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ISSN 2496-9346

mercredi 12 décembre 2018

[Critique] HG Wells, Une Utopie moderne et Jean Grave, Terre libre

Parue la même année, Une Utopie moderne d'HG Wells et Terre libre de Jean Grave sont critiqués dans L'Humanité en 1908. Sans surprise, le journal préfère l'utopie socialiste de Wells à celle, anarchiste, de Jean Grave.


LECTURES POUR TOUS

Une Utopie moderne, par H.-G. Wells ; Terre libre, par Jean Grave (volumes in-18 à 3 fr. 50). – L'utopie de Wells s'inspire du socialisme. celle de Jean Grave, de l'anarchie. Celle de Wells est une série de digressions sur les possibilités de réalisation sociale à la surface de la planète, avec les éléments dont dispose la Civilisation contemporaine ; celle de Jean Grave est une robinsonnade de 2 ou 300 cents proscrits anarchistes, qu'une tempête jette dans une île déserte, inconnue aux navigateurs. Grave raconte comment les compagnons organisent librement leur vie, après avoir attiré à eux, par la contagion de l'exemple, les marins qui étaient leurs gardiens et dont ils ont secoué le joug. Wells nous introduit, non sans efforts, je dois le dire, car l'humour de Wells est bien anglais, pour des lecteurs français, dans un monde merveilleux mais « possible ». Les Robinsons de Grave, autant qu'on peut en juger par les débuts de la colonie libertaire dont l'auteur esquisse l'établissement, sans pousser plus loin,
fondent une société « libre » mais singulièrement fruste. Et puis, l'auteur esquive toutes les difficultés que soulève l'organisation « spontanée » qui lui est chère. Par exemple, la question du mariage n'est même pas effleurée. Wells, au contraire, tout en gardant sa fantaisie d'une description analytique impossible, dans laquelle se figeraient les formes mouvantes de la vie à peine entrevues, aborde la question du mariage, de la famille, du gouvernement, de l'exploitation des richesses naturelles, de la fusion des races, etc. L'utopie de Grave, pour mieux dire, est enfantine et peu engageante à vivre. L'utopie de Wells est « merveilleuse ». Et c'est une tristesse de fermer son livre pour retomber, avec lui, dans le froid brouillard de Londres, c'est-à-dire de la réalité.

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