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mercredi 16 mai 2018

Demain, les Révolutions! Utopies & Anticipation révolutionnaires (Anthologie)



En ces temps agités de contestations sociales, de crises répétées, de quêtes de modes de vie alternatifs, peut-être que les réponses aux questions qui nous taraudent sont à chercher à la fois dans le passé et dans l'avenir. Par exemple tout au long du 19e siècle, et jusqu'au début du 20e, période au cours de laquelle les révolutions et les révoltes se sont succédées et qui a engendré les anticipations révolutionnaires regroupées dans cette nouvelle anthologie, Demain, les révolutions !  À quel avenir rêve-t-on quand on est porté par l'espoir qu'un monde meilleur est possible ? Et que pouvons-nous apprendre de ces anticipations passées pour, nous, réinventer l'avenir ? Réponses dans cet ouvrage, qui n'en demeure pas moins ancré dans le présent : chaque Demain, les révolutions !  acheté d'ici à la fin du mois de juin 2018 soutiendra le mouvement actuel des cheminots.

Aucune carte du monde n’est digne d’un regard si le pays de l’utopie n’y figure pas. — Oscar Wilde
1830, 1848, 1871, 1905, 1917… les révolutions et révoltes populaires se sont succédées pendant un siècle. Portés par une volonté de conquêtes sociales, d’une transformation profonde de la société et par l’espoir de voir leurs idées triompher, des auteurs engagés dans différents courants progressistes ont imaginé l’avenir des révolutions qu’ils vivaient ou qu’ils souhaitaient : à partir de théories ils projettent les lecteurs dans une ère nouvelle, un âge d’or à venir. Les sept textes réunis dans Demain, les Révolutions ! témoignent de la diversité des points de vue, des courants et des moyens de réaliser la révolution annoncée. Ces disciples de Saint-Simon et de Charles Fourier, socialistes et anarchistes, communards et anarcho-syndicalistes rêvent de voir le monde changer de base. Dans ces utopies et anticipations révolutionnaires, une nouvelle société se dessine : plus juste, plus fraternelle, plus égalitaire. Si ces espérances ne se sont pas toutes réalisées, elles contiennent des buts à atteindre qui sont toujours d’actualité, elles portent en germe l’émancipation du genre humain et le désir d’un avenir radieux. L’utopie n’est pas une illusion, elle est un idéal ; elle n’est pas une chimère, elle est un projet. Si, comme l’écrivait Victor Hugo, « l’utopie est la vérité de demain », hier comme aujourd’hui, avec tous les Jean Misère, continuons de bâtir des cités idéales, de chanter le temps des cerises et, demain, le soleil brillera toujours !
Table
Philippe Ethuin — Présentation
Louis Desnoyers — Paris révolutionné, 1834 — Réformateur et utopiste
Barthélémy Enfantin — Mémoires d’un industriel de l’an 2240, vers 1838 — Saint-simonien
Victor Hennequin — Scènes phalantériennes, 1850-1852 — Phalanstérien
Paschal Grousset — Le rêve d’un irréconciliable, 1869 — Socialiste
Louise Michel — L’Ère nouvelle, 1887 — Socialiste libertaire
Olivier Souëtre — La cité de l’égalité, 1892 — Anarchiste
Émile Pouget — Que nous réserve la révolution de demain ?, 1909 — Anarcho-syndicaliste
En accord avec Publie.net, ArchéoSF a décidé de reverser à la caisse de grève des cheminots 2,5 euros sur chaque exemplaire vendu en avril (précommande), mai (parution le 2 mai) et jusqu’à fin juin 2018. On vous explique pourquoi :
Parce que les auteurs des textes de l’anthologie Demain, les Révolutions ! étaient portés par une volonté de conquêtes sociales, d’une transformation profonde de la société et par l’espoir de voir leurs idées triompher, engagés dans différents courants progressistes ils ont imaginé un avenir radieux, une ère nouvelle, un âge d’or à venir. Parce que dans ces utopies et anticipations révolutionnaires, une nouvelle société se dessine : plus juste, plus fraternelle, plus égalitaire et que, si ces espérances ne se sont pas toutes réalisées, elles contiennent des buts à atteindre qui sont toujours d’actualité, elles portent en germe l’émancipation du genre humain et le désir d’un avenir radieux. Parce que l’utopie n’est pas une illusion, elle est un idéal ; parce qu’elle n’est pas une chimère, elle est un projet.
Parce que la maison d’édition Publie.net qui accueille la collection ArchéoSF porte des valeurs par exemple en intégrant des processus coopératifs avec des auteurs, en proposant une rémunération équitable des auteurs y compris pour les revenus issus des abonnements et des réflexions sur la société contemporaine et sur des formes de résistance à travers la littérature.
Parce que nous sommes attachés aux biens communs, à l’action collective, que nous refusons que toute la société soit marchandisée et que les acquis sociaux de tou-te-s disparaissent peu à peu pour augmenter les profits de quelques-un-e-s , parce que les cheminot-e-s ont toujours partie prenante de combats sociaux dont les effets ont été bénéfiques pour tou-te-s.
Comme l’écrivait Victor Hugo, « l’utopie est la vérité de demain », hier comme aujourd’hui, continuons de bâtir des cités idéales, de chanter le temps des cerises et, demain, le soleil brillera toujours !

Lien vers la boutique de publie.net pour acquérir Demain les Révolutions! en version papier ou numérique: cliquez ICI.



lundi 23 avril 2018

Louise Michel et l'anticipation

Louise Michel a marqué de son empreinte toute la fin du XIXe siècle et son souvenir reste particulièrement vivace.
On l'ignore parfois mais Louise Michel ne fut pas seulement une infatigable propagatrice du mouvement libertaire et du féminisme mais aussi une auteure de science fiction, notamment sous la forme d'anticipations sociales.

En 1887, un article est publié dans Le Temps  puis repris par Adolphe Brisson, sous le pseudonyme de Sergines, relatant les travaux d'écriture de Louise Michel dans ce domaine.
Deux des romans cités ont été publiés : Les Microbes humains (1886), Le Monde nouveau (1888) auxquels il faut ajouter Le Claque dents (1889), se terminant par une révolution prolétarienne planétaire, qui est une suite des romans précédents.
Ces trois romans ont été réédités en 2013 aux Presses Universitaires de Lyon. 
De son côté ArchéoSF dans l'anthologie Demain, les Révolutions. Utopies & Anticipations révolutionnaires propose L'Ere nouvelle de Louise Michel, texte datant de 1887.


LOUISE MICHEL

Que devient donc Louise Michel ? Jadis il ne se passait pas huit jours sans qu'on apprît qu'elle avait évangélisé un faubourg de Paris ou reçu quelques horions à l'issue d'une conférence dans une commune de la banlieue. Un congrès révolutionnaire vient d'avoir lieu, elle n'y a pas paru ! Cette disparition d'une personne qui a si souvent défrayé la chronique parisienne mérite d'être expliquée. Louise Michel n'a rien abandonné de ses idées révolutionnaires, et ce ne sont point les huées qui l'ont accueillie extra muros qui l'ont décidée à se retirer sous sa tente. Elle a pour un instant seulement donné le pas sur la politique à des préoccupations purement littéraires.
A Levallois-Perret, où l'un de nos collaborateurs lui a rendu visite, elle habite, au cinquième étage d'une maison de la rue Victor-Hugo, un très petit logement ; elle y vit en compagnie d'un petit chien brun qui, comme celui de Lamartine, se couche à ses pieds lorsqu'elle écrit.
Que voulez-vous ? disait-elle à son visiteur, j'aime beaucoup les réunions révolutionnaires, mais je ne puis y aller aussi souvent que je le voudrais. Ce sont pour moi des dépenses considérables, et, pour l'instant, il me faut travailler et beaucoup travailler pour payer mes dettes. Je n'ai pas abandonné mes amis, bien au contraire. Puis elle expose à son interlocuteur tous ses projets littéraires. Elle a commencé, il y a quelques mois, la publication d'une « série rouge » comprenant six volumes. Le premier, les Microbes humains, a déjà paru. Les cinq autres vont paraître prochainement. Elle en corrige actuellement les épreuves. Ils porteront pour titre : le Monde nouveau, la Débâcle ou le Cauchemar de la vie, Première étape, l’Épopée ou la Légende nouvelle et D'astre en astre.Voici l'idée générale de cette série rouge : Louise Michel prend, dans la société actuelle, les dégoûtés, les désespérés, les assassins, toutes les victimes des lois et des coutumes d'aujourd'hui, les fait s'associer entre eux et fonder le plus près possible du pôle Nord une colonie où ils pourront vivre comme elle rêve qu'on vivra demain, c'est-à-dire en toute liberté, et délivrés de toute autorité et de tout esclavage moral ou matériel.
J'ai préféré le pôle Nord, disait-elle, parce que là ils auront à lutter contre les éléments. La Première étape, c'est l'éclosion de cette société. Tous mes personnages sont hideux et repoussants, mais faisons une comparaison. Un ver qui se transforme et devient insecte devient, lorsque cette transformation a lieu, horrible. Puis peu à peu ce monstre prend une forme moins hideuse, ses ailes apparaissent, son vol au début est pénible, hésitant, puis enfin il vole sans hésitation. Nous arrivons alors à l’Épopée ou la Légende nouvelle. Et Louise Michel ajoute qu'elle fera détruire par une mission scientifique cette colonie représentant la société future établie au milieu de la société actuelle. Cette catastrophe se produira à l'aide d'une matière explosible plus puissante que la dynamite découverte par ses héros du Cauchemar de la vie et dont l'invention leur aura été ravie par des savants. Enfin D'astre en astre sera une sorte d'apothéose. On pourra communiquer de comète en comète, de satellite en satellite, d'astre en astre. Sera-ce avec le téléphone ou le télégraphe ? Ce dernier volume n'est qu'à l'état de projet.
Louise Michel a écrit aussi une Petite encyclopédie à l'usage de la jeunesse, qui va paraître. Elle comprend deux chapitres : le premier, c'est le monde vu à vol d'oiseau au microscope et au télescope, et le second comprend tout ce qui est langue, mécanique, dessin et calcul.
En ce qui concerne les langues, Mlle Louise Michel commence l'éducation des enfants par les cris poussés par les animaux, cris qui se ressemblent plus ou moins, et partant de ceci que, dans les sciences, certains mots sont communs à presque tous les peuples, elle nourrit le rêve de créer « une langue universelle. »
Le deuxième volume des Mémoires de Louise Michel est sous presse; pour paraître aussi Contes et légendes et les Crimes de notre époque, et enfin un volume de vers, les Océaniennes, dont elle a bien voulu nous communiquer les deux strophes suivantes :

BOUCHE CLOSE 

Nul souffle humain n'est sur ces plages,
Rien que celui des éléments;
Le cyclone hurlant sur les plages
Les légendes des océans. 
Les sapins verts sur les nuées
Tordant leurs branches remuées
Comme des harpes dans les vents.

Sous les coraux ou sur les sables
La nature parfois ouvrant,
Dans ses tourmentes formidables,
Un cercueil, ville ou continent,
Et l'être ayant la bouche close,
Feuille de chêne ou bien de rosé
Tombant au gré de l'ouragan.

Mlle Louise Michel, dès que ces ouvrages auront paru et que ses ennuis momentanés auront disparu, compte se rendre chez les Canaques. « J'espère, a-t-elle dit, beaucoup de ces intelligences si neuves. » 


Anonyme, « Louise Michel », in Le Temps, n° 9626, 13 septembre 1887.

repris sous le nom de Sergines, « Échos de Paris », in Les Annales politiques et littéraires, n° 221, 18 septembre 1887.



vendredi 16 mars 2018

[Précommandes] Anthologie Demain, les Révolutions! et Une Utopie moderne d'HG Wells

Le 2 mai 2018 paraîtront deux nouveautés dans la collection ArchéoSF aux éditions publie.net
















Les utopies sont les songes de la raison.( Octavio Paz)

L'anthologie Demain, les Révolutions ! Utopies & Anticipations révolutionnaires recueille sept textes, pour la plupart jamais réédités depuis leur première parution. Ces textes publiés entre 1834 et 1909 livrent un panorama des utopies et anticipations révolutionnaires avec des auteurs saint-simoniens, fouriéristes, socialistes, anarchistes, anarcho-syndicalistes.



4ème de couverture:

 Aucune carte du monde n’est digne d’un regard si le pays de l’utopie n’y figure pas.                                                                     Oscar Wilde

1830, 1848, 1871, 1905, 1917… les révolutions et révoltes populaires se sont succédées pendant un siècle. Portés par une volonté de conquêtes sociales, d’une transformation profonde de la société et par l’espoir de voir leurs idées triompher, des auteurs engagés dans différents courants progressistes ont imaginé l’avenir des révolutions qu’ils vivaient ou qu’ils souhaitaient : à partir de théories ils projettent les lecteurs dans une ère nouvelle, un âge d’or à venir. Les sept textes réunis dans Demain, les Révolutions ! témoignent de la diversité des points de vue, des courants et des moyens de réaliser la révolution annoncée. Ces disciples de Saint-Simon et de Charles Fourier, socialistes et anarchistes, communards et anarcho-syndicalistes rêvent de voir le monde changer de base.
 Dans ces utopies et anticipations révolutionnaires, une nouvelle société se dessine : plus juste, plus fraternelle, plus égalitaire. Si ces espérances ne se sont pas toutes réalisées, elles contiennent des buts à atteindre qui sont toujours d’actualité, elles portent en germe l’émancipation du genre humain et le désir d’un avenir radieux. L’utopie n’est pas une illusion, elle est un idéal ; elle n’est pas une chimère, elle est un projet. Si, comme l’écrivait Victor Hugo, « l’utopie est la vérité de demain », hier comme aujourd’hui, avec tous les Jean Misère, continuons de bâtir des cités idéales, de chanter le temps des cerises et, demain, le soleil brillera toujours !

Pour précommander Demain, les Révolutions !, cliquez ICI.
Pour lire une présentation plus complète, cliquez ICI.


Imaginons un monde meilleur!

Le 2 mai paraît aussi Une Utopie moderne d'HG Wells. Publiée en 1905, traduite en 1907 en France, cette oeuvre est très importante pour comprendre la pensée d'HG Wells. Essai romancé, Une Utopie moderne nous livre les idées de l'auteur de tant de classiques de science-fiction!
Il s'agit de la première réédition en français depuis plus de 110 ans!



4ème de couverture:

« Quittant le domaine des rêves, les Utopies en viendront à se dessiner en projets d'exécution, et l'humanité entière façonnera l’État Mondial définitif, l’État Mondial juste et beau, vaste et fécond, qui ne sera plus une Utopie, puisqu'il sera notre monde. » H. G. Wells 
Avec ses scientific romances, H.G. Wells a imposé de grands thèmes classiques de la science-fiction : le voyage temporel dans La Machine à explorer le temps, les manipulations génétiques dans L’Île du docteur Moreau, l’invisibilité dans L’Homme invisible, l’invasion extraterrestre dans La Guerre des Mondes ou encore l’exploration spatiale dans Les Premiers hommes sur la Lune.
L’essai romancé Une Utopie moderne (1905) synthétise toutes les idées politiques, économiques et sociales qui imprègnent la production romanesque d’H.G. Wells. Il projette deux touristes terriens sur un double de notre planète sur laquelle s’est développée une Utopie Moderne. Continuateur de Platon, il décrit sa société idéale de l’avenir gouvernée par un État mondial où les femmes sont émancipées, le racisme est refusé, la machine libère l'homme, l'économie est contrôlée.
 Ce texte est réédité pour la première fois depuis 1907 en langue française.
 « Un ouvrage fondamental » Joseph Altairac

Pour précommander Une Utopie moderne, cliquez ICI.
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vendredi 24 novembre 2017

Jules Demolliens, Ah! Vous aurez beau faire... (1894)

Le périodique humoristique le Journal amusant (dont le rédacteur en chef était en 1894 Pierre Véron auteur du Raccommodeur de cervelles et d'autres nouvelles) usait régulièrement de prophètes, de devins et de pythonisses pour éclairer ses lecteurs sur l'avenir. Jules Demolliens se livre à cet exercice sur le thème du pari sportif. Alors que les joueurs de son époque se sentent floués, qu'en sera-t-il dans l'avenir? 


Ah ! Vous aurez beau faire...

Les courses semblent destinées à devenir un de ces passe-temps dont on dit que le jeu n'en vaut pas la chandelle.
La braise serait peut-être même plus exact.
Et beaucoup prévoient, à bref délai, la disparition — oh! que triste! — de ce tapis vert où l'on biseaute les chevaux comme de simples cartes.
Nous avons voulu savoir ce qu'il pouvait y avoir de vrai dans ces prédictions pessimistes, et nous s mimes allés dare-dare consulter la somnambule habituelle du Journal Amusant.
Cette bonne pythonisse s'est mise aussitôt à notre disposition.
Je dors ! s'est-elle écriée toute joyeuse.
Eh bien, que voyez-vous?
Voilà : après une foule de petites émeutes, chaque année, sur les champs de course, une révolution éclate enfin en l'an 1930.
Les parieurs, trop effrontément dévalisés, se soulèvent en masse et envahissent l'enceinte du pesage, en poussant des hurlements épouvantables, comme il convient dans ces circonstances solennelles. On pend haut et court tous les chevaux et quelque peu les jockeys avec les propriétaires, et, devant les potences, le peuple décrète l'abolition des courses de quadrupèdes.
Alors, on ne joue plus ?
Si ; mais une réaction s'est faite ; au lieu des rapides coursiers d'autrefois filant comme le vent, on choisit d'inoffensives tortues et on en fait lancer sur la piste.
Ça fait toujours durer le plaisir plus longtemps !
Oui; mais on trouvait encore le moyen de tricher !
Avec des tortues ?
Avec des tortues !... On faisait courir à jeun celle qui devait arriver première, et alors, il suffisait de lui montrer un brin de salade pour activer son allure et lui permettre d'atteindre le poteau avant ses concurrentes, bien repues, auxquelles la salade ne disait rien pour le moment.
Alors ?
Seconde révolution. On pend tortues et éleveurs ; ce qui est, entre parenthèses, une manière un peu vive d'élever, à leur tour, les éleveurs. En 1980, on imagine de faire courir des chevaux mécaniques mus par l'électricité.
L'électricité ne triche pas !
Non, du moins c'est ce qu'on croyait, et les gogos, enthousiasmés par la nouvelle invention, risquent sur ces bêles articulées jusqu'à leur dernière chemise.
Et ils ne gagnent pas plus que du temps des chevaux montés par de malins jockeys ?
Pas davantage !
Ça ne les rebute pas ?
Si ; ils commencent à grogner contre l'électricité et à la traiter fort irrévérencieusement, comme une majesté déchue, lorsqu'un beau jour, quelqu'un, trop curieux, s'aperçoit que les chevaux sont truqués et que l'entrepreneur de courses fait arriver premier invariablement celui sur lequel de rares joueurs ont ponté.
A qui se fier ?
Les parieurs se soulèvent…
Troisième révolution !
On met les chevaux mécaniques en miettes ; et en l'an 2000, les gogos jurent solennellement de renoncer à jouer. La scène est très émouvante.
Et ils tiennent parole ?
Pendant huit jours... au bout desquels on rencontre les messieurs les plus sélect jouant au Zanzibar ou au bonneteau ; des parties de bouchon du high-life ont lieu à tous les carrefours.
Cela devenait inquiétant.
Aussi les pouvoirs publics durent-ils aviser. On commença à désespérer de jamais arriver à donner au peuple un jeu qui lui convînt, lorsqu'un inventeur de génie imagine un petit appareil très curieux. C'est une sorte de roue concave divisée en 36 numéros, dans laquelle une bille tourne avec rapidité. Le numéro devant lequel s'arrête la bille a gagné, et le joueur empoche 30 fois sa mise. On donne, séance tenante, à l'ingénieuse mécanique le nom de roulette, et le peuple ne veut plus d'autre jeu que celui-là. Le gouvernement décore l'inventeur et s'adjuge la cagnotte... Tout est bien qui finit bien.
Là-dessus la bonne pythonisse se réveille, et nous prenons congé d'elle après force remerciements.

Jules Demolliens, « Ah ! Vous aurez beau faire... » in Le Journal amusant, n° 1672, 16 juin 1894

A lire sur ArchéoSF d'autres contes publiés dans Le Journal amusant :






jeudi 5 octobre 2017

Gabriel de Rarécourt de la Vallée marquis de Pimodan, Nihilisme (1898)

Pimodan a signé dans Les Sonnets de Pimodan (1898) quelques textes à tendance conjecturale. Nous avons déjà présenté Dernier Sélénite. Dans la partie "Nihilisme (songe en train rapide)" qui comprend sept sonnets nous revenons sur Terre avec le songe d'une révolution "rouge" qui n'est guère du goût du très catholique conservateur marquis de Pimodan. Nous livrons l'ensemble ci-dessous.






Nihilisme

I

L'AIGUILLEUR

Si rapide qu'il laisse aux rails une brûlure,
Si pesant qu'il étonne encore l'aiguilleur,
Comme un tonnerre humain, vers un climat meilleur,
Le train de luxe roule à sa plus grande allure.

De ces riches combien valent, en leur enflure
De basse vanité, le pauvre travailleur
Raidi sur le quai sombre, immobile veilleur,
Aux rafales de l'Est mêlant sa chevelure ?
C'est la nuit. L'homme est là docile mais rêvant,
Sous la blouse creusée aux morsures du vent,
Que « le grand soir » des revanches viendra peut-être,

Le soir rouge, le soir du dernier « ça ira »,
Où l'on ne pourra plus dire le nom d'un maître,
Où l'express monstrueux, culbuté, périra.

II

APRES « LE GRAND SOIR »

Quand rien ne sera plus des sociétés pourries
Où nous agonisons ; quand on aura brûlé,
Depuis les parlements jusqu'aux gendarmeries,
Tout l'édifice ancien chaque jour ébranlé ;

Quand des « Princes » iront parmi les railleries,
Tendant la main, couchant sous un pont écroulé ;
Quand on verra « Crésus », employé des voiries,
Parmi les balayeurs être immatriculé ;
Quand, du lointain Oural aux flots de l'Atlantique,
Il ne restera rien, rien de l'Europe antique,
Rien des trônes, et des pouvoirs, et des autels,

Les hommes n'auront pas rapproché de leurs lèvres
La coupe du bonheur, où se calment les fièvres,
Et souffriront toujours de leurs maux immortels.

III

LE BON CHIMISTE

La vieille humanité, lasse de l'échéant,
Alors, proclamera l'inanité de vivre,
Le recul éternel du bonheur à poursuivre ;
Et cette ultime foi sera sans mécréant.

Un chimiste, penché vers l'abîme béant,
Trouvera l'explosif devant fermer le livre
De nos destins vaincus par la Mort qui délivre,
Pour rouler notre race au Linceul du Néant.

Possédant le suprême et dernier magistère,
Un chimiste, pontife adoré de la Terre,
Presque dieu, sous un dôme immense en dur métal,

Un chimiste très doux, pitoyable et lyrique,
Pour briser la planète en terminant le mal,
Allumera du doigt l'étincelle électrique.

IV

LA DESTRUCTION DE LA TERRE

Oh ! la terre brisée ainsi qu'un projectile
Eclate ; le malheur fini, le vieux destin
Vaincu !,.. Plus un poisson nageant, plus un reptile
Rampant, plus un oiseau chantant au gai matin !

Plus rien qui souffre accablé par le sort hostile...
Mais le repos conquis, immuable, certain,
Sans possibilité de l'heure versatile,
Où reviendrait la vie en un éveil lointain.

Quel rêve!... le Bouddha futur devant renaître
Pour terminer son oeuvre enfin, sera peut-être
Le chimiste attendu, béni, sollicité,

Qui, dédaignant palais, villes ou capitales,
Livrera d'un seul coup le inonde aux morts brutales
Et si douces pourtant d'instantanéité.

V

LES AUTRES MONDES

Mais si là haut vraiment, sur les sphères lointaines
Qui vers notre soleil tournent leurs horizons,
Des êtres ont aussi dans leurs âmes hautaines
L'horreur de l'éternel vouloir des floraisons,

Des parfums emplissant les victoires certaines
De l'invincible avril, athlète des saisons,
De l'eau coulant toujours aux pierres des fontaines
Pour la coupe des maux qu'en vain nous épuisons;

Si là-haut, connue nous, d'autres sous leurs tortures
Succombent, trop martyrs, au fardeau de Natures
Différentes mais non moins cruelles... Alors...

Alors, de monde en monde effarant les espaces,
Qui saura, projetant la douceur de ses grâces,
Universaliser le saint repos des morts ?

VI

LA MORT UNIVERSELLE

La mort à notre globe, aux planètes solaires,
Aux univers connus, est-ce la fin des maux,
Si dans les vagues cieux, plus loin que les Polaires,
D'autres humanités ont d'éternels rameaux ?

Si des êtres pensants, aux affres similaires,
Par des villes, des bourgs, des cités, des hameaux,
Fixant l'autre côté de nos caniculaires
Tordent leurs bras plus loin que l'Ourse ou les Gémeaux ?

Plus loin, toujours plus loin... Il faut détruire encore,
Anéantir jusqu'au vagabond météore
Qui pourrait devenir un monde en cent mille ans...

Et cela fait... cela ne sera rien peut-être,
Si les décilions de siècles voient renaître,
Un jour maudit, le mal que nous portons aux flancs.

VII

INUTILITE

Ah! nul exacerbant les forces du génie
Dans la sainte pitié faisant craquer son front,
Nul ne saura finir l'éternelle agonie,
Où toujours et toujours des êtres souffriront...

Nul ne diminuera la misère infinie..,
Et, quand les poursuiveurs d'impossible croiront
Enlever un rameau de l'arbre tyrannie,
Ils n'en verront pas dix verdir sur le vieux tronc !...

Puis, songe plus affreux et futur plus horrible !
L'âme traverserait ces affres comme un crible,
Si l'on pouvait trouver le suprême explosif...

— Et voilà ce qu'au coin d'un wagon de première,
Ayant voilé le globe où vibrait la lumière,
O mon frère aiguilleur ! rêvait ton frère oisif !