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ISSN 2496-9346
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samedi 20 juin 2020

[Un été en uchronie] Refaisons le nez de Cléopâtre (1936)

Pour la quatrième saison consécutive, ArchéoSF vous propose chaque samedi de l'été sa série "Un été en uchronie".

Pour ce premier épisode, retrouvons "Refaisons le nez de Cléopâtre" publié dans Jeunesse magazine le 27 décembre 1936 (numéro hors série de lancement).


 


Refaisons le nez de Cléopâtre

On connaît la phrase célèbre sur le nez de Cléopâtre : « S’il eût été plus long, la face du monde en eût été changé... » car le brave général Antoine, au lieu de perdre son temps à contempler ce charmant petit nez, aurait préparé sérieusement son armée à la bataille et ne se serait pas laissé rosser par Octave. Combien d’autres « nez de Cléopâtre » ont modifié les événements de l’histoire ! Amusons-nous un instant à deviner ce qui se serait passé si quelques-uns d’entre eux ne s’étaient pas présentés…

QUE SERAIT-IL ARRIVE, SI…

on n’avait pas présenté un jour l’avion d’Ader dans une exposition ?

… le jeune ingénieur Louis Blériot, qui construisait alors des phares à l’acétylène, n’aurait pas éprouvé le « coup de foudre » qui allait l’amener à consacrer toutes ses économies et tout son temps à l’étude de l’avion et faire de lui le créateur du monoplan moderne.

deux chevaux n’avaient pas eu soif, un matin de 1897, dans l’Alaska ?

…. leurs cavaliers, deux Indiens esquimaux, ne les auraient pas menés boire dans la rivière voisine, la Klondike River, et n’auraient pas aperçu, dans le sable d’une crique, des reflets métalliques : la découverte des placers, d’où l’on allait extraire des centaines de millions d’or, n’aurait pas été accomplie.

le professeur Auguste Laurent n’avait pas montré à ses élèves, un jour de 1846, au microscope, des cristaux de tungstate de soude ?

la vision de ces sels géométriques n’aurait pas inspiré à l’un des jeunes gens une curiosité sans bornes, qui allait déterminer chez lui une vocation immédiate de chimiste : et le génial Louis Pasteur serait devenu un simple professeur de mathématiques au lieu d’être un jour le plus grand bienfaiteur de l’humanité.

deux enfants n’avaient pas joué, un matin, sur le tronc d’un arbre mort ?

le jeune médecin Laennec, qui passait près de là, n’aurait pas observé que la voix des deux enfants était amplifiée quand il s’interpellaient aux deux extrémités de l’arbre creux ; et il n’aurait pas inventé le stéthoscope, qui permet l’auscultation grâce à laquelle tant de malades ont été sauvés depuis.

Clémenceau n’avait pas téléphoné à Foch, le 9 novembre 1918 ?

le maréchal aurait refusé de recevoir les plénipotentiaires allemands et ordonné l’attaque prévue pour le 10, en direction de Metz ; nos troupes seraient rentrées en combattant victorieusement sur le territoire du Reich ; et l’univers, comprenant que l’Allemagne était écrasée, n’aurait pas encouragé ses gouvernements successifs à résister à nos exigences : l’avènement d’Hitler eût été, sans doute, évité.

une jeune Américaine n’avait heurté un banc avec sa cheville, un soir de 1852 ?

elle ne se serait pas mise à saigner, et le dentiste Horace Mews, qui assistait auprès de la jeune fille à une conférence du chimiste Davis, n’aurait pas constaté que le protoxyde d’azote, respiré volontairement quelques instant plus tôt, l’avait rendue insensible. Cette observation, qui donna à Mews l’idée de reprendre l’expérience sur lui-même, allait provoquer la merveilleuse découverte de l’anesthésie.




Chaque samedi de l'été, le site ArchéoSF propose des fragments uchroniques anciens. Pour retrouver tous les épisodes de cette série cliquez ICI.

A lire:
Les ouvrages de la collection ArchéoSF ayant remporté le Prix ActuSF de l'uchronie (Prix spécial 2017):



Histoire de ce qui n’est pas arrivé de Joseph Méry : disponible en version numérique et en version papier à tirage limité (50 exemplaires numérotés)




Le passé à vapeur anthologie proto-steampunk: disponible en version numérique et en version papier



Les autres vies de Napoléon Bonaparte Uchronies & Histoires Secrètes : très grosse anthologie (720 pages!) : disponible en version numérique et en version papier


Une Autre histoire du monde. 2500 ans d'uchronies : disponible en version numérique et en version papier

mardi 5 septembre 2017

Léon Bailby, Ce qu'on en dira (1907)

En 1907, le Languedoc viticole, victime d'une grave crise, se révolte. Le 19 juin, la troupe intervient et il y a des morts. Le site Hérodote décrit ces événements (voir ICI).
Le 22 juin 1907, dans L'Intransigeant, Léon Bailby se projette dans le futur, condamne l'attitude du gouvernement et de l'Assemblée et imagine ce que l'histoire retiendra de ce tragique épisode.




Ce qu'on en dira

Notes pour les manuels d'histoire de l’an 1950.

En juin 1907, le .ministère Clemenceau laissa grandir l’agitation viticole qui soulevait quatre départements du Midi.
Le gouvernement, qui pensait à autre chose, ne comprit rien tout d’abord à ce mouvement. Il voulut le favoriser. Les compagnies de chemins de fer reçurent l’ordre de transporter gratis les manifestants aux meetings organisés dans les grandes villes. Préfets et sous-préfets assistaient, par ordre, à ces réunions et pavoisaient les bâtiments publics.
Tout à coup, on décida, au ministère, que cette agitation était illégale et qu’il fallait la faire cesser à tout prix. Il était déjà trop tard. Les chefs des gueux (1), Marcellin Albert (2) et Ferroul, avaient décrété la grève de l’impôt. Ils organisaient une révolte pacifique, la révolte des bras croisés. Grâce à l’ascendant qu’ils avaient sur leurs fidèles, ils faisaient respecter l’ordre, et jamais, tant qu’ils restèrent à la tête de leurs troupes, la moindre violence ne se produisit.
M. Clemenceau trouva logique de faire arrêter Ferroul et Albert. Il mobilisa, dans ce but, plusieurs corps d’armée. Il mit les préfectures du Midi en état de siège. Et lui, qui avait pendant les précédentes grèves du Nord, défendu au moindre pantalon rouge de se montrer chez les grévistes, il dressa contre les viticulteurs tant de cuirassiers, de dragons et de fantassins, que les fusils, enfin, partirent tout seuls. Il y eut des morts et des blessés. Les chefs des gueux n’étant plus là pour prêcher le calme, l’agitation dégénéra en guerre civile…


Il reste un post-scriptum à ajouter à ces notes. On dira si la Chambre, révoltée par tant d’imprévoyance, a eu enfin le courage de jeter par terre ce gouvernement d’inconscients, ou bien si, égarée une fois de plus par de belles phrases, elle a osé maintenir au pouvoir l’incohérence d’un Clemenceau. C’est le secret de demain. Quoi qu’il arrive, la Chambre, qui a laissé faire, sera reconnue comme aussi coupable que le ministre qui a fait.

Léon Bailby, « Ce qu'on en dira », in L'Intransigeant, n° 9838, 22 juin 1907.

(1) La révolte des vignerons est appelée la « Révolte des gueux »

(2) sic : Marcelin Albert