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ISSN 2496-9346

vendredi 16 septembre 2011

Jean d'Orsay, Voulez-vous savoir comment l'on vit dans la planète Mars

Au XIXe et au XXe siècles la question l'habitabilité de Mars semblait positivement réglée. Le 21 février 1912, en première page du grand quotidien Le Matin, on pouvait lire le texte qui suit dans lequel une haute autorité scientifique expliquait même la vie sur Mars. Pétri des connaissances scientifiques, biologiques mais aussi de la religion de son époque, il livre là une vision somme toute logique mais très "terrocentriste". Le Matin offre en sus une illustration de Martien tout à fait intéressante.


Voulez -vous savoir comment on vit dans la planète Mars ?
Rien de plus simple, et M. Edmond Perrier, directeur du Muséum, va vous le dire

Nous savions déjà qu'il y avait des canaux dans la planète Mars. M. Edmond Perrier nous assure, aujourd'hui, qu'il y a là-haut toute une civilisation qui, si nous la connaissions, ferait honte à la nôtre. Le savant directeur du Muséum n'a pas vu cela dans les astres, comme vous le pourriez croire, mais tout simplement dans son cerveau de penseur. Il a imaginé, rêvé, vérifié. Et le résultat de ses trouvailles fut exposé par lui dans un opuscule récent La vie dans les planètes. Etait-il sérieux ? Avait-il voulu rire de nous, et de lui ? Nous aillâmes le lui demander, dans le pavillon qu'il habite au centre du Jardin des Plantes, comme, un dompteur-jardinier qui gouvernerait, en l'observant, un peuple d'animaux et une forêt d'arbustes.
M. Edmond Perrier est gai. C'est un savant qui fait et qui dit, en s'amusant, des choses très sérieuses, II parle avec rapidité, précision, élégance, et conte, avec un petit air dégagé, très impressionnant, un tas de choses précises et légères, documentées et paradoxales qui vous ravissent et vous déconcertent. C'est un savant, puisqu'il est membre de l'Institut, mais c'est aussi un humoriste. Il est délicieux.

- Un de mes amis, nous dit-il, me posa un jour, à brûle-pourpoint, cette question « Avez-vous jamais songé à la forme qu'ont les animaux, dans Jupiter ? Et voilà pourquoi, remontant aux origines de la vie, j'ai tenté de savoir. La vie qui anime la Terre anime pareillement les autres planètes. Parce qui se passe chez nous, nous pourrons deviner ce qui se passe ailleurs, en examinant les conditions précises où se trouve chaque planète par rapport à la nôtre ayant précisé et rien n'est plus facile leur position dans l'espace, leur situation d'atmosphère, de densité, leur état général, nous pourrons arriver à de sérieuses probabilités. Et ces études achevées, voici ce que j'ai conclu en pure logique:
« Sur les planètes les plus éloignées, il est impossible qu'il existe des êtres vivants, car aucun organisme n'a pu, par exemple, se former dans les mers alcalines de Jupiter, tandis que Mercure, trop près du Soleil. ne saurait engendrer la vie. Seuls Vénus, la Terre et Mars sont habitables ils sont ou seront habités. Je m'explique.
« Il y a une cause, l'existence de l'Univers, une cause qu'on ne peut nier et à laquelle il y aurait puérilité à refuser un nom tout simple Dieu. Dieu n'est pas un être de caprice, il a des lois de création définitives, éternelles. En nous éclairant à la lumière de ces lois, nous remarquerons que, chez Vénus, la température, les dimensions, la densité se rapprochent de la Terre les saisons y sont peu accusées cette planète est, aujourd'hui, dans les conditions de notre propre planète à l'époque primaire, parce que Vénus est plus jeune que la Terre il n'y a point encore d êtres humains,, mais des reptiles et des insectes énormes pareils à ceux de notre période carbonifère période d'attente, avec des plantes à fleurs ébauchées et qui, lentement, se développera. Vénus demeurera toujours plus chaude que la Terre et traversera plus tard les mêmes phases mais tout autre est Mars
Alors, Mars c'est la grande vie ? .-Mars, c'est la grande vie, intense, formidable Sa température moyenne n'est plus que de 9° au lieu de 26° sur la Terre, mais les écarts considérables dé température et l'évolution des saisons y provoquent un développement énorme des êtres et des choses. L'année de Mars a une durée double de la nôtre (668 jours 1/3), et les plantes ou les insectes disposent donc d'un temps double pour leur évolution herbes hautes, fruits gigantesques, et instinct d'autant plus parfait que la durée d'existence développe l'intelligence. Les oiseaux ont un luxuriant plumage ils sont vastes, parés de couleurs abondantes, et ils ont atteint un degré de perfection inconnu pour nous. Mars est donc le pays des plantes immenses, des fleurs somptueuses, des oiseaux à grande voix et aux magiques aspects, des mammifères à l'épaisse toison. Les animaux y sont légers, élancés, rapides, très hauts sur pattes, et les ours y ont pris l'aspect de prompts lévriers. C'est un pays d'enchantement !
Et les hommes ? Et les femmes ? Comment les voyez-vous ?
« La, faible tension atmosphérique a produit là-bas un développement considérable de l'appareil pulmonaire et l'allure générale des vertébrés martiens a été influencée par ce développement inconnu sur la Terre. Dès lors je conclus, que les hommes il y a des hommes, puisqu'il y a des animaux, donc des singes, qui ont évolué doivent être imaginés ainsi, conformes à la nécessité scientifique
« On peut imaginer que les hommes de Mars, grands parce que la pesanteur y est faible, blonds parce que la lumière y est atténuée, ont quelque chose, avec plus de gracilité des membres, de nos Scandinaves, et ont aussi probablement le crâne plus élargi.
Leurs yeux bleus sont plus grands et doués d'une faculté d'accommodation plus étendue leur nez est également plus fort, leurs pavillons auditifs plus grands. Leur tête volumineuse, leur vaste poitrine, leurs membres longs et grêles, l'absence de taille séparant le thorax de l'abdomen leur donnent un aspect général assez différent de celui que nous présentons leurs grands yeux, leur nez puissant, à narines mobiles, leurs larges pavillons auditifs constituent un type de beauté que nous n'apprécierions sans doute pas beaucoup moins qu'il ne nous charmât par un rayonnement d'intelligence que l'on pourrait qualifier de surhumain. Sans gorge, sans taille, pourvues de larges hanches proportionnées à la durée de la gestation, les compagnes des Martiens paraîtraient fort disgracieuses aux élégantes de nos boulevards. »

M. Edmond Perrier nous avait dit « Mars est le pays de la beauté. » Nous lui demandâmes s'il y croyait la vie harmonieuse et douce. Et il nous répondit qu'il voyait le Martien en possession de la plus splendide civilisation: il a laissé la Nature faire son œuvre et il a conquis de vivre en accord avec tout ce qui l'entoure les animaux ne le fuient plus et il n'a rien à en redouter ; les Martiens connaissent les plus nobles satisfactions intellectuelles et les plus suaves émotions.
Disant ces choses fabuleuses, M. Edmond Perrier souriait. Il ne riait pas, mais il souriait avec une gravité mystérieuse et il pensait assurément que nous devrons bien le croire, puisque nous ne pourrons aller voir.
Jean d'Orsay.



Source du texte: Gallica
Ce billet est publié dans le cadre du challenge Summer Star Wars lancé par Lhisbei et du Défi martien de Guillaume.

jeudi 15 septembre 2011

Jules Verne, 20.000 lieues sous les mers (1) (la salle des machines du Nautilus)

20.000 lieues sous les mers est l'un des romans les plus célèbres de Jules Verne. Les versions illustrées sont souvent fort jolies. Un exemple avec cette salle des machines du Nautilus que nous fait visiter le capitaine Nemo.

Fichier:20000 Nautilus engines.jpg

mardi 13 septembre 2011

Alfred Fritz, Astropolis (1955)



La collection Capatain W.E. Johns aux Presses de la Cité propose plusieurs oeuvres relevant de la science fiction comme L'Espion robot de Jupiter-9 de Paul French (c'est à dire Isaac Asimov). En voici un second exemple avec Astropolis d'Alfred Fritz.
On doit à l'auteur un autre roman de SF (au moins) Unsere Welt. : Der rätselvolle Bau d. Kosmos mais il n'a pas été traduit en français.

A titre tout à fait personnel, je trouve la couverture fort réussie, une invitation au voyage dans l'espace, sans doute sourira-t-on à cette esthétique qui rappelle un peu le Lego de l'espace mais bon...

La quatrième de couverture annonce la couleur: "L'histoire se passe en l'an 2005.
Un jeune garçon, Peter Hellmich, est invité à passer ses vacances chez son oncle, directeur de la station dans l'espace (station satellite) installée entre la terre et la lune. Le voyage en fusée atomique, les surprises causées par l'absence de pesanteur constituent déjà pour Peter de passionnantes expériences.
Mais que dire de la vie à la station elle-même? Tout y est organisé selon les dernières découvertes de la science à laquelle la disparition des guerres a fait faire un bond prodigieux.
Le progrès cependant n'a pas supprimé le danger. Le vol autour de la lune en est une preuve émouvante, et il y en a d'autres. Le lecteur sera captivé par ces épisodes parfois tragiques et souvent très amusants de la vie future.
ASTROPOLIS est un Jules VERNE de notre temps. Les perspectives que ce livre nous ouvre sur le monde physique se réaliseront-elles ?
Les jeunes lecteurs le diront peut-être un jour."

A peu près tout est dit sur l'histoire, assez faible. Finalement c'est la description de la vie à bord de cette station qui est la plus intéressante. Une originalité: tout le texte (la traduction?) est rédigé au présent de l'indicatif ce qui a pour effet de donner un rythme soutenu au livre. Nous apprécierons les mots et expressions comme "supraterrestres", "pistolet à réaction", "transport stratosphérique" ou le titre de ce chapitre "aventures dans l'espace libre interplanétaire"... pour le reste c'est de la littérature juvénile qui a vieilli mais qui garde un certain charme.


Ce billet est publié dans le cadre du challenge Summer Star Wars lancé par Lhisbei.

dimanche 11 septembre 2011

Paul French, L'Espion robot de Jupiter-9 (1958)

Il est une série qui a ses amateurs: Biggles, l'histoire d'un pilote écrite par William Earl Johns. Le Captain John a aussi donné son nom à une collection (dans laquelle furent édités nombre de Biggles) publiée en France par Les Presses de la Cité. On y retrouve de l'aventure et des ouvrages de science fiction juvénile comme L'Espion Robot de Jupiter-9 signé Paul French qui n'est autre que... Isaac Asimov.
Couverture
Je ne suis pas grand fan des livres d'Asimov. Je lui reconnais un apport important tant en tant que membre des Futurians qu'au niveau des idées et de la popularisation de la SF mais son écriture est souvent assez mauvaise (et encore les traductions françaises relèvent-elles le niveau à ce qu'il paraît).
L'Espion Robot de Jupiter-9 met en scène Lucky Starr (c'est un surnom) qui doit enquêter sur les fuites concernant un projet secret mis en place dans l'une des lunes de Jupiter. L'Agrav, un vaisseau révolutionnaire, utilise la pesanteur comme source d'énergie sur lequel les Siriens veulent mettre la main. Bien sûr il y a quelques moments intéressants comme le combat entre Lucky Starr et un ouvrier de l'usine dans un couloir "agrav", l'idée de grenouilles vénusiennes capables de lire dans les pensées, la description de l'usine et du centre de recherche dans les profondeurs de Jupiter-9 mais on s'ennuie tout de même avec ce mauvais livre d'espionnage spatial dont l'action se déroule dans un million d'années sans que grand chose ait changé depuis les années 1950...

Ce billet est publié dans le cadre du challenge Summer Star Wars lancé par Lhisbei 



vendredi 9 septembre 2011

Jean de la Hire, Le Mystère des XV



Couverture

Il y a peu j'évoquais l'essai d'Emmanuel Gorlier consacré au Nyctalope, personnage créé par Jean de la Hire et que l'on retrouve notamment dans La Brigade chimérique.
Le Mystère des XV participe du rêve de la conquête de Mars. L'histoire éditoriale de ce texte est assez complexe car l'édition la plus courante (c'est un façon de parler) chez Jaeger ne parle pas du Nyctalope! (source: essai d'Emmanuel Gorlier). Il faut donc soit aller chercher l'édition pré-originale dans Le Matin, soit se procurer l'édition originale.
Si j'ai bien tout suivi, le Mystère des XV devient le Mystère des XII chez Jaeger (on a perdu trois savants dans la réédition réécrite) auquel il faut ajouter Les Conquérants de Mars (sont-ils de nouveau XV?).

Toujours est-il que le Nyctalope lutte contre Oxus qui possède une technologie très évoluée issue de l'invasion martienne racontée par HG Wells dans La Guerre des Mondes afin de conquérir Mars et d'y établir une colonie de Terriens grâce à l'appui de 15 savants. Pour cela, il faut kidnapper quelques Terriennes pour assurer la survie de la colonie. 
On se battra donc sur Mars avec cette idée, tenace, que la Planète Rouge abrite une civilisation avancée.

Comme le note Brian Stableford dans sa préface et sa postface à l'édition américaine du Mystère des XV, le roman n'a pas reçu à l'époque l'accueil attendu. Pour une fois, Jean de la Hire était trop en avance dans sa présentation du sujet science fictionnel (il sait aussi être très conventionnel) pour rencontrer le public. A relire donc avec les yeux du XXIe siècle...



Ce billet est publié dans le cadre du challenge Summer Star Wars lancé par Lhisbei et du Défi martien de Guillaume.

jeudi 8 septembre 2011

J. Jacquin, Gens de la Lune (1932)

En 1932 la revue Lectures pour tous consacre son numéro de décembre aux "Féeries de l'avenir". On y voit Paris au XXIe siècle avec par exemple la PlaGe de la Concorde, Tombouctou en 2002, L'Atlantide il y a 10.000 ans et on y rêve de la conquête de la Lune avec "Gens de la Lune" de J. Jacquin.

En 1932, le théâtre est dépassé, les spectacles sont retransmis par "hypertélévision parlante et chantante" (même si le texte conserve la forme théâtrale avec didascalies et répliques).
Nysa et Jean sont fiancés, des fiançailles à la mode terrestre c'est à dire rapides, sur le mode de la communion d'intérêt plus que des coeurs. Il leur faut partir sur le Lune. L'astre de la nuit a été colonisé et les Terriens comptent y construire de vastes bâtiments comme "un hôtel de 600 mètres de large et de 300 mètres de hauteur" comptant 20.000 chambres, avec une piste de danse de 600 mètres sur 700 mètres, 800 jeux de roulettes ou un garage pour 1200 avions individuels,...
Sur la Lune la société n'est pas consacrée à l'action - à l'agitation - et au profit comme sur Terre. Incompréhension donc entre les humains de la vieille planète et ceux de la Lune. Par exemple Pierre explique à Nysa que les colons de la Lune ont reconstitué le charme terrestre d'antan ((la mère de Pierre vit dans une maison normande) et Nysa répond: "ce ne sont jamais que de l'herbe, de l'eau, des arbres et des pierres". Les Terriens manquent de poésie...
Cependant en une nuit, la vie de Nysa va être bouleversée...  Pierre lui a laissé Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand et la lecture qu'elle ne peut interrompre fait monter les larmes... Le rêve est nécessaire à l'être humain et seuls les Lunaires ont conservé la possibilité de l'émotion dont la plus grande manifestation est l'amour.... "[nous] avons pieusement conservé ce que vous avez rejeté, honni, gens de la terre: la rêverie, pays que chacun crée et meuble à sa fantaisie, où nous vivons à notre guise, où nous façonnons notre bonheur à notre idée. Car ce n'est pas vivre que remplir sa journée de gestes."


Ce billet est publié dans le cadre du challenge Summer Star Wars lancé par Lhisbei.