ISSN

ISSN 2496-9346
Affichage des articles dont le libellé est histoire future. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est histoire future. Afficher tous les articles

mardi 5 septembre 2017

Léon Bailby, Ce qu'on en dira (1907)

En 1907, le Languedoc viticole, victime d'une grave crise, se révolte. Le 19 juin, la troupe intervient et il y a des morts. Le site Hérodote décrit ces événements (voir ICI).
Le 22 juin 1907, dans L'Intransigeant, Léon Bailby se projette dans le futur, condamne l'attitude du gouvernement et de l'Assemblée et imagine ce que l'histoire retiendra de ce tragique épisode.




Ce qu'on en dira

Notes pour les manuels d'histoire de l’an 1950.

En juin 1907, le .ministère Clemenceau laissa grandir l’agitation viticole qui soulevait quatre départements du Midi.
Le gouvernement, qui pensait à autre chose, ne comprit rien tout d’abord à ce mouvement. Il voulut le favoriser. Les compagnies de chemins de fer reçurent l’ordre de transporter gratis les manifestants aux meetings organisés dans les grandes villes. Préfets et sous-préfets assistaient, par ordre, à ces réunions et pavoisaient les bâtiments publics.
Tout à coup, on décida, au ministère, que cette agitation était illégale et qu’il fallait la faire cesser à tout prix. Il était déjà trop tard. Les chefs des gueux (1), Marcellin Albert (2) et Ferroul, avaient décrété la grève de l’impôt. Ils organisaient une révolte pacifique, la révolte des bras croisés. Grâce à l’ascendant qu’ils avaient sur leurs fidèles, ils faisaient respecter l’ordre, et jamais, tant qu’ils restèrent à la tête de leurs troupes, la moindre violence ne se produisit.
M. Clemenceau trouva logique de faire arrêter Ferroul et Albert. Il mobilisa, dans ce but, plusieurs corps d’armée. Il mit les préfectures du Midi en état de siège. Et lui, qui avait pendant les précédentes grèves du Nord, défendu au moindre pantalon rouge de se montrer chez les grévistes, il dressa contre les viticulteurs tant de cuirassiers, de dragons et de fantassins, que les fusils, enfin, partirent tout seuls. Il y eut des morts et des blessés. Les chefs des gueux n’étant plus là pour prêcher le calme, l’agitation dégénéra en guerre civile…


Il reste un post-scriptum à ajouter à ces notes. On dira si la Chambre, révoltée par tant d’imprévoyance, a eu enfin le courage de jeter par terre ce gouvernement d’inconscients, ou bien si, égarée une fois de plus par de belles phrases, elle a osé maintenir au pouvoir l’incohérence d’un Clemenceau. C’est le secret de demain. Quoi qu’il arrive, la Chambre, qui a laissé faire, sera reconnue comme aussi coupable que le ministre qui a fait.

Léon Bailby, « Ce qu'on en dira », in L'Intransigeant, n° 9838, 22 juin 1907.

(1) La révolte des vignerons est appelée la « Révolte des gueux »

(2) sic : Marcelin Albert

mardi 4 avril 2017

René de Planhol, Le Désastre (fragment d'une histoire future), 1930 (1/2)

En préparant la présentation du pamphlet Le Désastre de René de Planhol, je suis tombé sur cet article du Monde consacré à son fils Xavier de Planhol, grand géographe disparu en 2016:

Son père, René (1889­-1940), revenu blessé de la Grande Guerre, se chargea de l’éducation de son fils unique, qui fréquenta juste le temps d’une année scolaire le lycée de Clamecy (Nièvre), commune bourguignonne où il grandit « entre les livres », selon sa propre formule.
C’est là que ses parents se retirent dès 1930, quittant Paris et leur appartement de la porte Maillot, en face du domicile personnel de Raymond Poincaré, que le petit garçon voit passer, « rare souvenir parisien des toutes premières années ». Le père, qui a lancé en 1927 une revue mensuelle, littéraire et politique, La Nouvelle Lanterne, dont il est l’unique rédacteur, transmet à l’enfant une double tradition familiale : monarchiste, mais détachée de toute pratique catholique, et dreyfusienne – le tuteur de René de Planhol, Edgar Demange, avocat pénaliste, défendit le capitaine Dreyfus dès 1894 ! Ce qui explique que le publiciste, auteur d’un virulent essai, Le Monde à l’envers (1932), à bien des égards proche de l’Action française, ne collabora jamais à la publication de Charles Maurras, malgré leur proximité de vues.

Cet extrait m'a éveillé ma curiosité car il m'avait semblé que René de Planhol était bien plus proche de l'Action française. Après quelques recherches, il en effet pas niable que René de Planhol fut un collaborateur de l'Action française et de ses publications satellites. Il est assez étrange de vouloir dédouaner son fils de lien avec une idéologie paternelle en recourant à la réécriture d'une histoire familiale. Après tout, il n'est nullement comptable des choix politiques de son père...
Ce ne serait pas si "grave" si cet article n'apparaissait pas dans les premiers résultats d'une recherche Google "René de Planhol". Il faut donc rétablir la vérité et apporter quelques preuves...

Dans le n° 210 du 6 août 1940, Charles Maurras lui-même rappelle avec force de louanges la publication, vieille de dix ans du Désastre et y montre, selon lui, les qualités de visionnaire de René de Planhol:


Si Edgar Demange fut bien l'un des avocats du capitaine Deryfus, il défendit aussi le marquis de Morès, fondateur avec Edouard Drumont de la Ligue antisémitique de France, qui tua en duel un capitaine juif de l'armée nommé Armand Meyer. En faire un Dreyfusard est un peu une extrapolation, il n'a fait que son métier d'avocat...René de Planhol fut bien plus proche de l'Action française (ce que nie l'article du Monde) comme en témoigne la notice nécrologique parue dans l'Action française du 1er novembre 1940:

Quant à prétendre que René de Planhol "ne collabora jamais à la publication de Charles Maurras" il suffit de consulter la collection du périodique sur Gallica pour constater que c'est une affirmation totalement fausse: nous ne relèverons qu'un article (signature de rené de Planhol dans le n° 149 du 29 mai 1921:

On trouvera d'autres articles notamment sur la littérature signés par René de Planhol dans l'Action française.
De même, sa signature apparaît dans l'Almanach de l'Action française pour l'année 1929 avec un article "Fragments des mémoires secrets de M. Poincaré" et l'on pouvait acheter à la Librairie d'Action française ses oeuvres. 


Si la pratique religieuse de René de Planhol fut peut-être nulle (rien ne l'infirme ni ne l'atteste), il n'en reste pas moins que sa haine de la République trouve une partie de ses fondements dans l'anticléricalisme des Républicains qu'il combat:




Extrait de l'article de Juliette Rennes,  "L'argument de la décadence dans les pamphlets d'extrême droite des années 1930", in Mots, Volume 58, n° 1, 1999

Ceci posé (et au passage la vérité rétablie), il est plus aisé de cerner les motivations idéologiques de René de Planhol quand il écrit Désastre (fragment d'une histoire future) en 1930. (à suivre!)