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ISSN 2496-9346
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lundi 6 novembre 2017

Léon Blum critique de John-Antoine Nau, le premier Prix Goncourt (1903)

Avant de se lancer en politique avec le destin que l'on connaît, Léon Blum fut un critique littéraire reconnu. Dans les colonnes de Gil Blas, le 14 septembre 1903, il critique Force Ennemie de John-Antoine Nau à qui est décerné le 21 décembre 1903 le premier Prix Goncourt.


LES LIVRES
 Quatre romans de MM. EUGÈNE VERNON, MARIUS-ARY LEBLOND, JOHN-ANTOINE NAU et HENRI GHÉON.

Est-ce cette année que l'Académie Goncourt compte décerner pour la première fois le prix destiné au meilleur roman de jeune? Si j'étais juge, voici quatre romans que j'aurais retenus, entre lesquels je pourrais hésiter : Gisèle Chevreuse, de M. Eugène Vernon, le Zézère, de MM. Marius et Ary Leblond, la Force Ennemie, de M. John Antoine Nau, et enfin, le Consolateur, de M. Henri Ghéon. Chacun de ces livres est louable à plus d'un titre. Les auteurs ont, je crois, à peu près le même âge, c'est-à-dire moins de trente ans. [...]

Si jamais sujet prêtait au développement naturaliste, c'est bien celui qu'a traité M. Nau. Force Ennemie, est l'histoire d'un fou, enfermé dans une maison de fous ; le milieu est constitué par ses compagnons de cellule, ses gardiens, les médecins qui le torturent. Et, cependant, ce roman se présente avec un agrément d'art, de choix, et même de légèreté, et j'en puis parler sans avoir la moindre envie de me tirer d'affaire par une digression sur la loi de 1838. C'est d'abord, bien entendu, que l'auteur a beaucoup de talent. C'est, aussi que M. John-Antoine Nau, bien que procédant évidemment de Villiers de L'Isle Adam, d'Edgar Poe et de Baudelaire, a été très fortement marqué par les humoristes, et ce sont, à mon avis, les humoristes — pour me servir d'un mot inexact, mais qu'on a coutume d'appliquer à des hommes comme MM. Jules Renard ou Tristan Bernard - qui auront renouvelé, par une influence directe ou détournée, les procédés du roman moderne... Qu'on ne prête pas d'ailleurs à M. Nau le mauvais goût d'avoir écrit un roman gai sur la folie ; son livre est sérieux, vrai, et même triste, mais bien qu'écrit sur un sujet atroce, il est sans pesanteur, sans diffusion et sans ennui. Cela n'empêche pas que la pénétration de l'analyse soit très aiguë, et les pages où M. Nau montre son aliéné à demi-lucide « habité comme un fruit véreux », logeant en lui « la force ennemie » qu'il connaît, contre laquelle il lutte, qui lui impose des paroles et des actes qu'il sait déments, font véritablement penser à quelque conte d'Edgar Poë. L'ennemi intérieur s'isole peu à peu, se personnalise, le fou dialogue avec lui, et c'est une fiction puissante que l'auteur a eu le seul tort de pousser trop loin. Le style est exact et riche, peut-être un peu inarticulé, mais l'auteur d'un pareil livre—M. Nau qui n'avait publié auparavant qu'un volume de vers, Au Seuil de l'Espoir — est un écrivain sur lequel on peut fonder les plus belles espérances.

Source de l'article: Gallica 

Force ennemie est disponible en version numérique dans la collection ArchéoSF aux éditions publie.net



jeudi 3 novembre 2016

John-Antoine Nau, Force ennemie : le premier Prix Goncourt

Il fut un temps où l'Académie Goncourt était présidée par Joris-Karl Huysmans et était composée de Octave Mirbeau, J.-H. Rosny, aîné, Léon Daudet, Léon Hennique, Paul Margueritte, J.-H. Rosny jeune, Gustave Geffroy, Lucien Descaves, Élémir Bourges... Nous sommes en 1903 et l'Académie décerne son premier prix: ce sera Force ennemie de John Antoine Nau. Une œuvre de science-fiction recevant le premier prix Goncourt!

Bien après l'obtention du prix, lors d'une réédition en 1919, le quotidien Le Populaire rappelle l'intérêt et l'importance de l’œuvre:

Préfacée par Louis Descaves, l’œuvre si poignante de John-Antoine Nau, Force ennemie, vient d'être à nouveau éditée, chez Flammarion. Force ennemie fut le premier prix Goncourt et les dix peuvent s'enorgueillir de celui-là.

Le Populaire, 17 janvier 1919
Dans la préface mentionnée par Le Populaire on peut lire:

J’avais porté le livre à Hüysmans; il l’aima tout de suite…. et l’auteur d‘À Rebours n’était pas de ceux qu’on satisfait aisément. Longtemps après, il lui arrivait de dire : « C’est encore le meilleur que nous ayons couronné ».
Il faut reconnaître, en tout cas, que le souhait des Goncourt n’a jamais été mieux accompli que par Nau. La distinction dont il était l’objet ne l’a incité qu’à composer d’autres livres, peu nombreux, lentement, avec soin et sans aucune pensée de lucre. Loin de se croire encouragé au négoce, Nau donna l’exemple, au contraire, d’une dignité de caractère et d’un exclusif souci d’art, qui rappelaient le Prix Goncourt pour en préciser la signification et en accroître le prestige.
En 1922, à propos de la remise du prix Goncourt, on pouvait lire dans Les Potins de Paris ces lignes concernant John-Antoine Nau:
 
Le roman d'aventures, le roman exotique, si l'on veut, date de John-Antoine Nau qui obtint le premier prix Goncourt en 1903 avec Force Ennemie. John-Antoine Nau qui mourut en mars 1918 à Tréboul fut un grand voyageur. Sur place, il composa Le Préteur d'Amour qui se passe aux Antilles ; La Génia, aux Indes ; Cristobal le Poète, en Algérie ; Thérèse Donali, en Corse...
Mais John-Antoine Nau était venu trop tôt. Son siècle ne se plaisait pas à ses narrations lointaines et véridiques. Son temps, néanmoins, doit être venu aujourd'hui. Si la justice existait, John-Antoine Nau aurait un marbre immense et les romans de Pierre Benoit se tirerait en édition à quatre sous. Ce serait encore beaucoup d'honneur...

Les Potins de Paris, 6 février 1922
A lire:
Force ennemie de John-Antoine Nau, collection ArchéoSF (disponible en numérique, 4,99 euros seulement)