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ISSN 2496-9346
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jeudi 31 août 2017

Anonyme, La fin du monde (1894)

La fin du monde fait partie des grands thèmes de la science-fiction. C'est aussi une interrogation scientifique souvent soulevée par la presse. En 1894 The Herald propose un article évoquant les différentes fins du monde envisageables.
Le Journal du dimanche reprend cette information sous la forme d'une brève le 22 avril 1894.


VARIÉTÉS

La fin du monde

Voici, d'après le Herald, les six dernières hypothèses scientifiques sérieusement émises au sujet du détraquement final de notre globe terrestre :

1° La surface terrienne diminue de jour en jour, donc la race humaine est condamnée tôt ou tard à la noyade ;

2° La glace s'accumule graduellement au pôle Nord. Un jour viendra où la terre perdra son équilibre, fera une pirouette sur son axe, et la race humaine sera écrabouillee par le déplacement formidable des choses ;

3° La terre se rapproche insensiblement du soleil; l'homme est destiné à rôtir vivant ;

4° L'eau devient de plus en plus rare; l'humanité mourra de soif ;

5° A partir de l'an 3000, l'homme éprouvera une influence rétrograde ; les derniers spécimens humains rivaliseront, par les dimensions, avec les insectes et s'évanouiront mieroscopiquement dans l'infiniment petit ;

6° Le soleil tend à s'éteindre : l'humanité gèlera.

Il en est, comme on voit, pour tous les goûts ; à quelle sauce les infortunés descendants d'Adam préfèrent-ils être mangés ?

Anonyme, « La fin du monde »,
in Journal du dimanche : littérature, histoire, voyages, musique,

36ème année, n° 2630, 22 avril 1894.

lundi 16 janvier 2017

[critique] Jacques Spitz, L'Agonie du globe (1935)

Le 16 janvier 1963 mourait Jacques Spitz, auteur de plusieurs ouvrages de science-fiction.
En 1935, lors de la parution de son premier roman L'Agonie du globe, Abel Manouvriez publia cette critique:



M. Jacques Spitz fait la supposition que voici : à la suite d'une série de catastrophes, inondations, raz de marée, éruptions volcaniques, secousses sismiques, le globe se dédouble, et chacun des deux hémisphères s'en va de son côte : d'une part l'Europe. l'Asie et l'Afrique, de l'autre le Nouveau-Monde. Au lieu d'une seule planète, il y en a désormais deux, d'abord réunies par la même atmosphère et entre lesquelles les communications sont possibles par avion et par T. S. F.,ensuite complètement distinctes, parce qu'à mesure que l'écart qui les sépare s'est accentué, tout moyen d'entrer en relations est devenu illusoire.
Sur cette donnée, M. Spitz construit un roman d'anticipation à la façon de Jules Verne. On imagine sans peine, en effet, les troubles de tout genre qu'un événement pareil a pu produire dans l'humanité. Le pire est qu'on peut s'attendre aux plus graves éventualités : les observations des astronomes établissent que la rotation commune des deux masses terrestres, se produisait dans un plan incliné de 5° 8' 48" sur l'écliptique. Or, l'orbite lunaire est précisément inclinée sur l'écliptique du même nombre de degrés. Par suite, dans le même plan et autour du même point — l'ancien centre de la terre — se trouvent graviter trois masses : la lune. l'Ancien Monde et le Nouveau. L'écart entre ces derniers allant toujours en augmentant, une collision de l'une d'elles ou de toutes les deux avec la lune va devenir inévitable.

Les calculs des savants déterminent que la rencontre de l'Ancien monde avec la lune, se produira à une date qu'ils ont exactement fixée. Dès lors, les hommes vivront dans l'attente de la fin du globe, comme les contemporains de l'an mille. M. Jacques Spitz énumère plaisamment les traits distinctifs des réactions de chacun. En France, ce furent des demandes de mise à la retraite dans la classe bourgeoise et semi-bourgeoise ; en Angleterre, ce fut une recrudescence sans précédent de la consommation du whisky. Les compagnies d'assurances sur la vie font faillite, l'administration des pompes funèbres n'enregistre plus une seule demande de concession à perpétuité ni l'Académie française une seule candidature à ses sièges vacants. La veille de la date fatale, le pape Léon XVI a donné son absolution à tous les peuples de la terre. Quant au gouvernement français, il a constitué, conformément à nos vieilles traditions démocratiques, un Comité de salut public
qui a publié, à l'usage des électeurs français, un superbe message dans lequel l'humanité, à la veille de disparaître, est félicitée d'avoir rempli dignement sa mission historique.
Ce n'était, d'ailleurs, qu'une fausse alerte. Les savants s'étaient trompés dans leurs calculs. Ce n'est pas l'ancien monde, c'est le nouveau, qui rencontre la lune et est pulvérisé. Alors, -l'affolement se calme, les fuyards regagnent les villes, chacun reprend sa tâche interrompue au 'point où il l'avait laissée. Au Parlement, l'opposition interpelle le chef du pouvoir dont la légèreté a plongé la population dans une angoisse aussi inutile. Le ministère est renversé. La vie ordinaire, en un mot, a repris...

Le roman de M. Jacques Spitz est des plus amusants. Les jeunes gens y trouveront des aventures extraordinaires qui leur rappelleront Jules Verne ou Wells. Les autres goûteront plus particulièrement la satire souvent imperceptible sous le ton légèrement ironique qui fait le sel dé ce récit. L'Agonie du globe est écrit par un pince-sans-rire, dans le style des journaux d'information ou des proclamations gouvernementales. Il contient des pages impayables. 

Abel Manouvriez, critique de L'Agonie du globe, Ric et Rac n° 347, 2 novembre 1935 

Illustrations: couverture de l'édition de 1935 et de l'édition de 1977.