ISSN

ISSN 2496-9346
Affichage des articles dont le libellé est théâtre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est théâtre. Afficher tous les articles

lundi 24 septembre 2018

Rip,Quelque part... à Paris (1940)

En février 1940, Rip (pseudonyme de Georges Gabriel Thenon, 1884-1941) lance la revue Quelque part... à Paris en collaboration avec Jean Boyer au théâtre Les Optimistes (rue de Gramont à Paris)
Le journal Paris Soir publie dans son numéro du 12 février 1940 une critique de la pièce et s'attarde sur le sketch "L'an 2000 vu aux jumelles":



A lire sur ArchéoSF:

lundi 11 décembre 2017

Marcel Girette, L'Amour en l'An Deux Mille (1922)

Toussaint-Marcel Girette est né en 1849. Critique (notamment musical) et journaliste (notamment au Figaro) il se marie en 1883 (acte publié le 15 juillet) avec Marie Levi-Bing  (qui traduira entre 1918 et 1930 des œuvres d'Israël Zangwill).



Annonce du mariage de Marcel Girette et Marie Levi-Bing 
publiée dans Le Figaro le 16 juillet 1883




Homme de lettres, Marcel Girette publie quelques romans (dont Johannès, fils de Johannès publié en feuilleton dans Le Figaro du 2 au 19 août 1885 puis en volume l'année suivante chez Calmann-Lévy et qui sera adapté au cinématographe en 1918 par André Hugon et Louis Pagliéri chez Pathé), est critique et surtout dramaturge (il écrit nombreuses pièces en un acte). Il fut ami avec de nombreuses célébrités (par exemple avec Vinci d'Indy, ce dont témoigne une abondante correspondance). 

Il part au Tonkin en février 1886 comme secrétaire particulier de Paul Bert (dont il est parent).
Extrait du Figaro daté du 6 février 1886

Marcel Girette est même annoncé mort en août 1886:

Annonce publiée dans Le Petit Journal le 28 août 1886

Il n'en est bien sûr rien:
Démenti publié dans plusieurs journaux dont L'Univers le 29 août 1886

De retour en France (il revient le 21 septembre 1886), il continue son oeuvre littéraire.Ses pièces connaissent des succès, sont jouées à la Comédie Française.
In L'Aurore du 28 juin 1901.

En 1919, il reçoit le prix Toirac (qui récompense la meilleure comédie en vers ou en prose de l'année jouée au Théâtre Français) pour Le Joueur d'illusion.  


En 1923, il devient chevalier de la légion d'honneur.

Annonce dans La Lanterne du 28 mai 1924.

Annoncée dès 1918, la pièce L'Amour en l'An Deux Mille semble être la seule de ses œuvres à relever de l'anticipation.

Mise au point dans Le Figaro du 3 novembre 1918

La comédie L'Amour en l'An Deux Mille paraît le 29 août 1922 dans Comoedia
Elle est annoncée dans le numéro daté du 24 août et dans celui du 28 août 1922:



Si elle a connu cette publication en périodique, elle est tout à fait oubliée. 




Comoedia, 29 août 1922

Comoedia, 29 août 1922

Son thème est l'émancipation de la femme dans l'avenir (et les résistances des générations précédentes). On y trouve aussi quelques éléments conjecturaux qui semblent tout droit sortis de l'imagination d'Albert Robida avec des avions qui stationnent sur les toits par exemple.

Le 6 septembre 1922, soit quelques jours après la publication dans Comoedia, Marcel Girette fait publier ces lignes:


Monsieur le Directeur et cher Confrère, 

J'ai oublié de joindre à L'Amour en l'an deux mille, que vous avez publié, les quelques lignes qui devaient précéder la pièce. Je tiens à ces quelques lignes et je me permets de vous les adresser:Dans son beau livre du Mariage — auquel je dois l'idée de cette comédie — Léon Blum, audacieux moraliste croit et souhaite prochaine l'époque où les jeunes filles jouiront, avant le mariage, d'une liberté semblable à celle des jeunes garçons. Devant les capitulations actuelles de la sévérité bourgeoise, devant les exemples que nous donnent certains pays du Nord, il serait téméraire de nier qu'un mouvement se dessine dans le sens de la thèse précitée. Ce mouvement qui s'amplifie, emportera-t-il tous les consentements sans exception? Ne se heurtera- t-il pas, au contraire, à la résistance irréductible d'une minorité d'élite? C'est dans cette atmosphère de conflit moral que se déroule l'action de L'Amour en l'an deux mille Agréez, etc. ... 

 Marcel GIRETTE.



Dans la presse, la pièce ne fut que peu critiquée dans les pages théâtrales. 

On peut lire sous la plume de Louise Bodin (L'Humanité, 18 septembre 1922) dans un article consacré à l''affranchissement sexuel de la femme:  "Récemment aussi, j'ai rencontré une. pièce de théâtre, bien mauvaise d'ailleurs, L'Amour en L'an 2000, de M. Marcel Girette qui s'essaye à traiter prudemment, puérilement de cette thèse appétissante."


La pièce sera prochainement publiée sur ArchéoSF.

Sources des coupures de presse: Gallica

samedi 4 février 2017

Un procès en l'an 2000 (1895)

En 1895 les jeunes avocats du barreau d'Anvers montent une pièce intitulée Un procès en l'an 2000. Comme d'autres spectacles souvent avec une représentation unique, il a laissé peu de traces. Pourtant la revue L'Art moderne en livre un résumé dans son numéro du 3 mars 1895, permettant de rendre un peu de visibilité à ces anticipations invisibles car jamais reprises ni éditées comme la revue Une soirée en l'an 2000 (1929) récemment chroniquée sur ArchéoSF.



UNE PREMIÈRE AU JEUNE BARREAU D'ANVERS

Un besoin de théâtre nouveau se fait sentir en Belgique, au milieu des besoins nouveaux de tous genres qui tourmentent ce singulier pays devenu, tout à coup, par une explosion de tendances et un étonnant concert d'efforts, le plus curieux foyer d'événements et le plus énigmatique, préparant, d'après les vraisemblances, d'étranges surprises dans tous les genres.
Et parmi ce groupe du Barreau, si remuant, si compliqué d'opinions diverses et contradictoires, microcosme de notre société entière, où l'on retrouve tous ses travers, toutes ses vertus, toutes ses faiblesses et toutes ses énergies, voici qu'à deux reprises une tentative se manifeste vers les oeuvres de la scène. Il y a peu d'années, c'était la Conférence des jeunes avocats de Bruxelles qui jouait Omnia Fraternè, cette revue amusante, critiquant les hommes et les choses du jour, d'un esprit léger et piquant. Voici maintenant la Conférence d'Anvers qui produit une oeuvre sortant du présent, envisageant avec pénétration l'avenir, mettant en relief ses espérances et ses déceptions possibles, dans un ensemble à la fois amer et joyeux, sarcastique et incongru, avec cette séduction rare que l'auditeur ne sait jamais exactement démêler le fond de l'âme des auteurs, inconsciemment et tragiquement obscurs. Le titre : Un Procès en l'an 2000.
Nous avons assisté avec un étonnement et un intérêt croissants à cette production qui a captivé notre attention pendant plus de deux heures. L'imprévu était extraordinaire, aussi grand, peut-être, pour les acteurs devant le succès grandissant, que pour les spectateurs menés par des chemins inconnus, serpentant en lacis bizarres.
C'était, en apparence, d'une simplicité extrême. Point de décors, point de théâtre machiné. Une simple estrade comme au temps des mystères joués par la vieille Basoche sur la table de marbre en la grande salle du Palais à Paris. Onze personnages, en costume de ville, sauf trois en robe d'avocat. Une figuration rudimentaire : A la droite des regardants, LE MAGISTRAT, assis à une petite table. A gauche, L'AVOCAT et LE MINISTÈRE PUBLIC, côte à côte, presque la main dans la main, à même hauteur d'impodium,à une autre petite table. Dans l'intervalle, reliant ces deux actes, sept chaises et, sur ces chaises, en commençant par le côté du magistrat, sept individualités, entités mystiques réalisées en d'humaines individualités connues dans les couloirs judiciaires : LE PHYSIOLOGUE, LE GÉNÉALOGUE, LE PSYCHOLOGUE, LE SOCIOLOGUE, L'HYPNOTISTE, LE MAGE, L'ANANKISTE.
Enfin, un peu en arrière, un tableau noir, et debout, la craie à la main, un CALCULATEUR.
C'est ce personnel, à première vue extravagant, qui va procéder à l'instruction et au jugement du Procès de l'an 2000. Voici ce litige à la fois carnavalaire et profond.
En l'an 2000, quiconque viole les justes lois de l'époque n'est plus considéré comme un coupable mais comme un malade. Il a droit, non pas à la peine, mais au traitement. Aussi est-il devenu inutile de poursuivre les délinquants ; ils se présentent eux-mêmes, se plaignant à la Justice de leurs prédispositions illicites comme aujourd'hui on se plaint au médecin de ses souffrances. On les juge, comme on ausculte, on les examine en les diagnostiquant. C'est de la clinique ingénieuse et compatissante au lieu de la procédure menaçante et impitoyable du code d'instruction criminelle sous lequel nous avons l'avantage de vivre.
En l'an 2000 la loi veut qu'à trente ans, au plus tard, tout citoyen ait satisfait au devoir de prendre femme et de créer une famille monogamique. Quiconque y manque commet un délit, c'est-à-dire qu'il est tenu pour malade et a droit au traitement. A cet effet, il adresse une requête au Magistrat, exposant son cas et demandant l'examen médical. A cet effet, on réunit la Cour du district de l'inculpé volontaire, composée des onze fonctionnaires énumérés tantôt.
Le Magistrat lit la requête. Oh ! est-elle comique et grave celle de l'espèce, lue avec une solennité froide et hâtée, répondant bien à l'esprit de son ministère en ces temps futurs géométriques où tout homme a perdu son nom et n'est plus qu'un numéro sur le bel échiquier de l'organisation nouvelle et où le juge n'est plus qu'un AUTOMATE, montrant sa décision comme sur un cadran de dynamomètre l'aiguille dès que le coup de poing est donné. Dans l'espèce, il s'agit d'un célibataire atteint d'une INFIDÉLITÉ aiguë. Il n'a pu se marier parce qu'il aime toutes les femmes, parce qu'il se sent incapable de se contenter d'une seule. Il demande qu'on lui indique le remède, car il croit sa maladie curable, et il a grand intérêt à le croire puisque, si elle était incurable, ce serait la mort, la peine capitale, en l'an 2000, étant établie pour tout ce qu'on ne peut guérir.
La requête lue, le Magistrat, « au nom de ce qui fut, de ce qui est et de ce qui sera » remplaçant le « au nom du peuple belge », les mortels de l'époque ayant une plus juste idée des puissances qui dirigent les événements, déclare les débats ouverts et fait porter au Calculateur, la main levée tenant la craie symbolique, emblème du blanc sur noir, c'est-à-dire de la lumière éclairant les ténèbres, du génie du bien Ormuz opposé au génie du mal Arriman, de calculer suivant les lois des nombres, ces agents muets du mystère, sans toutefois avoir peur de se contredire « attendu qu'il est expert».
La parole est donnée à l'avocat du requérant. Il parait que chacun des confrères qui jouèrent cette fantaisie pénétrante, après avoir reçu communication du thème général, avait été laissé libre de composer son rôle lui-même, et qu'ils y procédèrent avec une discrétion rigoureuse, nul n'ayant révélé, si ce n'est à la représentation même, le couplet dramatique qu'il avait imaginé. Aussi la variété et l'originalité ont-elles été extrêmes, alors pourtant que l'unité, si fortement établie par la conception générale de l'oeuvre, se maintenait avec une solidité parfaite. Il eût fallu entendre l'ingénieux exposé des souffrances et des remords de cet Infidèle, accompagné des tentatives de justification de sa papillonne ! Les aperçus ingénieux, le batifolage risqué, les sous-entendus ou le confidentiel de l'amour croustillait devant un public en grande partie composé d'Anversoises de tous les gabarits de beauté et d'âge fort émoustillées.
C'est le tour du ministère public. Un avocat général de l'avenir, absolument affranchi de morgue et de personnel gonflement, ne souffrant aucunement de se trouver, comme plancher, au même niveau que l'avocat, qu'il traite en copain et qui le lui rend en bon camarade, s'attelant avec lui à un but unique : non le succès notoire, non la condamnation d'un pauvre diable, mais tout simplement l'éclaircissement de la cause.
On a entendu le Réquisitoire et la Défense, si ça peut encore se nommer ainsi en l'an d'impartialité 2000. Les juges vont donner leur avis après un serment où il est fait invocation aux forces naturelles, arbitres des phénomènes, lois immuables et impassibles de l'univers. Chacun a autant de voix qu'il convient d'en accorder à l'entité qu'il incarne. Ainsi le Physiologue qui n'examine le patient qu'au point de vue des matérialités corporelles, de l'habitus physique, n'a qu'un vote, tandis que l'Anankiste, auquel on arrive en fin dernière, après avoir passé par l'échelle ascendante des cinq autres spécialistes, en a sept, le plus grand nombre, le nombre fatidique antique, parce qu'il personnifie le grand dieu, le dieu maître de tous les autres, le HASARD redoutable et aveugle, le DESTIN goguenard et terrible.
Et comme il faut que le Hasard reste entier dans l'imprévu de ses apparentes folies et de ses déraisons, on fait sortir l'Anankiste de l'audience pour qu'il puisse juger sans rien connaître, les yeux fermés et les oreilles bouchées.
Chacun des juges s'avance à son tour sur le devant de l'estrade, debout et découvert, pour exposer ses recherches et donner son avis. Il est difficile d'imaginer la fantaisie et l'amusant de ces déclarations saugrenues et profondes, où chaque plaisanterie laisse voir un dessous sérieux et triste, scrutateur de pensées. Difficile aussi d'imaginer la diversité du dessin et du coloris de ces morceaux humoristiques récités par des personnalités antipodiques avec un naturel incomparable. On assure que le Barreau de Bruxelles va inviter cette troupe improvisée à venir renouveler dans la capitale cette satire aristophanesque. Nous n'exagérons donc pas en disant : l'événement prochain fera mieux que les rapides coups de crayon que nous pourrions donner ici.
Pendant une heure ont défilé, en réjouissant cortège, avec l'abondance des plaisanteries rabelaisiennes, les réflexions humoristiques, les mots profonds, les calembours, les choses sérieuses et les balivernes. L'endroit et l'envers de la médecine, de la procédure, de l'atavisme, ont été tournés et retournés. Chacun a eu sa voix, son geste, ses allures. Le kaléidoscope a fonctionné en des associations d'idées et de mots d'une richesse séduisante.Tous les avis sont donnés. Le Calculateur, qui a inscrit sur le tableau les chiffres représentatifs de chacun d'eux, fait une addition et une division. La peine apparaît en son exactitude authentique. Il est fait droit à la requête du célibataire malheureux, il obtient un traitement aux frais de l'État, on va l'enfermer, le soigner, le purger, le cataplasmer pendant trois cents jours.
La Cour se retire au milieu d'applaudissements interminables. Assurément les courtes lignes qui précèdent ne peuvent donner qu'une superficielle idée de cet échantillon d'un théâtre spontané où les auteurs ont cru ne faire qu'une plaisanterie, alors qu'en vérité ils ont réuni une oeuvre qui rend songeurs ceux qui pensent à faire du neuf en ce difficultueux domaine.

In L'Art moderne, n°9, Quinzième année, 
dimanche 3 mars 1895 
(revue éditée à Bruxelles, Belgique)




vendredi 17 juin 2016

[Censure] M. Moras, Le Rêve de l'Empereur (1853-1860)

En 1860, une adaptation du Napoléon apocryphe de Léon Geoffroy défraya non pas la chronique théâtrale mais la chronique judiciaire. Le pouvoir impérial, celui du Second Empire, censura en effet Le Rêve de l'Empereur de M. Moras qui se retourna contre le directeur du théâtre ayant accepté l'oeuvre quelques années auparavant.

La non-représentation de la  pièce, adaptée du Napoléon apocryphe donna lieu à une décision de justice rapportée dans plusieurs journaux. 
L'affaire remonte au 15 octobre 1853 comme le rapporte l'Annuaire de la Société des auteurs et compositeurs en 1866 : 
M. Moras avait présenté à M. Billion [directeur du théâtre du Cirque [1] ], le 15 octobre 1853, une pièce fantastique en cinq actes et dix-huit tableaux, tirée d'un roman : Napoléon apocryphe, et intitulée : Le Rêve de l'Empereur ; M. Billion l'accepta sous toute réserve. Cette pièce, n'ayant pas été représentée, M. Moras réclamait au directeur 2,500 francs de dommages-intérêts.
Le Tribunal, avant faire droit, renvoya cette affaire devant un arbitre-rapporteur, M. Contat-Desfontaines, ancien directeur du théâtre du Palais-Royal, qui, après avoir donné l'analyse de la pièce, constatait en note que, malgré les nombreuses démarches de M. Moras, la censure avait refusé d'autoriser la représentation du Rêve de l'Empereur.

La presse rapporta l'affaire et le jugement rendu le 15 février 1860 par le Tribunal de commerce de la Seine. On trouve ce jugement dans La Gazette des tribunaux du 20-21 février 1860 ou dans le journal La Presse dont nous reproduisons l'article ci-dessous qui n'hésite pas à convoquer les plus illustres pièces de théâtre:

THEATRE, CENSURE, le Rêve de l'Empereur. - Le Cid a triomphé malgré les persécutions de Richelieu tout-puissant; le Tartufe, malgré la .cabale des dévots de cour; Mahomet (questa bellissima tragedia, comme disait le pape Benoît XIV) malgré Crébillon; le Figaro, malgré Marin et les défenses de Louis XVI; la pièce fantastique intitulée : le Rêve de l'Empereur, en cinq actes et dix-huit tableaux, n'a pas triomphé de la résistance de M. Billion, ancien directeur du Cirque, et du refus de la censure. Avant de se prononcer sur la question, le tribunal de commerce avait renvoyé l'affaire devant M. Contat-Desfontaines, ancien directeur du théâtre du Palais-Royal, bien compétent en pareille; matière, lequel donne, dans son rapport, l'analyse de la pièce en ces termes : 
« L'auteur suppose que le Rêve de l'empereur Napoléon Ier a été de fonder une monarchie universelle. Il supprime la retraite de Russie, l'occupation étrangère ; il ajoute de nouvelles victoires imaginaires à celles précédemment remportées par l'empereur, jusqu'au moment où, dans une immense, réunion qu'il suppose avoir lieu au Champ-de-Mars, tous les peuples et les souverains de l'Europe, soumis l'un après l'autre et ralliés à son système, viennent porter à ses pieds un cri de reconnaissance et d'amour. »
 L'arbitre constate ensuite que, malgré les nombreuses démarches de M. Moras, la censure a refusé d'autoriser la représentation du Rêve de l'empereur. Elle n'a pas admis sur la scène cette contrefaçon outrée d'un personnage-historique. 
Me Maignen, 
avocat de M. Moras, a soutenu d'abord que la pièce de son client n'était pas aussi ridicule que M. Billion voulait bien le dire ; que le sujet en avait été tiré d'un roman : Napoléon apocryphe, qui a eu un certain succès et qui a été commenté par un honorable magistrat du tribunal civil de la Seine dont on déplore la perte récente; que M. Billion avait accepté la pièce avec enthousiasme, qu'il fondait sur elle de grandes espérances mais que la pièce n'avait pu être autorisée parce que la commission d'examen ne peut donner son approbation que lorsqu'une pièce est mise à l'étude, et que M. Billion a toujours refusé de mettre à l'étude le Rêve de l'Empereur ; qu'ainsi c'était par le fait de M. Billion que l'autorisation n'avait pas été donnée; et que, par suite, la pièce n'avait pas été jouée.
Me PRUNIER-QUATREMERE, agréé de Billion, répondait que, loin d'avoir reçu la pièce avec enthousiasme, il ne l'avait acceptée que sous réserves parce qu'il jugeait lui-même la pièce impossible et prévoyait le refus de la censure, et pour donner une idée de la pièce, il en fait à son tour une analyse.
«Napoléon Ier s'endort, et, dans son rêve, qui se traduit; par une série de tableaux successifs, il se rend d'abord à Moscou, que les Russes n'incendient pas le moins du monde, s'empare de la ville, et, toujours triomphant, marche sur Saint-Pétersbourg, dont, il s'empare aussi. C'en est fait de la Russie! Ensuite, il fait une descente en Angleterre, bat Wellington à plate couture, détruit Londres et fait disparaître la Grande-Bretagne de la carte du monde. » 
Cela suffit, je pense, continue M° Prunier-Quatramère, pour expliquer le refus de la censure d'autoriser la pièce, et par suite sa non-représentation sur le théâtre du Cirque.
Le tribunal a prononcé comme il suit : 
« Attendu que la pièce dont Moras est l'auteur n'a été acceptée que sous toute réserve ; 
Que cette réserve se référait évidemment à l'autorisation ministérielle qu'il appert des renseignements fournis par l'instruction ordonnée par le tribunal, que la censure était décidée à la refuser ; 
Qu'en fait, elle n'a jamais été obtenue; 
Que dans cette circonstance l'acceptation sous réserves de Billion n'a pu former, un contrat en présence du refus de l'autorité compétente ; 
Par ces motifs, Déclare Moras mal fondé dans sa demande, l'en déboute, et le condamne aux dépens »

Eugène Paignon, « Cours et Tribunaux » (chronique judiciaire) in La Presse, dimanche 26 février 1860. 

[1] Le Théâtre Impérial du Cirque a une histoire mouvementée expliquée sur Wikipedia. En 1848 il portait le nom de Théâtre National. "Constant Billon, directeur-propriétaire du théâtre des Funambules l'achète en 1851, rebaptisant la salle « Théâtre impérial du Cirque » le 4 juillet 1853". Le théâtre est détruit en 1862 pour permettre le percement de la Place de la République lors des travaux hausmanniens.Ce théâtre est l'ancêtre du théâtre impérial du Châtelet. 

Sources des textes et de l'image: Gallica