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ISSN 2496-9346

lundi 19 septembre 2022

Léon Lambry, La mort du Grand Bison (1926)

Léon Lambry (1873-1940) a écrit de nombreux récits pour la jeunesse. Auteur catholique, il distille régulièrement ses convictions religieuses dans ses textes (comme dans la nouvelle préhistorique qui suit).

Parmi sa production conjecturale, une grande part est consacrée à des récits préhistoriques, publiés dans des périodiques pour la jeunesse et souvent accompagnés d'illustrations.

Nous proposons ici La Mort du Grand Bison publié en 1926 dans le magazine Pierrot aux éditions de Montsouris.

Léon Lambry, "La mort du Grand Bison", in Pierrot, n° 19, 2 mai 1926


 

A l’époque où se passe cette histoire vivaient, dans la caverne des « Eaux Vives », des hommes primitifs de la tribu des « Cerfs-Agiles », avec leurs femmes et leurs enfants.

Ils étaient vêtus de peaux de bêtes et leurs armes étaient en silex taillé.

Parmi eux était un jeune homme de seize ans nommé « Renard Gris ».

Il était si brave que tous l’admiraient. C’était, d’ailleurs, le fils de « Vent du Soir », le grand chef, tué depuis peu par un bison.

« Renard Gris », témoin de sa mort, n’avait pas pleuré ! A quoi bon ? Les larmes ne rendraient pas la vie à son père ! Mais il s’était promis de le venger ! Le lendemain des funérailles, il était parti sans prévenir personne à la recherche du « Grand Bison », celui-là même qui, d’un furieux coup de corne, avait envoyé « Vent du Soir » dans le monde des esprits.

« Renard Gris » s’en allait sans regarder derrière lui, confiant dans la protection du ciel et dans la force de son bras. Sa ceinture, faite d’une lanière de peau, supportait un poignard de silex dont le manche était en bois dur. Dans sa main gauche, il tenait deux javelots dont la pointe, gluante de poison, devait causer des blessures mortelles. Ces armes étaient cependant bien faibles contre un monstre de la taille du « Grand Bison » et c’était folie de l’attaquer sans aide.

Insouciant comme on l’est à cet âge, « Renard Gris » grimpa une colline, traversa des pâturages, et ne vit pas de bison. Il franchit un vallon, arriva dans un bois de pins, et commençait à désespérer lorsqu’un lointain beuglement le fit tressaillir !... N’était-ce pas l’appel du Bison ?

« Renard Gris » s’avance dans la direction du son. Il n’a pas fait trois cents pas qu’il aperçoit dans une clairière une bande de bisons. A leur tête est le « Taureau Géant » qui a piétiné son père. « Renard Gris » sent une émotion violente l’envahir, il a reconnu la bête maudite ; l’heure de la vengeance a sonné ! Il commence à ramper avec des précautions infinies afin de ne pas donner l’éveil à l’ennemi. Arrivé à bonne distance, il s’arrête, caché par un arbre, et se prépare à l’attaque. En cet instant, son cœur bat plus vite. S’il manque son coup, il est perdu ! Aussi cherche-t-il dans sa mémoire les mots qu’il faut adresser aux « Esprits protecteurs » pour qu’ils dirigent son bras ; mais une pensée troublante lui vient : Ces Esprits n’ont pas protégé son père, quelle confiance peut-on leur accorder ?... N’y a-t-il pas, au-dessus d’eux, un Être qui commande à tous les autres, au Vent, à la Pluie, au Tonnerre ?... C’est à Lui qu’il s’adressera ; La confiance lui est revenue ! Il se recueille, prononce les mots que lui dicte son cœur, et, comme le bison se présente de côté, il lui lance avec force son premier javelot. Atteint au ventre, l’animal tourne sur lui-même et fuit en entraînant son troupeau. Bientôt, pourtant, son allure se ralentit, le poison produit son effet, le sang perdu l’exaspère. Alors, il mugit et fonce tête baissée sur « Renard Gris » qui n’a pas bougé. « Maître du monde, murmure le jeune homme, protège-moi ! » et, d’un bras ferme, il lance son second trait. Le taureau, atteint au garrot, bondit, puis... s’arrête à trois pas de lui, arc-bouté sur ses larges pattes : il voudrait lacérer le chasseur, et ne le peut plus ! Sa langue pend lamentablement, il cherche à respirer, le sang lui coule par les naseaux, il tombe sur les genoux, ses pattes se replient, il est mort !


 

« Renard Gris » pousse un cri de triomphe ! Jamais il n’a vu un bison d’une taille pareille ! Il a vengé la mort de son père ! Un légitime orgueil l’envahit. Il porte à ses lèvres un sifflet dont il tire quelques sons stridents. A cet appel, les hommes de son clan répondent ; les voici qui accourent avec leurs massues et leurs lames de silex.

En apercevant l’énorme cadavre étendu à terre, ils poussent des cris de joie et exécutent autour de lui une danse joyeuse. Leur admiration pour celui qui a réussi ce coup de maître ne connait plus de bornes. « C’est bien le fils d’un chef ! il doit succéder à son père ! nul plus que lui n’est digne de commander ! il est protégé par les Esprits ! » Voila ce que se disent les rudes chasseurs, et le dépeçage du « Grand Bison » commence. Les lames de silex fendent la peau et détachent les meilleurs morceaux ; puis, les hommes emportent sur leur dos les lourds quartiers de viande grasse avec les os pleins de moelle et la peau qui sera mise à part pour garnir les boucliers.

Le troupeau ayant perdu son guide s’est enfui, mais, de toutes parts, derrière les taillis, des points brillants apparaissent. Ce sont les yeux des bêtes carnassières qui ont senti l'odeur du sang et qui attendent le départ des chasseurs pour se repaître des restes du Grand Bison.

Des corbeaux, attirés aussi, se sont perchés sur les arbres voisins et croassent sans arrêt.

Les hommes ne prennent point garde à ce concert étourdissant ; ils ont des vivres en abondance ; la mort du chef est vengée ! Ils ne désirent rien de plus ! et, sous le poids de leurs trophées, ils regagnent en chantant la caverne des « Eaux Vives ».

Le lendemain, il y eut grande fête au clan des « Cerfs-Agiles ». Les guerriers, après s’être consultés, avaient décidé d’élire pour chef « Renard Gris », malgré sa jeunesse. N’avait-il pas fait preuve d’un réel courage et réussi une prouesse que peu de chasseurs eussent accomplie ?

Le corps peint de jaune, de rouge et de blanc, les hommes s’assirent en cercle et commencèrent le festin. Les cornes du « Grand Bison », détachées du front de la bête à coups de massue, furent utilisées comme récipients ; elles contenaient un breuvage enivrant fait avec des plantes macérées dans du suc d’érable.

Tout le monde était heureux ! Les viandes cuisaient devant de grands, feux ou dans des trous garnis de pierres chaudes ; les cornes creuses circulaient sans arrêt.

Le festin avait lieu en plein air. Les hommes, assis en cercle, buvaient copieusement et mordaient à belles dents dans la viande saignante. Seul, le jeune chef semblait soucieux ; il mangeait sobrement, conscient de la responsabilité qui pesait sur lui. Désormais, il devrait veiller sur la tribu. Le temps de l’insouciance était passé ! Le repas, entrecoupé de danses, dura jusqu’au soir ; puis les hommes, repus, étourdis par la boisson, se couchèrent pêle-mêle dans la caverne dont « Renard Gris » barricada l’entrée. Toute la nuit, les bêtes rôdèrent autour du feu éteint, se battant pour ronger les restes. « Renard Gris » ne trembla pas. Était-ce le courage de son père qui passait en lui ? Il eut un sourire. Un grand espoir envahissait son cœur ! Il serait sage pour tous, rendrait meilleurs les hommes, la tribu des « Cerfs-Agiles » prospérerait. Il s’enroula dans sa peau de bête, ferma les yeux et s’endormit en remerciant le « Grand Esprit », maître de toutes choses, sans l’aide duquel il eût certainement succombé.

 

Léon Lambry, "La mort du Grand Bison", in Pierrot, n° 19, 2 mai 1926

 

A lire sur ArchéoSF une autre nouvelle préhistorique de Léon Lambry: Ken et son chien (1931)


lundi 12 septembre 2022

Valvérane, L'Anticipite (1922)

Valvérane a dessiné de nombreux récits sous images pour la jeunesse (voir par exemple sur ArchéoSF L'Oeuf de Pâques de Junie datant de 1925). Dans La Jeunesse illustrée, en 1922, il propose le récit L'Anticipite. Le professeur Filardô, disciple d'Albert Einstein, découvre grâce à son garnement de petit-fils l'anticipite, un gaz permettant de voir les "objets présents au futur" ! Après l'avoir respiré, il se trouve propulsé dans l'avenir !

 

L'Anticipite 

 

 


























mardi 6 septembre 2022

[Dessin] Benjamin Rabier, Au vingtième siècle (1899)

Le célèbre dessinateur Benjamin Rabier à qui l'on doit une abondante production (dont le non moins célèbre Gédéon) a commis quelques dessins d'anticipation. Parmi ceux-ci, "Au Vingtième siècle", publié dans le Journal Amusant en 1899, présente une rue parisienne à la circulation fort animée et dans laquelle les piétons n'ont plus guère de place. De là à se voir demander un permis de circuler pour les piétons...

 


 



mardi 28 juin 2022

Au Cirque Palmarium: La guerre en l'an 2000 avec les rayons mortels (1935)

Parmi les médias de l'anticipation et de la science-fiction, le cirque ne doit pas être oublié. Si ce genre de spectacle fait partie de la science-fiction invisible (tout comme les carnavals, les émissions de radio, les spectacles de cabaret, et autres) car il ne reste souvent que des programmes et des annonces parus dans la presse sans guère de précision (et surtout sans description du contenu), il n'en demeure pas moins que ces spectacles ont été vus souvent par des milliers de spectateurs.

Le 19 juillet 1935, L'Express de l'Est et des Vosges annonce la venue à Vittel du cirque Palmarium qui propose différents tableaux comme le classique "La femme coupée en deux" mais aussi "La mystérieuse Magneta", "L'Homme électrique", le "Fakir Karmah, le maître de la volonté" et "La guerre en l'an 2000 avec les rayons mortels".

 


 



mardi 14 juin 2022

[Conférence] M. Michon, La femme future, d’après la littérature contemporaine (1906)

Dans Le Mémorial des Vosges du 6 février 1906 est relatée une conférence donnée par M. Michon pour les Amis de l'Université de Nancy ayant pour titre "La femme future, d'après la littérature contemporaine". Il évoque les auteurs Paul Bourget, Marcel Prévost, Paul Adam, Anatole France, etc. Au cours de la conférence puis de la discussion qui suit, ces messieurs imaginent certes une femme libérée, indépendante, émancipée... mais toujours mariée et mère...

 

Les « Amis de l’Université de Nancy »

 

C’est à Epinal que la « Société des amis de l’université de Nancy » inaugurait, il y a quelques années, la série de ses conférences au pays de Lorraine. L’orateur était M. Bichat, doyen de la faculté des sciences, décédé l’an dernier. M. Mieg, adjoint au maire d’Epinal, qui présidait la réunion de dimanche, dans le grand salon de l’Hôtel de Ville, a évoqué la mort du regretté défunt et lui a adressé, en excellents termes, aux applaudissements unanimes d’un auditoire nombreux et choisi, un souvenir ému.

M. Michon, le conférencier du jour, professeur à cette même université de Nancy, auquel M. Mieg a souhaité ensuite la bienvenue, a dit tout d’abord combien ses souvenirs d’enfance lui étaient revenus en foule à son arrivée à Epinal, où il a passé sa toute première jeunesse. Il a continué par une allusion flatteuse à l’ouvrage récent de M. René Perrout : Autour de mon clocher, où l’auteur, qu’anime le véritable esprit lorrain, montre une ferveur si discrète et si profonde pour notre vieille cité.

M. Michon a développé ensuite, en littérateur érudit et fortement documenté, en philosophe averti et éclairé, avec parfois une ironie très fine, et toujours un excellent esprit, le sujet de sa conférence : « La femme future, d’après la littérature contemporaine ».

Il a dépeint cette femme de 1950, de l’an deux mille et au delà, telle que la prévoient les romanciers imaginatifs : Paul Bourget, Marcel Prévost, Paul Adam, Anatole France, etc. Il a montré la femme indépendante, totalement émancipée, entièrement détachée des soins matériels du ménage ; abandonnant la coquetterie et ses moyens naturels de séduction ; l'intellectuelle intransigeante entichée de sa science, la vierge apôtre du féminisme... finissant toutefois par avouer qu’elle n’a pas, trouvé le bonheur dans la sécheresse du cœur.

Le distingué conférencier estime que l’émancipation de la femme future ne peut aboutir qu’au maintien du mariage, et même à sa consolidation, car il y aura toujours l’enfant et par conséquent la mère. Aucun, progrès social ne pourra être acheté au prix de la dissolution de la famille. Le député allemand Richter l’a démontré lumineusement dans cette brochure que le Mémorial a publiée : « Où mène le socialisme ».

La femme de l’avenir, fût-elle libérée moralement et légalement, abandonnât-elle son foyer pour s’adonner à la science, aux plaisirs ou à la politique, restera toujours mère ; le culte de l’enfant sera toujours vivant en son cœur, avec ses devoirs et aussi besoins de tendresse. Cette puissance, cette volonté impérieuse de la nature seront, quoi qu’il -advienne, la meilleure sauvegarde de la société contre les excès du féminisme à outrance.

M. Mieg a félicité M. Michon —que l’auditoire avait, de son côté, chaleureusement applaudi — et il l’a remercié d’avoir démontré que « la femme future ne sera pas supérieure à la femme d’aujourd’hui ».

M. Henry Mengin, président de la société, qui a pris le dernier la parole, a remercié de son hospitalité gracieuse l’aimable municipalité d’Epinal, et en particulier M. Mieg, qui a eu la délicate attention d’adresser un souvenir à la mémoire du regretté M. Bichat. Il a remercié enfin l’assistance, puis très spécialement M. Michon, « professeur éminent, savant distingué et causeur charmant ».

M. Mengin —très applaudi — a terminé par d'heureuses considérations sur la famille et sur le rôle important de la mère, à qui tout homme doit généralement ce qu’il a de cœur, d’esprit et d’intelligence. M. Mengin ignore ce que l’avenir réserve à nos arrière-neveux ; mais il estime qu’ils auront lieu de se déclarer satisfaits s’ils trouvent dans la femme future ces trois vertus qui la font toute : la grâce, le dévouement et la pudeur.

vendredi 10 juin 2022

Maurice Bourgeois, Le Monde en 2022. Anticipations américaines (1923)

      Détail de la couverture de Challenge du 06/01/2022

En 1923, dans Le Figaro, Maurice Bourgeois reprend plusieurs réponses à une enquête, dessinant le monde cent ans plus tard, publiée dans la presse américaine.

Ces prédictions se révèlent en 2022 pour le moins hasardeuses... Ainsi le producteur DW Griffith voit le livre remplacé par les films, reprenant un trope que l'on retrouve dans les textes de l'anthologie La Fin du livre. Il n'en finit pas de mourir (1841-1930) du remplacement de l'imprimé, le journaliste, critique et satiriste HL Mencken affirme que les Etats-Unis seront redevenus une colonie britannique et s'avance sur la postérité de deux auteurs (l'avenir lui a entièrement donné tort). Finalement c'est John S. Summer, secrétaire de la très puritaine "société pour la suppression du vice" qui est le plus clairvoyant en affirmant que la nature humaine n'aura guère changé d'ici un siècle...


Le monde en l'an 2022

« Anticipations » américaines

Plusieurs Américains notoires, en réponse à une enquête, viennent de faire connaître comment ils conçoivent, l'état de la civilisation dans cent ans d'ici. David Wart [sic pour « Wark »] Griffith, le célèbre producer de cinéma, considère qu'en 2022 la grande industrie de l'édition publiera des films au lieu de livres. Les bibliothèques de films seront aussi répandues que le sont aujourd'hui les bibliothèques particulières — peut-être encore plus. Le théâtre sera à ces bibliothèques ce que la représentation d'une pièce est aujourd'hui à son texte imprimé. Mais le cinéma dépassera de beaucoup le théâtre en importance et en variété ; il atteindra un public beaucoup plus vaste, surtout -s'il soigne la présentation artistique. Le phonographe aura reçu des perfectionnements importants ; mais, dans l'ensemble, le monde s'intéressera, moins aux mots qu'aux images. Celles-ci seront en couleurs naturelles. Quant aux théàtres, ils seront spécialisés ; chacun d'eux aura un public particulier.

M. John S. Sumner, le secrétaire de la Société new-yorkaise « pour la suppression du vice » — organisation de puritanisme moralisateur et antipornographique — déclare que la nécessité d'un contrôle des mœurs, est reconnue « depuis Louis XIV ». M. Summer ne croit pas que la nature humaine puisse tellement changer en cent ans qu'il n'y ait plus, en 2022, de gens dont le méfier consiste à tirer un profit commercial des faiblesses de leur prochain. La société « pour la suppression du vice » — ou une autre du même genre — continuera donc à fonctionner. Mais M. Sumner ne pense pas qu'il existera en 2022, aux Etats-Unis, une censure des livres, ni même une censure officielle du théâtre.

Le spirituel critique Henry Louis Mencken n'est pas moins net dans ses pronostics : « Dans cent ans, annonce-t-il, les Etats-Unis seront une colonie britannique. Ils serviront principalement, à fournir des imbéciles pour lire les romans anglais en vogue, et une docile chair à canon pour l'armée britannique.

Je crois que la prohibition sera abolie et rétablie plusieurs fois d'ici à 2022. Il y aura des périodes de prohibition et de soulographie en grand — comme maintenant — et des périodes de liberté accompagnée de tempérance. A quoi en sera ce flux et ce reflux en 2022, j'hésite à le prédire.

La personnalité américaine, que les historiens anglo-américains se plairont le plus à discuter en 2022 sera Woodrow Wilson, le premier président du Conseil des Colonies Unies d'Amérique.

Le plus grand auteur américain vivant est le Dr Frank Crane. On se souviendra de lui bien longtemps après que Walt Whitman aura été oublié. »

Mais ce que M Mencken omet de dire, c'est qu'on oubliera encore moins… M. Mencken lui-même : un tel homme ne saurait mourir, et l’on peut être sûr qu'en 2022, « l'enfant terrible de la littérature américaine » continuera ses prophéties mémorables...

 

Maurice Bourgeois, « Le monde en l’an 2022 ‘Anticipations’ américaines »,
in Le Figaro, 22 mars 1923.