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ISSN 2496-9346
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mardi 28 juin 2022

Au Cirque Palmarium: La guerre en l'an 2000 avec les rayons mortels (1935)

Parmi les médias de l'anticipation et de la science-fiction, le cirque ne doit pas être oublié. Si ce genre de spectacle fait partie de la science-fiction invisible (tout comme les carnavals, les émissions de radio, les spectacles de cabaret, et autres) car il ne reste souvent que des programmes et des annonces parus dans la presse sans guère de précision (et surtout sans description du contenu), il n'en demeure pas moins que ces spectacles ont été vus souvent par des milliers de spectateurs.

Le 19 juillet 1935, L'Express de l'Est et des Vosges annonce la venue à Vittel du cirque Palmarium qui propose différents tableaux comme le classique "La femme coupée en deux" mais aussi "La mystérieuse Magneta", "L'Homme électrique", le "Fakir Karmah, le maître de la volonté" et "La guerre en l'an 2000 avec les rayons mortels".

 


 



jeudi 17 février 2022

La mode en l'an 2022 (1922)

Le 17 février 1922 (il y a tout juste un siècle), la presse annonce l'organisation d'un grand bal costumé au profit des écrivains et des journalistes russes nécessiteux qui se tient le 4 mars. Le thème de l'événement est la mode en 2022. Les annonces indiquent que les participants seront "cinématographiés". Malgré nos recherches, nous n'avons pas trouvé de reprise vidéo de ces costumes de l'an 2022. Cet événement rejoint la grande catégorie de la science-fiction invisible... 

ArchéoSF a publié plusieurs articles relevant de l'anticipation vestimentaire comme celui relatant un défilé de mode de l'avenir (l'an 2000) en 1938 à Nice.

Annonce parue dans La Lanterne le 17 février 1922



mercredi 21 octobre 2020

Diorama Angers en l'an 2000 (1936)

Le quotidien L'Ouest-Eclair dans ses éditions du 24 mai 1936 et l'hebdomadaire Le Paysan du Centre-Ouest daté du 31 mai 1936 annoncent la Foire exposition de l'Anjou se déroulant du 4 au 14 juin 1936. Parmi les différentes expositions qui la constituent sont annoncés des "démonstrations de radio-diffusion" et "la vision de superbes dioramas d'Angers en l'an 1800 et en l'an 2000".

 

Le 6 juin 1936, Le Petit courrier (quotidien publié à Angers) propose un reportage sur cette Foire exposition dans lequel les dioramas sont évoqués:



Il ne semble rester aucune trace de ce diorama représentant "Angers en l'an 2000", il rejoint ainsi les vastes corpus de l'imaginaire de l'An 2000 et de la science-fiction invisible. Il témoigne aussi de l'intérêt pour l'anticipation et la prospective bien au delà des limites de Paris.

A lire:

Paris Futurs, Petite anthologie rétrospective des Paris du futur

Futurs de Province, Petite anthologie rétrospective

 


mercredi 23 septembre 2020

Edouard Jouve, "L'An 3000" (1919)

Le Figaro et Le Voltaire annoncent en 1919 une opérette du compositeur Edouard Jouve (1870-1950, né en Italie et naturalisé Français en 1906) sur un livret de Fac et Rab au titre parfaitement conjectural: "L'An 3000". Malheureusement, selon le site Encyclopédie multimédia de la comédie musicale théâtrale en France, l'auteur n'a pas trouvé de théâtre pour accueillir l'opérette. Cette anticipation rejoint ainsi le vaste corpus de la science-fiction invisible, et d'autant plus invisible qu'aucune trace du manuscrit n'a pu être identifiée.

Restent donc ces deux encarts d'annonces publiés dans la presse:

Le Figaro, 12 décembre 1919

Le Voltaire, 16 décembre 1919


 

 

 



dimanche 2 février 2020

[Ballet] Les Demoiselles du XXe siècle (1894)

Le spectacle vivant a souvent abordé l'anticipation. Ainsi peut-on retrouver des images de plusieurs éditions du carnaval de Nice, des fêtes carnavalesques de Bordeaux, des comptes rendus de revues comme Plus ça change de Rip (1915) Une soirée en l'an 2000 (1929) et de nombreuses autres (à consulter)...
A partir du 15 septembre 1894, les Folies Bergère proposent Les Demoiselles du XXe siècle sur un livret d'Abel Mercklein (1849-1924) et une musique de Louis Desormes (1840-1898). Evidemment il n'y a pas de captation de ce spectacle et les témoignages concernant ce spectacle sont peu nombreux.Gallica reproduit une affiche publicitaire. Cette anticipation rejoint donc le vaste domaine de la science-fiction invisible.
La publicité pour ce ballet est notamment assurée par une affiche de Louis Trinquer-Trianon (1853-1922) signée L. Trianon. 



La chronique « La soirée théâtrale » signée par « Un monsieur de l’orchestre » parue dans Le Figaro n°259 du 16 septembre 1894 nous livre un commentaire sur le spectacle « Les Demoiselles du XXe siècle »:

Ce ballet, vrai dire, ne rappelle que de fort loin la Source ou Coppélia. Mais c'est une charmante fantaisie et, ce qui n'est pas un mince agrément, une fantaisie d'une gaieté débordante. Il y a même un grain de philosophie oh si menu! dans cette satire préventive du débraillé qui, si l'on en juge par les mœurs d'aujourd'hui, régira les mœurs de demain. Et le librettiste, M. Abel Mercklein, a pu supposer que, d'ici cent ans, nos fillettes et nos garçonnets, élevés d'après la méthode Cempuis, porteront ces toilettes ultra-légères et se complairont à des divertissements ultra-naturalistes. Sur ce thème point banal, Desormes a brodé les variations les plus folles, où passe comme un écho de l'orgie infernale d'Offenbach, et Mariquita, l'incomparable maître de ballet, réglé des pas éminemment suggestifs, dansés avec un entrain du diable par une vingtaine de jolies filles, aussi bonnes à voir, que court vêtues. Quant à Mlle Lamothe, elle est délicieuse tout simplement, et en passe de devenir une de nos meilleures danseuses de genre. Comme toujours, enfin, les décors peints par Amable et Gardy, les costumes exécutés par Landolff, d'après les dessins de Trianon, sont des merveilles d'élégance, de fantaisie et de goût.
Mot de la fin 9,500 francs au guichet. Il n'y a rien d'éloquent comme les chiffres. 

Un Monsieur de l'orchestre

lundi 11 mars 2019

Fêtes carnavalesques de Bordeaux (1935)

De nombreux spectacles dont il ne nous reste que des traces dans la presse ont eu pour objet une projection dans un futur plus ou moins lointain. Cette science-fiction invisible est difficile à saisir. Le Carnaval est l'occasion d'anticiper de manière humoristique. En mars 2018, ArchéoSF avait exploré les archives du Carnaval de Nice pour en montrer la richesse conjecturale.

Le 6 mars 1935 eurent lieu les cavalcades dans le cadre des fêtes carnavalesques de Bordeaux. La presse de l'époque rapporte quelques éléments du déroulement de cet événement.
On apprend dans La Petite Gironde du 5 mars 1935 que l'une des sociétés, La Cavalcade de Pessac, proposait deux chars conjecturaux :"Les relations entre les deux rives de la Garonne en l'an 2000" et "Une invention pessacaise: le Tramgyre".


Le 6 mars 1935, La Petite Gironde publie une photographie du comité organisateurs des fêtes carnavalesques:

Le compte-rendu des fêtes carnavalesques, publié le 7 mars 1935, mentionne la présence du char ayant pour thème l'an 2000 mais passe sous silence "Le Tramgyre" dont on ne saura rien...


Il reste quelques témoignages du premier char qui présente "Un tunnel sous la Garonne" (photographie publiée dans le numéro du 7 mars 1935 de La Petite Gironde") et le petit texte descriptif suivant:



lundi 12 novembre 2018

Jules de Lubac, La Grotte de Soyons, nouvelle préhistorique (1872)

En 1870, le vicomte Lepic et Jules de Lubac découvrent la grotte de Néron dans le massif de Guercy à Soyons (Ardèche). 

Deux ans plus tard, Jules de Lubac publie en feuilleton dans L'Echo de l'Ardèche une nouvelle en plusieurs épisodes intitulée "La Grotte de Soyons".

L'Echo de l'Ardèche ne semble pas avoir été numérisé. Il n'est donc pas possible actuellement, hormis peut-être aux archives départementales ardéchoises, de consulter ce texte. Il fait donc partie de la science-fiction invisible car publié en feuilleton dans un périodique non accessible. On peut espérer néanmoins une exhumation prochaine car les références sont parfaitement connues...
Il s'agit d'une fiction tout à fait pionnière dans le cadre de la fiction préhistorique (pour mémoire La Guerre du feu de Rosny date de 1909), elle est en effet l'une des dix premières sans doute pour le domaine francophone.

Il en reste un court résumé publié dans l'Indicateur de l'archéologue et du collectionneur : bulletin mensuel illustré n°3 de novembre 1872.



Source: Gallica

jeudi 8 novembre 2018

Escale en l'an 2944 (1944)

Le 28 juin 1944, le journal Le Matin annonce les programmes radiophoniques de la journée et notamment ceux de la Radio nationale. On y apprend qu'une émission intitulée "Escale en l'an 2944" fut diffusée à 23h20 et dura 40 mn.
On n'en saura pas plus malheureusement.






Nous avons déjà repéré plusieurs émissions ayant eu pour objet une projection dans un futur plus ou moins lointain diffusées pendant la Seconde Guerre mondiale. Il ne nous en reste que des traces dans la presse, traces se limitant le plus souvent au seul titre de l'émission. Cette science-fiction invisible est difficile à saisir.

Source: Gallica

mercredi 26 septembre 2018

Bel Argay, sculpteur de l'an 2000 (1940)

De nombreux spectacles dont il ne nous reste que des traces dans la presse ont eu pour objet une projection dans un futur plus ou moins lointain. Cette science-fiction invisible est difficile à saisir. ArchéoSF en propose régulièrement des exemples.

Le Petit Troyen (journal régional) présente, dans son numéro du 13 décembre 1940, une publicité pour Bel Argay, sculpteur de l'an 2000 (spectacle ayant lieu au Théâtre municipal de Troyes le 15 décembre 1940). The Bel Argay était un numéro de sculpteurs comiques sur argile tournant dès les années 1920.
Malgré les recherches aucune description de ce spectacle n'a pu pour le moment être découverte... 



Cet article fait partie de la série consacrée à la science-fiction invisible.

mardi 8 mai 2018

M.F. Lagrange, sur le locomotionisme (1897)

La science fiction et l'anticipation se nichent partout et parfois dans des endroits qui continuent à me surprendre.
En voici un nouvel exemple découvert dans le Bulletin de la Société d'excursions des amateurs de photographie qui livre en juin 1897 le compte-rendu de la séance du 25 mai 1897 au cours de laquelle un certain M.F. Lagrange donna une causerie accompagnée de projections sur le "locomotionisme". Il s'agit manifestement de montrer de manière humoristique les évolutions des moyens de locomotion.
Après un parcours historique (le premier moteur, la première Amazone, les carrosses sous Louis XIV,...), la causerie s'oriente vers la prospective avec d'alléchants intitulés comme Le Dernier piéton, La Dernière Amazone (sujet que l'on trouve en 1898 sous le crayon de Pierre Giffard dans La Fin du cheval), l'Omnibus sans cheval,...
Il ne semble malheureusement rien rester de cette causerie que le compte-rendu publié que nous reproduisons ci-dessous:






Ce billet fait partie de la série "science fiction invisible". Pour retrouver tous les billets de cette série, cliquez ICI.

lundi 12 mars 2018

M. Bellemère, Amiens et sa cathédrale en l'an 2000 (1922)

Le 19 mars 1922 l'association La Picardie organise sa réunion mensuelle à la Sorbonne et un intervenant, M. Bellemère, avoué à Amiens, propose une conférence ayant pour thème: "Amiens et sa cathédrale en l'An 2000".
Le titre est particulièrement alléchant... malheureusement, nous n'avons rien trouvé (compte-rendu,...) hormis l'annonce de cette conférence dans plusieurs journaux. Il s'agit manifestement d'un avis donné à insérer.
Maître Bellemère a été avoué à Amiens (ses bureaux étaient situés 7 ru Porion) et il semble que ce soit le même qui soit mort lors de l'opération Jericho.

La Presse datée du 16 mars 1922:



L'Action française datée du 17 mars 1922:




Le Radical daté du 18 mars 1922:



Le Figaro daté du 19 mars 1922:




A lire: Futurs de Province, anthologie recueillant 14 anticipations parues dans la presse régionale entre 1824 et 1947 (avec des textes sur Amiens, Flers, Grenoble, Lyon, Marseille, Nantes, Poitiers, Rouen, Tarbes, Toulouse et Vienne). 

dimanche 7 janvier 2018

L'Amour en l'an 2000 (1933)

De nombreux spectacles dont il ne nous reste que des traces dans la presse ont eu pour objet une projection dans un futur plus ou moins lointain. Cette science-fiction invisible est difficile à saisir.
Le 12 octobre 1933, le journal Chantecler (publié à Hanoï) rapporte une animation au Latitude 43 à Saint-Tropez sous la forme d'un dîner (demi-)mondain sur le thème de l'amour en l'an 2000.
Le Latitude 43 a été construit en 1932, et était le premier palace érigé dans le Golfe de Saint Tropez. Il s'agit du chef-d'oeuvre de l'architecte Georges-Henri Pingusson. Projet ambitieux (un hôtel accompagné d'un restaurant, d'un casino, d'un dancing, d'un complexe sportif, d'une piscine olympique ... dans un parce de 7 hectares), il ne fut en exploitation que quelques années. Cet complexe était dédié au
Une exposition lui a été consacrée en 2013 à Saint Tropez:




Le 15 août 1933, un grand dîner est donné auquel participent de nombreuses célébrités. Le thème est tout à fait conjectural (L'Amour en l'an 2000) mais le succès fut pour le moins faible si l'on en croit la presse de l'époque avec l'article du Chantecler:



Mistinguett, Jane Marnac, Jane Renouard, Edmonde Guy, Annabella, Jean Murat, Sylvette Fillacier, Pierre Lazneff, une demi-douzaine de princes plus ou moins authentiques, un archiduc en disponibilité, une bonne douzaine de comtes ou assimilés, sans compter deux à trois cents seigneurs, dont les noms, en d'autres circonstances, auraient tenu la vedette, mais qui disparaissaient ici dans la foule, s'étaient déplacés pour venir assister, le 15 août, au Latitude 43, au dîner consacré à l'Amour en l'an 2000. 
L'idée première des organisateurs du gala était de demander à quelques couples, choisis dans la salle, de venir faire en piste une exhibition, pour montrer au restant du public ce, qu'à leur idée, devait, en l'an 2000, devenir le baiser sur la bouche. Mais malgré l'attrait présenté par de fort jolies primes, ce fut un dégonflage général…
L'atmosphère voulue était créée pourtant par le motif décoratif de Reney Louvat, représentant ce que devait être, dans l'idée de l'artiste, un lieu que la morale réprouve, mais que la police tolère, au début du siècle prochain. Ce décor, hélas ! ne servit de rien, si ce n'est à faire rêver les spectateurs...

jeudi 14 décembre 2017

Paul Briquet, Pierre Varenne, Henri Falk, Un Frisson de Paris (1929)


Paul Briquet et Pierre Varenne avec la collaboration de M. Henri Falk sont les auteurs de la revue Un Frisson de Paris dont la première de gala fut jouée le 22 décembre 1929:


Le titre n'est guère encourageant pour le chercheur en science-fiction ancienne. Et pourtant au moins deux des tableaux nous intéresse: "Les Jeunes élèves en l'an 2000" comme nous le présente L'Est Républicain (11 janvier 1930, p.5) et "La femme de demain" comme le mentionne un encart inséré dans plusieurs quotidiens le 10 janvier 1930.

L'Est républicain, 11 janvier 1930 (source: Kiosque Lorrain)

Encart publicitaire (extrait) inséré dans différents quotidiens parisiens
le 10 janvier 1930, ici Le Matin.


Pour Paul Briquet, qui avait travaillé avec Rip, c'est l'une des dernières oeuvres. Il meurt d'une embolie pulmonaire le 17 septembre 1930 dans un cabaret à Montmartre à l'âge de 45 ans, la date de naissance n'est pas mentionnée dans date.bnf (fiche Paul Briquet), nous pouvons indiquer qu'il est né en 1885.



Dessin paru dans Comoedia le 21 septembre 1930

A Paris la revue est jouée du 22 décembre 1929 au 23 février 1930 aux Menus Plaisirs (aujourd'hui Comédie de Paris). Elle comporte deux actes et vingt-cinq tableaux (dont les deux tableaux que nous avons mentionnés - au moins - relevant de l'anticipation). Comme beaucoup de revues, elle fait partie de ce que l'on peut appeler la science-fiction invisible (dont nous donnons d'autres exemples ICI) car on ne trouve ni livret, ni descriptif précis, ni compte-rendu exhaustif d'Un Frisson à Paris et l'on ne peut qu'imaginer ce que cela fut sur scène...

Source des coupures de presse: Gallica, Kiosque Lorrain

samedi 4 février 2017

Un procès en l'an 2000 (1895)

En 1895 les jeunes avocats du barreau d'Anvers montent une pièce intitulée Un procès en l'an 2000. Comme d'autres spectacles souvent avec une représentation unique, il a laissé peu de traces. Pourtant la revue L'Art moderne en livre un résumé dans son numéro du 3 mars 1895, permettant de rendre un peu de visibilité à ces anticipations invisibles car jamais reprises ni éditées comme la revue Une soirée en l'an 2000 (1929) récemment chroniquée sur ArchéoSF.



UNE PREMIÈRE AU JEUNE BARREAU D'ANVERS

Un besoin de théâtre nouveau se fait sentir en Belgique, au milieu des besoins nouveaux de tous genres qui tourmentent ce singulier pays devenu, tout à coup, par une explosion de tendances et un étonnant concert d'efforts, le plus curieux foyer d'événements et le plus énigmatique, préparant, d'après les vraisemblances, d'étranges surprises dans tous les genres.
Et parmi ce groupe du Barreau, si remuant, si compliqué d'opinions diverses et contradictoires, microcosme de notre société entière, où l'on retrouve tous ses travers, toutes ses vertus, toutes ses faiblesses et toutes ses énergies, voici qu'à deux reprises une tentative se manifeste vers les oeuvres de la scène. Il y a peu d'années, c'était la Conférence des jeunes avocats de Bruxelles qui jouait Omnia Fraternè, cette revue amusante, critiquant les hommes et les choses du jour, d'un esprit léger et piquant. Voici maintenant la Conférence d'Anvers qui produit une oeuvre sortant du présent, envisageant avec pénétration l'avenir, mettant en relief ses espérances et ses déceptions possibles, dans un ensemble à la fois amer et joyeux, sarcastique et incongru, avec cette séduction rare que l'auditeur ne sait jamais exactement démêler le fond de l'âme des auteurs, inconsciemment et tragiquement obscurs. Le titre : Un Procès en l'an 2000.
Nous avons assisté avec un étonnement et un intérêt croissants à cette production qui a captivé notre attention pendant plus de deux heures. L'imprévu était extraordinaire, aussi grand, peut-être, pour les acteurs devant le succès grandissant, que pour les spectateurs menés par des chemins inconnus, serpentant en lacis bizarres.
C'était, en apparence, d'une simplicité extrême. Point de décors, point de théâtre machiné. Une simple estrade comme au temps des mystères joués par la vieille Basoche sur la table de marbre en la grande salle du Palais à Paris. Onze personnages, en costume de ville, sauf trois en robe d'avocat. Une figuration rudimentaire : A la droite des regardants, LE MAGISTRAT, assis à une petite table. A gauche, L'AVOCAT et LE MINISTÈRE PUBLIC, côte à côte, presque la main dans la main, à même hauteur d'impodium,à une autre petite table. Dans l'intervalle, reliant ces deux actes, sept chaises et, sur ces chaises, en commençant par le côté du magistrat, sept individualités, entités mystiques réalisées en d'humaines individualités connues dans les couloirs judiciaires : LE PHYSIOLOGUE, LE GÉNÉALOGUE, LE PSYCHOLOGUE, LE SOCIOLOGUE, L'HYPNOTISTE, LE MAGE, L'ANANKISTE.
Enfin, un peu en arrière, un tableau noir, et debout, la craie à la main, un CALCULATEUR.
C'est ce personnel, à première vue extravagant, qui va procéder à l'instruction et au jugement du Procès de l'an 2000. Voici ce litige à la fois carnavalaire et profond.
En l'an 2000, quiconque viole les justes lois de l'époque n'est plus considéré comme un coupable mais comme un malade. Il a droit, non pas à la peine, mais au traitement. Aussi est-il devenu inutile de poursuivre les délinquants ; ils se présentent eux-mêmes, se plaignant à la Justice de leurs prédispositions illicites comme aujourd'hui on se plaint au médecin de ses souffrances. On les juge, comme on ausculte, on les examine en les diagnostiquant. C'est de la clinique ingénieuse et compatissante au lieu de la procédure menaçante et impitoyable du code d'instruction criminelle sous lequel nous avons l'avantage de vivre.
En l'an 2000 la loi veut qu'à trente ans, au plus tard, tout citoyen ait satisfait au devoir de prendre femme et de créer une famille monogamique. Quiconque y manque commet un délit, c'est-à-dire qu'il est tenu pour malade et a droit au traitement. A cet effet, il adresse une requête au Magistrat, exposant son cas et demandant l'examen médical. A cet effet, on réunit la Cour du district de l'inculpé volontaire, composée des onze fonctionnaires énumérés tantôt.
Le Magistrat lit la requête. Oh ! est-elle comique et grave celle de l'espèce, lue avec une solennité froide et hâtée, répondant bien à l'esprit de son ministère en ces temps futurs géométriques où tout homme a perdu son nom et n'est plus qu'un numéro sur le bel échiquier de l'organisation nouvelle et où le juge n'est plus qu'un AUTOMATE, montrant sa décision comme sur un cadran de dynamomètre l'aiguille dès que le coup de poing est donné. Dans l'espèce, il s'agit d'un célibataire atteint d'une INFIDÉLITÉ aiguë. Il n'a pu se marier parce qu'il aime toutes les femmes, parce qu'il se sent incapable de se contenter d'une seule. Il demande qu'on lui indique le remède, car il croit sa maladie curable, et il a grand intérêt à le croire puisque, si elle était incurable, ce serait la mort, la peine capitale, en l'an 2000, étant établie pour tout ce qu'on ne peut guérir.
La requête lue, le Magistrat, « au nom de ce qui fut, de ce qui est et de ce qui sera » remplaçant le « au nom du peuple belge », les mortels de l'époque ayant une plus juste idée des puissances qui dirigent les événements, déclare les débats ouverts et fait porter au Calculateur, la main levée tenant la craie symbolique, emblème du blanc sur noir, c'est-à-dire de la lumière éclairant les ténèbres, du génie du bien Ormuz opposé au génie du mal Arriman, de calculer suivant les lois des nombres, ces agents muets du mystère, sans toutefois avoir peur de se contredire « attendu qu'il est expert».
La parole est donnée à l'avocat du requérant. Il parait que chacun des confrères qui jouèrent cette fantaisie pénétrante, après avoir reçu communication du thème général, avait été laissé libre de composer son rôle lui-même, et qu'ils y procédèrent avec une discrétion rigoureuse, nul n'ayant révélé, si ce n'est à la représentation même, le couplet dramatique qu'il avait imaginé. Aussi la variété et l'originalité ont-elles été extrêmes, alors pourtant que l'unité, si fortement établie par la conception générale de l'oeuvre, se maintenait avec une solidité parfaite. Il eût fallu entendre l'ingénieux exposé des souffrances et des remords de cet Infidèle, accompagné des tentatives de justification de sa papillonne ! Les aperçus ingénieux, le batifolage risqué, les sous-entendus ou le confidentiel de l'amour croustillait devant un public en grande partie composé d'Anversoises de tous les gabarits de beauté et d'âge fort émoustillées.
C'est le tour du ministère public. Un avocat général de l'avenir, absolument affranchi de morgue et de personnel gonflement, ne souffrant aucunement de se trouver, comme plancher, au même niveau que l'avocat, qu'il traite en copain et qui le lui rend en bon camarade, s'attelant avec lui à un but unique : non le succès notoire, non la condamnation d'un pauvre diable, mais tout simplement l'éclaircissement de la cause.
On a entendu le Réquisitoire et la Défense, si ça peut encore se nommer ainsi en l'an d'impartialité 2000. Les juges vont donner leur avis après un serment où il est fait invocation aux forces naturelles, arbitres des phénomènes, lois immuables et impassibles de l'univers. Chacun a autant de voix qu'il convient d'en accorder à l'entité qu'il incarne. Ainsi le Physiologue qui n'examine le patient qu'au point de vue des matérialités corporelles, de l'habitus physique, n'a qu'un vote, tandis que l'Anankiste, auquel on arrive en fin dernière, après avoir passé par l'échelle ascendante des cinq autres spécialistes, en a sept, le plus grand nombre, le nombre fatidique antique, parce qu'il personnifie le grand dieu, le dieu maître de tous les autres, le HASARD redoutable et aveugle, le DESTIN goguenard et terrible.
Et comme il faut que le Hasard reste entier dans l'imprévu de ses apparentes folies et de ses déraisons, on fait sortir l'Anankiste de l'audience pour qu'il puisse juger sans rien connaître, les yeux fermés et les oreilles bouchées.
Chacun des juges s'avance à son tour sur le devant de l'estrade, debout et découvert, pour exposer ses recherches et donner son avis. Il est difficile d'imaginer la fantaisie et l'amusant de ces déclarations saugrenues et profondes, où chaque plaisanterie laisse voir un dessous sérieux et triste, scrutateur de pensées. Difficile aussi d'imaginer la diversité du dessin et du coloris de ces morceaux humoristiques récités par des personnalités antipodiques avec un naturel incomparable. On assure que le Barreau de Bruxelles va inviter cette troupe improvisée à venir renouveler dans la capitale cette satire aristophanesque. Nous n'exagérons donc pas en disant : l'événement prochain fera mieux que les rapides coups de crayon que nous pourrions donner ici.
Pendant une heure ont défilé, en réjouissant cortège, avec l'abondance des plaisanteries rabelaisiennes, les réflexions humoristiques, les mots profonds, les calembours, les choses sérieuses et les balivernes. L'endroit et l'envers de la médecine, de la procédure, de l'atavisme, ont été tournés et retournés. Chacun a eu sa voix, son geste, ses allures. Le kaléidoscope a fonctionné en des associations d'idées et de mots d'une richesse séduisante.Tous les avis sont donnés. Le Calculateur, qui a inscrit sur le tableau les chiffres représentatifs de chacun d'eux, fait une addition et une division. La peine apparaît en son exactitude authentique. Il est fait droit à la requête du célibataire malheureux, il obtient un traitement aux frais de l'État, on va l'enfermer, le soigner, le purger, le cataplasmer pendant trois cents jours.
La Cour se retire au milieu d'applaudissements interminables. Assurément les courtes lignes qui précèdent ne peuvent donner qu'une superficielle idée de cet échantillon d'un théâtre spontané où les auteurs ont cru ne faire qu'une plaisanterie, alors qu'en vérité ils ont réuni une oeuvre qui rend songeurs ceux qui pensent à faire du neuf en ce difficultueux domaine.

In L'Art moderne, n°9, Quinzième année, 
dimanche 3 mars 1895 
(revue éditée à Bruxelles, Belgique)




mercredi 4 janvier 2017

[cinéma] Polidor en l'an 2500 [Polidor nel 2500] (1916)

En 1916, une annonce du cinéma Max Linder (Paris) parue dans la presse indique un titre de film : Polidor en l'an 2500. Le titre est évocateur, l'artiste, Polidor, oriente immédiatement vers le burlesque.




Sous le pseudonyme de Polidor se cache Ferdinand Guillaume. Né à Bayonne le 18 mai 1887, il est naturalisé italien et meurt le 3 décembre 1977.
Ferdinand Guillaume a joué dans une cinquantaine de films burlesques dont il était aussi le réalisateur. En 1910, il crée en Italie le personnage de Tontolini qui est une sorte de précurseur de Charlot, puis, en 1912, il devient Polidor. Le passage au cinéma parlant efface son nom comme pour beaucoup d'acteurs et de réalisateurs du muet et il serait oublié s'il n'avait pas reçu l'hommage (et quelques rôles) de la part de Federico Fellini. Sa carrière en temps que Polidor débute au sein de Pasquali e C. ensuite il travaille pour Caesar film (compagnie fondée en 1914).

En octobre 1916, Ferdinand Guillaume réalise et joue Polidor nel 2500. Ce film semble perdu mais l'on peut trouver quelques résumés en italien qui nous livrent l'essentiel de l'intrigue. Ce métrage (de 377 mètres soit environ 5 minutes), caractérisé comme une "fantaisie humoristique" dans la publicité du cinéma Max Linder pourrait être résumé ainsi : Polidor est projeté dans le futur et les "sources contemporaines décrivent [le film] comme une vision grotesque de l'avenir, avec Polidor qui s'agite entre machines monstrueux et dragons mécaniques(1)". 
L'intérêt du film est aussi historique car il s'agirait de la première anticipation du cinéma italien. 
Quelques autres titres de la série pourraient possiblement relever de la fantaisie conjecturale comme Polidor fa le iniezioni (octobre 1912, Polidor fait des piqûres); Polidor électrique (Polidor electrico, VO avril 1913; VF mai 1913); Polidor géant (Polidor gigante, VO janvier 1914, VF 27 février 1914)  L'Invenzione de Polidor de juin 1914 (sorti en Grande Bretagne sous le titre Polidor's invention en septembre 1914)...
Malheureusement, comme c'est le cas de beaucoup de films muets, tous ces films semblent perdus... 

Source illustration: Encart publicitaire paru dans Le Gaulois daté du 1er décembre 1916 (Gallica)
(1) Cité dans L. Pastore, in La vita cinematografica, Torino, 7 gennaio 1917, cit. in Valerio Martinelli, Il cinema muto italiano. I film della grande guerra. 1916, vol. I, 41.

Cet article fait partie d'une série consacrée aux "films oubliés"

mardi 3 janvier 2017

Une soirée en l'an 2000, revue... d'anticipation d'année (1929)

Les soirées sur le thème de l'an 2000 ont traversé tout le vingtième siècle. Elles échappent pourtant à notre connaissance le plus souvent mais parfois la presse en rend compte.
En 1929 chez M. et Mme R... I... se tint Une soirée en l'an 2000, revue... d'anticipation d'année. La Rampe, périodique consacré aux spectacles, en livre un compte-rendu nous permettant d'imaginer cette folle nuit :


Chez M. et Mme R... I...

UNE SOIRÉE EN L'AN 2000
Revue... d'anticipation d'année.

Les événements qui viennent projettent leurs ombres en avant.
(Thomas Campbell )

Par un coup de la baguette magique de Mme R... I... nous fûmes transportés un soir dans les arcanes de l'an 2000.
Dépassant Mme de Thèbes,enjambant Mme Fraya, notre amphitryonne nous dévoila les mystères de cette année 2000 que nous n'envions pas et que nous espérons bien ne jamais atteindre.
N'importe, dans ce domaine, où la fantaisie était reine, chacun put donner libre cours à son esprit.
Aidés par Paul Colin, les Maîtres de la maison s'étaient transformés en masculinité et en.... au fait en quoi était M. R... L... ? Quant au décorateur, il avait composé une Marianne ridée, amochée et flétrie. Stupéfiant et magnifique se présentait l'intérieur. On entrait par une sorte de Galerie souterraine, habitée par des bruits d'avions, de klaxons et d'appareils nouveaux et inconnus -- puis on nous précipitait dans un bar tenu par six nègres, le toise nu et les verres pleins — le salon vous attirait par ses machines abracadabrantes, ses hublots « enciélés « et sa scène tournante.... Les invités se pressaient et tentaient de s'asseoir, mais on ne trouvait plus de chaise cette année-là, des cercueils les remplaçaient.
Un individu — quelque peu gris et même noir lut très remarqué ; c'était exactement la reproduction d'un des malheureux de1929 : habit, carcan, cravate blanche, cheveux plats, pieds serrés dans des sortes de cartons noirs durs et étroits un ridicule qui remporta un gros succès de rire !...
Pol Rab et ses amis descendent d'un aéronef, Gustave Baehr de Mussolini et Mlle Rosambert, de la mode 1949...
Mais l'aviateur Moriss annonce la revue En plein dans l'deux mille, de Pierre Varenne (de cette année) et Henri Dumont (Ids) ; et très applaudi-, évoluant allègrement malgré le poids des années, Sim Viva. plus adorable que jamais. Nina Myral, plus spirituelle, Yvonne Guillct, plus en voix, Pizani. plus en forme. Paul Ville, plus en mémoire, Dalio, plus comique, et le reste plus joli nous firent apprécier le « cru » de cette année.
Marie Dubas distribua la gaieté par son sourire, Carlos Gardel, la passion par le sien. Clarel, le rire par ses jambes et le quatuor Moussorgski, l'harmonie par ses voix ! Robert Blinder applaudissait Nina Myral ; Géo Bury réclamait Sim Viva, M. X... réclamait tontes les femmes. Les réclamations n'étant pas admises, elles n'eurent pas de suite. Pierre Humble nous prouva qu'il est un organisateur de génie, et. Moriss, un speaker de grande allure...
M. Fernand Ranzina doit également être à l'honneur, car il lut à la peine pour la machinerie, les rappels de texte et la bonne ordonnance du spectacle.
Quant à Mlle Dorys Casanova, ravissante et vivante, Mlles Colette Hayes, Ginette et Madv Genesky, Maguy Roche et Renée Terrier, elles amusèrent la scène de leur charme et de leur brio.
Et comme c'est l'allure qui nous fait vivre, a dit l'autre, on a vécu double ce soir-là, et M. et Mme R.... I s'en sont aperçus. Pendant la revue, notre exquise hôtesse et Mme M.... M.... esquissèrent une danse fantaisiste (réglée par Malatzoff) parfaitement réglée et admirablement dansée, 2000 pas sur 2000 ans ! et Mmes Déléage. Eugène Lévi, Parmentier et M. André Meyer firent preuve d'un joli brio dans leur danse grippée (!).
A 6h30 du matin, on nous servit le café au lait (on en prenait encore à cette époque-là) et comme le centenaire Moytet prenait la porte, nous l'aidâmes dans son vol, et nous le conduisîmes en riant et en chantant à sa dernière demeure.
Ainsi nous enterrâmes dignement et avant sa naissance, la déjà fameuse deux millième année. 

in La Rampe, 15 février 1929 

lundi 19 décembre 2016

Une revue préhistorique aux Eyzies (1924)

Une brève publiée dans le journal l'Intransigeant nous informe qu'une revue (c'est à dire un spectacle humoristique, souvent léger, et avec danses, souvent légères aussi) eut pour cadre la grotte des Eyzies en Dordogne. Quoi de plus normal que le thème fut la préhistoire. L'auteur de la brève en profite pour livrer un coup de griffe à ses contemporains...


In L'Intransigeant, 11 septembre 1924

samedi 17 décembre 2016

Tombouctou en 2124 (1923)

Une partie de l'imaginaire conjectural s'est effacée car personne ou presque n'en a gardé de traces. Régulièrement, dans la presse de l'époque, des descriptions de spectacles peuvent être relevées mais souvent l'image manque: au lecteur d'imaginer ce que les contemporains ont bien pu voir. En 1923, pour les fêtes de Noël, un grand magasin parisien proposait une vitrine montrant "Tombouctou en l'an 2124". Un chroniqueur du Petit Parisien nous en livre la description:



ALLONS VOIR AUX VITRINES LE "JOUET" DE L'ANNÉE

[…] L'actualité fournit ses sujets aux décorateurs. Si l'on demandait à la moyenne des « gosses » qui vont au cinéma ou qui s'intéressent aux beaux voyages ce qui les a cette année, le plus frappés, la plupart répondraient «Nanouk » et « le Raid des autos-chenilles à travers le Sahara ». La plupart des magasins ont donc, pour flatter leurs petits clients, leur scène de « Nanouk » et leur vue de « Tombouctou en l'an 2124 ».
Ici, on voit, au fond du paysage, des autos-chenilles défiler sur la crête des dunes et descendre lentement vers la capitale du désert. Dans les rues grouillantes, tout un peuple bizarrement accoutré se presse, flâne, court à ses affaires et danse au son du jazz-band. Entre les minarets et les terrasses, des palmiers étrangement mécaniques se plient-sous une brise irréelle, mais qui doit être- terrible, si l'on en juge aux convulsions des pauvres arbres. Une girafe, un seau à la bouche, monte de l'eau à tous les étages.
Ailleurs, la vision de Tombouctou dans deux cents ans est plus formidable encore: un aérobus monstre, dont la porte d'entrée est un énorme rideau de fer, crache autant de public qu'une sorte de métro aux heures d'affluence. On déballe des fruits « exotiques » : poires, pommes, raisins ; des légumes, carottes et oignons, que se disputent les gens chic. Devant le grand théâtre et le magasin d'antiquités, les passants s'arrêtent ou font la queue. Au milieu de la grand'place, se tient le cireur. Le client met cinq francs dans un appareil, en choisissant la couleur de son cirage : il y en a du jaune, du vert, du rouge et même du noir. Pendant que les brosses mécaniques font leur devoir, des cornets acoustiques versent l'harmonie (par sans-fil) au cœur des citadins. Un édifice monumental absorbe une foule compacte qu'il ne rend pas : il constitue la gare de départ des aérobus.
Si les pronostics de nos humoristes se réalisent, comme se sont réalisées celles de Wells et de Jules Verne, Paris n'a qu'à bien se tenir pour conserver son rang de capitale du monde: Tombouctou ne tardera pas à le dépasser. […]

Raymond de Nys, « Allons voir aux vitrines le jouet de l'année »,
in Le Petit Parisien, n° 17087, 11 décembre 1923