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ISSN 2496-9346
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jeudi 29 septembre 2022

Olivier Souëtre (1831-1896) Breton, libertaire et anticipateur

Olivier Souëtre (dont le nom est orthographié Souêtre à l'état civil et parfois Souvestre) est né le 27 décembre 1831 à Plourin-les-Morlaix et mort à Paris le 30 décembre 1896.


Ses aïeux portaient le nom de Souvestre. I
ll utilisera pour ses premiers écrits le nom de Souvestre avant d'adopter pour sa production littéraire la forme "Souëtre". Il rencontre Jean Pierre Marie Le Scour au presbytère de Plourin et se destine à la prêtrise. Il fréquente le grand séminaire de Quimper. Il s'intéresse à l'histoire de la Bretagne et publie, à l'âge de 19 ans, "Ar Roue Gralon ha Kear Ys" (Le roi Gradlon et la ville d'Ys).


Ar Roue Gralon ha Kear Ys va être la principale source du renouveau d'intérêt pour la ville d'Ys. Il sera même pris pour une source authentique pendant longtemps.

 

Après une histoire d'amour, Olivier Souëtre renonce à la prêtrise. Il se rapproche d'une forme de catholicisme social. Il a en effet découvert les oeuvres de Félicité de Lamennais (dont Paroles d'un croyant publié en 1833 a été condamné par le pape Grégoire XVI). Olivier Souêtre continue à être soutenu par Le Scour qui est très dévot et proche des auteurs bretons. Cela durera 12 ans. Olivier Souêtre part à Paris en 1858 pour se lancer dans la littérature. Pour subvenir à ses besoins, il devient cheminot.


Il est employé de bureau pour la compagnie de chemin de fer de Graissezac à Béziers puis pour la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans (PO). Sa correspondance avec Jean Pierre Le Scour a été en partie publiée dans Le Consortium breton en 1928 (consultable ici: http://bibliotheque.idbe-bzh.org/liste_theme.php?id=le-consortium-breton-835&l=fr ).

 


François Jaffrennou y donne aussi des éléments biographiques sur Olivier Souêtre.

 

Ses activités professionnelles ne l'enthousiasment guère mais elles sont la condition de son indépendance financière.

 


Peu à peu il rompt avec Le Scour et affirme ses idéaux révolutionnaires comme l'indique François Jaffrennou. Certaines de ses lettres témoignent de son attente et de son espoir d'une révolution prochaine.

En 1862, il publie, sous le patronyme Souvestre, à compte d'auteur "Mikaël, kloarek breton" (un kloarek est un séminariste) dont on devine les côtés autobiographiques.

 

L'ouvrage est disponible sur GallicaBnF (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3107301/f7.item). A cette époque déjà il s'est éloigné du catholicisme et sa conversion à l'idéal révolutionnaire semble bien engagé comme le montre cet extrait de la préface de "Mikaël, kloarek breton".

 


Le livre n'a aucun succès. Il ne semble pas être chroniqué dans la presse de l'époque. Tout au plus peut on trouver deux annonces de publication sans résumé. 

L'éditeur fait faillite peu après. Souêtre continue à publier des textes en breton tel le recueil "Telenn Remengol"en 1868.

 

Il participe à la Commune de Paris au cours de laquelle il est gravement blessé d'une balle à la gorge. Sa blessure lui évite le peloton d'exécution. Il ne pourra plus jamais parler à voix haute. La Commune fera de lui un chansonnier très apprécié. Un livre sur Olivier Souêtre (Souvestre) et la Commune a été prévu en 1942 sous la signature de Ronan Pichery avec des illustrations de René-Yves Creston (ill.). L'ouvrage devait comprendre 50 récits de la légende et de l'histoire de Bretagne. De ce livre il ne reste semble-t-il que cette image conservée au Musée de Quimper. 

 



Il occupe différents emplois après la Commune (correcteur d'imprimerie, commis au Comptoir national d'escompte de Paris) et après la fin de la répression écrit de nombreuses chansons révolutionnaires. La plus célèbre est La Marianne (de 1883). 

 


Avant que L'Internationale d'Eugène Pottier ne s'impose, La Marianne est LE chant prolétarien et ouvrier chanté partout en Europe. On peut l'écouter ici  

La Nouvelle Revue en 1934 rappelle l'existence de ces chansons d'Olivier Souëtre.

 


Le talent d'Olivier Souêtre est reconnu et il remporte le prix de la Muse républicaine en 1879. Citons de quelques uns de ses textes: "La Parisienne de 1870", "La Commune ressuscitée",...

En 1888 est monté l'opéra "Le Roi d'Ys" sur une musique d'Édouard Lalo inspiré d'Olivier Souêtre (voir plus haut). A l'époque on le croit mort.

 


Pourtant il continue à écrire (restant souvent discret sur la première partie de sa carrière). On trouve le nom d'Olivier Souêtre au sommaire de Question sociale en 1894: 


 

En 1896, il publie La Cité de l'égalité

 


Le souvenir de la Commune y est très vivace. Souêtre imagine que dans les années 1930, la Commune a conquis toute la France. Le texte a d'abord été édité en revue quelques années plus tôt. Il fait l'objet de quelques encarts dans les journaux.

 


Olivier Souëtre meurt dans le plus total dénuement le 30 décembre 1896. Sa mort est annoncé dans quelques journaux.

 



Son enterrement civil a lieu le 1er janvier 1897. Sa tombe sera oubliée avant d'être identifiée en 1913 par Léon Durocher, poète, cabaretier et humoristique lui aussi Breton. 

 


Pourtant on croise le nom d'Olivier Souëtre régulièrement tant pour son engagement dans la Commune que pour ses chansons... comme ici dans un article des Nouvelles Littéraires.

 


L'anticipation utopique La Cité de l'Egalité est recueillie l'anthologie Demain, la Commune !


 

dimanche 23 mai 2021

Fragments uchroniques sur la Commune de Paris de 1871 (3)

La Commune de Paris hante nos imaginaires même si elle a mis du temps à apparaître régulièrement dans la fiction. Pourtant dès 1872, on trouve quelques anticipations, utopies, dystopies et uchronies imaginant - pour le pire ou pour le meilleur selon le point de vue idéologique des auteurs - qui ont été rassemblées dans l'anthologie Demain, la Commune ! Anticipations sur la Commune de Paris de 1871 (1872-1899).

La presse et les livres anciens recèlent aussi des courts fragments uchroniques. Pendant la Semaine sanglante, ArchéoSF vous propose des fragments uchroniques sur la Commune de Paris extraits des fonds de Gallica. Pour retrouver tous les billets de cette série, cliquez ICI.

Pour ce troisième épisode, dans son essai sur la Révolution française, Gustave Le Bon n'est guère tendre sur l'avenir de la Commune, si elle avait pu durer...

 

Toute révolution populaire qui triomphe est un retour momentané à la barbarie. Si la Commune de 1871 avait duré, elle aurait répété la Terreur. N'ayant pas eu le pouvoir de faire périr beaucoup d'hommes, elle dut se borner à incendier les principaux monuments de la capitale.  


Gustave Le Bon, La Révolution française et la psychologie des révolutions,
Editions Les Amis de Gustave Le Bon, 1983.

samedi 22 mai 2021

Fragments uchroniques sur la Commune de Paris de 1871 (2)

La Commune de Paris hante nos imaginaires même si elle a mis du temps à apparaître régulièrement dans la fiction. Pourtant dès 1872, on trouve quelques anticipations, utopies, dystopies et uchronies imaginant - pour le pire ou pour le meilleur selon le point de vue idéologique des auteurs - qui ont été rassemblées dans l'anthologie Demain, la Commune ! Anticipations sur la Commune de Paris de 1871 (1872-1899).

La presse et les livres anciens recèlent aussi des courts fragments uchroniques. Pendant la Semaine sanglante, ArchéoSF vous propose des fragments uchroniques sur la Commune de Paris extraits des fonds de Gallica. Pour retrouver tous les billets de cette série, cliquez ICI.

Pour ce deuxième épisode, voici un texte signé Le Sage dans le Gil Blas du 31 octobre 1880. L'auteur, dans cet article intitulé "A travers la politique", condamne l'utopie exprimée par Sigismond Lacroix qui défend l'idée de l'autonomie communale. Il conclue par ces mots:

 

En 1871, du 18 mars au 22 mai, c'était la monnaie courante de la Commune de Paris. M. Lacroix n'a pas même le mérite d'avoir inventé. Tout ce qu'il propose, le Comité central l'a non-seulement inventé, mais appliqué en partie S'il n'a pas tout fait, c'est que certaines résistances l'ont gêné d'une part, et que de l'autre les novateurs plus hardis que pratiques se sont noyés dans les détails et ont fini par se contenter de jouer aux dictateurs et aux soldats.
Quand, en pleine paix, sans l'excuse de l'excitation du siège, de ce qu'on a appelé la fièvre obsidionale, on. voit se produire de semblables propositions, on se demande avec stupeur à qui l'on a affaire ; si ces inventeurs sont des utopistes de bonne foi, des rêveurs, ou bien des farceurs sinistres, ou bien encore des ennemis de la patrie.
Je ne veux pas juger; il me répugne de soupçonner,d'accuser en aussi grave occurrence ; mais, en vérité, quand on voit cette persistance dans l'erreur, on frissonne à l'idée de ce que serait devenue la France si la Commune de 1871 avait triomphé, cette Commune dont quelques-uns poursuivent à cette heure la réhabilitation, disons mieux, la glorification.

 

Le Sage, "A travers la politique", Gil Blas, 31 octobre 1880.

 


vendredi 21 mai 2021

Fragments uchroniques sur la Commune de Paris de 1871 (1)

La Commune de Paris hante nos imaginaires même si elle a mis du temps à apparaître régulièrement dans la fiction. Pourtant dès 1872, on trouve quelques anticipations, utopies, dystopies et uchronies imaginant - pour le pire ou pour le meilleur selon le point de vue idéologique des auteurs - qui ont été rassemblées dans l'anthologie Demain, la Commune ! Anticipations sur la Commune de Paris de 1871 (1872-1899).

La presse et les livres anciens recèlent aussi des courts fragments uchroniques. Pendant la Semaine sanglante, ArchéoSF vous propose des fragments uchroniques sur la Commune de Paris extraits des fonds de Gallica. Pour retrouver tous les billets de cette série, cliquez ICI.

Nous commençons par un court texte de 1878 signé Ernest Delloye:


« Incendiaire. » — Si la Commune de 1871 avait survécu à l’incendie de Paris, les républicains qui en furent les chefs eussent, eux aussi, ajouté de nouveaux otages aux otages précédents, « sous prétexte d’incendie. » Ferré eût été là pour jurer sur serment que le « flambez finances » était de la main et de la signature de Monseigneur Darboy. 


Ernest Delloye, 1878. L'Exposition, notes et souvenirs,
édition Edouard Baltenweck, 1878