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ISSN 2496-9346
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mardi 25 octobre 2016

Le Quotidien de Montmartre 1929-1930 (4)

Quatrième épisode de notre exploration du Quotidien de Montmartre publié en 1929-1930 qui est disponible sur Gallica (du n° 10 au n° 52). Pour lire la présentation du périodique, cliquez ICI. Pour retrouver tous les billets de cette série consacrée au Quotidien de Montmartre, cliquez ICI.

Dans le n° 36 daté du 11 mai 1930 Bernard Gervaise présente dans la rubrique "Les Gaités de la semaine" le projet des voyages interplanétaires mais exprime aussi des doutes sur la nature humaine qui transforme les avancées scientifiques en moyens de destruction...



M. Robert-Esnault Pelterie, qui consacre depuis des années le meilleur de son activité à l'étude de cette science nouvelle qu'on nomme l'astronautique, vient de faire une conférence au cours de laquelle il a prononcé les paroles suivantes :
« A la suite d'examens approfondis de la question, je peux conclure qu'avant dix ou quinze ans, le voyage dans la lune et retour à la terre sera réalisable. Il ne dépend plus maintenant que d'un facteur, la découverte du mécène qui consacrera les millions nécessaires à la construction et à la mise au point de l'appareil de transport interplanétaire. »
En considérant d'une part le rythme accéléré qu'affecte à notre époque le progrès des découvertes mécaniques et, d'autre part, l'ardeur que l'on apporte à les utiliser, on peut être certain que si le voyage Terre-Lune et retour devient réalisable dans deux ou trois lustres, comme le veut M. Robert Esnault-Pelterie, il sera immédiatement réalisé, d'abord par quelques hardis sportifs amateurs de gloire, puis par une quantité d'amateurs de plus en plus considérable.
Avec une rapidité surprenante, nous verrons surgir des Compagnies commerciales astronautiques dont les services organiseront tout d'abord des « baptêmes de l'éther », puis peu à peu des excursions plus étendues ! Trois jours dans la Lune... « Paris-Neptune, via Mercure, Jupiter, Saturne, Uranus et retour... » Nous irons passer le week-end à la surface de Séléné ; nos grandes vacances se passeront au bord des canaux martiens, plus poissonneux, il faut l'espérer, que les rivières d'ici-bas et Vénus sera le but tout indiqué de tout voyage de noces !
La nouvelle invention arrive d'ailleurs à point nommé. Elle répond à un des plus pressants besoins de notre pauvre humanité dont le domaine se rétrécit de jour en jour à mesure que s'accroît la vitesse des véhicules mécaniques.
Il y a seulement un siècle, il fallait quinze ou dix-huit mois pour faire le tour du monde, le plus long voyage que l'on puisse accomplir sur terre en ligne droite ou, si vous préférez, en ligne courbe. Cinquante, ans plus tard, le temps-limite de cette randonnée avait déjà beaucoup diminué, puisque les héros de Jules Verne purent le réduire à 80 jours. Aujourd'hui, nouveau progrès, les aviateurs doués de quelque endurance et de bons moteurs bouclent la boucle en moins de trois semaines.
Dans quatre ou cinq ans, moins peut-être, c'est en trois jours que se fera ce périple.
Enfin, un jour viendra, plus tôt qu'on ne pense sans doute, où l'on pourra se faire transporter sur n'importe quel point du globe en moins d'une journée. Ce sera la mort du tourisme, tout au moins du tourisme terrestre. Qui donc, en effet, voudrait se mettre en route pour si peu !
Il était grand temps, comme on le voit, que de nouveaux débouchés s'ouvrissent à notre activité. Grâce à l'astronautique, c'est chose faite, ou presque. Lorsque nous nous sentirons par trop à l'étroit sur notre misérable planète, rien ne nous empêchera de nous échapper par la tangente pour aller faire un petit tour dans les étoiles.
Espérons que cela contribuera dans quelque mesure à désembouteiller les routes de banlieue !
Selon Jules Verne, le meilleur moyen pour aller dans la Lune était de s'y faire expédier par un canon géant, à l'intérieur d'une sorte d'obus de gros calibre. M. Robert Esnault-Pelterie estime qu'il vaut mieux s'y rendre à bord de la fusée-dirigeable inventée il y a deux ou trois ans par le professeur allemand Hermann Oberth.
C'est ce merveilleux engin qui nous permettra d'aller nous promener un jour dans l'éther comme on se promène actuellement dans les airs.
Puisse-t-il ne jamais servir à autre chose, mais hélas ! n'y comptons pas trop ! Jusqu'ici, toutes les inventions primitivement destinées à faire le bonheur du genre humain ont été tour à tour mises au service de l'art militaire. Il est donc fort probable que la découverte du professeur Oberth ayant été comme les autres détournée de son véritable objet, nous verrons bientôt la fusée se substituer à l'obus dans les applications ordinaires de la balistique.
Et vous pensez, avec un engin capable de marmiter la Lune, quel jeu ce serait pour des artilleurs européens de démolir New-York, Yokohama ou Pékin tandis que les artificiers américains, japonais ou chinois écraseraient Paris, Londres, Rome et Berlin !
Une fois de plus, notre pauvre humanité, dont l'ambition était de canarder pacifiquement les astres, n'aura fait que cracher en l'air pour que ça lui retombe sur le nez !

Bernard Gervaise, « Les Gaîtés de la semaine », in Le Quotidien de Montmartre n° 36 daté du 11 mai 1930.


Dans le n° 37 daté du 18 mai 1930 Bernard Gervaise, toujours dans la rubrique "Les Gaîtés de la semaine", imagine le futur de Paris en l'an 1970. L'anthologie Paris Futurs porte sur ce même thème: que deviendra la capitale dans l'avenir?

Des calculateurs, non dénués d'imagination, ont imagine de dresser une sorte de recensement de la population parisienne en 1970. A cette époque, la capitale et sa banlieue compteront huit millions d'habitants, pas un de moins.
Ce chiffre a été établi de façon scientifique, en appliquant le calcul des probabilités aux données de la statistique. Depuis le milieu du dix-huitième siècle, le nombre des Parisiens double environ tous les cinquante ans. Ils étaient cinq cent mille en 1770, un million en 1820, deux millions en 1870, quatre millions en 1920. Ils seront donc huit millions en 1970 et un milliard en 2320, comme vous pourrez aisément vous en assurer en continuant à faire paroli de cinquante en cinquante ans.
Pour nous en tenir aux chiffres cités par les auteurs de la statistique plus haut reproduite, une chose semble à peu près certaine, c'est que la circulation déjà bien difficile aujourd'hui dans un Paris de quatre millions d'âmes (et surtout de corps) sera devenue, si nous n'y mettons bon ordre, tout à fait impossible aux huit millions de Parisiens de 1970. Conclusion : il faut trouver un remède à la crise d'embouteillage dont souffrent de plus en plus les artères de la capitale, nonobstant les divers palliatifs envisagés jusqu'à ce jour.
Ce n'est peut-être, mon Dieu, pas aussi difficile qu'on l'imagine. Voyons, pour rendre nos rues accessibles à une intense circulation, il faudrait, de toute évidence, les élargir. Mais comment ?... On a proposé de démolir Paris pour le reconstruire ensuite sur de nouveaux plans. Ce serait beaucoup de travail. Mais si l'on démolissait seulement le rez-de-chaussée des maisons en remplaçant la maçonnerie par des piliers de soutènement entre lesquels les véhicules s'entrecroiseraient avec grâce et facilité...
C'est ainsi que, pour ma part, je vois le Paris de 1970, lequel, étant de la sorte monté sur pilotis aurait en outre l'avantage de se trouver à l'abri des inondations... 

Bernard Gervaise, « Les Gaîtés de la semaine », in Le Quotidien de Montmartre n° 37 daté du 18 mai 1930.

Dans le n° 38 du 25 mai 1930 on trouve un conte pseudo-oriental, intitulé "Le vrai Mahamed Pacha", ayant pour cadre le harem de Mahamed Pacha sous la signature de Jean de Lozère, collaborateur régulier du Quotidien de Montmartre sous ce pseudonyme ou celui de André Romane. Le conte est prétexte à un texte légèrement coquin illustrant la maxime quand le chat dort, les souris dansent...

 

Suite du dépouillement ce périodique la semaine prochaine!

mardi 18 octobre 2016

Le Quotidien de Montmartre 1929-1930 (3)

Troisième épisode de notre exploration du Quotidien de Montmartre publié en 1929-1930 qui est disponible sur Gallica (du n° 10 au n° 52). Pour lire la présentation du périodique, cliquez ICI. Pour retrouver tous les billets de cette série consacrée au Quotidien de Montmartre, cliquez ICI.

Dans le n° 29 daté du 23 mars 1930 Bernard Gervaise propose dans la rubrique "Les Gaités de la semaine" une réflexion à caractère anticipateur au sujet d'une prophétie scientifique. Remarquons que l'auteur confond les millénaires et les millions d'années.


Un prophète américain, le professeur Conrad Tharaldsen, de la Nordwestern University, a réussi à déterminer l'aspect que présentera l'humanité dans deux milliers d'années.
Selon lui, notre lointain descendant aura une tête énorme, un corps étique (à cause de la vie chère sans doute !) des bras menus, des jambes dérisoires et des sabots en guise de pieds.
En cet âge heureux, conclut le visionnaire, la terre sera devenue le royaume de l'intelligence pure.
Je crains bien que le distingué professeur se fourre le doigt dans l’œil. Dans deux millions d'années, l'humanité ne comptera sans doute plus pour grand'chose sur la terre devenue la propriété d'une race nouvelle dont les progrès devraient nous paraître déjà singulièrement inquiétants. J'ai nommé la race mécanique.
L'avenir appartient à la machine et, en particulier, à l'automobile qui tient déjà parmi nous une place prépondérante. Avant deux millions d'années, cet intelligent organisme aura certainement escaladé tous les barreaux de l'échelle symbolique sur lesquels les naturalistes placent les êtres vivants. Douée d'un cerveau comme un membre de l'Institut, de muscles comme un boxeur, d'un système nerveux comme une jolie femme, elle aura depuis longtemps parachevé la conquête de la planète et l'asservissement du genre humain.
Sous son règne, notre lointain descendant ne sera plus qu'un esclave docile chargé de construire des routes, pour ses promenades, de prospecter des nappes de pétrole pour sa consommation et de creuser des fosses pour ses petits besoins.

Bernard Gervaise

Dans le n° 32 daté du 13 avril 1930, Roger Salardenne nous entretient de "la femme électrique" et en imagine les conséquences. La nouvelle est illustrée par Marcel Mars-Trick. Le thème de la femme électrique est présent dans Zigzags à travers la science de Michel Verne (Photographie combinée. L'électricité chez soi) où une femme guérit les rhumatismes de son époux grâce à l'électricité produite par son corps. Chez Roger Salardenne le thème est plus coquin mais aussi plus dangereux...





M. Louis Forest, ayant publié dans le Matin un article sur l'électricité humaine, a reçu une lettre du célèbre professeur d'Arsonval dont nous extrayons ce passage :
« Tout le monde (homme et femmes, les femmes surtout) peut devenir électrique. C'est, en somme, l'électricité à la portée de tout le monde, comme dans le bouquin de notre ami Georges Claude. Il suffit, pour cela, d'être très sec (pas à la façon américaine) de peau et de vêtements et de les frotter l'un contre l'autre ».
Hein ? voyez-vous ça ? Nous pouvons devenir électriques ! Et surtout les femmes ! Ah ! posséder une femme électrique, quel beau rêve ! Comme ce serait pratique !... Pensez donc, pour avoir chez soi la T. S. F., il suffirait de brancher son poste sur le tuyau à gaz et le nombril de son épouse. Ce serait charmant !
Et peut-être qu'en installant un haut-parleur dans le... Hum !... Hum !... Enfin ! admettons, pour être correct, que ce soit dans la bouche ou dans l'oreille... On arriverait peut-être à entendre le poste de
Langenberg ou celui de Leipzig !
Une femme électrique, mais ce serait un bienfait pour l'humanité... Tenez, par exemple, en Amérique du Nord, au lieu d'électrocuter les condamnés à mort sur la sinistre chaise meurtrière, on les exécuterait d'une façon beaucoup plus agréable et beaucoup plus douce en les jetant tout simplement dans les bras d'une femme électrique... Au moment psychologique, une décharge de plusieurs centaines de mille volts expédierait instantanément le patient au pays des songes éternels. Et les assassins payeraient ainsi leur dette à la société.... voluptueusement. Evidemment me direz-vous, cela aurait aussi ses inconvénients. Le mari d'une femme électrique, en remplissant ses devoirs conjugaux, ne risquerait-il pas également de périr électrocuté ? Mais non, voyons, il lui suffirait de se munir d'un isolant, du caoutchouc, par exemple. Ce qui, en somme, ne serait pas si nouveau que cela...
Et puis, il y aurait sans doute moyen de couper le courant à volonté...
Et quel avantage pour la femme vertueuse !... Etant électrique, il lui serait facile de se protéger contre les assiduités des soupirants audacieux... Un monsieur polisson qui, voulant caresser la croupe d'une jolie femme, recevrait dans les doigts une décharge électrique, hésiterait certainement à recommencer.
Ou alors, c est le cas de le dire, il prendrait des gants pour renouveler son geste !
L'adultère, dans de telles conditions, deviendrait un petit jeu dangereux et on lirait très probablement à la troisième page des journaux quotidiens des faits-divers de ce genre :
« Mort tragique d'un Don Juan. — Un jeune avocat parisien, Me Dupont-Durant, courtisait depuis quelque temps l'épouse légitime d'un industriel de Levallois-Perret. Hier, il avait réussi à attirer la jeune femme dans sa garçonnière de la rue de Chazelles. Mais le malheureux ignorait que Mme X... était électrique. Il a été tué sur le coup. Son cadavre a été transporté à l'Institut médico-légal aux fins d'autopsie.»
Peut-être y aurait-il moins de cocus sur la Terre ?

Roger Salardenne, « La Femme électrique », in Le Quotidien de Montmartre, n° 32, 13 mars 1930, illustration de Marcel Mars-Trick

Suite du dépouillement ce périodique la semaine prochaine!

mardi 11 octobre 2016

Le Quotidien de Montmartre 1929-1930 (2)

Deuxième épisode de notre exploration du Quotidien de Montmartre publié en 1929-1930 qui est disponible sur Gallica (du n° 10 au n° 52). Pour lire la présentation du périodique, cliquez ICI. Pour retrouver tous les billets de cette série consacrée au Quotidien de Montmartre, cliquez ICI.

Le n° 22 daté du 2 février 1930 accueille une petite nouvelle ruritanienne signé le pseudonyme de Jean de Lozère (alias André Minot, 1888-1941) qui n'est pas un inconnu car il a aussi signé sous un autre pseudonyme André Romane un conte préhistorique : "La plus belle conquête".  "En exil" conte les déboires du prince Christophore de Boskovie qui vit un exil parisien qui lui est somme toute fort agréable mais qu'une révolution monarchiste dans son pays oblige à reprendre le trône, abandonnant les petites femmes parisiennes. La nouvelle est accompagnée de deux dessins suggestifs bien dans le ton du Quotidien de Montmartre.
Nous le reproduisons ci-dessous avec les illustrations :

En exil 
 

Le prince Christophore de Boskovie est une victime de la guerre.
Après quatre ans d'espérance,
Quand les peuples alliés
Avec les poilus de France
Ont moissonné les lauriers,
il a faussé compagnie à son peuple prêt à se révolter et est allé grossir le bataillon grossir le bataillon des rois en exil.
Comme il dispose d'une fortune assez rondelette, mise depuis longtemps à l'abri de tous risques dans les coffres du Crédit Lyonnais, il mena, dès son arrivée à Paris, une vie des plus agréables.
Depuis son abdication les Boskovites font, non sans déception, l'apprentissage de la République une et indivisible. Tandis que ses ex-sujets sont en proie aux luttes fratricides des factions politiques se disputant l'assiette au beurre gouvernementale. Christophore savoure l'illusion de se croire citoyen libre d'un pays libre.
Nul protocole, nulle tradition ne viennent guinder ses gestes et discipliner ses paroles ;
Il peut sortir de chez lui à toute heure du jour ou de la nuit, aller où et chez qui bon lui semble, sans qu'une escorte bruyante et chamarrée ou une garde occulte mais vigilante ne l'accompagne.
Plus d'audiences, de conseils de ministres, de réceptions d'ambassadeurs, d'inaugurations, de harangues et de discours, Christophore de Boskovie est libre et frétillant comme le poisson dans l'eau ou la bactérie dans un bouillon de culture et, pour comble de bonheur, il est l'amant, épris et chéri, de la petite Chouquette, des Folies-Bergères.
Pourtant l'habitude étant une seconde nature, il arrive encore à Christophore de fureter sous le lit de sa maîtresse avant de s'y aller coucher à ses côtés, comme si quelque espion, quelque policier ou quelque régicide pouvait se trouver caché sous sa couche, et, quand l'impatiente Chouquette lui demande d'une voix suave :
- Eh ! Bien, Cricri, viens-tu te plumer, qu'est-ce que tu fiches donc ainsi en liquette à quatre pattes sur la descente de lit, il revient à la douce réalité et, âme pure, coeur allègre, il se livre, sans plus attendre, aux délices de l'amour.
Une seule ombre ternit parfois l'éclat de sa félicité :
Ah ! n 'exilez personne, ah ! L'exil est impie.
V. HUGO.

La cause royale a gardé en Boskovie quelques partisans convaincus. L'influence de ce petit groupe de monarchistes résolus grandit chaque jour et Christophore ne peut se dispenser de remercier de temps en temps ces fidèles de leur zèle intempestif qu'il maudit en son for intérieur.
Car le bonheur est bref et les Dieux sont jaloux. Ebranlé par les coups de boutoirs de la réaction la république Boskovite tremble aujourd'hui sur sa base. Les chefs du mouvement monarchiste pressent de plus en plus Christophore de rentrer dans ses états où le peuple l'accueillera en sauveur et père de la patrie.
Christophore en perd le boire, le manger, le sommeil et le libre exercice de l'amour.
Et la catastrophe redoutée se produit ;
Un matin, tandis qu'il contemple, étendue en travers de son lit, la blonde Chouquette qui, telle la Tanit du poète, Rêve languissante, voluptueuse et nue, son valet de chambre, après avoir gratté discrètement à la porte, lui tend sur un plateau un télégramme que Christophore ouvre d'une main tremblante.
Il est ainsi rédigé :
« Victoire, Sire, victoire ! Les usurpateurs sont chassés ; Un gouvernement provisoire a pris le pouvoir au nom de votre majesté, que son peuple appelle à grands cris.
Léonidas Dodévich. »
- Nom de D… ! s'écrie Christophore.
- Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? s'inquiète Chouquette réveillée en sursaut.
Puis après avoir pris connaissance de la dépêche :
- En Bien ! Quoi, t'as qu'à les laisser tomber ces mufles-là. Abdique mon vieux Cricri. T'as bien un frangin , un n'veu ou un bon zigue quelconque qui acceptera de porter la couronne à ta place.
Mais le Faible Christophore sent bien qu'il n'aura pas le courage de rompre tous les liens qui le rattachent au trône.
Et, tandis que Chouquette lui suggère des solutions plus saugrenues les unes que les autres, il laisse, en bouillonnants sanglots d'enfant, couler sa lourde peine sur son pyjama de soie rose.

Jean de Lozère, « En exil », in Le Quotidien de Montmartre, n° 22, 2 février 1930


Le n° 23 daté du 9 février 1930 comporte un dessin humoristique d'inspiration préhistorique signé par le célèbre Dubout (1905-1976) invitant à lire Le Petit Néolithique sous le patronage de "Rausny et Né":



Le dépouillement de ce périodique est à suivre dès la semaine prochaine


mardi 4 octobre 2016

Le Quotidien de Montmartre 1929-1930 (1)

Le Quotidien de Montmartre était un journal non pas quotidien mais hebdomadaire dirigé par Jules Bastia. La collection numérisée disponible sur Gallica est incomplète (elle commence au n°10) mais rassemble tout de même 42 des 52 numéros parus.
Pour retrouver tous les billets de cette série consacrée au Quotidien de Montmartre, cliquez ICI.
On y trouve, à travers les 16 pages qui le constituent, des réflexions humoristiques sur l'actualité (surtout parisienne), des dessins souvent osés et des contes et nouvelles parrois lestes. Parmi les collaborateurs signalons les dessinateurs Dubout, Moisan, ... et les auteurs Colette, Roger Salardenne, André Romane (ou Jean de Lozère), Gabriel Timmory (dont ArchéoSf a proposé un texte A rires d'ailes en feuilleton), Gaston Derys (on peut lire l'amusante nouvelle d'anticipation L'Essence de baiser), Rodolphe Bringer (auteur de l'article du Journal amusant Allo!Allo! la planète Mars disponible sur ArchéoSF), René Virard (créateur du prix Scarron), Albert Verse, Tristan Berrnard...
Le journal est dirigé par Jean Bastiane pas confondre avec le réalisateur Jean Bastia) né en 1870 et mort en 1940.  Son patronyme serait  Simoni. Il était parolier, chansonnier, acteur, chanteur et on pouvait par exemple le trouver au théâtre des Deux Anes.
Jean Bastia en 1913, dessin signé Yves Marevéryl
(source Gallica)


 
Nous proposons une exploration du contenu relevant du domaine de la science-fiction, de l'anticipation et de la conjecture rationnelle dans ce périodique. Comme des lecteurs de ce site sont aussi amateurs de fantastique, nous indiquerons les références des textes et illustrations relevant de ce domaine.

Dans ce premier épisode, vous trouverez une bande dessinée un peu osée dans laquelle les Amazones découvrent l'amour avec un homme et une critique de Nora la guenon devenue femme de Félicien Champsaur.

Le n°11 paru le 17 novembre 1929 comporte une sorte de bande dessinée sur une pleine page, intitulé Amour vainqueur!, assez leste (tout au moins pour l'époque) dans laquelle des amazones s'emparent d'un homme... Le principal intérêt pour le dessinateur était vraisemblablement de montrer des femmes dénudées.









Le n° 13 daté du 1er décembre 1929 accueille le texte "Sortilèges" de Colette qui récuse les éléments fantastiques ainsi que la nouvelle "La Belle et la laide" signée JH Rosny Aîné (première édition en 1902 avec des reprises en 1904, 1923, 1927, selon les informations de l'incontournable site consacré à JH Rosny).

Le n°14 daté du 8 décembre 1929 comporte une courte critique de Nora, la guenon devenue femme (éditions Ferenczi et fils, 1929)  de Félicien Champsaur:


Le dépouillement de ce périodique est à suivre dès la semaine prochaine avec une nouvelle ruritanienne (un pays imaginaire d'Europe Centrale) et un amusant dessin préhistorique du grand Dubout en hommage à JH Rosny !