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ISSN 2496-9346
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samedi 20 avril 2019

R.-L. Dupuy, La publicité outil de la pensée moderne (1938) Archéologie du futur !


 Le 18 mars 1938, Roger-Louis Dupuy (1899-1975), « conseil en publicité » (selon la présentation qui est faite, la notice du catalogue de laBNF indique : « publicitaire » et « ingénieur ECP » – école centrale de Paris) donne une conférence intitulée « La publicité outil de la pensée moderne » à la Sorbonne dans le cadre de l’École Technique de Publicité (fondée en 1927, ancêtre de l’École Supérieure de publicité).
Dans la première partie de la conférence, dont de larges extraits sont reproduits dans le numéro 362 de la revue La Publicité  (avril 1938 - ArchéoSF a déjà publié un texte de ce périodique mentionnant une publicité italienne utilisant la science-fiction pour faire la promotion d'une bière), Roger-Louis Dupuy se livre à une anticipation sur le thème de… l'archéologie du futur : quelle image la publicité contemporaine va-t-elle transmettre aux historiens du futur ? Le résultat est pour le moins amusant.


La publicité, reflet de la pensée moderne.

Faisons, si l'on peut dire, un rêve. Un rêve du genre cauchemar : supposons qu'à la suite des petites fantaisies totalitaires de nos voisins, la civilisation contemporaine sombre, un jour, totalitairement. Supposons que, d'ici 1.000 ou 2.000 ans, un historien de l'avenir, désirant étudier cette civilisation, découvre une Pompéi nouvelle, et dans cette Pompéi, un appartement de français moyen, miraculeusement conservé.
Il y recherche des documents révélateurs de la vie spirituelle de l'époque, et, naturellement, se précipite sur tous les écrits qu'il peut rassembler. Il trouve des romans et s'aperçoit qu'ils ressemblent furieusement à ceux que lui-même pratique. Il trouve des journaux. Et, puisque nous sommes en pleine fiction, nous admettrons que notre français moyen, étant un peu au-dessus de la moyenne, recevait non pas un seul journal, mais deux journaux d'opinion différente. Voilà notre historien bien embarrassé de constater que, d'un journal à l'autre, les mêmes faits, le même jour, sont présentés de façon exactement opposée. Assoiffé de vérité historique, il les feuillette avec acharnement pour découvrir enfin un document sur quoi chacun s'accorde.
Et il trouve en page 5 de l'un et l'autre journal, le même cliché proclamant : « Rendez votre visage aérodynamique ! » ... « Eureka ! s'écrie l'historien de l'avenir en se frappant le front, au comble de la jubilation : «Eureka !
en l'an de grâce 1938, les femmes de France, qu'elles soient de gauche ou de droite, avaient au moins une préoccupation commune, celle de rendre leur visage aérodynamique ».

(la publicité mentionnée dans la conférence existe réellement ! => voir ICI

samedi 23 juillet 2016

[Uchronie] Emile Faguet, Sur Mirabeau (1913)

Nombre d'études historiques se plaisent à faire de l'uchronie. En 1913, l'écrivain, essayiste et critique littéraire Emile Faguet imagine, à la fin de son article "Sur Mirabeau" le destin du révolutionnaire Honoré-Gabriel Riquetti comte de Mirabeau s'il n'était pas mort en 1791.


Que serait-il arrivé de Mirabeau s'il n'était pas mort le 2 avril 1791 à l'âge de quarante-deux ans ? Ces questions sont trop oiseuses pour que je consacre à l'une d'elles plus de vingt lignes, mais encore elles contribuent à fixer les idées sur un homme. Il aurait été assurément guillotiné en 1793 s'il fût resté en France; si, ce qu'il aurait sans doute compris qu'il fallait faire après les découvertes de l'armoire de fer, il avait fui à l'étranger, il n'aurait pas pu revenir avant le Consulat, et très probablement il n'aurait pas été employé par Napoléon qui s'accommodait mal d'hommes de sa taille, et il n'aurait pu devenir ministre qu'avec Louis XVIII vers 1818 ou 1820, et, à cette époque, il aurait eu soixante-dix-ans. C'était un peu tard. On peut donc dire qu'à la date où Mirabeau mourut, sa carrière était si près d'être finie qu'en vérité elle l'était.
Inversement, s'il avait été prêt d'autre sorte qu'intellectuellement en 1788, s'il avait été moralement ministrable en 1787 ou 1788, s'il avait, à la place de Necker ou de Montmorin, présidé comme chef de gouvernement à la Révolution naissante, s'il avait été appelé à la diriger, à la contenir, à la guider, à l'éclairer avec la netteté de ses vues et la décision de son geste, il est possible, il est presque probable que ce grand mouvement, très nécessaire, eût pris un tout autre cours, et meilleur, et que son seul produit net, l'Empire (qu'il a prévu), n'aurait jamais existé.

Emile Faguet, Sur Mirabeau, in Revue des deux mondes, 1er juin 1913

Image:  François Louis Lonsing, Portrait d'Honoré-Gabriel Riqueti, Comte de Mirabeau (1749-1791), huile sur toile, deuxième partie du XVIIIe siècle, Musée des Beaux Arts de Bordeaux