mercredi 19 décembre 2012

Ch.-H.-A. Gamain, Le stellarium (1937)

Les attractions scientifiques sont très anciennes. Au XIXe siècle avec la multiplication des «expositions» (universelles, coloniales, internationales, spécialisées,...) les ingénieurs et inventeurs rivalisent d'ingéniosité pour présenter au public des attractions époustouflantes.
Du 25 mai au 25 novembre 1937 a lieu à Paris une exposition spécialisée sur le thème «Les arts et les techniques dans la vie moderne ». Dans ce cadre est présenté le «stellarium» de M. Gamain dont il ne reste pas de trace mais que l'on peut découvrir dans des articles de presse de l'époque comme celui qui suit extrait du journal Ric et Rac (n° 427 daté du 12 mai 1937). Source du texte: Gallica.bnf.fr.


Le stellarium


L'observation que nous pouvons faire des splendeurs célestes ne saurait l'être que d'une manière limitée, puisque nous sommes, à cause de notre pesanteur, assujettis à nous déplacer au fond de l'océan aérien, nommé « troposphère », à la manière des crustacés marins qui errent, lentement, au fond des océans.
M. Ch.-H.-A. Gamain nous offrira, cours Albert-1er, le moyen d'échapper, au moins en imagination, à notre prison terrestre et cela d'une façon vraiment fort curieuse: grâce à un voyage interplanétaire, qu'il va présenter à l'Exposition et qui sera un des « clous » scientifiques de celle-ci. Mais, suivez-moi plutôt.

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Le voyageur interplanétaire qui désirera accomplir le trajet Terre-Mars, aller et retour (retour, surtout, à moins que, dégoûté des hommes, il ne préfère en demeurer éloigné pour toujours), se rendra, comme tout voyageur qui se respecte, à la gare d'embarquement, située en sous-sol.
Aucun lampadaire n'éclairera ce sous-sol. Je vous entends. Vous craignez de ne point pouvoir vous diriger dans cette voie d'accès régnera, pensez-vous, une obscurité complète.
Pas du tout. Ne craignez rien, car l'inventeur a réalisé le plus merveilleux et le plus original système d'éclairage que vous puissiez imaginer.
Le tapis couvrant le sol, les parois, de ravissantes fleurs lumineuses colorées féeriquement, sans l'intervention de la moindre ampoule ou de la plus infime source habituelle de lumière, vous guideront dans votre marche.
Mais, allez voir et croyez-moi, lorsque je vous dis que cette introduction au voyage est déjà par elle-même une surprise des plus charmantes dont vous me permettrez de ne point vous gâter l'agrément par des révélations scientifiques sur la façon dont elle est obtenue. Un peu de mystère ne messied pas en la circonstance, A la gare, vous ne vous étonnerez pas de trouver un chef de station, vous vous embarquerez dans l'une des huit fusées qui viendront chacune à son tour, conduite par un pilote (spécialisé, cela va sans dire, et vêtu en costume de l'an 2000), absorber ses huit passagers. Un doux ronflement et, sans heurt, la fusée pénétrera dans un appareil de lancement puis, en route pour l'infini.

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A droite ou à gauche des voyageurs, confortablement assis, des hublots seront autant d'énormes yeux de 65 cm. de diamètre, ouverts sur les espaces bleu de nuit scintilleront des millions d'astres incandescents. Certaines étoiles vous paraîtront tout proche et d'autres extraordinairement lointaines.
- Mais, voyons, Madame, n'ayez pas peur ! Vous n'avez rien à craindre. Vous serez à nouveau revenue sur cette Terre, à laquelle vous tenez tant, dans moins de cinq minutes. Regardez donc, plutôt. Il n'y a que trente-cinq secondes que vous êtes dans les cieux et déjà vous avez atteint la fameuse stratosphère illustrée par les ascensions de Picard, Cosyns, Stewens, etc.
Tenez, voici Mars, avec ses soi-disant canaux. Comme c'est curieux, la fusée en fait le tour et se dirige vers Jupiter, en traversant l'essaim des petites planètes. En passant, admirez les anneaux dont Saturne a eu l'originalité de s'entourer. Maintenant, nous voici hors de la Voie lactée et, partout, luit, chacune avec sa « brillance » spéciale, les étoiles qui font la beauté de nos nuits d'été. La traversée des gaz lumineux de la queue d'une comète vient de se produire sans accident. Vous savez, pourtant, qu'ils sont toxiques.

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Malheureusement, tous les plaisirs ont une fin et le voyage interplanétaire s'achève. La Terre apparaît, à présent, aux yeux des passagers, comme un immense globe lumineux sans relief. Elle est sillonnée de lignes noires (les cours d'eau), et de taches noires étendues sur la presque totalité de la surface et qui sont les océans. La fusée a enfin atterrit ; mais, personne ne vous interdit de recommencer le voyage, avec un plaisir accru, à la deuxième fois, par l'appréciation plus exacte du charme des choses.

Roger SIMONET

Pour en savoir plus:
Sylvain Ageorges, Sur les traces des Expositions universelles de Paris-1855-1937, Éditions Parigramme, 2006.


En accompagnement musical, cette oeuvre de Federico Mompou "Souvenirs de l'exposition" ( 1937): mor vidéo

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