectile habité, quelque cheval de Troie interplanétaire, déposait dans nos murs des êtres admirables et redoutables plus ou moins analogues à ceux qu'a révés Wells, ce serait drôle. Ce serait drôle, car je parie que du coup la solidarité européenne serait comprise et pratiquée par tous. Ce serait drôle, car aussitôt on verrait l'argent, tout l'argent, sortir des coffres pour le salut général des hommes, enfin solidaires. Ce serait drôle, mais c'est, hélas ! peu probable.
Je dois en effet, quoi qu'il m'en puisse coûter, refroidir les flammes imaginatives qu'une telle perspective peut, d'ici demain, faire jaillir, dans les cerveaux trop facilement bouillonnants. Car il a été démontré depuis peu, par les recherches spectroscopiques de Campbell, que la densité de l'atmosphère, à la surface de Mars, est au plus la moitié de ce qu'elle est à ce sommet de l'Everest que les explorateurs ont dû renoncer atteindre jusqu'ici, faute d'air. Si donc il y a des Martiens, leur organisme doit être totalement différent de celui des animaux terrestres. Par conséquent, ils ne pourraient survivre à leur débarquement sur la Terre, à leur atterrissage, c'est le cas de le dire.
Comme nous les avons supposés très intelligents et très savants, ils auront prévu cela et ils seront restés chez eux.
Il y a encore quelques autres petites raisons qui font que je doute fort de les voir ici-bas demain matin. C'est grand dommage, car il eût été beau de regarder la grimace du lion britannique si la cathédrale de Saint-Paul avait eu demain, comme l'imaginait Wells, sa belle coupole perforée par les Martiens. Mais voici que, se superposant à nos transes, un angoissant problème linguistique se dresse devant ma plume. Doit-on écrire Martien, comme on dit martial, par dérivation aussi de Mars, ou doit-on écrire Marsien, comme fait Wells ? Ces messieurs de l'Académie nous le diront après-demain si ce que je crois plus que je ne le souhaite le front de Terre reste demain inviolé. Mais quel ennui que le réel diffère, parfois du possible.

Charles Nordmann.


Image: couverture de HG Wells, La Guerre des Mondes, Calmann Lévy, 1917

jeudi 27 février 2014

[Jeudi québécois #5] Georges Bugnet, Siraf (1934), 1ère partie

La science-fiction ça conserve ! Georges Bugnet né à Châlon-sur-Saône en 1879 émigre au Canada où il est journaliste, écrivain et horticulteur. Il meurt en 1982 à l'âge de 102 ans. Français de naissance, il part au Canada après avoir rencontré un missionnaire. Il ne vécu pas dans les provinces francophones mais dans le Manitoba et en Alberta, anglophones. Il n'empêche qu'il était d'expression francophone.
Parmi ses oeuvres, il faut retenir Siraf publié en 1934 aux éditions du Totem. Le titre complet nous livre le thème du roman : Siraf: étranges révélations: ce qu'on pense de nous par-delà la lune. Il s'agit en effet d'une satire de notre monde par le biais du regard extérieur, sélénite en l’occurrence. L'ouvrage est rare mais par bonheur l'université d'Alberta le propose en consultation sur son site.
Avant de vous lancer dans cette lecture, voici comment il fut perçu à l'époque de sa publication:

SIRAF, par Georges Bugnet, éditions du Totem.— En lisant Georges Bugnet. qui se classe, par la vigueur et la souplesse de son style coloré, au premier rang de nos écrivains, on ne peut s'empêcher d'évoquer « Gog » de Papini. Sans avoir la force et l'ampleur de ce livre justement célèbre, Siraf est une amusante satire de la civilisation contemporaine. Mais on souhaiterait parfois plus de clarté dans les idées. (La Revue Moderne, avril 1935)


Pour lire Siraf en ligne, cliquez ICI 
Pour lire tous les épisodes de la série des Jeudis Québécois, cliquez ICI

mardi 25 février 2014

La Nuit des temps ou l'Elixir de rajeunissement par Albert Robida (1889)

On connait Robida illustrateur, caricaturiste, écrivain. il fut aussi dramaturge avec par exemple cette pièce à grand spectacle en 2 actes et 42 tableaux intitulée La Nuit des temps ou l'Elixir de rajeunissement jouée en 1889. Il s'agit en réalité d'une pièce de théâtre d'ombres. Comme souvent pour ces textes nous n'en trouvons de traces que dans la presse de l'époque. L'article "Au temps du Chat Noir" publié dans le Courrier d'Epidaure en 1939 (soit 40 ans après le spectacle) nous donne ces indications:


La Nuit des temps ou l'Elixir de rajeunissement, pièce à grand spectacle en 2 actes et 42 tableaux, par A. Robida, musique nouvelle et arrangée par M. Albert Tinchant.
« Rien, écrivait le Chat Noir, le 4 mai, ne saurait donner une idée de l'extraordinaire fantaisie de la féerie de l'excellent artiste Robida. » En effet, nul, à part l'auteur, ne prévoyant ce que serait la guerre de demain, ces derniers tableaux provoquèrent une hilarité générale.
XXXVIII. LA VIE AÉRIENNE.
M. Cambrenaz est enlevé en aérocab par la dernière femme non sérieuse et sans diplômes. Il plane au-dessus de Paris transformé par la vie aérienne.
XXXIX. L'INVASION CHINOISE.
Ils arrivent pour déjeuner dans un restaurant établi 8ur la dernière plate-forme d'une tour archi-Eiffelienne. M.. Cambrenaz fait-la carte. Tout à coup, détonations dans le ciel. Un obus tombe sur la table. C'est une invasion aérienne. Des torpilleurs chinois perçant nos croisières aériennes se précipitent sur Paris. l'avant d'un torpilleur chinois pénètre dans le restaurant et emporte M. Cambrenaz accroché à son ancre.
XL. COMBAT NAVAL AÉRIEN.
Bataille! la flotte française, torpédistes, bombardistes, voltigeurs aériens, etc., tombe sur l'escadre chinoise. Des trombes de fer traversent l'atmosphère enflammée. Il y a des éclaboussures pour les gens d'en dessous.
XLI. L'EXPLOSION.
Enfin le torpilleur chinois qui portait toujours Cambrenaz cramponné à son avant saute. Cambrenaz tombe.
Il fallait vraiment que ce Robida fût fou. Depuis, nous avons eu l'heure des gothas, après celle des tziganes, sans parler de la Bertha.

On trouve quelques images sur ce site : Aliénor, conseil des musées ( base de données des collections)

jeudi 20 février 2014

[Jeudi québécois #4] Une critique de La Fin de la Terre d'Emmanuel Desrosiers (1931)

A l'époque où les blogs n'existaient pas ( je vous assure qu'elle a vraiment existé, il y a bien longtemps), le courrier des lecteurs de certains magazines permettait à des critiques en herbe de juger les livres.
Dans le numéro de septembre 1931 de Mon Magazine, une Québécoise partage son regard sur le roman d'anticipation d'Emmanuel Desrosiers La Fin de la Terre et Franceline, responable de la rubrique, lui répond:

ANNETTE DUCHESNE. — Votre lettre fleurant bon la mer m’est ve­nue avec toutes ses douces choses. Grand merci pour tout, tout. J'ai aimé votre petite appréciation, sur "La Fin de la Terre" de monsieur Emmanuel Desrosiers et je la trans­cris ici pour l’auteur qui a la mau­vaise habitude de lire mon courrier, parait-il, et qui se trouvera ainsi à savoir ce que vous penser de lui...

Je partage votre opinion, sur toute la ligne. Le style de "La Fin de la Terre" nous réveille pour ainsi dire par sa force, sa profondeur, et son exclusivité, et l’on est tout étonné quand on ferme le livre d'avoir pu lire tant de pages sur le même sujet scientifique, sans être ennuyé ou fa­tigué. C’est le genre tout à fait ex­ceptionnel de ce volume qui lui a valu tant de succès. A l'oreille, je vous souffle que l’on prépare la seconde édition. Si jamais vous passez à nos bureaux de l’Eclaireur, je me ferai un plaisir de vous présenter M. Des­rosiers. Je passe ce mois-ci, quel­ques-unes de vos chroniques, c'est la balance de celles que j’avais en mains, celles que vous m’annoncez seront donc les bienvenues. Je vous attends bientôt et j’ai hâte de vous revoir.
« Que de neuf, que d'imprévu et d’original dans ce travail qui nous tient en haleine constamment. Les idées sont neuves et brodées de façon si personnelle, si unique, je dirais, et trahissent le talent sérieux de l'au­teur. M. Desrosiers est un des rares écrivains qui sortent des sentiers bat­tus du fade roman populaire et je le félicite de son oeuvre que j'ai aimée sur toute la ligne... »