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ISSN 2496-9346

mardi 23 août 2011

Louis Desnoyers, Les Aventures de Robert-Robert (2)

Les aventures amphibies de Robert-Robert et de son fidèle compagnon Toussaint Lavenette est un roman de Louis Desnoyers régulièrement réédité pendant plus d'un siècle. Si c'est avant tout un roman d'aventures maritimes, il comporte deux fragments relevant de l'anticipation et de la littérature de l'imaginaire. Le second est un appendice: « Petit voyage de l'innovation à travers la routine de la Terre, pour faire pendant au grand voyage de Laroutine à travers la Lune. Un songe creux de Robert Robert en 1832. Paris civilisé » qui nous entretient d'un Paris anticipé (nous y reviendrons) dans lequel on trouve par exemple des véhicules fonctionnant sans chevaux: des automobiles. Le premier, sur lequel nous allons nous arrêter, a pour titre « L'histoire fantastique de mon cousin Laroutine et de son grand voyage au fin fond de la Lune ». Pour distraire ses compagnons de voyage (à bord de La Rapide les voyages maritimes sont tout de même longs), l'imaginatif Lavenette raconte ce conte, le présentant comme une histoire de famille.
Couverture

Laroutine est moqueur. Il raille sans cesse ses contemporains à propos de tout et de rien. Lors d'une exhibition aérostatique au Champ de Mars, il remplace à lui seul l'équipage malade d'un ballon contre la moitié de la recette de l'attraction. Cependant le gaz était prévu pour cinquante-sept et non pour un seul homme. Malgré ses demandes insistantes pour descendre, le voici emporté. Mais alors que le personnage de Voyage au Ciel de Samuel Henri Berthoud voulait monter plus haut que l'éther, Laroutine souhaite plutôt que l'expérience cesse. L'ascension est très rapide et le ballon se retrouve bientôt entre la Terre et la Lune, à l'exact équilibre des forces. S'agitant dans la nacelle, Laroutine donne involontairement une secousse qui le pousse vers l'astre de la nuit. De là-haut, notre voyageur découvre des régions variées baignées dans des airs suaves. La descente est douce et Laroutine alunit sur « un magnifique diamant, presque taillé à pic, des larges flancs duquel, au milieu d'arbres violets, portant naturellement des pruneaux confits, s'échappait un torrent qui avait la couleur, le goût et la saveur du lait de nos pays ». Ce premier contact donne le ton du voyage lunaire de Laroutine.
Le voyage sur la lune est une fantaisie - dont nous n'abordons que quelques éléments - dans laquelle les sélénites usent d'une monnaie inverse à la nôtre (des « napoléons en fer » et des « centimes en argent »), changent de souverains une douzaine de fois par an (c'est le plus lourd qui est élu), l'éducation est gratuite, n'agiotent pas à la Bourse, … Pourtant la Lune n'est pas épargnée par les conflits quand les ambitions de deux souverains s'affrontent mais les combtas sont dignes de la guerre picrocholine et l'on se bat à coups de bonbons opiacés, de flots de vin muscat ou de poil à gratter.

Ce billet est publié dans le cadre du challenge Summer Star Wars lancé par Lhisbei 


Illustration: Louis Desnoyers, Le Voyage dans la Lune, collection Hypermondes n°3, Editions Francis Valéry, 1981 (tirage limité à 250 exemplaires.

lundi 22 août 2011

Stanley G.Weinbaum, "Une odyssée Martienne" (1934 )

Deuxième incursion dans le monde des pulps d'ArchéoSF après "La conquête de Gola" de Leslie F. Stone avec cette nouvelle publiée dans Les meilleurs récits de Wonder Stories. "Odyssée martienne" est sans doute la nouvelle de  Stanley G.Weinbaum la plus rééditée en France.
CouvertureLa question de l'intelligence extraterrestre est au coeur du texte. Il rejoint en cela des romans plus anciens comme Les navigateurs de l'infini (1925) dans lequel Rosny Aîné nous montrait des êtres intelligents issus d'autres règnes qu'animal.
Pour communiquer avec une espèce de Martien (nommé Tweel), l'explorateur Jarvis - victime d'un accident mécanique, il doit rejoindre le reste de l'équipage -  utilise les mathématiques, l'algèbre même, qui sont un langage universel vu de la Terre (rappelons que c'est l'un des présupposés qui amena les Américains à mettre des vidéodisques dans Voyager 1 & 2). Cette communication permet à l'astronaute de déjouer les pièges martiens: tous les Martiens ne sont pas mus par des intentions pacifiques, certains veulent juste manger.
Ici pas d'humanoïdes ni de petits hommes verts mais des formes de vie surprenantes, qu'elles soient organiques ou minérales.

Cette nouvelle est classée parmi les meilleures de la SF américaine et obtint la seconde place lors d'un vote en 1970 des "Science Fiction Writers of America" pour la meilleur nouvelle de SF de tous les temps (elle ouvre l'anthologie "The Science Fiction Hall of Fame Volume One, 1929-1964.")


Ce billet est publié dans le cadre du challenge Summer Star Wars lancé par Lhisbei et du Défi martien de Guillaume.

dimanche 21 août 2011

Marius Brubach, "Guerre astrale" (poésie)

Il existe peu d'anthologie de poésie conjecturale. Je connais le recueil La terre est bleue comme une orange publié en 1986 par les éditions ouvrières sous la direction de Pierre Ferran et qui rassemble 150 poèmes d'une centaine d'auteurs de toutes époques et quelques parutions de poèmes ici ou là mais c'est assez peu finalement.
Pour modestement combler ce manque, voici le poème "Guerre Astrale" de Marius Brubach paru en 1931 dans la revue La Proue:




Les Martiens s'en vont en guerre

contre les Jupitériens.
La peur fait trembler la Terre;
et les Saturniens
jappent comme de bons chiens
– de bons chiens militaires.
Dans l'ombre, les Mercuriens
aiguisent les cimeterres,
et ils s'en trouvent fort bien...

Loin des « bêê » et des « coin-coin »,
bien tranquille dans son coin,
rêve un poëte lunaire.
Passe un général solaire
tout chamarré de lumière,
caparaçonné d'airain
depuis le nez jusqu'aux reins.
Avisant notre Lunaire,
il le traite de crétin,
d'embusqué, de propre-à-rien,
de révolutionnaire!

Le Lunaire répond « – Ut »
en grattant sa guitare.
Le général comprend « Zut ! »
et déclanche la bagarre.
Le Lunaire est fusillé
sans tambour ni trompette.
Puis les représentants de toutes les planètes
sont conviés,
sous le contrôle-haut du général solaire
à se réconcilier
sur le dos des Lunaires...

Mais le poëte s'en rit !
A l'état de pur esprit,
il vogue loin des guerres,
et laisse Les Alliés,
entre eux, se débarbouiller,
lui qui t'est tiré d'affaire.

Et, sur sa guitare, il chante.
Il chante « Je n'aime rien
« tant qu'une blonde aux yeux de clair-de-lune,
« même si la blonde est brune,
« du moment que sa lèvre au signe vénusien
« me lance, à travers l'espace,
« le Rêve dont elle m'enlace ·
« Et j'aime aussi les voyages
« et les cosmiques paysages
« vus par la lorgnette lyrique
« du projecteur métaphysique !
« Chanter ce double cantique,
« telle est ma noble tâche !
« Et j'aime, à tous les échos,
« le crier de bas en haut,
« afin qu'on le sache,
« car si je suis un héros,
« moi, je ne suis pas un lâche »



Ce billet est publié dans le cadre du challenge Summer Star Wars lancé par Lhisbei (parce que ça manquait cruellement de poésie ;-) )



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vendredi 19 août 2011

Galaxies Science-Fiction Hors Série Belgique

Le Hors Série 2011 de Galaxies Science-fiction est consacré à la SF belge.

Au sommaire, on trouve quelques morceaux de choix pour les amateurs d'anticipation ancienne (ou à l'ancienne) notamment avec un arrêt sur Bob Morane (l'une des séries que je lis toujours avec plaisir) et sur Victor Vincent, personnage né sous la plume du Capitaine Ricardo (régulièrement évoqué sur ce site):
  • Dossier : la filière belge
    • Editorial
    • Luc Schuiten
    • La possibilité d’une science-fiction - Dominique Warfa
    • Hommage à Alain le Bussy - Pierre Gévart
    • La SF francophone et moi - Alain le Bussy
    • Entretien avec Alain le Bussy
  • Nouvelles
    • La dernière danse avec la mort - Alain le Bussy
    • Moi, Elmyr Schatz, en ma vie infinie - Alain Dartevelle
    • Service des rebuts - Serge Delsemme
    • Une rose morte au fond du glacier - Anne Smulders
    • D’une gare à l’autre - Christian Simon
    • Pertes de mémoire - Adriana Lorusso
    • Fracture de temps dans la tour de l’espoir - Frank Roger
    • Prévenu - Odile Kennel
    • Micronouvelles - Vincent Bastin
  • Petit aperçu de la BD belge - Alain Dartevelle
  • Jacques Sternberg - Odile Kennel
  • Bob Morane et la Science-fiction - Michel Vannereux
  • Interview d’Henri Vernes - Hugo van Gaert
  • Les aventures de Victor Vincent - Philippe Ethuin
  • Quizz du Groupe Rempart
Pour commander ce numéro, rendez-vous sur le site de Galaxies Science-Fiction

mardi 16 août 2011

Capitaine Ricardo, La reine des Montagnes

Les Nouvelles aventures de Victor Vincent semblent ne jamais pouvoir avoir de fin. Sans cesse, plus ou moins adroitement (souvent moins que plus), le capitaine Ricardo fait rebondir les intrigues, ajoute de nouveaux personnages, de nouvelles péripéties, plus délirantes les unes que les autres. Nous avions laissé Victor Vincent, pilote de la RAF mais... belge, avec ses amis sur un nouveau satellite de la terre mis en orbite par des Nazis revanchards (rien qu'avec ces quelques lignes, on sent poindre le nanar de première catégorie, voir la chronique de Futura City). Alors qu'ils triomphent, manque de chance, La Reine des Montagnards les capturent. Elle est Karama, reine d'Urtus, petite planète grande comme la Lune, où les "humains" ne peuvent véritablement vieillir et sont condamnés à mourir jeune. Les savants d'Urtus ont l'idée de kidnapper quelques Terriens pour découvrir le secret de la vieillesse. Forcément, ça tombe sur Victor Vincent et ses amis. Avec bon sens, Morrison beugle: "Le meilleur moyen de vieillir, c'est de ne pas mourir, hell and devil!".
J'ai déjà exprimé tout le bien que je pensais des qualités littéraires de Gustave van Loo (nom véritable de l'auteur signant Capitaine Ricardo) lui reconnaissant cette capacité incroyable à synthétiser tout ce que les séries B ont de meilleur. L'univers ici décrit participe de cette synthèse naïve et par bien des côtés surréalistes. retenons une nouvelle fois la belle couverture de Fred Funcken avec ces vaisseaux spatiaux-traîneaux, ces combinaisons rouges et ces deux rayons laser colorés!



Ce billet est publié dans le cadre du challenge Summer Star Wars lancé par Lhisbei


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lundi 15 août 2011

Leslie F. Stone, "La conquête de Gola" (1931)





Couverture


J'aborde rarement la science fiction américaine ici. Non pas que je n'en lise pas ou que je ne l'aime pas mais parce qu'il me semble que c'est un domaine fort souvent évoquée et globalement bien balisé contrairement à la science fiction française.


"La conquête de Gola" fut publié dans Wonder Stories et l'on doit à Jacques Sadoul de pouvoir la lire en français dans l'anthologie Les Meilleurs récits de Wonder Stories.
Comme d'autres publications de l'époque, nous sommes en 1931, Wonder Stories est un pulp proposant divers textes de science fiction, plus ou moins bons. L'anthologie nous propose donc le meilleur de la production. Intéressant car Wonder Stories était dirigé par Hugo Gernsback, celui qui a forgé l’appellation Science fiction dans l'éditorial du premier Wonder Stories, et dont le prénom donne le nom d'un des plus prestigieux prix mondiaux du genre SF.

Leslie F. Stone n'a été à ma connaissance traduite qu'une fois en français. Cette nouvelle "La conquête de Gola" nous montre des Terriens, hommes (appelés les Detaxaliens), tentant de conquérir une planète dominée par des êtres féminins qui tiennent en esclavage la part masculine. Leslie F. Stone est de toute évidence féministe, ce qui détonne un peu dans le milieu SF de l'âge d'or. Jacques Sadoul précise dans sa présentation: "il s'agit de la première histoire de science-fiction où une femme réclame pour son sexe le droit au plaisir et à la liberté sexuelle".  Pour l'époque, il était plus commode de livrer une histoire se déroulant sur une planète lointaine pour avancer ces idées. Il n'empêche que les femmes de Gola sont de redoutables guerrières, très bien équipées technologiquement et que les Terriens ont trouvé leur maître (ou plutôt maîtresse mais le mot a alors une signification équivoque). Pourtant ces habitants de Detaxal pourraient bien être au goût des habitantes de Gola. 
wonder stories April, 1931


Le miroir exotique de la planète lointaine permet, en renversant l'ordre de choses, de poser la question de la place des femmes dans la société américaine de l'époque. Par bien des côtés,  les thèmes abordés dans "La conquête de Gola" restent d'actualité.
Les curieuses (et curieux) pourront se référer à l'essai de Batya Weinbaum "Sex-Role Reversal in the Thirties: Leslie F. Stone’s “The Conquest of Gola”" publié dans Science Fiction Studies e
n 1997 et disponible ICI (en anglais).
Ce billet est publié dans le cadre du challenge Summer Star Wars lancé par Lhisbei 


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