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ISSN 2496-9346

mardi 9 décembre 2014

Octave Uzanne, Les Bibliothèques de l'avenir (1901)

[Mise à jour Mars 2019: le texte Les bibliothèques de l'avenir est d'abord paru dans la Revue biblio-iconographique en 1897 (en deux parties: n° de janvier et n° de février 1897) sous le titre Nos livres devant la postérité accompagné du sous-titre Les bibliothèques de l'avenir]

Les Bibliothèques de l'avenir 


Les bibliothèques de l'avenir, dit M. Octave Uzanne dans la Revue franco-allemande du mois de février dernier, ne contiendront qu'un choix de livres très judicieux. Aucun roman, fort peu d'ouvrages de poésie, quelques rares récits historiques, de nombreuses bibliographies, des dictionnaires spéciaux à pleins rayons et des œuvres de référence autant que possible. A ce fonds de roulement on joindra une pharmacie de l'âme, c'est-à-dire une sélection de moralistes blacks and whites, faits pour être lus selon les éclairages intérieurs et d'après les élévations du thermomètre intellectuel,'a niveau des mélancolies ou des joies excessives.
« Les romans, ces dupeurs d'imagination et ces inutiles gaspilleurs de temps seront a jamais proscrits, ainsi que les œuvres de théâtre, qu'on pourra voir interpréter – et encore - mais qu'on ne lira plus. Le bibliophile, devenu pratique, considérera sa bibliothèque comme un immense directory des littératures universelles, comme un guide à travers les connaissances générales de la bibliographie, comme une source claire de tous renseignements littéraires. On collectionnera les index de toutes natures, les encyclopédies condensées, les glossaires des mots et des choses, les compendiums des sciences modernes, de façon à posséder sous la main, en un cabinet confortable, une sorte de bibliothèque servant d'office à toutes les littératures du monde. Tous les livres seront solidement reliés avec certaines allégories ou symboles sur les dos, afin de faire reconnaître leur classement, leur nature ou leur genre.
« Il m'est avis qu'aucun bibliophile de l'avenir ne possédera plus des masses de livres très encombrants et d'autant plus pénibles à consulter que trop souvent y manquent les tables et les index.
« Mais, comme la curiosité, la science, l'amour de l'étude, la passion des écritures d'art ne perdront pas leurs droits, le lettré du XXe ou XXIe siècle sera abonné à quelque cercle considérable, sorte de Polybilion club, où il aura, a sa convenance, pour lire sur place en de merveilleux salons silencieux – sinon pour emporter domicile –tous les ouvrages dont ces index auront bien pu lui révéler l'existence. Ces polybiblion clubs seront constitués aisément au capital de deux ou trois mille sociétaires, lesquels, par esprit de tranquillité et aussi d'économie, ne trouveront pas excessif de verser, comme cotisation annuelle à ces bibliophilic clubs un millier de francs, afin de constituer à cette maison de science une rente générale de 2 à 3 millions nécessaires à l'achat et à l'entretien des livres et au train des conservateurs. On peut concevoir aisément quel allégement ce sera pour les bibliophiles que d'être relevés du souci d'entretenir une grande bibliothèque. Ils obtiendront téléphoniquement de leur club des renseignements et des assurances d'envois de livres, et ils ne conserveront à leur disposition, en une seule armoire, que le matériel nécessaire a. l'aiguillage de leur intelligence sur toutes les voies possibles de la littérature, de l'histoire, de la science, de la théologie et des voyages, » Octave UZANNE (Revue franco-allemande, février 1901).



In Revue universelle, 1901.

A consulter : le blog Octave Uzanne
A lire chez Publie.net : Albert Robida et Octave Uzanne, La fin du livre (1895)
Illustration : La fin du livre, illustration de Robida


lundi 8 décembre 2014

Rêves d'hier, réalités d'aujord'hui (1959-1960)

La collection de vignettes Les Merveilles du monde éditée par le Chocolat Nestlé et le Chocolat Kohler proposait en 1959-1960 une série d'images consacrées aux rêves d'hier devenus réalités à la fin des années 1950. On y trouve des images inspirées de Robida et d'autres grands illustrateurs ayant anticipé l'avenir.

En voici quelques exemples :







dimanche 7 décembre 2014

Paris Futurs en précommande : la page Facebook

Les précommandes pour Paris Futurs se terminent le 12 décembre. Il ne vous reste plus que quelques jours pour y participer.
Paris Futurs est une anthologie rassemblant 18 textes narrant l'avenir de Paris. Ces textes ont été publiés entre 1830 et 1906 et n'ont jamais été pour la plupart réédités depuis.

Une page Facebook est dédiée à cet événement.

Les précommandes se font sur le site compagnon de la collection ArchéoSF.

samedi 6 décembre 2014

Clémence Roberte, Paris en ruines (critique, 1840)

Le poème "Paris en ruines" recueilli dans Paris Futurs a fait l'objet
d'une critique au moment de sa parution en 1840.  
Le critique en fait la pièce majeure du recueil Paris Silhouettes (1840). 



Dans quelques jours le Salon va s'ouvrir, il nous donnera l'occasion de nous étendre à ce sujet; pour aujourd'hui, parlons de poésie et surtout parlons du recueil que vient de publier mademoiselle Clémence Robert, sous le titre de Paris Silhouettes. Poëte passionnée et ne sacrifiant rien aux idoles du jour, mademoiselle Robert ne s'arrête point à ces sujets légers, badins, sans portée, mais sa muse grave, sérieuse, s'inspire à de plus hautes pensées; ici, dans une pièce intitulée : Paris en ruines, l'auteur anticipant sur l'avenir, va, nouveau Jérémie, pleurer sur les ruines de la nouvelle capitale du monde, et foulant les ruines de celle grande et noble cité , elle invoque les dieux, elle invoque les arts, mais :

Les dieux, les arts sont morts. — Les artistes aussi :
Ils croyaient en leurs dieux , en leurs oeuvres ici ;
Ils voyaient rayonner cette double étincelle
Du sujet et de l'art qui fait l'oeuvre immortelle ,
Ils croyaient vivre au loin tous les siècles durant,
Folie! orgueil humain!...

Après nous avoir montré Paris en ruines et le néant humain, l'auteur nous fait voir les arts immortels, vainqueurs même des ruines et des ravages du temps, car là sous ces débris, dans ce chaos, pour montrer la puissance des arts:

On y voit un Hercule enchaîné sous un arbre
Dans les noeuds du lichen, cette rouille du marbre ;
Une Vénus couchée et le jet de jasmin
Remplaçant la ceinture autrefois à son sein ;
Puis les vierge; du ciel, les roses séraphiques
Que l'art faisait éclore en ses jardins bibliques.



Enfin après nous avoir promenés sur ce désert, sur ce Paris en ruines, l'auteur termine en ne laissant plus pour seul personnage de cette scène lugubre, qu'un vautour perché sur l'une des colonnes mutilées du Louvre.

mercredi 3 décembre 2014

Discours de Jean Vignaud pour les obsèques de JH Rosny aîné (1940)

Le Temps, quotidien fondé en 1861 et disparu en 1942, propose dans son édition du 20 février 1940 une relation des obsèques de JH Rosny aîné. Jean Vignaud, président de la Société des gens de lettres, prononce à cette occasion un discours dont des extraits sont repris. Pour l'anecdote, rappelons que Jean Vignaud fut retenu pour le premier prix Goncourt décerné en 1903. Il obtint 1 voix pour Les Amis du peuple contre 3 voix se portant sur Ville Lumière de Camille Mauclair et 6 voix pour le lauréat John-Antoine Nau et son roman de science-fiction Force Ennemie (1).

Obsèques de M, J.-H. Rosny aîné
président de l'académie Goncourt

Ce matin, à 10 h. 15, ont eu lieu les obsèques de M. J.-H. Rosny aîné, président de l'académie Goncourt, président honoraire de la Société des gens de lettres. De nombreux amis appartenant au monde de la littérature et des arts s'étaient réunis à la maison mortuaire.
Des discours ont été prononcés, notamment par le professeur Jean Perrin, de l'Académie des sciences, ancien sous-secrétaire d'Etat à la recherche, scientifique, parlant au nom de M. Yvon Delbos, ministre de l'éducation nationale, par M. Léo Larguier, au nom de l'académie Goncourt, et par M. Jean Vignaud, président de la Société des gens de lettres.

Discours de M. Jean Vignaud

M. Jean Vignaud a retracé en termes émus la longue et brillante carrière de son maître et ami, auquel il a apporté le tribut d'admiration et de reconnaissance de tous les écrivains de France. Après avoir dit quelle impression de nouveauté et de force avait produite 1 apparition de son premier roman Nell Horn, et passé en revue ses romans préhistoriques tels que Vamireh, la Guerre du feu, et ses autres romans de mœurs révolutionnaires : le Bilatéral, les Amours rouges, la Charpente et l'Impérieuse bonté, M. Jean Vignaud a dit en ces termes quels étaient les dons magnifiques de l'illustre écrivain, et quel fut le retentissement de son oeuvre :
De cette oeuvre énorme à laquelle collabora pendant plusieurs années Rosny jeune, que nous associons aujourd'hui dans notre admiration et notre chagrin, on ne peut, faute de temps, que souligner la grandeur et le rayonnement. Hors de nos frontières, certains écrivains, comme Wells, devenus justement célèbres, se sont inspirés. de ce merveilleux sçientifique dont Rosny aîné a été le créateur. « Il possède, a dit de lui le grand savant Jean Perrin, une connaissance vaste et précise des lois de la nature. Mathématiques, astronomie, physique, géologie, biologie lui sont également familières. En science comme en littérature, Rosny, a les dons d'un créateur génial. « Après la lecture de bon beau travail: le Pluraliste, Jean Perrin a dit combien il regrettait que Rosny n'ait pu trouver le temps nécessaire à l'expérimentalisme. Observation pénétrante, rigueur logique, imagination prodigieuse, sens profond de la beauté propre aux sciences « ce sont plus qu'il n'en fallait, dit-il, pour en faire un des premiers physiciens de tous les temps ». Enfin, l'imagination du romancier est si puissante qu'elle donne à ses productions la réalité des choses vues.
Chacun de ses personnages, - a dit plus loin M. Jean Vignaud - se demande avec désespoir au nom de quelle fatalité la vie est toujours souillée par les ténèbres du meurtre. Depuis vingt-cinq ans, les hommes de notre temps tiennent le même propos. Et quand Rosny aîné parle de ces ferromagnetaux, de ces êtres de fer vivant qui cherchent à précipiter la mort de l'humanité, il semble qu'il ait prévu la barbarie germanique, qui par ses déportations de peuples, par le rétablissement de l'esclavage, par sa haine de tous les cultes, voudrait ramener une partie de l'Europe aux jours les plus obscurs de la préhistoire, et faire peser sur ses populations je ne sais quelles vieilles terreurs primitives. Mais le .visionnaire aura raison jusqu'au bout, car il nous montre dans tous ses romans l'esprit d'union et d'amour triomphant de la-férocité et de l'infamie.
Dans les fresques révolutionnaires brossées par J.-H. Rosny aîné, ses personnages les plus audacieux défendent éloquemment l'idée de patrie. Il fut aussi un ardent féministe.
Si la foule n'a pas entendu ses prophéties, ses cris d'alarme ou ses appels désespérés, a dit en terminant M. Jean Vignaud, c'est parce que, semblable aux grands oiseaux du large, il est demeuré au-dessus d'elle, trop haut dans l'espace. Il n'a jamais, par des complaisances, par des compromissions, par des soumissions, recherché ses suffrages. Il a demandé à son art seul des forces secrètes et des points d'appui. C'est pourquoi Rosny aîné représente pour nous, ses admirateurs et ses amis, l'homme de lettres fier, pauvre, indépendant, l'artiste à l'état pur, l'honneur et la dignité de notre profession.


In Le Temps, n° 28647, 20 février 1940

Jean Vignaud prononça en 1936 un discours en l'honneur de JH Rosny aîné que l'on peut lire sur le blog JH Rosny.

(1) Force ennemie de John-Antoine Nau est disponible aux éditions Publie.net dans la collection ArchéoSF.