ISSN

ISSN 2496-9346
Affichage des articles dont le libellé est biographie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est biographie. Afficher tous les articles

jeudi 29 septembre 2022

Olivier Souëtre (1831-1896) Breton, libertaire et anticipateur

Olivier Souëtre (dont le nom est orthographié Souêtre à l'état civil et parfois Souvestre) est né le 27 décembre 1831 à Plourin-les-Morlaix et mort à Paris le 30 décembre 1896.


Ses aïeux portaient le nom de Souvestre. I
ll utilisera pour ses premiers écrits le nom de Souvestre avant d'adopter pour sa production littéraire la forme "Souëtre". Il rencontre Jean Pierre Marie Le Scour au presbytère de Plourin et se destine à la prêtrise. Il fréquente le grand séminaire de Quimper. Il s'intéresse à l'histoire de la Bretagne et publie, à l'âge de 19 ans, "Ar Roue Gralon ha Kear Ys" (Le roi Gradlon et la ville d'Ys).


Ar Roue Gralon ha Kear Ys va être la principale source du renouveau d'intérêt pour la ville d'Ys. Il sera même pris pour une source authentique pendant longtemps.

 

Après une histoire d'amour, Olivier Souëtre renonce à la prêtrise. Il se rapproche d'une forme de catholicisme social. Il a en effet découvert les oeuvres de Félicité de Lamennais (dont Paroles d'un croyant publié en 1833 a été condamné par le pape Grégoire XVI). Olivier Souêtre continue à être soutenu par Le Scour qui est très dévot et proche des auteurs bretons. Cela durera 12 ans. Olivier Souêtre part à Paris en 1858 pour se lancer dans la littérature. Pour subvenir à ses besoins, il devient cheminot.


Il est employé de bureau pour la compagnie de chemin de fer de Graissezac à Béziers puis pour la Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans (PO). Sa correspondance avec Jean Pierre Le Scour a été en partie publiée dans Le Consortium breton en 1928 (consultable ici: http://bibliotheque.idbe-bzh.org/liste_theme.php?id=le-consortium-breton-835&l=fr ).

 


François Jaffrennou y donne aussi des éléments biographiques sur Olivier Souêtre.

 

Ses activités professionnelles ne l'enthousiasment guère mais elles sont la condition de son indépendance financière.

 


Peu à peu il rompt avec Le Scour et affirme ses idéaux révolutionnaires comme l'indique François Jaffrennou. Certaines de ses lettres témoignent de son attente et de son espoir d'une révolution prochaine.

En 1862, il publie, sous le patronyme Souvestre, à compte d'auteur "Mikaël, kloarek breton" (un kloarek est un séminariste) dont on devine les côtés autobiographiques.

 

L'ouvrage est disponible sur GallicaBnF (https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k3107301/f7.item). A cette époque déjà il s'est éloigné du catholicisme et sa conversion à l'idéal révolutionnaire semble bien engagé comme le montre cet extrait de la préface de "Mikaël, kloarek breton".

 


Le livre n'a aucun succès. Il ne semble pas être chroniqué dans la presse de l'époque. Tout au plus peut on trouver deux annonces de publication sans résumé. 

L'éditeur fait faillite peu après. Souêtre continue à publier des textes en breton tel le recueil "Telenn Remengol"en 1868.

 

Il participe à la Commune de Paris au cours de laquelle il est gravement blessé d'une balle à la gorge. Sa blessure lui évite le peloton d'exécution. Il ne pourra plus jamais parler à voix haute. La Commune fera de lui un chansonnier très apprécié. Un livre sur Olivier Souêtre (Souvestre) et la Commune a été prévu en 1942 sous la signature de Ronan Pichery avec des illustrations de René-Yves Creston (ill.). L'ouvrage devait comprendre 50 récits de la légende et de l'histoire de Bretagne. De ce livre il ne reste semble-t-il que cette image conservée au Musée de Quimper. 

 



Il occupe différents emplois après la Commune (correcteur d'imprimerie, commis au Comptoir national d'escompte de Paris) et après la fin de la répression écrit de nombreuses chansons révolutionnaires. La plus célèbre est La Marianne (de 1883). 

 


Avant que L'Internationale d'Eugène Pottier ne s'impose, La Marianne est LE chant prolétarien et ouvrier chanté partout en Europe. On peut l'écouter ici  

La Nouvelle Revue en 1934 rappelle l'existence de ces chansons d'Olivier Souëtre.

 


Le talent d'Olivier Souêtre est reconnu et il remporte le prix de la Muse républicaine en 1879. Citons de quelques uns de ses textes: "La Parisienne de 1870", "La Commune ressuscitée",...

En 1888 est monté l'opéra "Le Roi d'Ys" sur une musique d'Édouard Lalo inspiré d'Olivier Souêtre (voir plus haut). A l'époque on le croit mort.

 


Pourtant il continue à écrire (restant souvent discret sur la première partie de sa carrière). On trouve le nom d'Olivier Souêtre au sommaire de Question sociale en 1894: 


 

En 1896, il publie La Cité de l'égalité

 


Le souvenir de la Commune y est très vivace. Souêtre imagine que dans les années 1930, la Commune a conquis toute la France. Le texte a d'abord été édité en revue quelques années plus tôt. Il fait l'objet de quelques encarts dans les journaux.

 


Olivier Souëtre meurt dans le plus total dénuement le 30 décembre 1896. Sa mort est annoncé dans quelques journaux.

 



Son enterrement civil a lieu le 1er janvier 1897. Sa tombe sera oubliée avant d'être identifiée en 1913 par Léon Durocher, poète, cabaretier et humoristique lui aussi Breton. 

 


Pourtant on croise le nom d'Olivier Souëtre régulièrement tant pour son engagement dans la Commune que pour ses chansons... comme ici dans un article des Nouvelles Littéraires.

 


L'anticipation utopique La Cité de l'Egalité est recueillie l'anthologie Demain, la Commune !


 

samedi 13 avril 2019

Enquêter sur un auteur oublié avec Gallica : l'exemple de Henri de Noussanne

Enquêter sur des auteurs oubliés est facilité par l'usage d'Internet. Certes, certaines informations non vérifiées sont parfois servilement recopiées d'un site à l'autre mais un examen des sources, notamment dans les bibliothèques numériques, permet de s'assurer de la véracité d'éléments ou au contraire de les infirmer. Nous avions présenté (et révélé l'identité réelle) de Paul Adornier.
Nous nous penchons maintenant sur le cas d'Herni de Noussanne (1). Trois aspects seront présentés : le premier sur l'état civil et la biographie de l'auteur, le second sur ses engagements littéraires et politiques, le troisième sur son oeuvre conjecturale avec la révélation d'un texte inconnu jusqu'à son recueil dans l'anthologie Une Autre histoire du monde. 2500 d'uchronies.
Wikipedia est la source la plus communément utilisée. Une page est consacrée à Henri de Noussanne sur l'encyclopédie collaborative. Nous prenons appui sur cette page afin d'apporter les compléments utiles.


I/ Etat civil :

 La ligne de présentation nous apprend:

Henri de Noussanne est un journaliste, écrivain et dramaturge français né le 8 mai 1865 à Limoges et mort le 13 avril 1936 à Senlis.
L'état civil est incomplet : Henri de Noussanne est un pseudonyme celui d'Henri Rossignol de Noussanne. Il lançait d'ailleurs avec humour ces mots selon l'encart nécrologique publié dans Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques : hebdomadaire d'information, de critique et de bibliographie (n° 705, 18 avril 1936) :




La page Wikipedia s'appuie sur la page data.bnf Henri de Noussanne pour ce qui concerne l'état civil. 
La lecture des nécrologies de l'époque permet de donner assurément sa date de naissance ainsi le lieu et la date de son décès.
La Croix annonce dans son édition du 14 avril 1936 la mort d'Henri de Noussanne dans la rubrique "Morts d'hier".




Cette notice nécrologique donne donc la date du 13 avril ainsi que le lieu Senlis (Oise).
La nécrologie parue dans La Revue des lectures animée par l'abbé Béthléem confirme ces indications:





Si Wikipedia ne propose pas de portrait d'Henri de Noussanne, on peut en trouver quelques-uns sur Gallica. La bibliothèque numérique de la Bibliothèque Nationale de France propose une photographie de l'agence Meurisse datée de 1909 et le représentant assis à son bureau du Gil Blas.




En décembre 1923, Le Journal reproduit une photographie d'Henri Noussanne à l'occasion de la publication de L'Histoire contemporaine par trois indépendants écrit en collaboration avec l'amiral Degouy et Emile de Saint-Auban.




II/ Les engagements d'Henri de Noussanne :


La notice de Wikipedia passe sous silence les engagements d'Henri de Noussanne. Ne pas les mentionner c'est perdre l'arrière-plan idéologique à partir duquel nous parle Henri de Noussanne.

Ecrivain catholique, il est vanté par l'équipe de l'abbé Béthléem.
En 1925, Le Manuel illustré de la littérature catholique en France de 1870 à nos jours (éditions SPES) fait l'éloge d'Henri de Noussanne (p. 41) :




Sa dernière œuvre publiée - qui est citée sur Wikipedia – porte le  titre La France missionnaire aux Antilles (Guadeloupe, Martinique, Trinidad) (il y raconte son voyage aux Antilles auprès de l'une de ses filles missionnaire dominicaine qui soigne les lépreux) et paraît en janvier 1936 juste avant sa mort.

Proche des milieux militaires, il écrit à la fois des charges anti-prussiennes et anti-allemandes dont l'une d'entre elles lui vaudra les foudres germaniques en étant interdite dans tout l'Empire (Le Véritable Guillaume II, 1903) (2) Parmi ses œuvres conjecturales, on trouve des guerres futures aux titres évocateurs comme La guerre anglo-franco-russe (1900) ou encore La revanche de la Chine (1900) (voir plus bas).


III/ L'oeuvre conjecturale :

Quelques mois après sa mort, le journal Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques (numéro cité plus haut) affirme que c'est la mauvaise réception de la pièce Les Polichinelles - laissée inachevée par la mort d'Henri Becque et terminée par Noussanne - qui tourna Henri de Noussanne vers l'anticipation scientifique :



La chronologie retenue par le journaliste semble pour le moins inexacte.
Becque est mort en 1899. Le texte de la pièce Les Polichinelles a été publié dans L'Illustration théâtrale n° 161 daté du 15 octobre 1910 (le journaliste parle quant à lui de l'année 1903). Les textes relevant de l'anticipation signés Henri de Noussanne que nous connaissons sont plutôt antérieurs à cette date.
En revanche il semble certain que l'auteur s'intéressait, comme beaucoup de ses contemporains aux nouveaux moyens de transport comme en atteste, par exemple, le titre de la conférence donnée le 26 octobre 1907 :




Sa première incursion dans le domaine qui nous intéresse semble être Le Château de merveilles (dans Le Magasin d'Education et de Récréation, éditions Hetzel paru en volume pour les étrennes de 1899).
Le Canal des Deux-Mers achevé (1899) et La Guerre anglo-franco-russe (1900) sont des récits de guerre future qui se suivent. Le propos est violemment anti-anglais. 
La Prochaine révolution française (1900) relève de la politique fiction à court terme, l'action se déroule en 1901. on y voit les socialistes triompher.
La Chine et l'Europe en l'an 2000 développe le thème à la mode du péril jaune. 
Enfin la nouvelle "Si Louis XVI avait dominé la Révolution" (1933) s'inscrit dans un projet d'ouvrage rassemblant des textes uchroniques, recueil qui ne semble n'avoir jamais été édité... Ce texte fut annoncé dans la presse:



Si Louis XVI avait dominé la révolution prend la forme d'une pièce théâtrale et est recueillie dans Une Autre histoire du monde. 2500 ans d'uchronies dans la collection ArchéoSF aux éditions publie.net .


(1) Pour ce qui est de la bibliographie, nous renvoyons à la page Wikipedia et au catalogue de la BNF. Nous nous intéresserons uniquement à sa bibliographie conjecturale.


lundi 11 décembre 2017

Marcel Girette, L'Amour en l'An Deux Mille (1922)

Toussaint-Marcel Girette est né en 1849. Critique (notamment musical) et journaliste (notamment au Figaro) il se marie en 1883 (acte publié le 15 juillet) avec Marie Levi-Bing  (qui traduira entre 1918 et 1930 des œuvres d'Israël Zangwill).



Annonce du mariage de Marcel Girette et Marie Levi-Bing 
publiée dans Le Figaro le 16 juillet 1883




Homme de lettres, Marcel Girette publie quelques romans (dont Johannès, fils de Johannès publié en feuilleton dans Le Figaro du 2 au 19 août 1885 puis en volume l'année suivante chez Calmann-Lévy et qui sera adapté au cinématographe en 1918 par André Hugon et Louis Pagliéri chez Pathé), est critique et surtout dramaturge (il écrit nombreuses pièces en un acte). Il fut ami avec de nombreuses célébrités (par exemple avec Vinci d'Indy, ce dont témoigne une abondante correspondance). 

Il part au Tonkin en février 1886 comme secrétaire particulier de Paul Bert (dont il est parent).
Extrait du Figaro daté du 6 février 1886

Marcel Girette est même annoncé mort en août 1886:

Annonce publiée dans Le Petit Journal le 28 août 1886

Il n'en est bien sûr rien:
Démenti publié dans plusieurs journaux dont L'Univers le 29 août 1886

De retour en France (il revient le 21 septembre 1886), il continue son oeuvre littéraire.Ses pièces connaissent des succès, sont jouées à la Comédie Française.
In L'Aurore du 28 juin 1901.

En 1919, il reçoit le prix Toirac (qui récompense la meilleure comédie en vers ou en prose de l'année jouée au Théâtre Français) pour Le Joueur d'illusion.  


En 1923, il devient chevalier de la légion d'honneur.

Annonce dans La Lanterne du 28 mai 1924.

Annoncée dès 1918, la pièce L'Amour en l'An Deux Mille semble être la seule de ses œuvres à relever de l'anticipation.

Mise au point dans Le Figaro du 3 novembre 1918

La comédie L'Amour en l'An Deux Mille paraît le 29 août 1922 dans Comoedia
Elle est annoncée dans le numéro daté du 24 août et dans celui du 28 août 1922:



Si elle a connu cette publication en périodique, elle est tout à fait oubliée. 




Comoedia, 29 août 1922

Comoedia, 29 août 1922

Son thème est l'émancipation de la femme dans l'avenir (et les résistances des générations précédentes). On y trouve aussi quelques éléments conjecturaux qui semblent tout droit sortis de l'imagination d'Albert Robida avec des avions qui stationnent sur les toits par exemple.

Le 6 septembre 1922, soit quelques jours après la publication dans Comoedia, Marcel Girette fait publier ces lignes:


Monsieur le Directeur et cher Confrère, 

J'ai oublié de joindre à L'Amour en l'an deux mille, que vous avez publié, les quelques lignes qui devaient précéder la pièce. Je tiens à ces quelques lignes et je me permets de vous les adresser:Dans son beau livre du Mariage — auquel je dois l'idée de cette comédie — Léon Blum, audacieux moraliste croit et souhaite prochaine l'époque où les jeunes filles jouiront, avant le mariage, d'une liberté semblable à celle des jeunes garçons. Devant les capitulations actuelles de la sévérité bourgeoise, devant les exemples que nous donnent certains pays du Nord, il serait téméraire de nier qu'un mouvement se dessine dans le sens de la thèse précitée. Ce mouvement qui s'amplifie, emportera-t-il tous les consentements sans exception? Ne se heurtera- t-il pas, au contraire, à la résistance irréductible d'une minorité d'élite? C'est dans cette atmosphère de conflit moral que se déroule l'action de L'Amour en l'an deux mille Agréez, etc. ... 

 Marcel GIRETTE.



Dans la presse, la pièce ne fut que peu critiquée dans les pages théâtrales. 

On peut lire sous la plume de Louise Bodin (L'Humanité, 18 septembre 1922) dans un article consacré à l''affranchissement sexuel de la femme:  "Récemment aussi, j'ai rencontré une. pièce de théâtre, bien mauvaise d'ailleurs, L'Amour en L'an 2000, de M. Marcel Girette qui s'essaye à traiter prudemment, puérilement de cette thèse appétissante."


La pièce sera prochainement publiée sur ArchéoSF.

Sources des coupures de presse: Gallica

lundi 27 novembre 2017

Léo d'Hampol, biographie (1913)

Léo d'Hampol ( de son vrai nom Jean Carmant) a écrit quelques textes relevant de la conjecture rationnelle. Les informations biographiques le concernant sont rares.Né le 6 février 1863 (on ne connait pas sa date de décès, la dernière apparition de son nom dans la presse date de 1929), il fut l'un de ces nombreux polygraphes aux multiples talents (écrivain, journaliste, illustrateur, peintre, artiste) à cheval sur le XIXe et le XXe siècle.




L. D'HAMPOL (Jean CARMANT)



Un dictionnaire national, qui magnifie volontiers les contemporains, donne à notre collaborateur des titres que ce dernier repousse avec sa bonne grâce souriante : peintre, prosateur et poète français.

Peintre, il le fut peu, comme Ingres fut violoniste.

J'ai vu de d'Hampol quelques céramiques exposées en 1894, passage de l'Opéra, quelques tableaux figurant dans des expositions particulières, des dessins, parus dans le Mondain, dans le Charivari et c'est tout. Quant au poète, il vaut le peintre : des monologues en vers parus chez Bressot, un opéra comique Pierrot amoureux, en collaboration avec Ed. Denancy, un volume Au Clair de la Lune, édité par Bernot, un éditeur disparu du ciel de l'édition, etc.

L. d'Hampol est surtout un journaliste, il n'a, d'ailleurs, jamais ambitionné d'autre titre.

Si ma mémoire me sert bien, L. d'Hampol doit être né à Paris en 1864 ou 1865, bien que le dictionnaire national des contemporains le fasse naître en 1863.

Il vit la fin de l'Empire, c'est ce qui explique assez plaisamment d'ailleurs sa curieuse ressemblance avec l'empereur Napoléon III.

Nous laisserons son enfance, ses études et ses succès, parce qu'il serait ridicule d'y insister étant donné que nous parlons d'un confrère, qui n'a rien de commun avec Mme Réclamier.

Les premiers essais de d'Hampol eurent pour cadre l'Impartial, où il publia un roman : la Main rouge, qui resta inachevé, le journal ayant cessé de paraître avant l'épilogue de cette œuvre de jeunesse. Nous le retrouvons ensuite au Progrès universel à l'Ingénieur Civil, à la Revue Exotique et Coloniale, à la Revue de France, au Petit Caporal, au Soleil du Dimanche, au Bonhomme breton, au Petit Rennais, à la Nation, à l'Evénement, au Mondain illustré, à la Presse où il publie de nombreux romans et de nombreuses nouvelles.

Mais où ce bûcheur se révèle surtout, c'est chez l'éditeur Juven, où il entra après avoir dirigé pendant deux ans la Bretagne, journal royaliste quotidien du Finistère.

Chez Juven, chroniques, nouvelles, romans, science vulgarisée, études historiques, s'accumulent dans toutes les publications de cet éditeur.

On voit le nom de d'Hampol, dans la Vie scientifique, dans la Contemporaine, dans la Lecture illustrée, dans le Monde moderne, enfin dans la Vie illustrée.

Dans cette dernière publication l'œuvre de L. d'Hampol est considérable : Sous les pseudonymes de J. Grey, de Leo Cahu, de Jean Carmant, d'un Volontaire, de Johnson, etc., il donne des nouvelles fantastiques comme l'Homme aux yeux fixes, la Vengeance d'un Dieu, Hyparxis, des romans, comme les Conspirateurs, des romans traduits de l'anglais, comme les Adieux de Nikolas, le Captif de Pekin, Voyage au pays des Boers, le Journal d'un volontaire, des études comme le Monde Juif, la Défense des côtes avec la collaboration de M. Edouard Lockroy, ou, pour être plus exact, avec les renseignements fournis par l'ancien ministre de la marine ; l'Affaire Humbert, reportage complet que je voudrais voir donner en exemple aux jeunes reporters qui s'essaient dans la carrière, etc.

Une blessure grave que reçut L. d'Hampol l'obligea à abandonner la plume pendant plus de deux ans. Mais son activité ne lui permet pas de quitter la presse, comme le lui conseillaient les médecins.

Il entre à Femina, à Musica, à la Vie au grand air, à Je Sais tout, et y accomplit de prodigieux tours de force, en réussissant des reportages sensationnels. Il reste deux ans avec Pierre Lafitte, et quitte la maison pour Madame et Monsieur où il continue ses contes fantastiques et scientifiques et ses reportages amusants.

Madame et Monsieur change de direction, et voici L. d'Hampol parti pour l'Angleterre. Aussitôt, nous voyons paraître dans les magazines anglais des nouvelles et des articles sous son nom et sous son pseudonyme Jean Carmant.

Revenu en France, il donne les Déboires d'un détective au Soleil ; le Crime impossible au Supplément ; les Mystères de Russel Square, au Paris-Journal. Il vient d'écrire encore pour le Soleil : Le Manuscrit rouge qui doit paraître incessamment.

Dans le Charivari, il se signale par une vigoureuse campagne anti-allemande qui lui valu avec la haine des Germains l'approbation de tous les patriotes.

Citons pour mémoire : la Goélette du diable et les Millions de Van-Beden, romans parus autrefois dans la Bretagne. Une série de nouvelles : le Plomb fondu ; L'Autre; Un ami infernal; les Trois petites vieilles de l'omnibus, etc., etc. parus dans Nos loisirs et de nombreux articles dans le Monde illustré.

Citons encore un curieux roman, le Trésor des Jacobins, paru dans l'Omni-Revue.

L. d'Hampol aime à dire souvent qu'avec ce qu'il a écrit et ce qui a été publié de lui, on remplirait une bibliothèque, rien n'est plus exact.

Je passe sous silence ses chansons qui furent interprétées par Dayle, aux « Poètes chansonniers », ses monologues et les actes auxquels il collabora.

Quant aux journaux qu'il fonda, je ne dirai pas qu'ils sont légions, mais ils sont nombreux, et combien ont réussi ! Prenons par exemple, Bourse et Parlement, un de nos plus grands organes illustrés, et que dirigent brillamment nos distingués confrères Henri Benoit et Maurice Richard.

L. d'Hampol, que les années ne touchent pas, est rédacteur en chef de l'un de nos plus vieux quotidiens « La France Nouvelle », créée en 1828 et que dirigea pendant longtemps le grand Dumas, le Pierre des deux Corneille.

Détail amusant : Notre confrère qui a publié plus de 20 volumes, qui a attaché son nom à des milliers d'études scientifiques, littéraires, artistiques, qui a écrit des milliers d'articles, n'est même pas officier d'académie.

Il met une certaine coquetterie, à ne pas fleurir sa boutonnière, pour qu'il n'y ait pas d'équivoque possible.



JULES DE BIENNES. In L'Idée moderne, revue bi-mensuelle politique, littéraire et économique, 3è année Nouvelle Série n° 4-28 daté du 1er juin 1913

A lire sur ArchéoSF:

samedi 21 janvier 2017

Pierre Giffard (1853-1922)

Le 21 janvier 1922 mourait Pierre Giffard.

Né le 1er juillet 1853, il fut surtout journaliste mais tâta aussi de la fiction.

Si son nom est attaché au roman en livraison La Guerre infernale (illustré par Albert Robida), Pierre Giffard est aussi l'auteur de La Fin du cheval (illustré par Albert Robida, publié dans le Petit Français illustré en 1898 et repris en volume cartonné l'année suivante) dans lequel il prévoit que l'équidé sera supplanté par la bicyclette et les moyens de transport automobiles. Le livre La Fin du cheval a été récemment réédité par les Presses Universitaires de Valenciennes (2015).







Conscient de l'évolution du monde et adepte des pratiques sportives, il fut le propagandiste de la bicyclette (c'est à lui que l'on doit son surnom de "petite reine" et il lança plusieurs grandes courses cyclistes classiques comme Paris-Brest-Paris en 1891), l'organisateur de la première course automobile au monde (Paris-Rouen en 1894) et le créateur du Marathon de Paris (1896).
Il est aussi à l'origine de la création du Paris-Brest après avoir demandé à son pâtissier de Maison-Lafitte de concevoir un gâteau en forme de roue (de vélo).
Politiquement, il fut républicain et Dreyfusard, ce qui lui valu des brouilles durables avec certains journalistes et auteurs comme le Comte (puis Marquis) de Dion, le créateur de l'entreprise automobile De Dion-Bouton  (à lire sur ArchéoSF de cet auteur: L'Automobile et la guerre future, 1906).

La presse de 1922 livre quelques nécrologies de Pierre Giffard rappelant essentiellement son rôle de précurseur dans le domaine des transports.


 In L'Aéronautique, février 1922

Dès 1923, un mouvement est créé, rassemblant différents comités sportifs, pour ériger un Monument Pierre Giffard. Il est inauguré en forêt de Saint-Germain en Laye à l'intersection des routes de Saint-Germain, de Maisons et de Conflans au lieu appelé La Croix de Noailles.
La comparaison entre une photographie prise lors de l'inauguration et une photographie contemporaine montre une différence...






Illustrations:
Pierre Giffard vers 1901 (source: Gallica)
Monument Pierre Giffard