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ISSN 2496-9346
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samedi 9 janvier 2021

Paul Hadol, Dernière application de la vapeur ou La machine humaine en 1900 (1864)

Dans le numéro 7 de La Vie parisienne daté du 12 février 1864, on pouvait découvrir cette très belle illustration de Paul Hadol qui préfigure le transhumanisme : Dernière application de la vapeur ou La machine humaine en 1900. On pourrait la qualifier de proto-steampunk !






jeudi 7 janvier 2021

Georges Barbarin, Steril Office (1933)

Le texte "Steril Office" a été publié en 1933 dans La Vie parisienne. Georges Barbarin imagine un avenir (en 1921) dans lequel la stérilisation provisoire ou définitive est devenue courante et utiliser pour différents motifs mais n'est pas sans poser quelques problèmes à certain-e-s...




Steril Office

 

(L'an 2021. Un bureau de placement omnibus, rue de Laborde. Les employés de tout âge et de toute forme attendent dans un vaste parloir. Les employeurs pénètrent dans un salon contigu pourvu de tout le confort moderne. Au fond, et communiquant avec les deux, le cabinet du directeur, moelleux comme un boudoir et secret comme un confessionnal. Dans le cabinet directorial.)

 

LE DIRECTEUR, poursuivant sa phrase. — Nous disons : Un maître d'hôtel stérilisé...

(II note, puis le crayon en l'air.)

Avec ou sans garantie ?

LA BARONNE. Mon Dieu !... Naturellement, je préfère la garantie.

LE DIRECTEUR, péremptoire. — Alors, c'est mille francs de plus.

LA BARONNE, un peu suffoquée. — Et de quelle nature est exactement, d’après vous, cette garantie ?

LE DIRECTEUR. — La stérilisation courante, madame la baronne, est provisoire. Avec garantie, le travail est définitif.

LA BARONNE. — Ah !... Et combien peut durer à peu près ce provisoire ?

LE DIRECTEUR. — Six mois.

LA BARONNE, vivement. — C'est largement suffisant. Tous mes domestiques me quittent le second mois...

(Geste vague du Directeur.)

Et vous dites 1.500 francs par mois. C'est cher.

LE DIRECTEUR. — Sans doute. Mais plus de grossesses à l’office.

LA BARONNE. — J'entends.

LE DIRECTEUR. — ... Et pas davantage chez les maîtres... Confort, aisance, sécurité...

LA BARONNE, convaincue. — Je prendrai donc le 278. Envoyez-le moi à la fin de la semaine...

LE DIRECTEUR. — Entendu, madame la baronne. (II accompagne jusqu'à la porte et introduit M. Isaac Laquedem.)

LAQUEDEM. — Monsieur le Directeur, vous voyez un homme très ennuyé. J'ai une maison de commerce très bien achalandée : caleçons, gilets, bas et chaussettes...

(Tendant la main vers le Directeur.) A votre disposition...

LE DIRECTEUR. — Merci.

LAQUEDEM. Je vous ferai des prix doux... Presque tout mon personnel est féminin : les vendeuses, la dactylo, la caissière, parce que j'estime que les visages féminins poussent à la consommation et à la vente, sans préjudice, bien entendu, de l'attrait des corps.

LE DIRECTEUR. — Justement raisonné.

LAQUEDEM. — Par contre, je ne puis confier la comptabilité aux femmes, parce que celles-ci ne
sont ni ponctuelles, ni appliquées, ni précises, ni méthodiques. Il me faut donc malheureusement avoir recours à un homme...

LE DIRECTEUR. — Et pourquoi malheureusement ?

LAQUEDEM. — Mais, monsieur, parce que ce seul homme parmi toutes ces femmes provoque des ravages incalculables.

LE DIRECTEUR. — Prenez-le bossu.

LAQUEDEM. — J 'ai essayé. On se l'arrache pour toucher sa bosse.

LE DIRECTEUR. — Prenez-le très âgé.

LAQUEDEM. — Non, non ! J'ai essayé de même. Et les vieux, c'est encore pis.

LE DIRECTEUR. — Je ne verrais qu'un remède, ce serait un comptable stérilisé.

LAQUEDEM. — Vous auriez ?...

LE DIRECTEUR. — Je vais consulter mes fiches.

(Il compulse.)

Voyons !... Euh !... J'ai des garçons pâtissiers... des hommes de lettres... des champions de boxe et des aumôniers.

LAQUEDEM. — Et pas le moindre comptable ?

LE DIRECTEUR. — Si !... Un ancien patron de maison hospitalière, qui s'est retiré des affaires, parce qu'il avait mangé le matériel.

LAQUEDEM. — Mais dites donc !...

LE DIRECTEUR. — Oh ! vous n'avez plus rien à craindre... L'oblitération est complète... Sage comme une image, sec comme un aztèque, vierge comme un cierge et froid comme du bois... Vous connaissez les conditions ?...

LAQUEDEM. Je les connais. Je rattraperai votre commission dans le trimestre.

LE DIRECTEUR. — Alors, je préviens notre homme et vous vous entendez avec lui.

(Il sonne et reconduit Laquedem. Entre Paul Iglotte.)

LE DIRECTEUR. — Gens de maison ? Ou employés de bureau ?

PAUL IGLOTTE. — C'est un autre dessein qui m'amène. Je suis, Monsieur le Directeur, un séducteur professionnel.

(Le Directeur s'incline.)

Il y a dix ans, ce métier était de tout repos. J'entends au point de vue de la quête pure. Je levais dix femmes par jour sans avoir besoin de prendre le métro. Puis je n 'en ai plus levé que cinq, puis une... puis deux par semaine. Aujourd'hui, je suis bien aise quand j'en lève une tous les mois.

LE DIRECTEUR. — A moi, cela me suffirait parfaitement.

PAUL IGLOTTE. — Parce que vous songez à la bagatelle. Il en est autrement du fidèle que du prêtre qui vit nécessairement de l'autel.

LE DIRECTEUR. — Vous n'êtes pourtant pas déplumé !

PAUL IGLOTTE. — Pa s assez. Du moins pour la jeune fille moderne. Celle-ci est aussi affamée d'expériences que sa devancière, mais elle cherche la sécurité.

LE DIRECTEUR. — Dame ! Mettez-vous à sa place.

PAUL IGLOTTE. — C'est ce que je fais. Je viens donc m'inscrire au Stéril' Office.

LE DIRECTEUR. — Stérilisation temporaire ou à vie ?

PAUL IGLOTTE, résolument. — Je veux être inoffensif à perpétuité.

LE DIRECTEUR, écrivant. — Présentez-vous samedi au second étage de notre néo-clinique.

PAUL IGLOTTE. — Entendu. Je vous laisse ma carte.

(Il sort durant qu'on introduit Mme Alberta.)

LE DIRECTEUR, saluant. — Je me doute que vous n’êtes pas encore satisfaite du dernier.

Mme ALBERTA. — Oh ! pas du tout !

LE DIRECTEUR. — Joli garçon, cependant.

Mme ALBERTA. — Pour moi, il était fait comme les autres. On a impression que vos stérilisés ne sont plus des hommes.

LE DIRECTEUR. — Ce n'est évidemment qu'une impression.

Mme ALBERTA. — Que voulez-vous que je vous dise ? Au fond, la moitié du plaisir, c'est le risque. Depuis que l'amour est devenu sans péril, il est aussi devenu sans péché.

LE DIRECTEUR. — En somme, que demandez-vous ?

Mme ALBERTA. — Vous allez dire que je suis bien contrariante. Je veux un amant véritable et non un amant oblitéré... Seulement l'oiseau en liberté devient rare depuis que vous les mettez tous en cage.

LE DIRECTEUR, faisant pirouetter la carte de Paul Iglotte entre ses doigts. — Tenez ! voici un séducteur intact...

Mme ALBERTA, prenant la carte. — ... Avec danger garanti...

LE DIRECTEUR. — Je vous jure que la voie est libre… Seulement… (Il la reconduit à la porte)… si j’ai un conseil à vous donner, c’est d’y aller avant samedi.

 

Georges Barbarin, « Steril Office »,

in La Vie parisienne, n°11, 18 mars 1933.


Pour retrouver toutes les anticipations publiées dans La Vie parisienne reproduites sur  ArchéoSF cliquez ICI.







mardi 5 juillet 2016

Markous, Quand on aura oublié de marcher... (1909)

Au début du XXe siècle avec le succès de l'automobile et de l'aéroplane se posait la question du dernier piéton. L'espèce pédestre allait-elle disparaître? 
Markous livre sa vision dans ce dessin paru dans La Vie Parisienne fictivement daté du samedi 25 août 3414 (1552e année) :


Légende: "Un exploit qui va certainement bouleverser la face du monde vient d'être accompli : un homme est arrivé à s'avancer sur terre en mettant successivement un pied devant l'autre!
"Grands Dieux ! Où s'arrêtera le progrès humain !









 
Différents auteurs ont évoqué ce thème du dernier piéton ou de la fin de la marche supplantée par les appareils automobiles et aéronautiques:


L’espèce rare des piétons sous le joug d’un nouvel impôt en 1997" publié dans la  Revue du Touring-Club de France (1897) (lire en ligne)


Jean Goudezki, sous le pseudonyme de X. Jeune-Sépaki, Un clou pour l’exposition de 1950, L’homme à pied, in Almanach catholique de Roubaix, 1899 recueilli dans l'anthologie En 1950

Fel, "Les Derniers pas de l'homme", « Temps futurs », publié dans La Tribune de Lausanne, n°285, 14 octobre 1921. (lire en ligne

Clément Vautel, "Le Dernier piéton", in Almanach Illustré du Petit Parisien, 1927, repris dans le Bulletin des Amateurs d'Anticipation Ancienne n°13 février-avril 1994 



Merci à Blouzouga Memphis qui m'a transmis l'image