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samedi 11 septembre 2021

Robert Schlesincer, Voyage interplanétaire (1937)

Le quotidien Ce soir publie, le 24 mai 1937, la nouvelle "Voyage interplanétaire". signée par le journaliste Robert Schlesincer.

Le jeune Marius Larrive répond à une petite annonce et se retrouve sur la planète Mars (ou presque...).

La nouvelle est illustrée par une vignette anonyme nous montrant l'intérieur du bolide interplanétaire.


 

Voyage Interplanétaire

 

Marius Larrive était depuis trois semaines sans emploi lorsqu'un jour lui tomba sous les yeux une petite annonce, parue dans une revue scientifique et ainsi conçue :

« On offre haute situation à un monsieur jeune, courageux, ayant beaucoup souffert et perdu ses illusions sur le bonheur terrestre.

S'adresser au professeur Astrolabe, 21, rue de….»

 

Marius se sentit brusquement l'âme d'un martyr et avec un peu d'imagination il établit mentalement le compte approximatif de ses désillusions jusqu'à l'heure présente.

Ayant frappé à la porte du professeur Astrolabe, il fut reçu par un petit vieillard à la barbiche satanique et aux yeux pétillants de malice.

Le professeur conduisit Marius dans un bizarre laboratoire rempli d'appareils inquiétants qui lançaient des étincelles multicolores. Au milieu de la pièce trônait une espèce de torpille immense dotée d'une portière à glace par où on pouvait apercevoir les organes de commande : un volant et quelques boutons, le tout devant un confortable fauteuil.

— Regardez ceci, lui dit le professeur, c'est le bolide A-37, de mon invention. Grâce à lui vous pourrez atteindre la planète Mars en moins de 24 heures. Je suis trop vieux pour tenter l'expérience et tous ceux qui se sont présentés d'après l'annonce ont eu peur d'y monter. Le bolide est dirigé par des ondes électriques de mon laboratoire même. Vous n'avez qu'à tenir le gouvernail suivant les instructions que je vous transmettrai par la radio.

Marius réfléchit un long instant : la situation qu'on lui offrait était plus haute qu’il ne l'avait soupçonnée, même un peu trop car elle lui donna le vertige. Mais il accepta. A peine quelques heures plus tard il s'enfermait dans le bolide après avoir fait, aux frais de l'inventeur, une provision de boites de sardines, de fromage et surtout de quelques bonnes bouteilles car, se dit-il, il se pourrait que Mars ne soit pas très vinicole.

Il prit son vol par une ouverture pratiquée au plafond du laboratoire et le lendemain, après un long voyage à travers les ténèbres interplanétaires, Marius débarqua sur Mars.

Le paysage ne différait pas beaucoup de celui de la Terre et les Martiens entourèrent son bolide, sans trop de curiosité d'ailleurs, et reconnurent sans difficulté en Marius Larrive l'un de ces petits mammifères qu'ils voyaient depuis des siècles, à travers leurs lunettes astronomiques, fourmiller sur la surface de notre globe. Les Martiens même étaient semblables aux hommes, mais ils avaient une allure plus calme et paraissaient beaucoup moins enclins aux démonstrations bruyantes et à l'enthousiasme enfantin.

Marius Larrive commençait à se sentir mal à l'aise dans ce monde nouveau lorsqu'une voix stridente jaillie d'un immense haut-parleur le ramena à la vie :

« Allo ! Allô ! ici radio Mars, poste central. Le grand conseil de la Confédération martienne vient de clore ses débats au sujet des problèmes suscités par l'arrivée d'un homme de la Terre sur notre planète et décide :

« L'encouragement méthodique de l'immigration en vue de l'enrôlement des volontaires dans notre armée martienne pour renforcer l'ordre sur notre globe et la sécurité dans les espaces interplanétaires ;

« La nomination de Marius Larrive, en sa qualité de premier venu, et en vue de récompenser son héroïsme, au grade de général honoraire de l'armée de Mars. »

Après avoir entendu ces paroles, Marius se précipita vers le palais du Conseil :

« Qu'on me rende mon bolide, s'écria-t-il, je veux rentrer chez moi. J'étais mieux à Marseille, beaucoup mieux. »

Mais ses supplications furent vaines car il n'était pas permis de discuter les décisions du Grand Conseil.

Et Marius, abandonné au désespoir le plus profond, se mit à verser des larmes, mais les Martiens furent sans pitié.

Et finalement, Marius, qui dormait dans un fauteuil de la salle d'attente du professeur Astrolabe, fut réveillé par l'assistant de celui-ci car il poussait des cris qui auraient pu alerter le quartier.

— Réveillez-vous, monsieur, le professeur vous attend. Seulement, si vous venez à la suite de la petite annonce, sachez que la place est déjà prise.

— Quelle place ? fit Marius en ouvrant les yeux et en jetant un regard d'halluciné.

— Je parle de l'emploi de garçon de laboratoire qui était vacant.

— Très bien ! s'écria Marius-sorti de son cauchemar, mais il ajouta aussitôt : « — Au fond, tant pis. »



samedi 6 février 2021

[BD] Val, La T.S.F. interstellaire (1930)

Dans le périodique pour la jeunesse Les Belles images on trouve plusieurs récits sous images d'anticipation,de merveilleux-scientifique ou de science-fiction. Dans ces ancêtres de la bande dessinée les dessins sont dans des cases disposées en bande et sont accompagnés d'un texte mais sans les bulles (ou phylactères) ni récitatif (les encadrés commentant l'image).
Val signant aussi Valvérane en a produit plusieurs. Ici nous nous trouvons face à la question de la communication interplanétaire avec la planète Mars.
















Val, "La T.S.F. interstellaire", in Les Belles images, 6 novembre 1930



L'hebdomadaire Les Belles images livre épisodiquement plusieurs récits sous images relevant de la science-fiction et de l'anticipation tout au long de son histoire.
ArchéoSF a déjà publié L'Américain Mac Son veut voir la France (1905) de Luc Leguey (avec une traversée de l'Atlantique en ballon) et Une invention bizarre (1930) signé Asy et présentant un véritable savant "caméléon" et l'anonyme Le Nouveau monde (1924)

mercredi 15 mai 2019

Sybile Mong, en V-Bus pour Mars (1945)

L'éminent Gallicanaute (voir ICI la définition de ce terme) Blouzouga Memphis (visitez son site ICI) m'a communiqué les références d'un texte signé Sybile Mong (sans doute un pseudonyme) joliment illustré par Révac. Direction Mars !



En « V »-Bus pour Mars


Le projet n’est pas neuf. Depuis toujours l’homme a ambitionné de quitter ce bas-monde pour explorer les sphères célestes. Bien des savants ou poètes s’y sont essayés en esprit. Et les expériences mi-fantaisistes, mi-prophétiques d’un Wells ont enchanté notre jeunesse.
Mais un ingénieur américain à qui je déclarais l’autre jour, en plaisantant : »Il n’est pas loin le temps où nos vacances se passeront sur la planète Mars », m’a répondu le plus gravement du monde : « En doutez-vous ? »

DE LA BOMBE ATOMIQUE A LA FUSÉE ASTRONOMIQUE

Les toutes récentes découvertes sur le dégagement de l’énergie atomique, dont le premier témoignage, sous forme de bombe, a indiscutablement frappé les humains ont ouvert à la question des transports, des horizons nouveaux. Déjà on parle outre-Atlantique, d’une locomotive « atomique », dont la vitesse ahurissante réduiraient les garde-barrières (s’il y en avait là-bas) au rôle de fonctionnaires inopérants.
Pour de pareils engins, le ciel, toujours tentant devient accessible.

LES ANCIENS ASTRONAUTES ET LEURS VÉHICULES PÉRIMÉS

Le plus justement renommé, sinon le plus sérieux des astronautes du temps passé fut Cyrano de Bergerac. Ses moyens d’aller dans la lune sont variés. Le voyageur pouvait prendre place dans une cabine en fer attirée par un aimant placé devant lui. Cet audacieux pouvait ceindre des flacons remplis de rosée qui, s’évaporant au soleil, l’entraînerait dans son ascension, etc., etc.
Jules Verne, plus scientifique, dans son livre « De la Terre à la Lune », préconisa l’emploi d’un canon monstrueux. Or : Le canon est, pour le départ vers les astres, un engin impraticable.
Les savants ont étudié sérieusement la question. Si l’on veut tirer de plus en plus loin, il faut doter l’obus de vitesses initiales de plus en plus grandes. Pour un canon à longue portée : 1.000 m. seconde. Pour une « Bertha », 1.500 m. seconde. Pour tirer jusqu’à la lune, la vitesse initiale devrait être de 11.180 m. seconde, et, jusqu’à Mars, de 13.500 m. seconde.
Comment atteindre cette vitesse fantastique sans dommage pour les voyageurs ? Dans le canon de Jules Verne, malgré la paroi mobile, les voyageurs seraient infailliblement écrasés au départ du coup !

LA « BELLE-BLEUE » APPORTA LA SOLUTION

Seule, une fusée peut emporter les explorateurs d’astres. Une fusée, on le sait, n’est qu’un tube de carton empli de poudre. Quand la poudre brûle, les gaz de la combustion jaillissent à un bout de la fusée et, par réaction, celle-ci est vivement projetée de l’autre côté.
Le problème, jusqu’à maintenant, était de lancer de lancer une fusée assez grande pour loger des passagers avec leurs provisions et matériel, en emportant la quantité de poudre suffisante pour quitter le globe.

TOUJOURS DES HISTOIRES DE COMBUSTIBLE

La vitesse de 11 km. Seconde est, nous l’avons vu, indispensable pour quitter la Terre. Or, la poudre ne permet pas de dépasser 2 km. 500.
D’autre part, l’Américain Goddard, qui, en 1913, envisageait l’envoi d’une fusée sur la lune, prévoyait une charge de 300 kg. de poudre pour le transport des 300 gr. de magnésium nécessaires à la vision par télescope !
En 1941, lorsque les savants prétendaient être sur le point de dégager l’énergie atomique (cf. le livre de Pierre Rousseau « Mars, terre mystérieuse », d’où nous tirons ces renseignements) on leur répondait : « Ce n’est pas pour demain ». C’était pourtant le lendemain : le V-Bus entre les astres ou le Madeleine-Bastille aérien.
Les savants allemands perfectionnèrent la fusée et en firent ces dangereux projectiles appelés V1, V2, V3. Mais, la bombe atomique révèle que le moteur a enfin été découvert, qui va permettre aux hommes l’assaut du ciel.

NOTRE BELLE VOISINE, OU PLUTÔT NOTRE BEAU VOISIN : MARS

La Lune n’est déjà plus qu’une banlieue de la Terre. C’est Mars qui, la première des planètes, aura l’honneur de notre visite ! Elle nous fait des avances tous les quinze ans, c’est bien connu, et se rapproche alors à moins de 56 millions de kilomètres de nous ! N’est-ce pas, d’ailleurs, l’astre frère de notre planète ? L’année y dure 687 jours et les journées y ont 24 heures, 7 minutes 280.

A QUAND LA CARTE ROUTIÈRE DE MARS ?

Déjà les spécialistes la voient tourner dans le ciel.
Tandis que, sur le bord gauche du disque, la Mer du Sablier s’en va, la Baie Fourchue, d’un merveilleux bleu de cobalt, se prépare à franchir la ligne du méridien. Le Golfe des Perles, verdâtre, va suivre. Plus tard passeront le Golfe de l’Aurore, puis la mystérieuse Fontaine de Jouvence. Le lac du Soleil se présentera ensuite, précédant le lac du Phénix qui s’annonce déjà sous la caresse du jour naissant, tandis qu’à l’est les premières lueurs de l’aurore se lèvent sur la mer des Sirènes.
N’êtes-vous pas tentées de partir pour ces poétiques contrées ?

LES SURPRISES DU VOYAGE

C’est tout juste si l’Agence Cook ne décrit pas déjà le parcours sur ses prospectus. Au départ, même sensation que dans un ascenseur qui monte. Notre corps nous semble peser quatre à cinq cents kilos. Il s’allège subitement lorsque, ayant échappé à l’attraction terrestre, le pilote a stoppé le mécanisme de la fusée.
Le spectacle à l’intérieur est alors curieux. Tout flotte. Vous pouvez vous asseoir ou vous coucher « en l’air » et y accrocher votre chapeau à un imaginaire portemanteau.
Surprise : un garçon vient vous chercher pour une « petite promenade à l’extérieur » ! On vous revêt un scaphandre muni d’un réservoir d’air, mais vous êtes terrifié. N’allez-vous pas tomber dans le vide ? Pas du tout. Avec la sensation de demeurer immobile, vous vous mettez à tourner autour de la fusée en l’accompagnant, comme un satellite modèle ;

MARS, TOUT LE MONDE DESCEND

Le pilote a renversé la fusée et l’a remise en marche pour freiner votre chute qui est de 5 km.-seconde. Un choc, puis plus rien. Vous mettez un léger masque respiratoire et vous voilà prêt à débarquer.
Quelle légèreté. Sans régime, vos 56 kg. sont devenus à peine 20. Wells a décrit dans « Les Premiers Hommes dans la Lune », la facilité des bonds que vous faites également sur la terre martienne. Profitez-en pour explorer le paysage. Quelque végétation rabougrie (votre taille domine la « forêt »), et, de tous côtés, un désert rose. C’est le soir déjà. Dans la nuit, plus pure que la nôtre, une lune minuscule se lève à l’est, comme « chez nous ». C’est Phobos (la « terreur »). Mais, à l’ouest, une autre, un peu plus grande, se lève à son tour. C’est Deimos (la « crainte »). En une seule nuit la première va passer par toutes ses phases : du premier quartier au « plein Phobos », du « plein Phobos au dernier quartier et au « nouveau Phobos ».
Très bas, à l’ouest, suivant de près dans sa course le soleil, déjà disparu, un astre assez brillant attire votre attention. Une puissante lunette vous le montrerait comme un croissant extrêmement délié, vaporeux, embrassant un globe noir escorté d’un satellite  minuscule. La Terre ! En avez-vous déjà la nostalgie ?

COUCOU, LES MARTIENS ?

Vous voudriez bien en rencontrer un. Vous refusez de croire, comme l’affirment les astronomes, que l’air trop léger n’a pas d’oiseaux. Vous lui prêtez au moins des papillons. Et quand on vous dit que la minuscule bestiole qui glissera à vos pieds dans l’herbe rase sera le géant de la faune martienne, vous préférez attendre de découvrir sous quelle forme mystérieuse se cachent ces Martiens dont vous êtes venus, de si loin, solliciter l’amitié.

ALLER, BIEN , MAIS… RETOUR ?

Espérons, toutefois, que vous n’attendez pas d’avoir étudié la « mode » martienne pour songer aux moyens du « retour à la terre ». Plus encore que l’aller, il sera difficile. Vous risquez fort, si vous n’avez pas pris à temps les dispositions convenables, de faire fausse route et de vous retrouver sur un chemin de traverse du ciel, satellite à vie d’un astre moins hospitalier encore que Mars.

Sybile Mong, En « V »-Bus pour Mars, in Ambiance, n° 51, 5 décembre 1945.





Le V-Bus, vu ici dans son hall de chargement, sera transporté ensuite sur sa rampe de lancement pour effectuer le départ de son grand voyage. La propulsion par mélange détonant d’atomes dilués à 3,695 % et d’atomes comprimés, permet d’atteindre une puissance effective inconnue à ce jour. Les tuyères latérales à ailerons, à volets freineurs, sont à double effet. A gauche, la tuyère se trouve en position de propulsion ; à droite, en position de freinage (avec ses volets ouverts). Elle ne peut prendre cette position qu’après l’entrée en action des tuyères de freinage, visibles à droite et à gauche du sommet du V-Bus. L’amortisseur mécano-pneumatique, placé au sommet, joue le rôle de pare-chocs, lors de la percussion au sol. Deux voyageurs en tenue de voyage calorio-amortisseuses attendent de faire poinçonner leur billet.



mardi 14 mai 2019

Raoul Ponchon, Un Aérolithe (1897)

De Raoul Ponchon, dans le domaine de la conjecture rationnelle, on connaît le poème "Animaux antédiluviens" révélé par Fabrice Mundzik dans Fouilles archéobibliographiques (Fragments) (éditions Bibliogs, 2015).

Il convient d'ajouter à ce texte, le poème "Un aérolithe" publié dans Le Journal en 1897. Il est cette fois sujet de communication interplanétaire de Mars vers la Terre (et ce n'est pas très élogieux pour les Terriens!)






GAZETTE RIMEE

UN AÉROLITHE 

A Odon G. de M...


J'allais me promenant au sein de la campagne
     Avecque la compagne
Qui règne sur mes jours. C'était au mois dernier,
     Par un temps printanier,

Quand, sans s'être annoncé, dans un fracas de foudre
      Et qui faillit me moudre,
Un dur objet tomba sur le sol, près de moi.
     Jugez de mon émoi !

Je me remis pourtant et dis à la petite :
     « Ah ! mince de pépite ! » .,
Et tandis que la chère appelait sa maman,
     Je vis, sur le moment,

Que cet objet était un simple aérolithe.
     Mais, voilà l'insolite :
Il me sembla strié de signes biscornus,
     Tels que jamais je n'eus

L'occasion d'en voir, et, tracés, voulus, comma
     Par la dextre d'un homme.
Non, ça ne pouvait être un effet du hasard,
     Il s'y trouvait trop d'art :

« Par le diable cornu ! cela tient du prodige,
     — A ma mignonne, dis-je —
C'est là, n'en doute pas, un rare document
     Tombé du firmament.

Je n'ai pas la prétention de m'y connaître,
     Elle est encore à naître.
Certes, je ne saurais quoi veut dire ceci,
     Mais je sais, près d'ici,

Un être chez lequel toute science habite,
     Un pieux cénobite
Qui sur d'obscurs papiers travaille jour et nuit,
     Il me le dira, lui.

Il déchiffrera ça beaucoup mieux que personne.
     Et, comme qui... badine.
Qui sait si je n'ai pas une fortune en main ?
     Tu le sauras demain. »

Je pris donc à mon cou mes jambes, ma pyrite,
     Et m'en fus au plus vite
Chez ce savant Odon, c'est-à-dire au café,
     Où je l'apostrophai :

« Ô toi, dont le gosier parle toutes les langues
     Même les plus exsangues,
Et de qui le cerveau reverdit chaque mois,
     Qu'est-ce que ce chinois ? »

Il prit l'aérolithe en ses mains exercées
     Mais comme désossées,
Sortit sa forte loupe et s'exclama d'abord :
     « — Ah ! par Dieu ! c'est trop fort ;

Sais-tu bien ce que c'est que cette langue absconse t
     — Eh non ! fut ma réponse;
Puisque aussi bien, mon cher, je suis venu te voir
     Afin de le savoir.

Eh bien, c'est une langue entre le concombrique
     Et le cornichonnique ;
C'est du cucurbitain : on décide ce jars
     Dans la planète Mars.

« Par conséquent ceci nous vient, la chose est nette,
     De ladite planète.
Et voici ce que ça veut dire, mot pour mot...
     Ah ! quel est le chameau ?... »

Et le voilà parti d'un grand éclat de rire.
     « — Ce Marsien veut dire :
Hommes, il ne faut pas que vous vous y trompiez
     Vous êtes tous des pieds.

Nous nous voyons depuis des milliers d'années,
     Pauvres âmes damnées !
Et pour nous dont le rire est un peu fatigué
     Votre monde est fort gai. »


Raoul Ponchon, « Un Aérolithe », Le Journal, n° 1903, 13 décembre 1897.