samedi 26 mai 2018

La Machine à prévoir l'avenir (1929)

Nous poursuivons notre exploration du magazine Vu sous l'angle de l'anticipation et de la science fiction. Pour retrouver tous les articles de cette série, cliquez ICI

Dans le n° 54 (daté du 27 mars 1929), on découvre un article abondamment illustré sur M. Belin, prétendument inventeur de la machine à prévoir l'avenir, c'est à dire la télévision qui permet non seulement de voir à distance mais aussi de voir dans l'avenir! Nous voici plongés en l'an 1949, soit vingt ans dans le futur!




La Machine à prévoir l'avenir

Le génial inventeur, M. Belin, et son mystérieux appareil qui projette sur un écran la vision de l'avenir.



C'est par le plus grand des hasards que j'ai pu connaître ce qui va suivre. J'étais l'autre jour chez M. Belin, l'illustre et charmant inventeur de la télévision, qui a donné déjà tant de merveilles, et qui avait bien voulu nous réserver un accueil particulièrement aimable lorsqu'il avait su que nous venions lui demander, pour les lecteurs de VU, quelques éclaircissements sur ses dernières trouvailles.
En somme, lui avons-nous dit, que peut-on voir exactement par la télévision ?
M. Belin nous fit entrer dans son laboratoire au bord de la Seine, et sourit mystérieusement.
Nous entendons bien, lui dîmes-nous, que télévision veut dire : vision à distance, et nous avons vu de remarquables, d'étonnantes photos transmises par ce procédé, dont tous les grands quotidiens disposent maintenant. Mais après ? Mais encore ? Et quelle est la limite de la distance ?
Il n'y a pas de limite, nous dit vivement M. Belin en nous arrêtant. Et vous semblez croire que télévision veut dire seulement : vision à distance dans l'espace. Ma parole, c'est extraordinaire ce que le public est mal informé par les journalistes. Télévision signifie : vision lointaine, dans l'espace ou dans le temps. Vous avez bien saisi ces trois mots : dans le temps ?
Eh quoi ? Dîmes-nous, le passé serait-il donc visible ?
Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Non, je n'ai pas le pouvoir d'évoquer n'importe quelle époque. Le siècle de Louis XIV, par exemple, est trop loin de nous ; je puis aller facilement jusqu'à M. Thiers, mais cela ne vous intéresserait guère, j'imagine ; et peut-être préféreriez-vous que nous tournions mon objectif vers l'avenir ?
Votre avenir personnel, m'a dit alors M. Belin, avec une certaine ironie, n'aurait d'intérêt que pour peu de gens. Voulez-vous savoir ce que sera, par exemple, la France dans cent ans ?
Vous pourriez me montrer cela ? m'écriai-je ?
Pas l'ensemble, dit-il, mais des détails ; après tout, la colombe de l'arche ne rapporte pas tout l'Arrarat, mais une simple feuille. Un détail fait prévoir l'ensemble… Voyez, rien n'est plus facile. Vous n'avez qu'à tourner ce cadran comme sur un téléphone automatique, ou un appareil de T.S.F. Composez vous-même le numéro de l'année dont vous désirez que le spectacle vous soit donné…
Vingt-cinq ans ? Dis-je. Vingt, ne serait-ce pas assez ? 1949 ; mais hélas, combien de nos contemporains…
Rassurez-vous, me dit M. Belin, presque tous, sauf un grand nombre de piétons, seront encore jeunes et vigoureux. En effet, M. Voronoff aura simplifié son système. Une seul injection, et notre existence sera prolongée de soixante ans…
«  Que voyons nous ?
Les yeux béats d'espoir, je contemplais l'écran révélateur.
Voilà M. Poincaré, dis-je.
Lui-même, fit M. Belin. Après avoir fait appel à MM. Herriot, Marty et Blum, le président sera revenu à M. Poincaré, pour la satisfaction générale du peuple français.
Mais il me semble que son âge…
Ne vous ai-je pas dit que l'âge n'aura plus aucune importance ?
Et cette autre foule que je vois ici ?
Le rassemblement quotidien autour du cheval du Jardin des Plantes.
Mon Dieu, dis-je, si c'est cela l'avenir…
M. Belin eut un sourire, peut-être de pitié, et coupa le courant…
Lorsque nous fûmes revenus de notre émotion, nous étions déjà loin. Et malgré l'irrécusable témoignage des photographies, tout ce que nous venions de voir nous paraissait à nous-mêmes si incroyable qu'il nous fallut pour en tenter le récit un courage que nos lecteurs apprécieront.

Hervé Lauwick

Les automobiles circulant sur la Seine, voûtée et transformée en autostrade. L'endroit reste propice aux suicides.



La place de la Concorde, dont l'adaptation a été confiée, par la Section spéciale de Publicité de l'Institut, à Maître Cassandre.






La Gare de l'Est entourée de gratte-ciel. Le plan génial de Le Corbusier adopté trop tard n'a pu être réalisé qu'à moitié sur les ruines de l'ancien Paris devenu un enfer.








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