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ISSN 2496-9346

jeudi 11 avril 2013

Le proto-steampunk en couverture

Une couverture pour un des numéros hebdomadaires de Cinéma-Bibliothèque des éditions Jules Tallandier (1933) pour Ombres des Bas-Fonds de George Fronval (d'après le film Schatten der Unterwelt de Harry Piel). Le film n'a rien de conjectural (c'est une histoire d'un "casse") mais l'image est belle et très steampunk je trouve.


mercredi 10 avril 2013

L'avenir de la médecine: "anticipations médicales" (1921)

En 1921 paraissait dans le n°42 (tiens donc, voilà qui parlera aux amateurs de science fiction, les autres consultera la page 42 de Wikipedia pour comprendre) de Paris médical : la semaine du clinicien, dans la partie Variétés, les "Anticipations médicales" du docteur FM Grangère.
Voici le texte de cette amusante fantaisie:

ANTICIPATIONS MÉDICALES
La guerre a ramené le goût des prophéties. A vrai dire, ce goût a toujours existé. Sans compter les quatre grands et les onze petits prophètes hébraïques, la Sibylle de Cumes, la Pythie, l'apôtre Jean, Nostradamus, Cagliostro, Jules Verne et H.-G. Wells, on en trouverait assez aisément quantité d’autres moins notoires qui de tout temps s'exercèrent à soulever les voiles de l'avenir, pour s'exprimer comme le faisaient nos pères !
« De quoi demain sera-t-il fait? » Question éter­nelle.
Mirabeau, parlant de Robespierre, affirmait : ô ! iI ira loin ; il croit tout ce qu'il dit ! N’en est-il pas un peu ainsi pour les prophètes? Les plus persuasifs se croient sincèrement investis d’une mission.
Ajoutons toutefois ce correctif que les plus véridiques furent souvent ceux qui, tel notre grand Jules Verne, furent prophètes un peu à la façon de M. Jourdain, qui faisait de la prose sans le savoir.
En somme, il y a deux catégories de prophètes : Les vrais, les intuitifs, qui puisent tout dans le mystère de leur subconscient. Ou doit leur adjoindre les poètes, se souvenant que les Anciens n'avaient qu'un mot pour les désigner ainsi que les devins : votes.
Les faux prophètes — car ils ne prophétisent point — sont les déductifs. Partant de faits et de principes connus, ils en font découler simple­ment le probable.
En tout cas, si je me mêlais de prophétiser — lié ! pourquoi pas? — je me rangerais du côté des malins qui s'efforcent de voir loin plutôt que de voir juste ! Au moins... comme ça !...
Ne me parlez pas de pauvres petits oracles que, dans vingt ans, nous pouvons peut-être voir ne se point réaliser !
Je me souviens, étant adolescent, d'avoir beau­coup admiré un vieux confrère qui s'était acquis dans notre petite ville une juste réputation par son savoir et son dévouement.
Presque invariablement il terminait sa consultation de la façon suivante, s’adressant l'en­tourage de son malade :
«  Monsieur—ou Madame. — votre fils —ou votre frère — est très gravement touché ; mais ce n'est rien : il guérira s'il n'en vient à mourir ; ce sera fort long, à moins que le mal ne s’arrête tout court en son évolution ; je ne prévois point de compli­cations, mais il en peut surgir ; le cas est exception­nel, mais j'en ai vu quelques semblables. *
Pieu entendu, je ne vous donne que l’armature, la moelle du discours. Et je crois qu'une longue pratique, une douloureuse expérience de notre art décevant l'avaient amené ainsi à formuler ce qu'il pensait vraiment. Ah ! le bon prophète. Quels services il a rendus à la médecine! De quel respect il était entouré ! Il avait toujours raison. Je crois qu'il fut décoré sur ses vieux ans. On a bien fait !
Dans les débuts de ma carrière, j’ai bien tenté de l'imiter. C’est fort difficile. Il faut le don, l'au­torité. J'y ai renoncé!
* *
Ce qu'il y a d'agréable dans le métier de pro­phète, c'est qu’une seule prévision exacte en fait oublier cent autres absolument fausses. On remue volontiers tout le fumier d’Ennius, pour une perle qui s'y trouve.
Avez-vous remarqué le petit air modeste que se donnent nos actuels devins?
« Prophéties!...» voilà qui sonne trop fort; qui indispose notre siècle, lequel se prétend incré­dule. C'est que, comme le remarque judicieuse­ment Wells, à vouloir être prophète, on risque simplement de se faire assommer à coups de pierres. Ce n'est pas drôle !
Aussi, tout doucettement, a-t-on sorti ce petit mot qui n'a l'air de rien du tout, qui vous prend une allure à la fois sournoisement suggestive et naïvement hypocrite de vérité simplement un peu en avance : Anticipation.
Jadis, les conteurs interrompaient savamment leur récit au bon endroit en s'écriant : « Mais, n’anticipons pas !
Signe des temps ! Aujourd’hui l'on est pressé. L'on dit : « Hâtons-nous !... Allons ! un peu d'a­vance 1... Anticipations !... encore un pas !... nous y sommes presque... »

*
* *
Et la médecine?
Dites?... Si nous nous risquions ensemble? Voulez-vous?
Quel vaste étendue presque inexplorée, et com­bien il est surprenant que l'on n'y ait point davantage songé.
Pourtant, sans médire de notre art, le praticien y trouverait peut-être son compte. Un confrère, à l'esprit sarcastique et chagrin — oh ! le vilain ! — m’affirmait, il n'y a guère, que nous avons deux moyens seulement de nous consoler de la méde­cine actuelle.
Le premier, c'est de se réfugier dans le passé — le passé parfois si savoureux et qui, par contraste, nous donne l'impression agréable que nous avons marché à pas de géants ; le second moyen est de nous précipiter au-devant de l'avenir et de nous congratuler « par anticipation de ce qui ne peut manquer d'être réalisé demain.
Me risquerais-je?... Vous le voulez?
C'est dit ! Je monte sur le trépied.
Vers 1930 — ai-je assez d’audace ! vous serez tous là pour vérifier ! — vers 1930, le conflit entre l'Administration et les Syndicats médicaux pour les soins aux mutilés de la guerre viendra de prendre fin. La feuille que le praticien détache du carnet à souche pour y inscrire son ordon­nance, et dont chacun apprécie le confortable sera alors d'un format un peu réduit : celui d’un ticket de métro. N'est-ce pas Guéneau de Mussy qui a prétendu le premier que l'on pouvait ins­crire au dos d'une carte de visite tous les médi­caments utiles?...
Vers 1950, la réforme de renseignement médi­cal sera en passe d’être accomplie.
Des maîtres, soigneusement choisis, avec de sérieuses aptitudes pédagogiques et uniquement voués à renseignement, s’efforceront d'inculquer aux étudiants tout ce qu’ils doivent nécessaire­ment connaître pour soigner utilement des malades dès la fin de leurs études.
La thèse sera supprimée.
Il n'existera plus qu’un seul examen de fin d’études. Cet examen durera six semaines et aura lieu devant un jury appartenant à une faculté étrangère à celle où le candidat aura étudié. Les épreuves seront essentiellement cliniques, com­portant diagnostic et traitement. Toute faute grave comportera, outre l'ajournement à un an, la faculté laissée au malade de poursuivre le can­didat et de solliciter l’attribution de dommages-intérêts importants. Ainsi, les future praticiens auront un avant-goût des agréments de la carrière.
Vers l’an 2000, un honorable spécialiste de Baltimore présentera à l'Académie de médecine une intéressante auto-observation « La démence précoce rapidement guérie par l'irradiation lunaire. »
Une clinique sera organisée pour l'application du traitement. Les infirmières seront vêtues en Salammbô ; de 10 heures du soir à 3 heures du matin un orchestre jouera le Clair de lune de Werther...
Vers 2200, l’un des princes de la Clinique auscultera à Philadelphie et de Paris, par télé­phone sans fil, le roi du carton bitumé et posera, comme toujours, un diagnostic exact. Le malade mourra dans la nuit.
En 2500, la médecine aura évolué d'une façon qu’il nous est difficile de comprendre. Toute recherche médicale sera superflue et nul n’y songera. Une parenthèse est nécessaire.
Le corps médical actuel est horrifié par la conception que les esprits simplistes se font de la médecine. Un de nos confrères les plus fameux n'a-t-il point dit : « Il n’y a pas de maladies, il n'y a que des malades ». Or, le populaire s’ima­gine volontiers au contraire que notre rôle con­siste à reconnaître une maladie en face de laquelle est catalogué un remède. Précisément, en 2500, l’ardeur scientifique à son paroxysme aura tout épuisé, tout découvert. En face de signes pathognomoniques simples, nets, précis, nous n'aurons plus qu’à lire au Codex médical la médication scientifique infaillible.
Seuls quelques petits obstinés pâliront encore sur l’insoluble problème de la vieillesse et de la mort.
En 2525, quelques ambitieux donneront leurs consultations en cravate blanche et redingote ; certains laisseront pousser leurs favoris.
A la Faculté ou se battra pour ou contre l’anti­moine qu’un hardi chercheur aura mis en relief.
La mode sera à la saignée, à la purge et au clystère !...
*
* *
Et voilà ! vous voyez bien que c’est très simple d’être prophète.
Venez donc me prouver qu'il n’en sera pas comme je l’ai dit!

Docteur F.M. Grangère, Médecin-consultant à Aix-les-Bains in Paris Médical : la semaine du clinicien, n° 42, 1921, pages I à IV 




mardi 9 avril 2013

L'église universelle de l'avenir ( 1883 )


Sur ce dessin de Joseph Ferdinand Keppler (1838-1894,) on peut voir la salle d'un musée ou du'u lieu de conférences dans lequel sont réunis les savoirs de l'humanité et les trésors de la science sous le regard de Copernic, Darwin, Spinoza et Paine et cette devise "Le savoir c'est le pouvoir". On était bien loin de se dire que le siècle suivant sera religieux ou ne sera pas.
Source: bibliothèque du Congrès

dimanche 7 avril 2013

Maurice Lionel, Un Drame en astronef


mrav055.jpg

Ce qui avait le plus surpris les navigateurs, 
 c'était de voir des scaphandriers 
 tomber du ciel en parachute...

Un Drame en astronef signé Maurice Lionel (pseudonyme du Maurice Limat) nous conte les aventures des pionniers de la conquête spatiale. Evidemment il s'agit de pure fiction, le petit roman ayant été édité en 1947, longtemps avant les véritables départs vers l'espace mais le merveilleux scientifique a souvent de l'avance sur les authentiques avancées de la science. Dès la première page, les premiers mots même, nous sommes plongés dans la vie d'un astronef:
"L'ordre de départ avait été donné. Après le choc formidable du lancement, les premiers moments de vertige, l'éblouissement fulgurant de l'envolée, la terrible sensation qui les avait saisis au moment où l'astronef s'était arraché à l'atmosphère terrestre, Guy Marnier et Ghislaine Merrand recommençaient à vivre normalement. Devant une foule enthousiaste, l'appareil interplanétaire, longuement étudié, minutieusement construit, savamment dirigé, montait vers les espaces infinis" [on remarquera dans cette phrase l'abondance des adverbes, marque d'une littérarité populaire que j'affectionne]
Euh, oui j'aime bien aussi le mot « littérarité » :)
Si l'incipit (je fais mon littéraire, vous le remarquez non?) nous informe sur les noms de nos deux héros, le titre du chapitre nous indique qu'il va bien se passer quelque chose d'incroyable: il y a un passager clandestin à bord. L'auteur a été fort inspiré d'ailleurs en intitulant ce chapitre: « Le passager clandestin ». Pour le moment nous voici en route vers Mars. Notre savant guide Ghislaine dans le vaisseau, qu'elle connaît bien mais c'est un moyen narratif simple pour faire découvrir au lecteur ébahi toutes les prouesses technologiques qu'il abrite:
"Voici les machines, le carburant désintégré par force atomique, grâce à un minuscule cyclotron. Voici le poste radar, qui nous rleie encore à la Terre et nous sert de guide et de repère, d'une planète à l'autre. Voici ce que j'appelerai mon compteur qui enregistre la distance parcourue... Remarquez, Ghislaine, le chiffre 96.097, soit le chemin déjà franchi, évalué en kilomètres terrestres. Mes appareils perfectionnés qui nous permettront, lors de l'arrivée sur Mars, de connaître notre altitude, l'état de l'atmosphère, les conditions de vie que nous y trouverons." (p. 5)
Pourtant Guy est devenu bien orgueilleux et il se met en colère quand Ghislaine lui rappelle le rôle de Pierre Lore dans la conception de l'astronef. Colère au point d'effrayer Ghislaine.
Ils ne sont pas seuls à bord. Pierre s'est glissé dans un scaphandre! Il prévient Ghislaine, qu'il aime (nous sommes face à un vrai trio de vaudeville!), que le vaisseau est défectueux et qu'ils courent à la mort.
Un combat s'engage entre le savant devenu fou d'orgueil et le génie plus raisonnable. Guy est blessé mais voici que les dégâts sont importants! L'astronef a dévié de sa trajectoire et risque de ne pas aller plus vers Mars que de retourner vers la Terre. Guy choisit de sauver Ghislaine et indique la marche à suivre (même si les manoeuvres sont très dangereuses). Enfin, l'astronef revient dans l'orbite de la Terre. Quelques pains de dynamite pour que la capsule se détache des autres morceaux du vaisseau et le tour est joué. Non! Les câbles du parachute qui doit ralentir la chute se détachent! N'écoutant que leur courage, Pierre et Ghislaine arriment leur scaphandre au parachute et enfin la mystérieuse phrase citée en exergue trouve tout son sens. Les survivants délivrent une belle protestation d'amour et la mémoire de Guy, pionnier de la navigation interplanétaire, ne sera pas tâchée par son comportement absurde.

Je ne sais pas si le space op' provient du western ou du roman maritime. Les deux opinions se lisent – et parfois s'opposent - dans les ouvrages critiques. A titre personnel, il me semble que le Space Op' américain est héritier du roman de l'Ouest et du mythe de la frontière à sans cesse dépasser alors qu'en France c'est plutôt du côté du roman maritime qu'il faut en trouver les racines. 
L'imaginaire maritime et le recours au vocabulaire de la navigation me semblent deux indices assez forts: nous avons par exemple ici l'astronef (tiens le mot n'est pas dans le dictionnaire de l'Académie française !?!). Le mot n'est pas scientifiquement exact: il conviendrait de parler de « véhicule (aéro-) spatial » pourtant dans la SF les expressions Vaisseau Spatial, Astronef sont bien plus courantes, de même que l'on trouve des pirates de l'espace, des gouvernails, des barres, des ponts, voire même des arches et que les grades font plus souvent référence à la Marine qu'à l'Armée de l'air. Je ne sais pas pourquoi j'écris cela dans le cadre d'un challenge littéraire mais peut-être que les autres participants qui sont de mauvais Français ont privilégié le Space op' américain ont une opinion sur la question.
Originalité de ce fascicule, il fait partie des Mon Roman d'aventures illustré. Si la mention apparaît sur la couverture, il faut avouer que les illustrations sont fort peu nombreuses: une petite au début de l'ouvrage, un chaste baiser en scaphandre spatial page 17 et... c'est tout!

samedi 6 avril 2013