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mercredi 20 janvier 2021

Georges Cyr, Petit voyage dans l'avenir (1906)

Les récits sous images étaient fréquents dans les périodiques pour la jeunesse. Georges Cyr en a publié plusieurs relevant de l'anticipation ou du merveilleux-scientifique. En 1906, il nous propose un "Petit voyage dans l'avenir" dans le numéro du 1er avril de La Jeunesse illustrée.

Pour lire d'autres récits sous images cliquez ICI.




















mercredi 21 septembre 2016

Pierre Mille, Et nunc, et semper (1906)

La machine à voyager dans le temps d'HG Wells a inspiré nombre d'auteurs. Alfred Jarry écrivit ses "Commentaires pour servir à la construction pratique de la machine à voyager dans le temps par le Dr Faustroll" dès 1899 (lire en ligne), un certain "Pierre" publia en 1918 Lausanne en 1950 (lire en ligne) qu'il explore grâce à la machine de Wells,...
Dans le texte qui suit intitulé "Et nunc, et semper" (maintenant et toujours), publié fin 1906, Pierre Mille se contente d'explorer l'année qui vient...




« ET NUNC, ET SEMPER »

S'enfoncer dans le futur, en retombant juste sur le jour qu'on voudra prévoir l'avenir, ou plutôt et bien mieux, vivre en avant ? L'Anglais H. G. Wells en a donné les moyens à tout le monde avec sa Machine à explorer le temps. Nul ne s'en sert ? Croyez que c'est par horreur du plus petit effort. Mais moi, je suis infatigable quand il s'agit de vous obliger. Vous désirez savoir ce qui se passera durant l'année 1907 ? Je suis parti sur la machine de Wells. Un tour de volant, l'espèce d'éblouissement que cause cette ruée furieuse à travers les jours et les nuits mêlés par la rapidité de la course, qui brouille l'ombre et la lumière pour n'en plus faire que du gris, du gris, et encore du gris. Enfin l'arrêt brusque et désarçonnant. Je me retrouvais à la même place, mais une année en plus écoulée, et je n'avais qu'à mettre la main sur le journal que j'avais écrit durant cette année, pour vous encore inexistante. Après quoi, je suis revenu parmi vous avec mon butin. Ce journal est incomplet, à cause de ma paresse; elle y a laissé de nombreuses et regrettables lacunes. Mais tel qu'il est, je vous le livre.

3 janvier 1907. L'année commence sous les plus sombres auspices. Une personne bien informée vient de me dire que nous allions avoir une guerre épouvantable avec le Maroc et ensuite avec toutes les autres nations du monde, par contre-coup. L'armée d'El Guebbas campe en face de celle de Raissouli; et si elle est battue par celle de cet insurgé ou se laisse absorber dans son sein tumultueux, les troupes de la France et de l'Espagne devront débarquer à leur tour. Alors ce sera, affirme-t-on, la conflagration universelle.

3 février. Nous aurons aussi la guerre religieuse. Il n'y a rien de moins douteux le Vatican vient de refuser la troisième loi faite sur la séparation. Les plus affreux événements sont à prévoir. Nous sommes aujourd'hui dimanche, et ma voisine vient de partir pour Saint-Sulpice, comme d'habitude. C'est ce qu'elle appelle aller à sa persécution.
7 mars.- On vient de découvrir dans un galetas une vieille dame séquestrée par ses enfants dénaturés, depuis vingt-neuf ans. Il paraît qu'on n'avait jamais vu ça. L'opinion publique est très émue.

20 mars. L'armée d'El Guebbas campe toujours en face de celle de Raissouli. Elle se prépare à lui livrer une grande bataille. Dans ces conditions, on considère généralement qu'il serait peu diplomatique de faire intervenir les troupes franco-espagnoles.
14 avril. Le Parlement vient de voter la septième loi sur la séparation de l'Eglise et de l’État ; le Panthéon, depuis si longtemps désaffecté, y est déclaré rouvert au culte. De telles conditions paraissent intolérables à l'Eglise, et l'on s'accorde en tous lieux à dire que la guerre religieuse bat son plein. Nous sommes aujourd'hui dimanche, et ma voisine vient de partir pour Saint-Sulpice; elle va à sa persécution, comme d'habitude. Que l'avenir est noir!

22 mai. La seconde Douma, en Russie, vient d'être dissoute. Le ministère Stolypine est tombé et il a été remplacé par un ministère Golypine. De plus, à Ligue des hommes russes vient de se substituer une Ligue des hommes slaves il est impossible de prévoir les conséquences d'un si grand bouleversement. Les journaux, à la même date, nous apprennent que l'empereur d'Allemagne, s'adressant aux soldats de sa garde, leur a dit qu'ils le devaient servir aveuglément, tant contre ses ennemis de l'intérieur que contre ceux de l'extérieur. Ce langage, tout nouveau dans sa bouche, est bien inquiétant.

30 mai. Les troupes d'El Guebbas ont avancé de 10 kilomètres et celles de Raissouli ont reculé d'autant. On s'attend à une grande bataille. Dans ces conditions, on considère généralement qu'il serait peu diplomatique de faire débarquer les troupes franco-espagnoles.

18 juin. Deux bandes d'apaches se sont livré un combat réglé, avec des couteaux et des revolvers, sur le boulevard Ornano. Il parait qu'on n'avait jamais vu ça. L'opinion publique est très émue, et tous les journaux, à quelque opinion qu'ils appartiennent, se plaignent de l'accroissement de la criminalité.
Il fait très chaud. Un député socialiste, à la fin d'une séance de la Chambre, a giflé un député du centre. Une telle agression est inouïe dans les fastes parlementaires. Où va-t-on ?
En Italie, le procès Bonmartini vient de recommencer.

7 juillet. Le Parlement vient de voter sa quinzième loi sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat. On construira une immense cathédrale sur l'emplacement du Champ-de-Mars. Une telle rigueur rend, bien entendu, impossible toute espèce d'accommodement. C'est aujourd'hui dimanche, onze heures. Ma voisine vient de partir pour Saint-Sulpice, elle va à sa persécution.
On a découvert, rue de Belzunce, le cadavre d'une femme coupée en morceaux. La police est complètement déroutée par la nouveauté si imprévue du procédé employé par l'ingénieux criminel pour multiplier les traces de son crime, tout porte à croire qu'elle ne retrouvera jamais le coupable.

29 juillet. Les accidents d'automobile ont tué cette semaine; à Trouville et Deauville, dix-huit personnes; à Etretat, neuf à Dieppe, sept; sur les autres grandes routes de France, neuf cent quarante. Personne n'y comprend rien on n'avait jamais cru que les automobiles, conduites à la vitesse de cent kilomètres à l'heure, pussent présenter un danger quelconque. On penche à croire que ces accidents sont dus en grande partie à l'élévation de la température et n'ont rien de commun avec les automobiles elles-mêmes.

5 août. L'empereur, se trouvant à bord de son yacht le Hohenzollern, a fait, le dimanche, fonction de pasteur et adressé une homélie aux matelots de son bord il leur a dit qu'ils devaient le servir aveuglément, tant contre ses ennemis de l'intérieur que contre ceux de l'extérieur. La nouveauté de cette manifestation surprend on se demande, pour la première fois, si la Triple-Alliance ne commencerait pas à se décoller.
A la Chambre austro-hongroise, les partis tchèque, polonais, antisémite, magyar, croate, roumain et pangermaniste se sont battus à coups de sabre à l'aide de leurs coupe-papier. Jamais jusqu'à présent, affirme-t-on, ils n'avaient employé cette arme.

12 septembre. Les troupes d'El Guebbas ont repris leurs anciennes positions, mais celles de Raissouli se sont rapprochées d'Arzila. Elles vont se battre, c'est certain. Dans ces conditions, on s'accorde à reconnaître qu'il serait peu diplomatique de faire avancer d'un seul pas le corps franco-espagnol. Le comité des Dames de France a fait don à celui-ci de trois billards anglais et d'un grand nombre de jeux de dominos.
La ligne Nord Sud du Métropolitain de Paris est terminée pour la rue de Rennes et le boulevard Saint-Germain. Mais il paraît qu'on avait oublié toutes les canalisations d'eau. Alors on a refait un grand trou à côté du Métropolitain. Il n'y a que sept ans que les travaux ont commencé les habitants du quartier, qui sont réactionnaires, affirment qu'on attend, pour les terminer, le retour de la monarchie légitime. Donc, pour les républicains, rien ne presse.

18 octobre. Un savant de province vient de démontrer qu'en traitant des parcelles de sesquitannate de tellurium par l'acide azotique, dans une solution saline, on obtenait, des cellules amiboïdes qui se comportent comme des êtres vivants et se reproduisent par scissiparité. Un savant de Paris a prouvé d'autre part que cette expérience ne signifiait absolument rien, mais qu'elle avait déjà été faite par Berzélius en 1806. Par extraordinaire, le public, en général si intelligent, n'y comprend plus rien du tout.

4 novembre. A la Chambre, on discute le budget. M. Joseph Reinach a prononcé un discours éloquent sur les inconvénients du fonctionnarisme en France. Il a révélé que depuis l'année dernière, le nombre des employés, au ministère de l'intérieur, avait augmenté de 17 unités, tandis qu'il diminuait de 28 au Home office d'Angleterre. M. Reinach a été applaudi sur tous les bancs de la Chambre.

5 novembre. M. Jules Goutant, député d'Ivry, a demandé la création d'un corps nouveau d'inspecteurs du travail, chargé d'unifier le jaugeage des barriques en France. Les tourangelles jaugent 250 litres et les bordelaises 228 seulement. Cette fantaisie chez les barriques est choquante dans un pays libre. On uni-fiera donc tous les tonneaux à 225 litres, et tout le monde y gagnera les ouvriers tonneliers, qui auront moins à travailler sur moins de matière, et les vignerons, qui vendront au même prix moins de marchandise; enfin les vingt-deux inspecteurs, qui toucheront chacun six mille francs par an. Seuls les consommateurs et les contribuables y trouveront à redire, ce qui n'a aucune importance. La motion de M. Jules Coutant a été votée à l'unanimité.

15 décembre. Deux formidables grèves ayant éclaté, l'une à Toulon, l'autre à Santander, le corps franco-espagnol a été rappelé en Europe pour maintenir l'ordre. Simultanément les troupes d'El Guebbas sont rentrées dans leurs foyers. Cette conclusion étonne tout le monde on avait bien cru qu'il y aurait une grande bataille !

29 décembre. Le Parlement français vient de voter sa vingt-quatrième loi sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Les vénérables de toutes les loges maçonniques de France. devront aller faire amende-honorable à Notre-Dame, en chemise, la corde au cou, et la tour Eiffel sera revêtue d'un crêpe, en signe de deuil. Mais la mâle énergie de cette attitude n'a pas fait reculer Rome, et la guerre religieuse se poursuit avec la même férocité. C'est aujourd'hui dimanche, et ma voisine vient de partir pour Saint-Sulpice elle va à sa persécution.

31 décembre. On vient de publier une statistique d'où il ressort qu'en cette année 1907 il est mort en France, et il est né, le même nombre de personnes que l'année dernière que la fortune publique s'y est accrue dans la proportion ordinaire; qu'on s'y est suicidé, marié, séparé comme d'habitude, ni plus ni moins et que Paris, se trouvant toujours sous le même méridien a reçu à peu de chose près la même quantité d'eau et de soleil. Comme c'est curieux !

Pierre Mille, « Et nunc, et semper » 
in Le Temps, n° 16624, daté du 27 décembre 1906

samedi 16 janvier 2016

[En 2016] Rip, Plus ça change (1915)

En 1915, Rip (sous ce pseudonyme se cache Georges Gabriel Thenon) propose la première version de sa revue Plus ça change. L'interprète principal est alors Raimu. L'histoire est résumée dans le compte-rendu qui suit. La revue ne sera publiée qu'en 1922. Il existe plusieurs versions de la revue (au moins deux) et la date indiquée dans le texte évolue au fil du temps : elle est au départ en 2016 puis va passer en 2018,... Plus ça change, plus la date reste de manière identique éloignée d'une centaine d'années.



Compte-rendu publié dans Le Figaro, 7 septembre 1915.



Ce billet fait partie d'une série consacrée à l'année 2016 vue par les auteurs du passé (prophétie, anticipation, prospective). Pour retrouver tous les billets de cette série, cliquez ICI.

dimanche 6 septembre 2015

Réception de M. Lafon-Boutary (1947)

Jean de Lafon-Boutary (1881-1975) est l'auteur de deux ouvrages de science-fiction : L'Amour inquiet (1937) et sa suite L'Enigmatique amour (1938).

En 1947, il est reçu à l'Acédémie de Montauban. Le discours résume ses oeuvres conjecturales :


Vous composez quelques vers et vous vous attaquez à une œuvre de longue haleine. Elle ne comporte en vérité que deux volumes: « L'Amour Inquiet » et « L'Enigmatique Amour », édités en 1938 chez Aubanel père, en Avignon, mais elle eut, à mon sens, mérité d'être plus largement développée.

Le premier volume étant épuisé je m'aiderai pour faire connaître votre œuvre à mes confrères de l'analyse qu'en fit Me Sermet, vous avez bien voulu m'offrir le second et je dispose, donc, d'éléments suffisants pour les présenter à l'Académie.
Le savant André Azelot, versé dans l'alchimie, entreprend, en 2925, un voyage dans l'avenir. Il lui suffit d'absorber une pilule exactement dosée dont l'action entraîne le dédoublement de son organisme. Une partie de lui-même demeure en léthargie et une autre, accélérant sa croissance devance et dépasse par la rapidité de son développement la vitesse du Temps. Il a, au cours de son voyage dans le futur, séjourné chez le savant Maurice B. S. A. 337 110 (c'est ainsi que sont connus les hommes à cette époque là). Au retour de ce voyage Azelot réunit ses amis pour leur faire le récit de son séjour chez le savant Maurice. L'humanité est successivement passée par toutes les tribulations annoncées par l'Apocalypse, ce sont ces tribulations que vous avez décrites en imaginant ce que pourrait être la vie en des temps si éloignés.
Et Me Sermet concluait en disant que c'était là un très curieux ouvrage d'imagination. Vous y laissiez prévoir que, après tant de traverses, un millénaire de Paix pourrait être accordé à l'humanité.
Vous avez bien voulu me faire hommage de votre second volume: « L'Enigmatique Amour ». Au cours de son voyage Azelot a rencontré Mireille, fille de Maurice, et il l'a aimée.
Mais celle-ci est demeurée impénétrable et il ne sait si son amour est partagé ; il a un rival, un certain Harold, dont la sœur Régina éprouve une forte inclination envers Azelot.
Sur ces entrefaites Azelot apprend que Maurice B. S. A. n'est autre que Honorius, alchimiste du XIIIe siècle, son propre aïeul, il a découvert la formule originale qui permet de devancer le temps. Ainsi se trouvent réunis un savant du XIIIe et un savant du XXe siècle qui est un des lointains descendants du premier. Mireille se trouve être l'aïeule, d'Azelot qui ne saurait l'épouser mais elle a une descendante, Paule de Laincourt, cousine très éloignée d'Azelot qui pourra en faire sa femme.
La conclusion se devine. Si le passé ne nous appartient plus il nous impose sa loi, nous pouvons préparer l'avenir, seul le présent est le nôtre, il est un don de Dieu.
En dépit d'une imagination extraordinaire ce petit livre est un ouvrage très profond et qui donne à réfléchir ; il est écrit dans une langue parfaite, nourrie de suc classique, variée, sans monotonie ni lourdeur. Et si je me permettais une critique courtoise je regretterais qu'un excès de densité dans les péripéties de vos romans empêche le lecteur de goûter l'aisance et la pureté de votre style.
Votre œuvre tout entière n'est, en définitive, qu'un long examen de conscience sur la destinée humaine et son devenir.
Assise sur une foi solide elle est exempte d'inquiétude morale.
Vous vous demandez simplement ce que deviendra l'homme à qui Dieu a donné l'intelligence, ce feu du ciel que Prométhée voulut lui ravir? Après ce voyage dans le passé et vers le futur à la manière de Wells, vous concluez avec sagesse que l'homme trouvera son bonheur dans la simplicité des mœurs, dans l'acceptation des tâches quotidiennes illuminées par une haute spiritualité.