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jeudi 14 mai 2020

Michel Robida, 1936 prévu de 1869 à 1883 par ROBIDA (1936)

Le 9 février 1936 le journal Excelsior accueille dans ses colonnes un article sur les "prophéties" d'Albert Robida signé par son petit-fils Michel Robida. Michel Robida y décrit les anticipations de son grand-père devenues réalités. Le texte est accompagné de reproductions de plusieurs dessins d'Albert Robida légendés avec les dates et époques de réalisation des inventions "fantaisistes" du génial caricaturiste.



 

1936 prévu de 1869 à 1883 par le visionnaire ROBIDA

UN MONDE ÉTONNANT, électrifié, mécanisé, un sol perforé de mille tubes et souterrains, une terre couverte d'un réseau métallique aux mailles enchevêtrées, un ciel encombré, sillonné d'appareils étranges, une crainte universelle, une bousculade intense, voilà le globe terrestre au XXI siècle, tel que l'avait imaginé, de 1869 à 1880, Albert Robida, mon grand-père.
C'est en effet, dès 1869, dans un numéro du Polichinelle, qu'il avait donné en quelques dessins la première vision de la guerre moderne.
En 1883, il reprend et développe cette idée dans son journal la Caricature, en publiant « Le conflit australomozambiquois, faits de guerre et opérations chimiques au XXe siècle », bientôt suivi de deux livres : le XXe siècle et la Vie électrique.
Dans ces ouvrages pleins de fantaisie, mais d'une fantaisie doublée d'une extraordinaire clairvoyance, était décrite toute notre vie actuelle.
A une époque où la Tour Eiffel n'était pas encore construite, où l'on édifiait à grands frais le Trocadéro, il annonce le métro, qu'il appelle un tube souterrain, les extincteurs d'incendie, la musique enregistrée distribuée par un organisme central, et jusqu'à la télévision, à laquelle il donne le nom de téléphonoscope.
Il comprend qu'un tel bouleversement des habitudes n'ira pas sans une révolution des mœurs et des coutumes, et bientôt il suppose que les femmes seront avocates, médecins, journalistes, ambassadrices ou préfètes, allant même jusqu'à prévoir l'écroulement de l'empire russe et l'émancipation des femmes turques.
Il imagine une guerre atroce: la nôtre.
Sur terre, il met aux prises des armées fantastiques, précédées de bombardes roulantes, «les tanks», formées de bataillons de chimistes coiffés du masque à gaz, et suivies d'un escadron de médecins chargés de propager artificiellement les maladies contagieuses.
A travers le ciel, il lâche une extraordinaire armée aérienne, tandis que sur mer les cuirassés menacés par la flotte sous-marine s'enveloppent de nuages de fumée artificielle.
En 1880, un cauchemar. Aujourd'hui, des faits, une réalisation.
Car, si mon grand-père avait eu, il y a cinquante-cinq ans, une vision aussi nette, aussi précise de notre existence actuelle, c'est beaucoup plus par crainte de ce que la vie moderne allait devenir détruisant le passé qu'il préférait à toute autre chose, que par amour du progrès et de la nouveauté.
Il n'aimait guère que les légendes, les vieilles maisons et les burgs fantastiques, et il était si peu épris de vitesse et de confort qu'il parcourut à pied la moitié de l'Europe, sous prétexte que c'est le seul moyen de voyager et de bien connaître les pays et les gens.
Pourtant, il devait voir le début du XXe siècle, et la Grande Guerre, dont il souffrit plus qu'un autre, car une à une se réalisaient — ce qu'il avait peut-être cru lui-même — des idées chimériques, et qui étaient beaucoup plus que cela : des prophéties.
Michel Robida



A lire dans la collection ArchéoSF:

Albert Robida, La fin des livres
Albert Robida, Jadis chez aujourd'hui


mercredi 3 avril 2019

Charles-Olivier Penne, Dans Deux mille ans (1855)

Grâce à Gallica, je suis tombé par hasard sur la mention d'un tableau de Charles-Olivier Penne dans le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle de Pierre Larousse qui a pour titre Dans Deux mille ans et que Larousse date de 1855.
Les recherches à partir de ce titre n'ont rien donné dans les bases de données muséales. Il n'est pas mentionné dans la Base Joconde et on ne peut pas dire qu'Olivier de Penne soit connu pour ses oeuvres représentant des monuments, on le connaît surtout comme peintre animalier spécialement cynégétique.
En revanche son nom est cité dans l'ouvrage de Jules Marty, Nos peintres et sculpteurs, graveurs, dessinateurs : portraits et biographies suivis d'une notice sur les Salons français depuis 1673, les Sociétés de Beaux-Arts, la Propriété artistique, etc. (éditions Ernest Flammarion, 1897) (que l'on peut consulter sur archive.org ICI) qui indique que le tableau Dans Deux mille ans date de 1853 et a été présenté au Salon de 1855.
Son nom apparaît aussi dans l'édition du recueil Les Voix intérieures de Victor Hugo publié chez Ollendorff en 1909:


Malgré les recherches, il n'a pas été encore possible de localiser ce tableau (s'il existe toujours?).

Dans l'édition de 1868 des Voix intérieures, l'illustration suivante est signée par le peintre et illustrateur Gérard Seguin:



Edouard Riou donne une interprétation de "L'Arc de triomphe" dans Cent dessins extraits des oeuvres de Victor Hugo publié chez Ollendorff vers 1890:  



Il y aurait donc au moins trois illustrations différentes. Je formule l'hypothèse que l'oeuvre originale est celle d'Olivier de Penne et que Seguin et Riou s'inspirent, voire gravent uniquement, Dans Deux mille ans d'Olivier de Penne. Mais l'hypothèse reste à confirmer... 

Si des lecteurs ont des informations, merci de laisser un commentaire !

Sources des illustrations:
Collection particulière
Gallica







lundi 14 mai 2018

Un voyage dans Mars en 1992 (années 1930)

L'Heure joyeuse, bibliothèque municipale parisienne, première à être spécialisée dans la littérature jeunesse créée en 1924, possède un fonds patrimonial important. On y trouve de nombreux ouvrages de science-fiction pour la jeunesse et quelques curiosités comme cet album de coloriage intitulé Un Voyage dans Mars en 1992 qui daterait des années 1930. Les coloriages sont accompagnés d'une petite histoire.













Source: Gallica 

samedi 5 mai 2018

Jean Galotti, Tourisme interastral ou le voyage de demain (1928)

Nous poursuivons notre exploration du magazine Vu sous l'angle de l'anticipation et de la science fiction. Pour retrouver tous les articles de cette série, cliquez ICI
Jean Galotti (qui a publié dans les numéros précédents une "guerre future") propose dans le n° 26 (12 septembre 1928) un article de prospective concernant le voyage dans l'espace. Il comporte plusieurs illustrations tout à fait science-fictionnelles.





Tourisme interastral ou le voyage de demain

L'Homme n'est pas plutôt arrivé quelque part qu'il désire aller ailleurs. Rien de plus conforme à sa nature. Gassendi prétendait même qu seul ce tracassin lui a fait croire à l'infini ; à quoi Descartes répondait que, précisément, il porte ainsi en lui la preuve que l'infini existe.
De fait, à peine nos pères eurent-ils achevé d'explorer la sphère terrestre qu'ils se mirent en tête de la quitter. Ils inventèrent les ballons qui leur permettaient de s'élever au-dessus de leurs contemporains en agitant un chapeau et qui les déposaient, ivres d'orgueil et d'émotions, sur quelque cheminée ou dans les branches de quelque chêne.
Aujourd'hui, nous avons l'avion. Demain, ce sera l'auto-fusée.
On connaît cette nouvelle machine : basée sur le principe du recul des fusils, c'est, en somme, une batterie de petites pièces à feu disposée sur roues. Quand on tire, l'appareil recule. Il s'agit de tirer sans cesse, de manière à accélérer cette retraite d'écrevisse. Les derniers essais effectués ont permis d'obtenir ainsi une course de 400 kilomètres à l'heure, réalisée, il faut le dire, durant seulement quelques secondes, au bout desquelles tout a sauté, y compris l'unique passager, qui était un chat.

Ce chat serait aujourd'hui bien empêché de nous faire part de ses impressions. Mais il est fort probable qu'elles seraient défavorables à notre façon moderne de comprendre l'application des sciences ; Il nous dirait peut-être que la plupart du temps nous nous croyons à tort des inventeurs alors que nous ne faisons qu'appliquer des découvertes que les anciens avaient faites avant nous, mais dont ils n'usaient que pour se divertir. Les Chinois fabriquaient la poudre pour faire des feux d'artifice. Le Grec Héron d'Alexandrie, connaissant le principe du mouvement par réaction, imagina l'éolipyle, une boule creuse pleine d'eau qui, lorsqu'on la chauffe, dégage de la vapeur et se met à tourner. C'étaient là des jouets sans danger. Nous ne nous en contentons plus. Il serait d'ailleurs inexact de dire que, seul, le désir de nous tuer ou de tuer nos contemporains stimule notre ingéniosité. Ce qui nous préoccupe, c'est avant tout d'aller plus vite, en même temps que d'aller plus loin.
La propulsion directe par explosions permet, nous venons de le voir, d'obtenir des vitesses que l'on pu encore atteindre avec les moteurs à essence. Mais c'est là son moindre avantage. Ce qui en fait une méthode inappréciable c'est que, seule, elle autorise l'espoir de quitter la Terre un beau jour, pour aller visiter les astres. Espoir lointain, de toutes façons, mais qui, désormais, a peut-être cessé d'être absurde. Le ballon et l'avion sont de pesants engins qui ont besoin, pour s'élever, du soutien de l'atmosphère, autant que le poisson a besoin de l'eau pour nager. Seule, l'auto-fusée peut progresser dans le vide.
Sans doute, il y a aussi l'obus imaginaire qui, pour peu qu'il s'élance à plus de onze mille mètres à la seconde, vaincrait la pesanteur et disparaîtrait définitivement. Mais ce serait en dépit des capitons prévus à l'intérieur par la sollicitude de cet excellent Jules Verne, un véhicule inconfortable, où les Terriens, peu entraînés aux chocs, seraient mis en œufs sur le plat, dès le départ.

Donc on cherche déjà un système plus pratique. Et voici ce qu'à ce sujet nous dit notre savant confrère E.H. Weiss :
Un aviateur, doublé d'un savant astronome, Max Vallier, étudie depuis plusieurs années le problème du véhicle fusée, calculé d'ailleurs en France d'une façon si brillante par Esnault-Pelterie. Max Vallier a conçu une coque d'avion étanche, où pilote et passagers vivent dans une atmosphère artificielle. A l'extrémité de chaque aile, une sorte de gros cigare contient des explosifs et les gaz produits se dégagent par les tubes, à l'arrière, pour que la réaction agisse comme dans la voiture expérimentée. Le calcul montre que la vitesse réalisée est énorme dès le début, l'avion monte presque verticalement. Ni moteur, ni passagers ne sont tributaires de la raréfaction de l'air et nous arrivons à 100 kilomètres de hauteur, après une demi-heure de route.
« Il règne en ces régions un froid intense, un vide comme sous la cloche d'une machine pneumatique, mais la coque étanche permet aux passagers de respirer et de vivre normalement. Par contre, la résistance de l'air ne s'oppose plus à la progression du véhicule, l'attraction terrestre est pour ainsi dire nulle, de sorte qu'en se maintenant à cette hauteur, on peut, sans grande dépense d'énergie, faire la traversée aérienne de l'Atlantique en trois heures.
« Tout cela est très réalisable et permet de songer plus tard au voyage dans la Lune ou dans Mars... »

Ainsi, quand nous irons dans la Lune, ce sera dans la carlingue hermétique d'un avion-fusée.
Il est à présumer, en effet, que nous commencerons nos voyages célestes par cette planète au visage pâle dont l'expression narquoise a, de tout temps, stimulé nos rêves d'évasion. C'est d'ailleurs la plus proche. La distance qui nous en sépare n'égale pas dix fois le tour de notre globe – en somme, un saut de puce – et l'on peut escompter qu'un service d'été desservira un jour cette banlieue rafraîchissante.
L'air y manque, l'eau aussi, mais ses mers desséchés ont des noms si charmants qu'on ne saurait résister au désir d'aller, tout au moins, prendre des bains de soleil sur leurs plages peu fréquentées. Quel repos pour un Parisien de planter sa tente au bord de la Mer de la Tranquillité !

Quant aux visites aux autres planètes, il y faudra plus de temps. Elles vaudraient pourtant le voyage. On y verrait Mercure, où il fait toujours nuit dans un hémisphère et jour dans l'autre ; Vénus, où l'on peut boire et où les alpinistes trouveraient des montagnes de cent mille mètres d'altitude à escalader ; Mars, cette terre d'outre-ciel, avec ses canaux et ses habitants méprisants qui dédaignent de nous répondre depuis si longtemps que nous leur envoyons message sur message ; Saturne, un monde à lui tout seul, avec ses tourbillons de lunes ; Jupiter, plus d'un million de fois plus gros que notre planète, pays de nuages et de soleil, où le vent souffle à 360 kilomètres à l'heure (départ et arrivée chronométrés par Herschell).
Néanmoins, ce sont là encore des régions assez voisines, puisqu'après tout, les planètes gravitent autour de leur père le Soleil, ne forment qu'une petite famille isolée dans les cieux. Les difficultés surgiront le jour où l'on voudra aller encore plus loin, et, comme dit Jean Richepin : « appareiller pour les étoiles ». En effet, un vertigineux abîme s'interpose entre le système solaire et l'étoile la plus proche dont la lumière met plus de quatre années à nous parvenir, au train de trois cent mille kilomètres à la seconde.
Qu'il serait beau pourtant de naviguer dans le vide, donc à l'abri des courants d'air, à travers les constellations ! Les vieilles cartes du ciel nous serviraient de guides. Nous irions revoir , là-haut, les bêtes fabuleuses qui ont émigré de nos bois, comme l'Hydre et la Licorne ; des héros exilés comme Castor et Pollux ; des animaux en voie de disparition comme la Baleine, et des personnages désormais proscrits de la cité, comme le Cocher…

Qui sait même si, dans ces profondeurs, nous ne rencontrions pas quelque monde perdu où les hommes vivent sans téléphone, sans bruit de moteurs, sans terme à payer et, par surcroît, s'aiment entre eux ? Mais le jour où cela se saurait sur la terre, les compagnies d'avions-fusées, voyant leurs voyageurs ne plus demander d'aller et retour, démentiraient la nouvelle, de peur que leur clientèle ne s'échappe à jamais.

Jean Galotti, « Tourisme interastral ou le voyage de demain », in VU, n°26, 12 septembre 1928

mardi 3 avril 2018

L'Histoire du feu (dessin sur le thème préhistorique) (1923)

Le périodique pour la jeunesse Le Petit inventeur (retrouvez les autres articles consacrés à cette publication parus sur ArchéoSF en cliquant ICI) proposait des couvertures souvent très évocatrices.
Ici (n° 34, 6 novembre 1923) elle nous plonge dans la préhistoire à la recherche des origines du feu. 



mardi 18 octobre 2016

Le Quotidien de Montmartre 1929-1930 (3)

Troisième épisode de notre exploration du Quotidien de Montmartre publié en 1929-1930 qui est disponible sur Gallica (du n° 10 au n° 52). Pour lire la présentation du périodique, cliquez ICI. Pour retrouver tous les billets de cette série consacrée au Quotidien de Montmartre, cliquez ICI.

Dans le n° 29 daté du 23 mars 1930 Bernard Gervaise propose dans la rubrique "Les Gaités de la semaine" une réflexion à caractère anticipateur au sujet d'une prophétie scientifique. Remarquons que l'auteur confond les millénaires et les millions d'années.


Un prophète américain, le professeur Conrad Tharaldsen, de la Nordwestern University, a réussi à déterminer l'aspect que présentera l'humanité dans deux milliers d'années.
Selon lui, notre lointain descendant aura une tête énorme, un corps étique (à cause de la vie chère sans doute !) des bras menus, des jambes dérisoires et des sabots en guise de pieds.
En cet âge heureux, conclut le visionnaire, la terre sera devenue le royaume de l'intelligence pure.
Je crains bien que le distingué professeur se fourre le doigt dans l’œil. Dans deux millions d'années, l'humanité ne comptera sans doute plus pour grand'chose sur la terre devenue la propriété d'une race nouvelle dont les progrès devraient nous paraître déjà singulièrement inquiétants. J'ai nommé la race mécanique.
L'avenir appartient à la machine et, en particulier, à l'automobile qui tient déjà parmi nous une place prépondérante. Avant deux millions d'années, cet intelligent organisme aura certainement escaladé tous les barreaux de l'échelle symbolique sur lesquels les naturalistes placent les êtres vivants. Douée d'un cerveau comme un membre de l'Institut, de muscles comme un boxeur, d'un système nerveux comme une jolie femme, elle aura depuis longtemps parachevé la conquête de la planète et l'asservissement du genre humain.
Sous son règne, notre lointain descendant ne sera plus qu'un esclave docile chargé de construire des routes, pour ses promenades, de prospecter des nappes de pétrole pour sa consommation et de creuser des fosses pour ses petits besoins.

Bernard Gervaise

Dans le n° 32 daté du 13 avril 1930, Roger Salardenne nous entretient de "la femme électrique" et en imagine les conséquences. La nouvelle est illustrée par Marcel Mars-Trick. Le thème de la femme électrique est présent dans Zigzags à travers la science de Michel Verne (Photographie combinée. L'électricité chez soi) où une femme guérit les rhumatismes de son époux grâce à l'électricité produite par son corps. Chez Roger Salardenne le thème est plus coquin mais aussi plus dangereux...





M. Louis Forest, ayant publié dans le Matin un article sur l'électricité humaine, a reçu une lettre du célèbre professeur d'Arsonval dont nous extrayons ce passage :
« Tout le monde (homme et femmes, les femmes surtout) peut devenir électrique. C'est, en somme, l'électricité à la portée de tout le monde, comme dans le bouquin de notre ami Georges Claude. Il suffit, pour cela, d'être très sec (pas à la façon américaine) de peau et de vêtements et de les frotter l'un contre l'autre ».
Hein ? voyez-vous ça ? Nous pouvons devenir électriques ! Et surtout les femmes ! Ah ! posséder une femme électrique, quel beau rêve ! Comme ce serait pratique !... Pensez donc, pour avoir chez soi la T. S. F., il suffirait de brancher son poste sur le tuyau à gaz et le nombril de son épouse. Ce serait charmant !
Et peut-être qu'en installant un haut-parleur dans le... Hum !... Hum !... Enfin ! admettons, pour être correct, que ce soit dans la bouche ou dans l'oreille... On arriverait peut-être à entendre le poste de
Langenberg ou celui de Leipzig !
Une femme électrique, mais ce serait un bienfait pour l'humanité... Tenez, par exemple, en Amérique du Nord, au lieu d'électrocuter les condamnés à mort sur la sinistre chaise meurtrière, on les exécuterait d'une façon beaucoup plus agréable et beaucoup plus douce en les jetant tout simplement dans les bras d'une femme électrique... Au moment psychologique, une décharge de plusieurs centaines de mille volts expédierait instantanément le patient au pays des songes éternels. Et les assassins payeraient ainsi leur dette à la société.... voluptueusement. Evidemment me direz-vous, cela aurait aussi ses inconvénients. Le mari d'une femme électrique, en remplissant ses devoirs conjugaux, ne risquerait-il pas également de périr électrocuté ? Mais non, voyons, il lui suffirait de se munir d'un isolant, du caoutchouc, par exemple. Ce qui, en somme, ne serait pas si nouveau que cela...
Et puis, il y aurait sans doute moyen de couper le courant à volonté...
Et quel avantage pour la femme vertueuse !... Etant électrique, il lui serait facile de se protéger contre les assiduités des soupirants audacieux... Un monsieur polisson qui, voulant caresser la croupe d'une jolie femme, recevrait dans les doigts une décharge électrique, hésiterait certainement à recommencer.
Ou alors, c est le cas de le dire, il prendrait des gants pour renouveler son geste !
L'adultère, dans de telles conditions, deviendrait un petit jeu dangereux et on lirait très probablement à la troisième page des journaux quotidiens des faits-divers de ce genre :
« Mort tragique d'un Don Juan. — Un jeune avocat parisien, Me Dupont-Durant, courtisait depuis quelque temps l'épouse légitime d'un industriel de Levallois-Perret. Hier, il avait réussi à attirer la jeune femme dans sa garçonnière de la rue de Chazelles. Mais le malheureux ignorait que Mme X... était électrique. Il a été tué sur le coup. Son cadavre a été transporté à l'Institut médico-légal aux fins d'autopsie.»
Peut-être y aurait-il moins de cocus sur la Terre ?

Roger Salardenne, « La Femme électrique », in Le Quotidien de Montmartre, n° 32, 13 mars 1930, illustration de Marcel Mars-Trick

Suite du dépouillement ce périodique la semaine prochaine!

mercredi 27 janvier 2016

Jean Routier, L'attaque à main armée et le progrès (1919)

En 1919, Jean Routier imaginait, dans Automobilia : l'automobile aux Armées, l'avenir de l'attaque à main armée... en prenant soin d'abord de revenir sur son histoire... On n'arrête pas le progrès !









Jean Routier, "L'attaque à main armée et le progrès, in Automobilia : l'automobile aux Armées n°50 daté du 15 juin 1919.